Léopold, le bienheureux

La faune des étrangers qui ont élu domicile à Hué comporte quelques « électrons libres », c’est-à-dire des personnes au profil et au chemin de vie atypiques. Je vous présente l’un d’eux : mon ami Léopold.

Ce qui frappe au premier abord chez cet homme à la longue silhouette voûtée et au visage fin, c’est son regard. Ses beaux yeux bleus se posent sur vous certes avec vivacité, mais aussi avec une certaine douceur souriante. Si on pousse un peu plus loin l’investigation, on décèle sous cette affabilité une grande curiosité, un désir de contact ou plutôt, un désir de connaître, de découvrir, toutes antennes dehors. Un peu plus loin encore apparaît ce que j’appellerais une joyeuse irrévérence. On pressent chez ce personnage — car de personnage il s’agit — un monde intérieur intense et… pas comme les autres.

Les origines

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Français d’origine polonaise et retraité, Léopold vit à Hué depuis six ans. C’est ici qu’il a connu sa compagne Andréa, belle Allemande spécialisée dans la restauration d’édifices culturels historiques, qui vivait ici depuis plusieurs années déjà au moment de leur rencontre. Andréa mène au Vietnam, au Laos et au Myanmar une carrière florissante, s’attirant le respect non seulement des autorités de la ville et du pays, mais de tous ceux œuvrant dans le domaine, comme en fait foi un très beau documentaire qui lui a été consacré il y a quelques mois. Des Vietnamiens qui font un documentaire sur une foreigner — une femme en plus! –  qui dirige des projets et des équipes de restauration de monuments historiques vietnamiens : il faut le faire! Le couple que forment Léopold et Andréa n’a vraiment rien de banal.

Par quels méandres de l’existence Léopold en est-il venu à élire domicile dans l’ancienne capitale impériale du Vietnam? Son parcours m’a fascinée…

Après la Première Guerre mondiale, l’Allemagne avait une dette de guerre colossale envers la France. Elle disposait de trois façons de s’en acquitter : soit en la payant en or, soit en cédant à la France certaines de ses industries ou en lui fournissant un nombre prédéterminé de travailleurs miniers. L’Allemagne choisit cette troisième option et les grands-parents de Léopold, qui vivaient alors en Silésie, décidèrent de profiter de l’opportunité et des conditions alléchantes qui leur étaient offertes pour prendre un nouveau départ dans l’existence. Chaque famille se vit attribuer à Lille une maison en rangée dotée d’un grand jardin. L’Église catholique — les syndicats français avaient réussi à obtenir la construction d’écoles et d’églises catholiques polonaises dans chaque quartier ouvrier — jouait un rôle très important dans le quotidien de la communauté et la maintenait fermement sous sa houlette religieuse et culturelle. Le jeune couple engendra trois filles et dix garçons. Le père de Léopold, cadet des garçons, fut le seul qui vécut au-delà de l’âge de 40 ans, les neuf autres étant décédés de silicose dans la fleur de l’âge. Prématuré et chétif, on le jugea trop faible pour « faire mineur ». Il devint tailleur, métier qui lui valut de belles années de relative prospérité, car les ouvriers polonais, plus sophistiqués que leurs collègues français, revêtaient le costume et le haut-de-forme pour aller à la messe le dimanche!

Léopold, qui était le plus jeune d’une famille de deux garçons et une fille, naquit plusieurs années après les deux aînés. Pour la plus grande fierté de ses parents qui valorisaient les études, la stabilité et la réussite sociale, son grand frère fit de brillantes études d’ingénierie dans une grande école et accéda assez rapidement au poste de  Directeur de la recherche de l’Institut français du pétrole. Ses parents espéraient que Léopold foule les mêmes sentiers que son aîné, d’autant plus qu’il réussissait très bien en sciences et en mathématiques. Il fut accepté dans une grande école d’ingénierie et… y resta trois jours, au grand dam de la famille!

Le jeune adulte

Un chapitre marquant de l’histoire de la France eut une grande influence sur le parcours de Léopold : il avait 18 ans au moment des événements de mai 1968, qu’il vécut avec une grande intensité, de l’intérieur. Cela provoqua chez lui une profonde remise en question des diktats culturels et sociaux. Il décida de vivre sa vie à sa façon, en fonction de ses propres croyances et valeurs, se méfiant à tout jamais des systèmes établis.

Comme il était doué pour les langues, notre ami décida de faire une licence en allemand, langue qu’il parlait déjà avec grande aisance — même plus que certains de ses professeurs. Il vécut des années académiques plutôt légères, ne se présentant la plupart du temps qu’aux examens, qu’il réussit intégralement et haut la main. Sa licence en poche, il se fit professeur d’allemand. Il tint neuf mois. Force lui fut de constater que la dynamique professeur/élèves de lycée ne le branchait aucunement. Il occupa une brochette de petits emplois successifs pendant quelques années, allant même jusqu’à tâter de métiers aussi invraisemblables (pour qui le connaît maintenant) que bûcheron et débardeur — de nuit en plus! Il va sans dire que Léopold se cherchait, parfois sûrement sous l’œil ahuri de ses parents!

L’artiste

En parallèle à sa vie professionnelle hors norme, il commença à côtoyer un groupe d’artistes, amis de sa copine de l’époque et future épouse. Ce monde qu’il n’avait jamais eu l’occasion d’approcher le toucha et le stimula au plus haut point : il se sentait avec eux, pour la première fois de son existence, en pays de connaissance, en résonnance, intensément vivant. Il s’inscrit donc aux Beaux-Arts, d’abord comme étudiant libre, puis il se prit au jeu in intégra le programme régulier. Il avait 30 ans, ce qui lui conféra un statut particulier auprès des professeurs, dont il dépassait certains en âge. Ces années d’études furent bouillonnantes, joyeuses, foisonnantes, heureuses. Sa démarche artistique l’amena à créer des « machines amoureuses » — des « installations » qui mettaient ainsi à profit à la fois sa créativité et son don pour les sciences. J’avoue en toute humilité que malgré des explications fort convaincues de Léopold, mon cerveau bien cartésien le pauvre s’est senti un peu dépassé par le sujet. Essayons tout de même : il s’agissait d’engins munis de mécanismes automates, que Léopold installait dans des endroits publics, invitant des hommes et des femmes (couples hypothétiques, confirmés, tentatifs ou en devenir), à s’asseoir aux côtés de ladite machine et à réagir à une « proposition » que celle-ci produisait généralement toutes les demi-heures.  Je laisse à Léopold le soin de vous expliquer la chose, prototype à l’appui :

 

La sirène de Dunkerke

Cette œuvre, conçue en 1989 pour avoir une durée de vie de deux semaines, a connu jusqu’à ce jour un destin hors du commun, qui a complètement échappé à son créateur, mais de bien jolie façon. La sirène, qui s’inspire d’une vierge couchée d’un des tableaux de Michel-Ange, a été installée à la verticale sur une bouée, à quelques kilomètres du port de Dunkerke. À l’origine, elle devait émettre périodiquement un signal en morse, tout simplement : « oui, oui… » Son inauguration, entièrement financée par Léopold, a donc eu lieu en mer au son d’un quatuor à vent embauché pour l’occasion. Peu à peu, le personnel et les marins des Phares et balises de Dunkerke se sont entichés à la sirène et ont conçu toutes sortes de manœuvres pour retarder son démantèlement, malgré les demandes répétées de l’administration de procéder à son retrait. Au moment ou un gestionnaire à bout de patience s’apprêtait à signer son arrêt de mort, un employé a produit in extremis un document officiel qui rendait le retrait de l’œuvre impossible. On l’avait fait baliser officiellement sur les cartes maritimes, si bien que tout bateau s’approchant du port allait s’attendre à la trouver sur son chemin à défaut de quoi il se croirait perdu.

