De Quinn à Quyen – La réconciliation

La rencontre

Je vous présente mon nouvel ami et collègue, Quyen. Je crois que vous ne pourrez faire autrement que de craquer, comme moi,  pour cet homme chaleureux, immensément ouvert et généreux, et tellement vivant, vibrant. La première fois que je l’ai rencontré en mars dernier à Da Nang lors d’une réunion de tous les bénévoles de l’Entraide universitaire mondiale canadienne au Vietnam, il venait tout juste d’entrer en fonction à Hanoï, dans le cadre d’un mandat d’un an. Dans son équipe lors d’un jeu brise-glace déjanté et hilarant, puis assise à ses côtés au resto le lendemain, je sentais une grande énergie vitale émerger de lui. Était-ce à cause de son regard si intense ou de son rire tonitruant, surprenant et tellement communicatif ? J’ai tout de suite senti chez Quyen une densité particulière, mais pas du tout lourde. Au contraire, c’était comme le rayonnement d’une personne qui embrasse pleinement la vie, la savoure avec une joie profonde et une curiosité émerveillée. Ma sympathie lui a été acquise sur-le-champ.

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Quand il y a quelques semaines, je lui ai proposé ainsi qu’à Laurence, une autre collègue de Hanoï dont j’avais particulièrement apprécié la compagnie à Da Nang, de faire une virée de trois jours en moto dans les montagnes du nord du pays, tous deux ont accepté avec enthousiasme, pour ma plus grande joie. J’arrive tout juste de cette escapade mémorable, la tête et le cœur remplis d’images grandioses de ces contrées encore relativement peu visitées, mais aussi de l’histoire de vie de Quyen, qu’il m’a fait l’immense privilège de me dévoiler. Nos échanges ont pu s’approfondir à Hanoï puisqu’il m’a généreusement hébergée chez lui quelques jours. C’est avec, je l’espère, respect et délicatesse que je m’apprête à partager avec vous ce parcours de vie tout à fait extraordinaire. Bien sûr, tout ce que vous lirez ici a reçu l’aval de Quyen.

La petite enfance

Cadet d’une famille de 10 enfants, Quyen est né dans un village des environs de Hanoï il y a de cela 49 ans, en pleine guerre avec les États-Unis. Orpheline et analphabète, sa mère travaillait comme domestique dans une famille chinoise dont elle a épousé le fils. Quyen ne sait que peu de choses de sa petite enfance et n’en conserve que quelques bribes, dont la joie est exclue. Comme ils étaient dans l’impossibilité de nourrir une autre bouche, les parents de Quyen on dû donner leur premier enfant, un garçon, en adoption. Quyen se souvient vaguement qu’il fallait se mettre à l’abri pendant les bombardements. Puis la famille a déménagé à Hanoï, pour une raison qu’il ne connaît pas, entassée dans une seule pièce au-dessus de laquelle il y avait un grenier. Plusieurs familles nucléaires appartenant au même clan avaient investi cette ruelle, dans laquelle jouaient les enfants nus. Comme Quyen me l’a fait remarquer, le Vietnam en entier vivait alors dans un extrême dénuement, sauf peut-être Saïgon, future Ho-Chi-Minh-Ville, qui bénéficiait des largesses des États-Uniens. Il n’y avait bien sûr ni eau ni électricité — mentionnons au passage que pendant l’hiver à Hanoï, il fait très froid ! La ruelle au complet partageait un puits, une cuisine commune dans laquelle on cuisinait au bois, et une toilette qui se résumait à… un trou dans le sol. Tous ont connu le rationnement strict et la faim, avec la soupe composée essentiellement des restants de riz du repas précédent collés au fond de la marmite. Une petite tranche de melon constituait le seul et rare dessert de choix.