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La sirène se tailla une place considérable dans la grande famille maritime. Un des marins des Phares et balises avait indiqué dans son testament le désir que ses cendres soient dispersées aux pieds de la sirène. Un règlement fut adopté pour l’occasion. À ce jour, ce lieu reste le seul endroit en mer française ou il est légal de disperser des cendres. Près de 400 personnes ont depuis choisi ce lieu pour leur dernier repos. C’est aussi de la sirène de Dunkerke que se fait le départ du tour de France en bateau et qu’il se conclut.

Enfin, un événement remarquable démontre avec éclat l’ampleur de l’attachement de la communauté maritime dunkerquoise à cette œuvre de Léopold. En 2005, la chaîne qui retenait la sirène à une amarre sous-marine se rompit et elle alla se fracasser sur les rochers. Le personnel des Phares et balises se mobilisa et réussit à recueillir la somme impressionnante de 20 000 euros, puis contacta Léopold pour qu’il la recrée. Bien sûr, notre ami accepta cet honneur avec enthousiasme.

Si vous passez par les eaux du port de Dunkerke, ne manquez pas de saluer cette sirène au karma unique.

Le travail

Même s’il faisait office de précurseur en matière de simplicité volontaire, Léopold devait quand même gagner sa vie. Un de ses amis l’aida, avec sa copine, à obtenir des contrats avec la chaîne de télévision France 3. Il y resta comme pigiste de longues années. Au début, il exerça des tâches qui nous font aujourd’hui sourire :

  • écrire des génériques de fin d’émissions que l’on déroulait et filmait manuellement.
  • inscrire en direct les résultats lors des tournois de tennis de Roland Garros, ce qui exigeait beaucoup de présence et d’attention.
  • écrire en direct les réponses des participants à des jeux-questionnaires télévisés.

Graduellement, comme il se montrait habile et qu’on appréciait sa compagnie, il obtint des contrats dans le domaine des décors, d’abord à la télévision puis peu à peu au cinéma, où il connut de très belles années et dont le point culminant fut un contrat de peintre-décorateur pour le film « Les amants du Pont-Neuf ». Mais jamais Léopold n’a voulu occuper un poste régulier. Lorsqu’il avait besoin de revenus, il passait le mot à son réseau et les propositions arrivaient.

En marge de ses projets de production personnelle et de ses contrats à la télé et au cinéma, Léopold a de longues années durant consacré beaucoup d’énergie à animer un lieu de rencontres artistiques très couru à Lille en matière d’art contemporain. En fait, il « tenait salon ». Il avait loué un espace et y invitait des artistes à venir exposer ou à se produire, et ce, tout à fait gratuitement. Il assumait lui-même toutes les dépenses liées au lieu. Il offrait à boire aux visiteurs et parfois même à manger! Pour son plus grand bonheur, le lieu perdure encore aujourd’hui, un successeur ayant repris le flambeau en maintenant la même philosophie d’ouverture.

La retraite

La pression croissante des impératifs économiques dans le milieu du cinéma a eu pour effet qu’à un moment, Léopold a cessé de se reconnaître dans cette approche de faire toujours plus avec moins et il a tiré sa révérence, même si cela signifiait la précarité financière d’une bien petite rente de retraite. Homme fondamentalement optimiste et tourné vers le possible plutôt que l’inaccessible, il résolut, d’autant plus qu’il était devenu veuf, d’élire domicile là où ses moyens financiers lui permettraient tout de même de bien vivre, c’est-à-dire en Asie. Après un essai peu concluant au Japon malgré son intérêt prononcé pour ce pays, il vint séjourner chez des amis à Hué pour finalement y prendre racine, car il s’y est rapidement beaucoup plu. De Hué, il apprécie le climat, la bonne humeur et la gentillesse ambiante, la quasi-absence de délinquance et ce qu’il qualifie d’aspect bon enfant des relations hommes/femmes. Bien sûr, il est de tous les trop rares événements culturels de Hué et participe régulièrement aux activités organisées par l’Association française de la ville.

Depuis quelques années, Léopold vit avec Andréa dans une jolie maison au bord de la rivière. Le matin, il écoute religieusement France Culture. Puis il s’adonne à une passion qui s’est manifestée il y a environ un an et qui occupe maintenant plusieurs heures de son temps par jour : la peinture.

Voici son atelier :

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Et parmi ses oeuvres, ma préférée (il s’agit d’Andréa, bien sûr):

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Pour finir, voici une « machine » que Léopold a fabriquée et offerte à Andréa pour ses 50 ans. À mon sens, elle illustre à merveille toute l’originalité et la singularité de cet homme hors du commun. Il s’agit d’une machine qui fait le compte à rebours des heures de vie qui restent à son amoureuse avant qu’elle n’atteigne l’âge de 100 ans. Et cela fonctionne, depuis quelques années déjà, à 20 minutes près! Voici Léopold devant ladite machine :

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Avouez que comme cadeau d’anniversaire personnalisé, il est difficile de faire mieux!

Il y a quelques semaines, je passais la soirée avec quelques amis, dont Léopold et Andréa. Vient sur le sujet un homme bien connu à Hué, mais très contesté et voilà que Léopold fait valoir un aspect très positif de l’individu en question. Puis Andréa s’exclame dans un grand sourire, sans charge aucune à l’endroit de son conjoint : « C’est bien Léopold, ça! Il voit toujours tout avec des lunettes roses! » Force m’est de constater, à partir de ce que je sens de cet homme et du plaisir que j’ai à passer du temps en sa compagnie, que cette attitude lui sied très bien et explique au moins en partie cette sérénité joyeuse qui émane de lui.

Le café le plus cher au monde

Lors d’une petite virée dans les montagnes du sud du pays le mois dernier, à Dalat, ma fille Amélie et moi avons visité une plantation de café et avons goûté à un café vraiment, mais vraiment très particulier : le kopi luwak, dont on récolte les grains… dans les excréments de civettes asiatiques,  genre de belettes, dont on fait l’élevage principalement en Indonésie, au Vietnam, aux Philippines et au Timor oriental!

Comment en sommes-nous arrivés là, vous demandez-vous peut-être…

On raconte qu’au dix-huitième siècle, les Néerlandais créèrent des plantations de café dans leurs colonies, tout en interdisant aux fermiers indigènes d’en cueillir les grains pour leur consommation personnelle. Ceux-ci découvrirent que les civettes mangeaient les fèves de café et en rejetaient les graines encore entières dans leurs excréments. Nous avons appris aussi que lors de la récolte du café, on cueille habituellement les fruits  en vrac, à tous les stades de maturité : les fèves vertes pas encore mûres comme les rouges qui sont bien à point. Dans l’image qui suit, on voit quelques fèves mûres.

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Or, notre amie la civette aborde le café en véritable connaisseuse : elle n’en consomme que les « cerises » d’un beau rouge profond et ne digère que la pulpe, rejetant les grains de café après qu’une de ses enzymes digestives en ait retiré l’amertume. Voici les grains lavés et séchés provenant de cette source, avouons-le, assez saugrenue :

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Selon Wikipedia, la café civette se vend jusqu’à 6,600 $ USD le kilo au Japon et aux états-Unis. Un établissement australien le vendait 50 $ la tasse en 2006. Il a même valu en 1995 à un chercheur américain, John Martinez, le prix IG Nobel (IG pour ignoble), un prix parodique du Nobel décerné chaque année à dix auteurs de recherches insolites provoquant la réflexion…. et l’hilarité.

Les avis varient diamétralement sur le sujet. Alors que certains se pâment devant ce nectar dont ils vantent la douceur et la subtilité sublime du goût, d’autres crient à l’imposture face à ce qu’ils appellent le sh… café. Bon. Amélie et moi en avons chacune consommé une tasse. Alors, me demanderez-vous? Mmmmmm… Honnêtement, je n’ai eu aucune expérience gustative transcendante. J’avoue cependant que le fait que nos deux guides aient refusé ledit café et qu’ils observaient notre dégustation avec un air un peu goguenard au coin des yeux a rendu mes papilles plus que dubitatives.

Une brève recherche sur le Web m’a révélé qu’on utilise le même procédé au Pérou pour le café Misha, mais cette fois-ci avec les déjections d’un mammifère de la famille des ratons-laveurs, le coati. Un producteur brésilien prétend même que le café qu’il produit avec l’aide gastrique du jacu, un oiseau proche du faisan, respecte en tous points les règles sacro-saintes de la bio-dynamique, telles que stipulées par Rudolph Steiner lui-même. Dans le nord de la Thaïlande, c’est l’éléphant (!) qui met son tube digestif à contribution dans la production du café Ivoire Noire, vendu à 35 $ la tasse.

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La. nature – et la créativité de l’homme – n’auront de cesse de m’ébahir!

Pour finir

Un nouvel élément s’ajoute maintenant à mon quotidien : je vous présente Amanda, qui succède à Georges. Plus costaude que son prédécesseur, elle me procure, en plus de la joie intrinsèque de la conduite sur deux roues, un sentiment de sécurité et de solidité.

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Je sais, je sais… certains de vous s’inquiètent que je veuille encore conduire un scooter après avoir eu un accident de la route. Bien sûr, une certaine appréhension m’habite, mais sachez qu’à Hué et au Vietnam en général, il est moins périlleux de circuler motorisé qu’à pied, tant on bafoue ici le pauvre piéton!

Avouez qu’elle est mignonne, non?

 

 

 

 

 

 

 

Blessée à Hué

Jour férié et chômé au Vietnam, le 25 avril commémore la fondation du pays par les rois Hung, qui avaient pour mère la reine des montagnes et pour père le seigneur des dragons. Un très beau programme m’attendait sous le soleil de ce splendide petit mercredi. Après avoir passé un moment fort sympathique à prendre le café avec mon bon ami John, Australien haut en couleur et personnage bien connu du monde de l’entreprenariat et des arts à Hué, j’ai mis le cap, avec mon fidèle scooter Georges, vers un orphelinat très particulier sur lequel j’espère bien pouvoir vous revenir. J’allais y donner un cours d’espagnol à la directrice et à un professeur — on n’a peur de rien en terre vietnamienne! J’ai bien essayé d’opposer une certaine réserve professionnelle à cette demande, mais rien n’y a fait, alors je plongeais. Je voulais arriver plus tôt que l’heure prévue pour me préparer sur place avec le matériel didactique dont l’orphelinat dispose, afin de soulager le sentiment d’imposture qui me taraudait quand même un tantinet. Après avoir partagé le repas du midi avec mes élèves, je devais me rendre faire la cuisine pendant quelques heures avec mes copines nonnes et servir avec elles le repas du soir à toute la communauté, une nouvelle expérience que j’anticipais avec grand plaisir. Chemin faisant, mon ami Thuy apparaît à mes côtés sur son bolide, parallèle à nous (Georges et moi). Toute contente de le revoir, je lui fais sur-le-champ une offre qu’il accepte tout de go. Rebelote pour le café et la jasette matinale. Second départ vers l’orphelinat une petite demi-heure plus tard.

Je conduisais tranquillement et prudemment comme à l’habitude jusqu’à ce qu’immédiatement après un virage serré, je voie en un éclair une moto munie d’une grosse boîte à l’arrière foncer directement sur moi. Impossible de l’éviter, car je longeais un mur de pierre. Ses hurlements et ses yeux affolés m’ont donné la très nette impression que le conducteur avait complètement perdu le contrôle de son véhicule. Il a frappé la poignée gauche de mon guidon, mon corps a tourné avec le guidon vers la gauche et mon bras a percuté le mur que je longeais de très près à ma droite, si bien que le poignet et la main, coincés entre la moto et l’implacable muret, ont tout encaissé. J’ai su plus tard que la boîte derrière la moto contenait… du béton, et que le malheureux chauffeur a blessé une autre femme après moi avant de prendre la fuite. Je me trouvais alors à un endroit très touristique, la Pagode de la Dame céleste — d’ailleurs, dites-moi, que faisait-elle à ce moment-là, cette chère? Elle dormait au gaz ou quoi? – si bien qu’il y avait beaucoup de monde dont… un groupe de touristes québécois qui m’ont débarrassée de feu Georges (snif!!!) et on tenu à distance la foule de badauds bien curieux de voir cette foreigner amochée, affalée sur la chaussée et dont certains ont essayé, jusqu’à ce que je rugisse comme je ne m’en savais pas capable, de me lever par le bras gauche pour me mettre dans un taxi! Assise sur le goudron, j’étais confuse, mais je savais qu’il y avait dommage en la chaumière corporelle. J’ai eu le réflexe viscéral d’appeler John et Thuy, ce qui, entre vous et moi,  n’était pas la chose la plus utile ou intelligente à faire, puis quelqu’un a appelé l’ambulance. Je croyais avoir toute la main brisée et le bras cassé. J’étais en choc. Une dame vietnamienne, sûrement vendeuse de fruits ou de souvenirs comme il y en a des dizaines dans ces endroits, s’est faufilée parmi les curieux comme une  petite souris, pour venir tout doucement s’accroupir à mes côtés. Elle m’a éventée de son chapeau conique, a mis sa main sur ma poitrine, m’a caressé le visage et murmuré des mots de réconfort jusqu’à ce que l’ambulance arrive, 20 minutes plus tard. À chaque fois que j’évoque cette scène, les larmes me montent aux yeux tant la présence de cette femme, sa douceur et sa sollicitude m’ont touchée jusqu’au fond des entrailles. Dès que je le pourrai, j’essaierai de la retrouver. Je voudrais simplement la prendre dans mes bras, sans mot dire.