Le silence de la guerre

Ayant épousé un Normand, j’ai beaucoup visité la France et ai été souvent très étonnée qu’on y parle encore tant de la Deuxième Guerre mondiale. On sentait clairement le traumatisme qu’avait subi le pays dans son entier, chaque famille ayant ses histoires, ses morts, ses souvenirs traumatisants. Depuis mon arrivée au Vietnam en septembre dernier, je n’ai pratiquement jamais entendu parler de la guerre qui s’est pourtant terminée en 1975… non pas en 1945 ! On me le confirme constamment : les Vietnamiens refusent de regarder derrière et de parler de la guerre. Ils détestent s’apitoyer sur leur sort et ne veulent qu’une chose : tourner la page et aller de l’avant. La ville où j’habite a pratiquement été détruite en 1968, lors du siège le plus cruel et le plus meurtrier de toute la guerre du Vietnam. J’avais commencé à lire sur le sujet l’ouvrage de John Laurence, correspondant états-unien ayant couvert toute la guerre – The Cat from Hué (Le chat de Hué) – mais j’ai interrompu ma lecture tant je la trouvais pénible. Son auteur y décrit la destruction systématique de la ville, quasi maison par maison, et les cadavres qui jonchaient en grand nombre la rue Lê Loi, que j’emprunte quotidiennement. John Laurence était convaincu que jamais cette ville ne pourrait être reconstruite, tant sa désolation était atroce. Or, plus rien ne paraît aujourd’hui. Souvent, quand j’observe ces vieux tout voûtés ou ces très vieilles dames qui déambulent lentement les mains dans le dos, la cigarette collée à la lèvre inférieure, je me demande ce que renferme leur mémoire dont le contenu les accompagnera probablement dans la tombe. Le père de Quyen a été mobilisé pendant quelques années. Bien sûr, il n’a soufflé mot à personne de cet épisode de son existence.

Jusqu’à avril dernier, je suivais des cours de vietnamien à l’université de Hué qui, pendant la guerre, servait de base à l’armée américaine et d’où partaient les bombardements quotidiens qui pilonnaient sans merci le quartier de la Citadelle. J’avoue qu’un grand frisson m’a parcourue la première fois que je me suis rendue dans ces beaux bâtiments modernes du 10, rue Lê Loi.

La fuite des boat people

Les Vietnamiens n’aiment pas les Chinois. Les Hoas en particulier, ethnie à laquelle appartenait le père de Quyen, on pratiquement fait l’objet d’un « nettoyage ethnique »  à la fin des années 70, après la guerre. Reconnus pour leur habileté en affaires, les Hoas habitaient surtout le sud du Vietnam, aux environs de Saïgon. Ils ont été expulsés du pays après que leurs biens et leurs entreprises leur aient été confisqués. Le père de Quyen a fui le pays en train pour rejoindre sa famille en Chine avec quatre des enfants. Deux des filles aînées en âge de se marier, dont une habite toujours la demeure familiale maintenant construite en hauteur, ont choisi de rester à Hanoï. La mère et trois des garçons sont montés à bord d’une petite embarcation flottant à peine, dans laquelle s’entassaient péniblement environ 100 personnes. Ces bateaux dont nous avons entendu parler à profusion et qui ont frappé notre imaginaire n’appartenaient pas tout à des malfrats. La propriétaire de celui dans lequel a pris place la famille Dam se trouvait elle-même dans l’embarcation, et une des sœurs de Quyen était fiancée avec le frère du capitaine. Les passagers n’ont donc pas été arnaqués  – ou pire encore, jetés à la mer — comme tant d’autres. Bien sûr, il y avait très peu de nourriture et d’eau. Quyen se souvient qu’il y avait à peine de la place pour bouger et que les gens devaient dormir carrément empilés les uns sur les autres, en étages. On peut imaginer les conditions d’hygiène dans de telles circonstances. Lors d’une tempête terrifiante lors de laquelle tous les passagers ont été violemment malades, le bateau a été rescapé par un cargo jusqu’à ce que la mer se calme, puis remis en mer. Au moment du sauvetage, Quyen était tellement paralysé par la peur que sa mère a dû déplier un à un ses doigts par lesquels il s’accrochait au rebord du bateau. Outre les graves privations qu’ils subissaient et les conditions affreuses dans lesquelles ils se trouvaient, tous étaient hantés par la peur viscérale des pirates, qui ont commis d’innommables horreurs auprès des boat people. Finalement, l’embarcation a atteint les rives de la Chine, où elle a été stationnée plusieurs jours. La mère de Quyen a réussi à joindre son mari, qui s’est aussi embarqué sur un bateau avec les quatre enfants qui l’accompagnaient. Les deux bateaux ont finalement atteint Hong Kong, où ils ont dû faire la queue parmi les autres arrivants pendant plusieurs jours. Les autorités de l’île étaient dépassées par l’ampleur du nombre d’arrivants. Les premiers réfugiés ont pu intégrer directement la société, avoir accès à des emplois et à l’école pour les enfants, mais le point de saturation de l’intégration a rapidement été atteint. La famille de Quyen a été dirigée vers un camp de réfugiés dans un édifice en hauteur dont les conditions d’hygiène et de grande promiscuité laissaient hautement à désirer, c’est le moins qu’on puisse dire. Ils y sont restés un an. Quyen considère que ces camps de réfugiés n’étaient ni plus ni moins que des prisons. Malnutrition, haut taux de mortalité, absence de scolarisation, inactivité, violence, conditions d’hygiène déplorables : tel fut le sort des réfugiés de la mer pendant leur séjour à Hong Kong. L’opinion internationale a fini par créer un mouvement de mobilisation qui a mené certains pays, en particulier l’Australie, le Canada et la Californie, à rapatrier au moins une partie des boat people. Certains, moins chanceux, y ont croupi plusieurs années. La famille Dam a accepté l’invitation d’une église catholique de Guelph, en Ontario, à venir s’établir au Canada. Quyen avait neuf ans.