Les radiographies ont révélé deux fractures complexes au poignet nécessitant une chirurgie avec plaque, vis et tout le tralala, de même qu’une fracture ouverte au petit doigt. Une vilaine plaie assez profonde traversait la paume de ma main, puis quelques contusions et petites coupures de circonstance couronnaient le tout : du joli travail, vraiment! Et ma sœur jumelle, Suzanne, qui arrivait le lendemain du Québec pour une belle virée de 10 jours avec sa frangine…

À commencer par le groupe de touristes québécois et la dame qui s’est tenue à mes côtés au moment de l’accident jusqu’à maintenant, je n’ai cessé d’être entourée d’aide, de présence et de générosité. John et Thuy faisaient les 100 pas à l’urgence de l’hôpital international à mon arrivée. Ils se sont occupés des formalités, John a fait un premier dépôt pour moi, car j’étais incapable de me souvenir de mon code bancaire — sachez qu’au Vietnam, on paye avant de se faire soigner. Si on n’a pas d’argent, on met la famille à contribution et les interventions médicales sont conditionnelles à un premier dépôt, même si on souffre beaucoup semble-t-il. Un Vietnamien rencontré ces derniers jours, qui a eu la jambe brisée par une voiture dont le chauffeur a fui les lieux sans demander son reste, m’a raconté avoir dû vendre sa maison et ses deux motos pour se faire soigner! Ma cliente, madame Nga – la dame dont la photo a réjoui plusieurs lecteurs avec son habit de ninja turquoise et ses talons aiguilles (voir l’article Vignettes huesques) et une collègue, Hiên, ont accouru à l’hôpital et y sont restées jusqu’à mon réveil après la chirurgie – elles ont d’ailleurs eu eu du mal à s’en remettre, les pauvres — je vous raconterai. Mes amis ont mis sur pied un groupe de soutien, relayant mes collègues pour venir tour à tour me visiter, m’apporter des douceurs, qui des fruits, qui une brosse à dents et du dentifrice (ça, c’est John : génial!), qui un livre, un magazine, une crème pour accélérer la cicatrisation, des repas… Même ma professeur de vietnamien et ma femme de ménage se sont présentées à mon chevet. Et les appels de ma famille et de mes amis du Québec… Tant d’attentions, tant de gentillesse! Je n’ai pas fini de digérer toutes ces marques d’amour : elles aussi laisseront des cicatrices, mais d’un autre ordre.

 Lâcher – prise

En attente d’une chirurgie d’urgence, je reçois un courriel : « Je suis à Séoul, j’arrive demain… J’ai tellement hâte! » Woooouuupssss !! Laconique, je réponds « Petit changement de programme : je me suis cassé le poignet. » Nous avions un itinéraire tellement réjouissant! Mon esprit perturbé essaie fébrilement de grappiller, de sauver les miettes : bien sûr, nous devrons annuler notre randonnée dans les grottes de Phong Na, mais peut-être pas la visite au parc de Bach Ma dans une semaine… Mais un seul regard aux angles saugrenus qu’empruntent mon poignet et mon petit doigt, une seconde d’attention à l’état général de choc et à la douleur que je ressens, et l’évidence se manifeste : il n’y aura ni grottes, ni cascades, ni randonnées spectaculaires. La grande vie, qui n’a de cesse de me surprendre par la… créativité des événements qu’elle sème sur nos parcours, en a décidé autrement. C’est à ce moment que s’est produit le premier d’une série de lâcher-prises, accompagné d’une réelle détente intérieure (entendons-nous bien : on parle ici d’une détente intérieure qui, quoique bien réelle, était temporaire. Les montagnes russes émotives marquent généralement beaucoup plus mon paysage intime que le détachement des sages et cette fameuse « joie qui demeure »). Il n’en reste pas moins que j’ai clairement senti un mouvement d’ouverture, comme si je m’inclinais devant plus grand que moi et me confiais à des forces qui me dépassent. Un grand soulagement a doucement déferlé en moi. Quoique véritablement désolée pour Suzanne et chagrinée de voir notre beau projet de voyage s’envoler en fumée, je me sentais bénie des dieux que ma sœur jumelle, la personne avec qui j’ai partagé le plus d’intimité au monde — pratiquement 24 heures par jour du sein de notre mère jusqu’à nos 18 ans en plus de toutes les années de compagnonnage qui ont suivi — arrive à mes côtés. Une expression lue il y a de nombreuses années me remue à chaque fois que je me la remémore : « Le hasard de l’homme est la précision de Dieu ». La Dame céleste de la pagode fatidique a donc depuis lors sérieusement repris du galon!

Suzanne

Je me permettrai ici un aparté sur la gémellité, face à laquelle je vis une sorte de crise existentielle depuis mon arrivée au Vietnam. Tout me paraissait clair jusqu’à ce que le Vietnam vienne embrouiller mes certitudes de bessonne. Je suis née 20 minutes avant Suzanne. L’Occident en entier s’entend pour dire que je suis la plus vieille des deux. Logique, non? En plus, j’avais quelques grammes de plus que bébé-Suzanne, ce qui confirmait mon statut d’aînée de la cellule gémellaire et de la « un peu plus grande sœur » des deux. Comme bien des jumeaux, je crois, nous fonctionnions aussi à la manière d’un couple. Suzanne assumait plutôt le rôle de la fille, plus conciliante, plus coquette, plus gratifiante en général pour les adultes et je jouais un rôle plus masculin, négociant avec l’environnement et confrontant l’autorité parentale à la conquête de faveurs, de nouvelles permissions et d’attention — une denrée rare dans une famille de neuf enfants nés en dix ans. Quand nous portions des vêtements de couleurs différentes, j’héritais tout naturellement du bleu et Suzanne du rose. J’ai ainsi occupé une position de domination qui a subsisté bien des années et dont Suzanne a souffert, comme j’ai souffert de mon côté d’être moins populaire qu’elle. Plus je vieillis, plus je constate à quel point nos enfances et nos dynamiques familiales nous ont façonnés et marquent profondément nos inconscients et nos destins. Il y a un côté absolument magnifique à la gémellité. Suzanne et moi avons été des compagnes extraordinaires, d’une solidarité inébranlable qui subsiste à la vie, à la mort. Mais les défis identitaires sont importants lorsque pendant des années, on n’a pas vraiment eu de pronom personnel dans la famille, car il était trop ardu de nous distinguer. Sauf pour notre mère et notre sœur aînée, on nous appelait simplement « Jumelle ». La relation entre Suzanne et moi n’a donc pas toujours été un jardin de roses, loin de là. Il y a eu des confrontations épiques, nous nous sommes allègrement blessées l’une l’autre en réaction à nos attentes mutuelles forcément déçues. Je crois fondamentalement qu’il y a là un passage obligé et qu’il s’agit du prix d’authenticité à payer pour pouvoir accéder à sa propre identité à part entière et pour finalement arriver à avoir une véritable relation avec l’autre. Même s’ils fascinent les foules, je me sens toujours mal à l’aise devant des jumeaux-jumelles adultes que je qualifie de non séparés, vêtus et coiffés de la même façon et vivant dans ce que j’appelle la guimauve fusionnelle.

Quand je parle à mes amis vietnamiens de ma sœur jumelle, ils me demandent toujours, dans leur obsession de l’âge : « C’est ta grande ou ta petite sœur? », ce qui a  l’heur de m’interloquer. En fait — et on n’en démord pas — on considère ici que le bébé né le dernier est le plus vieux, car il a veillé à ce que le plus petit réussisse d’abord sa sortie avant de se pointer. Alors ça!! L’air de rien, ça change ma perception de moi-même!

Suzanne a dormi dans ma chambre d’hôpital pendant une semaine, puis m’a généreusement invitée dans un petit hôtel en bord de mer, pendant deux jours de douceur, de repos, de longues marches régénérantes. Elle a joué le rôle de ma mère, de mon garde du corps, de mon directeur général et de pourvoyeuse d’attention et de douceurs de toutes sortes. Nous avons ri parfois à gorge déployée, j’ai sangloté dans ses bras. Finalement, peu m’importe nos rangs respectifs dans la fratrie : Suzanne et moi avons renoué avec un niveau d’intimité et de proximité que je croyais à jamais perdu. Parmi les nombreux cadeaux que je rapporte du Vietnam, celui-ci figure certainement au palmarès des plus précieux.

De la qualité des lieux et des soins

Malgré  mes craintes et mes préjugés, j’ai été très bien soignée avec professionnalisme, égards et compétence, tant par les ambulanciers, par l’équipe d’orthopédie, par les infirmières, les préposées que le physiothérapeute. Mentionnons tout de même qu’en tant que foreigner, on m’a tout de suite emmenée à l’hôpital international de Hué, de loin le meilleur dans la région, et que la plupart des spécialistes qui y travaillent ont étudié à l’étranger. J’étais logée dans une immense chambre, ou plutôt une suite, avec télé, frigo, lit d’invité et coin salon. Voyez plutôt :

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Semble-t-il qu’on essaie autant que possible d’attribuer des chambres individuelles aux étrangers, car il n’est pas rare qu’un malade vietnamien ait jusqu’à 50 visiteurs à la fois, certains n’hésitant pas à s’asseoir sur votre lit!

Ah! Il faut savoir aussi qu’on  ne sert pas de repas dans les hôpitaux vietnamiens. La famille les apporte ou le patient  se déplace à la cantine de l’établissement. Un ami m’a ainsi raconté qu’à l’hôpital central de Hué, les familles apportent régulièrement tout ce qu’il faut pour cuisiner dans le couloir.

Matière à rigoler

Trois trucs nous ont bien fait rigoler, Suzanne et moi.

D’abord, malgré cette immense chambre dans un hôpital dernier cri, la sonnette d’urgence m’était complètement inaccessible! Le bouton se trouvait sur le mur derrière le lit, non seulement du côté de mon bras blessé, mais plus bas que la tête de lit, si bien que même Suzanne n’arrivait pas à l’atteindre. Deuxièmement, le lendemain de la chirurgie, une infirmière est venue me dire que je devrais verrouiller ma porte de chambre pendant la nuit pour éviter les vols. Or, je ne tenais pas encore seule sur mes deux jambes et j’étais dans l’impossibilité de signaler une urgence de mon lit… qu’aurais-je fait sans ma sœur?

Enfin, Suzanne a eu quelques fois à se rendre au poste de garde pour demander certaines choses pendant la nuit ou à l’heure de la sacro-sainte sieste… Or, tout le personnel dormait à poings fermés! Elle devait les réveiller. Ils obtempéraient sans mot dire, les yeux plissés de sommeil et entre deux bâillements, avant de replonger dans les bras de Morphée!

De la pudeur

Inutile de dire que la journée suivant ma chirurgie, je n’avais pas encore recouvré toutes mes facultés. Il y avait beaucoup de circulation dans la chambre, de formalités à traiter avec l’assureur canadien, de personnel médical qui passait. Madame Nga a eu la bonne idée de demander à l’infirmière de collège où je travaille de venir me laver. En effet, même si on nettoie les planchers deux fois par jour dans les chambres et les couloirs des hôpitaux, on ne lave pas les patients au Vietnam! Qui se charge de cette tâche? Bien sûr, vous l’aurez deviné :  les familles! Suzanne n’étant pas encore arrivée — non pas que je souhaitais que ma sœurfasse ma toilette, quelle horreur! – Madame Nga avait pris cette heureuse initiative. Vous aurez peut-être aussi remarqué qu’il n’y avait pas de petit rideau vert pâle autour du lit, comme chez nous…

L’infirmière arrive donc. Elle prépare tout ce qu’il faut, puis commence à me dévêtir. Je m’attendais à ce que Madame Nga, accompagnée à ce moment-là de ma collègue Hiên, sorte pudiquement de la chambre pendant que l’infirmière s’exécuterait. Que non! Au contraire, elles se mettent à participer à l’exercice tout en devisant comme si de rien n’était. Et voilà l’infirmière, aidée de ma cliente et de ma collègue, qui me savonnent, me rincent et me sèchent… intégralement, parties intimes –  je dirais même très intimes — y compris!! Et je n’ai pas réagi! Rien! Je ne sais pas ce que mon expression faciale révélait à ce moment, mais j’étais en totale dissonance cognitive, incapable de la moindre parole, me laissant docilement faire tout en me disant : « Mais qu’est-ce qui est en train d’arriver??? » Et tout avait l’air si naturel pour elles!

Le lendemain, je leur ai expliqué à toutes deux que ce qui s’était passé était très surprenant et même contre-culturel pour moi, ce à quoi elles ont rétorqué : « Mais c’est  tout naturel, nous sommes des sœurs! » N’empêche que quand je vais me retrouver en rencontre d’affaire avec Nga, je vais devoir faire un effort pour rayer ce souvenir de mes pensées!

Un frisson vient de me traverser l’échine en écrivant ces lignes : la porte de ma chambre n’était même pas verrouillée!

De la douleur 

Oui, j’ai été bien soignée. Dans toute cette saga, le plus difficile a été de composer avec la douleur physique  au cours des premières 48 heures. À ce chapitre, le Vietnam se situe là où était le Québec il y a 30 ans. On se méfie énormément de la morphine et on n’administre des opiacés qu’en situation extrême. Spontanément, mes amis et collègues vietnamiens affirment que la morphine n’est pas bonne pour la santé. Je comprenais qu’on ne pouvait me donner de médicaments en attendant la chirurgie, qui a eu lieu à 19 h, c’est-à-dire plus de huit heures après l’accident. Mais le réveil postopératoire a été violent. On ne m’avait administré aucun médicament antidouleur. Nga et Hiên étaient à mes côtés, mais je ne m’en suis pas rendu compte. Je ne contrôlais pas mes hurlements. Ma stratégie a consisté à crier jusqu’à ce qu’on m’endorme à nouveau ou qu’on fasse disparaître cette douleur insoutenable. Cela a été efficace, mais a valu à Nga un épisode d’insomnie.

Le lendemain, j’ai demandé à plusieurs reprises si on m’administrait des  antidouleurs. On me répondait par l’affirmative, mais vérification faite sur internet, j’ai réalisé que ce qu’on me donnait soulageait les douleurs « légères à modérées ». J’ai intensifié la demande jusqu’à ce qu’on finisse par m’installer une « pompe à morphine ». Ma vie a changé en l’espace de 30 minutes.