L’accueil et l’intégration

Dès le mois d’août 1979, un groupe de paroissiens d’une église de Guelph, créa un comité pour organiser l’accueil de deux familles de boat people. Quyen m’a fait l’honneur de me donner accès au cahier dans lequel une dame du comité a religieusement noté l’ensemble des démarches effectuées pour préparer cet accueil. Voici la couverture dudit cahier :

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On y retrouve, consignées minutieusement et d’une écriture soignée, une tonne d’informations essentiellement pratiques relatives à la répartition des multiples tâches à accomplir pour accueillir les familles : recherche de logement, de meubles, de vêtements, procédures administratives, informations à donner aux nouveaux arrivants, recherche auprès des écoles, des employeurs, des différents ministères et organismes, etc. Pendant trois mois à partir d’août 1979, un véritable commando a tout mis en place pour que tout soit prêt au moment de l’arrivée des boat people. Bien que quelque peu fastidieuse, la lecture de ce compte-rendu est profondément émouvante. On y trouve des détails touchants, par exemple : « Très important : expliquer le fonctionnement du robinet d’eau chaude et de la douche ». Bien sûr… On y mentionne aussi l’importance d’essayer de servir aux familles vietnamiennes une nourriture qui soit la plus semblable possible à la leur en évitant les produits laitiers, qui conviennent moins à leur constitution.

Voici notre ami Quyen, peu après son arrivée à Guelph, en octobre 1979 :

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Ce petit garçon d’alors n’avait jamais été scolarisé et ne parlait évidemment que le vietnamien à son arrivée. Chaque membre de la famille a bénéficié d’un accompagnement personnalisé, le père et les plus vieux ayant été dirigés vers des emplois qui leur correspondaient et les plus jeunes étant accompagnés de tuteurs. Dès décembre 1979, on peut lire ce compte-rendu incroyable à propos de Quyen, écrit par son professeur titulaire :

Quyen se comporte très bien en classe. Il travaille bien, de façon autonome. Lorsqu’il a terminé une tâche, il s’engage tranquillement dans une autre activité. Il aime la compagnie des autres enfants et s’entend très bien avec eux. Il participe activement aux activités sportives et au chant. Quyen est un enfant joyeux. C’est un plaisir de l’avoir dans ma classe.