Quelle expérience que de sentir que le corps souffrir, de tenter de ne pas se laisser totalement envahir par la douleur, de laisser la douleur être ce qu’elle est. J’ai encore beaucoup de croûtes à manger à ce chapitre, d’autant plus que ma main gauche me fait encore souffrir. Et ce n’est tout de même qu’une main… et il y a tant et tant de gens pour qui la douleur physique est le lot quotidien…

C’est donc dire que des milliers de malades, enfants et vieillards y compris, endurent ici de cruelles souffrances inutiles au nom de croyances du passé. Autres lieux, autres mœurs : je lisais hier un article sur le sujet disant qu’au Canada, nous étions en train de verser dans l’excès contraire, créant fréquemment de destructrices dépendances aux opiacés…

De la confrontation avec le conducteur de la moto et de la police

Le lendemain de ma chirurgie, au cours de la matinée, je vois entrer dans ma chambre un jeune couple et un homme dans la jeune cinquantaine. Incrédule, je reconnais chez le jeune homme, qui porte la même chemise que la veille… celui qui m’a frappée avec sa moto! Son père me demande de pardonner à la famille. Sur le coup, je suis touchée jusqu’à ce que le jeune, me tendant un sac de fruits, me demande — c’est Nga qui traduisait pour moi — d’alléger la version que je donnerai à la police, pour le protéger. Tout cela dépasse mon entendement et je me sens tout à fait incapable de faire face à cette situation. Je leur demande de partir. J’apprendrai plus tard que des passants outrés de ce dont ils avaient été témoins ont relevé le numéro de plaque de la moto et l’ont transmis à la police, et que la famille du jeune homme a pratiquement remué ciel et terre pour me retrouver. Je sens Nga quelque peu perturbée par mon attitude. Elle m’explique que le jeune homme a probablement très peur d’aller en prison et qu’il souhaite négocier avec moi. Mais… que puis-je dire d’autre que ce qui est arrivé? Que je roulais dans la mauvaise voie? Qu’il m’a soudain pris l’idée de me frapper moi-même le poignet sur la chaussée? À aucun prix je ne veux mentir ni donner à la police une autre version que celle que j’ai déjà donnée à la compagnie qui m’assure au Vietnam. Et ce n’est pas tout : le lendemain, ils arrivent à six, avec les grands-parents et ce qui ressemble à un repas au complet! Encore là, j’essaie de leur dire que je ne souhaite pas leur présence maintenant. Suzanne prend charge de la situation et demande fermement à mes amis vietnamiens d’expliquer à la famille que ce comportement est inapproprié dans notre culture. Tout cela me trouble, me peine. Je n’ai pas intérêt à envoyer ce jeune en prison ni à gâcher sa vie, mais je n’ai pas l’énergie requise pour cette conversation. Le jeune homme et son épouse sont revenus une troisième fois, alors que j’étais seule dans ma chambre. Encore une fois, je n’ai pas pu leur parler et leur ai demandé poliment de partir.

J’ai appris par ailleurs que ce genre de comportement est assez fréquent. En fait, dès ma sortie d’hôpital, j’ai été convoquée au commissariat de police en même temps que l’autre femme qui avait été blessée et que ce jeune homme. Mon amie Thu m’a servi d’interprète pour une rencontre qui a duré… quatre heures! L’objectif consistait à établir la responsabilité de l’accident et à décider de la punition, sur place. Pas d’avocat, pas d’enquête, rien! Trois heures interminables à obtenir la version de chacun et à remplir d’innombrables formulaires ont établi que le jeune homme était responsable à 100 % de l’accident. Le policier, qui, contre toute attente pour moi, était fort sympathique, m’a expliqué que le jeune homme est un pauvre ouvrier — il livrait des blocs de béton au moment de l’accident –  et que son épouse attend leur premier enfant. J’ai décidé de ne pas négocier. La compagnie d’assurance avait déjà payé tous les frais médicaux. J’ai dit au jeune homme que j’accepterais la somme qu’il m’offrirait. J’avais compris qu’il fallait que j’accepte quelque chose pour lui permettre de regagner une certaine dignité et qu’il soit officiellement puni. Il m’a présenté des excuses formelles, que j’ai acceptées, puis il m’a donné 150 $. Je lui ai demandé de conduire prudemment et ai remis à son épouse un petit montant d’argent pour qu’elle achète un cadeau pour le bébé. Affaire classée. Il me restera à récupérer Georges, à le faire réparer et à le vendre, mais… c’est une autre histoire!

De la tendresse de la vulnérabilité

C’est dans un ouvrage intitulé Quand tout s’effondre — Conseils d’une amie pour des temps difficiles, de Pema Chodron, que j’ai pour la première fois été exposée à ce concept.  Nonne bouddhiste, enseignante et auteure prolifique,  Pema Chodron invite le lecteur en situation difficile ou de détresse à connecter à l’océan de tendresse qu’ouvre la vulnérabilité plutôt que de se durcir intérieurement, en se reliant à l’aspect profondément humain de cette vulnérabilité que partagent des millions d’êtres. Je pressentais que ce nouveau lien que je n’aurais jamais fait entre vulnérabilité et tendresse ouvrait tout un monde de possibilités qui m’intéressait mille fois plus que la position de victime ou la colère.

Au cours de ces deux dernières semaines, j’ai senti cette tendresse. Plus encore, cette expérience a un impact profond sur rien de moins que ma perception du monde. Les circonstances de mon existence d’enfant non désirée par des parents non pas mal intentionnés, mais fatigués et stressés, victimes d’un contexte social et religieux arriéré, ont fixé en moi l’idée que le monde est fondamentalement hostile. Le travail d’érosion de cette position de fond avait commencé depuis quelques années et s’est intensifié depuis mon arrivée au Vietnam, mais quelque chose s’est cristallisé avec cet accident et ce qui l’a entouré. J’ai tellement, tellement reçu d’amour, de marques d’amitié et de solidarité, je me suis sentie tellement entourée, portée par mes amis et collègues d’ici et du Québec et par ma famille! Jamais je ne pourrai oublier cela : je me sens marquée, changée à jamais. Je ne prétends pas que tout est rose et que j’accepte avec sérénité toutes les conséquences de cet accident : il réduit sensiblement mes possibilités d’activités et de mobilité pour les prochains mois et j’ai toute une rééducation de la main à faire avec la crainte de me retrouver avec certaines limitations permanentes. Je n’ai évidemment pas encore vraiment digéré tout cela et la douleur me donne encore du fil à retordre. Mais… Je me sens aimée, pleine de gratitude.

À peine une semaine après l’accident, je prenais une longue marche sur la magnifique plage de Lang Co, au sud de Hué, grisée par la majesté du lieu, la douceur du vent et par la joie de sentir mon corps bouger à nouveau après cet épisode d’immobilisation. Je revoyais la semaine avec ses hauts et ses bas, la peur, la douleur et la beauté, tous ces visages, toutes ces voix et ces mots de réconfort. Je me suis tournée face à la mer et a monté en moi cette intention, nette et forte : quoique l’existence me réserve, je veux le goûter, le prendre, en découvrir les trésors cachés et le vivre le plus ouvertement possible.

Souvenirs du Vietnam

Le Vietnam fera désormais partie de moi. Je n’en demandais pas tant, mais il s’est invité dans ma chair et risque peut-être même de me causer des problèmes aux contrôles de sécurité des aéroports.

Voici donc cet ajout à mon identité corporelle…

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Je reprendrai le travail dès la semaine prochaine et entamerai la phase « publique » de mon mandat, dans le sens que je serai amenée à me déplacer dans trois régions du pays pour y former des intervenants de différentes institutions. Et, ô joie, j’aurai la visite de ma fille à la mi-juin pour, je l’espère, une virée plus conventionnelle qu’avec Suzanne.

À bientôt!

Christiane

Le 15 mai 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Vignettes huesques

Bien le bonjour à vous !

Me voilà en situation post-inondation, un disque dur plus tard — celui de mon ordinateur a complètement crashé il y a une semaine, ce qui m’a fait vivre de nombreuses émotions (aller dans un atelier de réparation de portable avec Google Translate comme interprète est une expérience — unique !). Tout va bien maintenant, je goûte à la quiétude de ma demeure et à l’efficacité de mon ordi. Un autre ange s’ajoute ainsi à mon panthéon : mon technicien en informatique de Montréal, Jean-François Ménard, qui m’a aidée à distance avec une efficacité, une patience et une gentillesse infinies. Que sommes-nous sans nos bidules électroniques ? Je vous le demande…

Je vous décrirai aujourd’hui, pêle-mêle, un ou deux aspects de la réalité huesque et vietnamienne ainsi que quelques anecdotes liées à la vie quotidienne, pour vous faire goûter un peu de l’âme vietnamienne — on n’a peur de rien ici au niveau de l’ambition littéraire ! – et pour le simple plaisir de partager mes découvertes.

Le scooter à Hué et… au féminin !

Il est omniprésent ! Je l’adore, il m’ouvre des horizons nouveaux, mais…  me sidère parfois et me fait souvent peur. Je me déplace maintenant quand et où je veux avec, je l’avoue, une certaine fierté. Il est difficile de décrire la quantité de scooters qu’il y a ici. Disons simplement que parfois, devant ce qui ressemble  à un véritable rideau d’engins vrombissants devant soi à une intersection, il me faut prendre un grand respir avant de me lancer dans la mêlée, car de véritable mêlée il s’agit ! La présence dans le moment présent essentielle sous peine de menace mortelle.

Voici un aperçu de ce à quoi ressemble une intersection à l’heure de pointe :

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Ou encore le stationnement du seul grand magasin d’Hué, le vénérable Big C : des scooters presque à perte de vue !

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Ici, on conduit avec des charges incroyables. En campagne, l’autre jour, alors que j’allais à la mer, j’ai dépassé un scooter pas plus gros que le mien qui transportait, fixé au siège derrière le conducteur, un énorme cylindre fait de ce qui ressemblait à de la broche de poulailler dans lequel il y avait… un gros porc  bien vivant, le pauvre. Oui-oui ! C’était bien un gros cochon bien rose. J’étais sidérée.

Sur leur scooter, les gens transportent de tout : de gros tuyaux sur leurs épaules, leur commerce ambulant en entier (fabrique de pain ou cuisine de rue), des charges monstrueuses et parfois 3 enfants sans casques, pas attachés. L’enfant, lorsqu’il est seul avec le parent, est souvent debout, entre le siège et le guidon. Voici la version vietnamienne du siège de scooter pour bébé. Remarquez l’attache : souci évident de sécurité !

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En toute circonstance, les femmes vietnamiennes protègent très jalousement leur peau du soleil, pour s’assurer de conserver toute leur vie durant un teint bien blanc, le plus laiteux possible. La peau foncée n’a vraiment pas bonne presse ici. Les femmes font donc en sorte que pas un seul centimètre carré de leur précieux épiderme ne soit exposé au soleil, dès que se pointe le moindre de ses rayons. Voici de quelle façon ma collègue Anh se couvre dès qu’elle met le nez au soleil :

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Le masque, omniprésent, mais… pas chez les enfants, tout comme le casque d’ailleurs — cherchez l’erreur…

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La veste : ne perdez pas de vue que toute l’opération se déroule dans une chaleur étouffante. Remarquez que même les mains sont couvertes…

Puis la jupe à velcro :

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Le résultat final :

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À noter — j’en ai été témoin — qu’Anh n’hésite pas le moins du monde à répéter l’exercice à chaque fois qu’elle va  l’extérieur, ne serait-ce que pour se déplacer de 2 coins de rue.

Il existe des variations intéressantes de cet attirail… Voyez plutôt Katie, ma prof de vietnamien : joli comme couvre-chef,  n’est-ce pas ?

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Enfin, voici ma tenue préférée. Ma cliente, madame Nga, a accepté avec générosité de poser avec ce qu’elle appelle son « habit de ninja ». Irrésistible, non ?

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Comment trouvez-vous l’accord « habit de ninja — chaussures » ?

Le bruit

Difficile ici de ne pas faire de généralités. Je ne cesse de me surprendre de la quantité de décibels que génèrent les Vietnamiens. Ouf !

D’abord la parole. On parle F-O-R-T ici, très fort, très très fort ! Au début, j’avais l’impression que les gens qui m’entouraient étaient tout le temps fâchés. Anh, ma collègue, toute menue qu’elle soit, a un ton de voix inverse à son gabarit. Et les gens n’hésitent pas à s’interpeller à distance, parfois de très loin. Imaginez un groupe d’hommes dans un restaurant, après qu’ils aient bu quelques bières…

J’ai assisté à 4 reprises à des événements officiels — au Collège ou ailleurs. Si on vous invite à un tel événement, préparez-vous ! Les animateurs crient littéralement dans les micros. Et personne ne semble le moins du monde incommodé…

Il y a environ 15 jours, j’ai été invitée à un repas de famille chez ma propriétaire, très heureuse d’avoir loué sa maison à une foreigner. Vous ai-je dit que la nourriture ici est exquise ? C’était absolument délicieux, raffiné, surprenant, goûteux, d’une variété incroyable. Évidemment, tout était frais du jour. Je n’arrive pas à comprendre comment on peut si bien faire à manger au quotidien. Par ailleurs… le bruit mes amis… bonne mère de bonne mère !!!

Détail touchant : ma propriétaire, qui  sait que j’ai un piano, avait mis à jouer sur son gigantesque système de télé des sonates de Beethoven… à tue-tête ! Je sais qu’elle voulait me faire plaisir et qu’il s’agit là d’une attention délicate de sa part, mais à plusieurs reprises pendant le repas, je me suis demandé s’il n’y avait pas moyen de subtiliser la télécommande pour discrètement faire en sorte que notre beau Ludwig se fasse plus discret. En vain… Qui plus est, son fils d’environ 7 ans a passé tout le repas à jouer sur sa tablette à un jeu vidéo de guerre évidemment très bruyant (sirènes d’urgence… Boum ! Paff ! VVVuittt !! Crash !!!) juste à côté de la table, encore là dans l’indifférence et la bonhomie totales de la tablée. Toute pleine d’appréciation que j’étais pour les marques d’attention dont je faisais l’objet, je me suis éclipsée aussitôt que j’ai pu  après le repas…

Le toast

Au Québec, on porte généralement un toast au début du repas pour souligner l’occasion qui nous rassemble. J’ai mis un certain à décoder la chose ici, suffisamment pour me rendre compte que j’ai de nombreux impairs à mon actif.