Pourtant, à cet âge précoce, Quyen avait déjà tout vu, comme il me l’a répété gravement à quelques reprises. Il avait connu la grande pauvreté, la malnutrition, la faim, la terreur. Il avait vu plusieurs personnes mourir, été témoin d’agressions sexuelles, de violences de toutes sortes. Pour couronner le tout, le père de Quyen, qui a probablement lui-même beaucoup souffert dans son enfance et sa jeunesse, s’est montré violent toute sa vie durant avec son épouse et ses enfants. Avec un tel début de vie, comment Quyen a-t-il pu développer cette personnalité agréable et ouverte, irradiant facilement la joie et établissant aisément le contact avec tout un chacun?  Peut-être son mécanisme personnel de survie s’est-il ainsi manifesté ? Ou est-ce plutôt qu’il a si bien survécu à cause de cette nature affable et attachante ? Peu importe. Le résultat est qu’il a fait montre d’une capacité d’adaptation remarquable. Seul de sa fratrie à avoir obtenu un diplôme universitaire, il a connu et connaît une carrière enviable et a obtenu de très belles reconnaissances professionnelles.

Le travail étant une valeur fondamentale au Vietnam, toute la famille était mise à contribution dans la réalisation de petits travaux de manutention dont personne d’autre que les immigrants ne veut généralement. Par exemple, on assemblait à la maison des montagnes de petites pièces automobiles exigeant minutie et rapidité. À force de persévérance, de travail acharné et d’économies, la famille Dam a pu acheter une maison à peine deux ans après son arrivée au Canada. Un des fils a connu une fin tragique dans un accident de voiture à l’âge de 30 ans. Dans l’ensemble, l’intégration de cette famille de boat people reste un succès sans équivoque au plan social.

L’adolescence et les débuts de la vie adulte

L’adolescence s’avéra une période active et prolifique pour Quyen. Il réussissait plutôt bien à l’école et travaillait fort. Devant les quolibets dont il faisait l’objet (on l’appelait facilement « Queen » [la reine]), il changea son prénom. De Quyen, il devint Quinn. Dans une petite ville caucasienne à 99 % comme Guelph, tout étranger devient suspect aux yeux de certains, si bien que des remarques blessantes ont été proférées, laissant inévitablement certaines cicatrices : « Les Chintoks, retournez chez vous ! » ou encore     « Pourquoi venez-vous nos voler nos jobs ? ». Douloureuse différence.

Pendant de nombreuses années, Quyen a cherché par tous les moyens à être blanc, à se comporter comme les blancs, à porter ce qu’ils portaient même s’il n’en avait pas les moyens, à faire ce qu’ils faisaient, à avoir les mêmes loisirs qu’eux et plus tard, à voyager comme eux. Jamais il ne se sentait complètement comme les autres. Son profil même l’a souvent amené à assumer des doubles rôles, à se sentir « entre deux », alors qu’il ne souhaitait que se fondre dans la mêlée. Comme il a appris l’anglais plus jeune que les autres, il a régulièrement joué le rôle d’interprète, allant même jusqu’à devoir le faire lors de deux divorces impliquant des membres de sa famille. Fait cocasse, lorsque sa mère, analphabète, a été convoquée pour passer son examen de connaissances du Canada afin d’obtenir sa citoyenneté canadienne, non seulement Quyen lui traduisait-il les questions, mais il lui soufflait les réponses !

Quyen se distingue aussi de la majorité par le fait de son orientation sexuelle : il est homosexuel, ce qui a inévitablement créé une onde de choc dans la famille, même si le sujet n’a jamais véritablement été abordé de front. Rebelote donc, pour la différence !

La famille étant au cœur de la culture vietnamienne, les circonstances ont fait que Quyen s’est retrouvé en charge de sa mère. Le père était mort relativement jeune et le frère et la sœur qui vivaient avec leur mère depuis son décès décidèrent tous deux de déménager en Californie. Quyen et son conjoint ont donc emménagé dans la maison familiale avec cette femme qui a, semble-t-il, une personnalité très forte, doublée d’un esprit critique très développé et d’un besoin de contrôle… pas piqué des vers ! Cette situation a perduré de nombreuses années au cours desquelles notre ami a en quelque sorte agi comme le lien entre tous les membres de sa famille. Quyen a œuvré pendant plus de 23 ans dans le domaine de l’hospitalité, principalement comme directeur de la planification événementielle à l’université de Guelph. Fin cuisinier, il recevait abondamment à la maison qu’on visitait allègrement ! En cours de route, il a adopté une nièce de 8 ans qui a été abandonnée par ses parents après leur divorce et deux autres neveux ados de 15 et 17 après qu’ils soient devenus orphelins.