Quand on mange à plusieurs dans un endroit public, on porte un toast… toutes les 30 secondes !!! Oui-oui : je dis bien « toutes les 30 secondes » ! Ça n’arrête pas ! Très étonnant, un peu déstabilisant au début…  Ce que j’ai mis une éternité à comprendre, c’est que nul n’est censé boire entre les toasts. Ça change la donne, ça, les amis !

On m’a expliqué que cette pratique sociale trouve sa source dans le fait que lorsqu’ils sortent au resto, les Vietnamiens partagent l’addition à la fin du repas. Le fait de ne boire que lorsqu’ils trinquent fait en sorte qu’aucun des convives ne consomme plus que les autres. J’ai donc été bien impolie à quelques reprises, je le vois maintenant. J’en rougis en rétrospective…

En plus, j’ai appris qu’il y a une façon de trinquer, et pas n’importe laquelle ! Si je trinque avec vous en plaçant mon verre à la même hauteur que le vôtre, je signifie ainsi que je me considère votre égale. Lorsqu’ils trinquent avec le recteur du Collège où je travaille, les professeurs s’assurent toujours que leur verre soit quelques centimètres plus bas que celui du vénérable dirigeant. Je me demande même avec horreur s’il ne m’est pas arrivé de placer mon verre… au-dessus de celui du recteur !!! Shame on me !

Les salaires et la famille

Les salaires sont ridiculement bas au Vietnam. Bien sûr, le coût de la vie diffère du nôtre, mais… quand même ! Ma jeune collègue Ngan, qui a tout de même un baccalauréat en journalisme, gagne un peu plus de 100 $ par mois. Un professeur au Collège en gagne 200 $. Pour vous situer, la location de ma maison me coûte 450 $ par mois. Impossible donc, pour le Vietnamien moyen, de vivre à l’occidentale avec son seul salaire, c’est-à-dire d’avoir son propre lieu, son scooter et ce qu’il faut pour vivre au quotidien. Résultat, ou plutôt constat : les Vietnamiens vivent en famille, à plusieurs. À plusieurs, vraiment. Ils gèrent leurs finances de façon très serrée, ce qui fait qu’ils ont une capacité étonnante à économiser malgré des salaires de misère.

La famille exerce un énorme contrôle dans la vie des gens. Je ne prétends pas ici connaître l’ensemble de la culture et des mœurs vietnamiennes : ne perdons pas de vue que je vis dans une petite ville somme toute très traditionnelle. Il en va peut-être autrement à Hanoï et à Saïgon, mais à Hué, on vit chez ses parents jusqu’à son mariage. Si on ne se marie pas, on reste avec ses parents… jusqu’à ce qu’ils meurent ! Un veuf ou une veuve retourne chez ses parents… avec ses propres enfants. Et une jeune fille qui se marie va automatiquement vivre chez ses beaux-parents.  Quand j’ai demandé à Madame Nga — la dame à l’habit de Ninja qui a la cinquantaine et 2 enfants — si elle était allée vivre chez ses beaux-parents après son mariage, elle m’a répondu avec un grand cri du cœur : « Oui ! J’ai souffert pendant 11 ans ! Comme mon mari est l’aîné de sa famille, j’ai dû servir toute ma belle famille (y compris les fils, les brus et enfants autres que les miens) pendant tout ce temps ! » Même son mari ne supportait plus l’absence d’intimité après 11 ans. Il a donc passé le flambeau à un autre frère — surtout à une autre bru — et fait construire leur propre maison familiale.

Si j’invite ma collègue Ngan à manger, elle doit demander la permission à sa mère. Comme elle se marie en décembre, il est clair qu’elle ira vivre dans sa belle famille, ce qui l’inquiète beaucoup, car la relation n’est pas toujours évidente avec eux. Il est bien sûr impensable pour un jeune couple de même envisager la possibilité de passer une nuit ensemble avant la cérémonie du mariage — sur laquelle je reviendrai dans un autre article.

Bien sûr, toute situation a son concave et son concave. L’Occidentale que je suis réagit à ce que je perçois comme le carcan familial. Par ailleurs, l’entraide est admirable entre membres d’une même famille et entre voisins. Les parents se montrent très généreux envers les jeunes couples qui se marient. Ceux qui ne suivent pas cette voie, ou qui sont homosexuels, ne bénéficient évidemment pas des mêmes privilèges…

Petits moments agréables

J’aimerais vous parler du bouddhisme ici, et de ce que vit une autre jeune fille de mon entourage à l’approche de son mariage, mais ce sera pour une prochaine. Je réalise que j’ai très peu parlé de moi dans cet article, peut-être parce que je l’ai tellement fait dans l’article précédent. Je vous dirai simplement que je suis encore ravie d’être ici et que je ne cesse de me féliciter d’avoir fait ce choix un peu singulier à cette étape de mon existence. J’ai déjà une vie sociale riche et de belles amitiés, bien sûr davantage parmi les « expatriés » à cause de la barrière linguistique.

Je vous présente mon ami Rodrigo, qui vit à Da Nang. Nous voici ensemble, lors de son escapade à Hué.

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Avec Rodrigo, j’ai aussi fait une magnifique randonnée aux environs de Da Nang, avec baignade en mer en bonus !

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À la fin de cette randonnée particulièrement exigeante, nous revenions en ville en essayant d’apercevoir les fameux singes de Da Nang dont les guides touristiques signalent l’existence. Pas le moindre macaque à l’horizon. Puis nous avons vu au bord de la route des hommes équipés d’appareils photographiques avec d’énormes lentilles. Un de ces hommes nous a aidés à repérer les singes et nous avons pu en voir plusieurs. Ils sont très surprenants, car ils sont assez grands — je dirais qu’ils font au moins un mètre sinon plus —, qu’ils ont 5 couleurs et une très longue queue toute blanche. En voici quelques exemplaires que notre photographe passionné nous a fait parvenir. Ils sont magnifiques.

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Enfin, je partagerai avec vous un peu de la saveur de la fête de pendaison de crémaillère de ma nouvelle maison, qui fut fort joyeuse !

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De dos, Victoria,  jeune Française  venue étudier la médecine traditionnelle vietnamienne pendant 1 an. À sa gauche, John, homme d’affaires venu prendre sa retraite ici pour créer de l’emploi et aider des jeunes à partir leur propre entreprise. Ana, prof d’anglais portugaise. Michael, un invité australien de John et Katja, jeune Slovène de 27 ans, spécialiste des changements climatiques,  qui m’a présenté à plusieurs nouveaux amis et qui parle… 8 langues !

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À droite de Katja, Andréa, une Allemande qui vit ici depuis 16 ans et qui fait de la restauration de monuments historiques, son conjoint Léopold le charmant, retraité français et peintre, puis William, dynamique prof d’anglais qui vient de… Saint-Norbert d’Arthabaska !!!

Manquent malheureusement sur cette photo mes 2 invitées vietnamiennes : Katia, ma prof de vietnamien (blonde de William) et Thu, guide touristique hors des sentiers battus.

Voilà donc pour aujourd’hui, amis et lecteurs. Je vous remercie de votre présence, de vos commentaires, de vos ondes positives bref, de votre soutien bienveillant.

Au plaisir.

Christiane