Il y a deux ans, à la faveur d’une prise de conscience fulgurante et d’un sérieux début d’épuisement professionnel, il a senti que la situation devenait intenable pour lui, qu’un changement de vie fondamental s’imposait. Sa fratrie l’a soutenu dans sa décision, une de ses sœurs acceptant de prendre à son tour la relève de la matriarche du clan. Mais comment annoncer ce changement de garde à la vieille dame ? Après moult discussions, l’unanimité a été faite sur l’approche à adopter : il n’y avait d’autre choix que de mentir à a mère ! Quyen lui a donc annoncé qu’il avait obtenu une promotion importante à Montréal, où il a pris une année sabbatique bien méritée avant de postuler pour venir au Vietnam.

La réconciliation

Quyen habite à Hanoï depuis mars dernier. Il a loué un bel appartement au vingtième étage d’un édifice moderne, avec vue imprenable sur Hanoï. Il habite seul pour la première fois de sa vie. Pour la première fois de sa vie aussi, il se sent parfaitement à sa place, fier de la personne qu’il est, de tout ce qu’il a fait et de tout ce qu’il a à contribuer à son pays d’origine. Lui qui abhorrait tout ce qui lui rappelait de Vietnam de trop près et qui avait honte de ses origines, le voici heureux de se reconnaître, tout en se sentant bien ancré dans son expérience occidentale. Et comme coopérant volontaire canadien, il bénéficie d’un avantage incommensurable : il parle vietnamien ! De plus, toutes ces années de labeur, d’une éthique irréprochable du travail et d’un sens poussé de l’économie font qu’il a récemment réalisé qu’il dispose d’une belle indépendance financière, ce qui lui ouvre un monde de possibilités.

Quyen a tout laissé derrière lui. Il a tout vendu et donné, ce qui lui donne une impression de légèreté immense. Bien sûr, il a conscience qu’il est en période de rattrapage et qu’il vit en ce moment une lune de miel avec sa nouvelle liberté. Il a l’impression de vivre la jeunesse à laquelle il n’a pu avoir accès auparavant, dans un corps d’adulte. Lui qui a eu une enfance traumatisante et de lourdes responsabilités jusqu’à récemment, il souhaite pour le moment embrasser tout ce que lui offre l’existence. Il déborde d’énergie, d’ouverture, de désir de découvrir. En même temps, il cherche à trouver un moyen qui lui permettrait de contribuer à la guérison et au devenir de ce pays, de son pays. Il est donc à la fois en phase de découverte et d’exploration de son prochain futur. Pour l’instant, les vannes sont ouvertes et le Vietnam n’a qu’à bien se tenir !

Escapade à Ha Giang

Mon amitié avec Quyen s’est donc consolidée au cours de notre magnifique périple dans les montagnes du nord du Vietnam, dans la province de Ha Giang. Ces paysages grandioses sont à couper le souffle. Nous voici, les trois compères, le matin de notre départ, avec notre équipement de protection qui nous donnait des allures de ninjas :

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Du brouillard jaillissaient des formes gigantesques, mystérieuses :

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Petite pause de contemplation « familiale » :

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Un doux coucher de soleil :

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Pour terminer, voici une photo prise à l’endroit le plus élevé du pays, où se trouve un énorme drapeau vietnamien :

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Du fond du coeur, cher Quyen, je te souhaite une longue, douce, belle et riche existence.

 

 

 

 

 

 

La vie de « foreigner » au Vietnam et… petite virée à Hanoï

Hué, le 3 février 2018.

Foreigner, c’est le terme utilisé ici pour désigner tout étranger en séjour court ou prolongé en sol vietnamien. Le foreigner dispose tout de go d’un statut particulier qui peut prendre de multiples formes, des plus commodes (comme l’accès aux toilettes de tout établissement commercial sans question aucune) aux plus incommodantes (je ne m’habitue pas aux regards insistants des enfants quand je fais la queue au supermarché et j’ai beaucoup de mal avec le fait qu’on me charge automatiquement le double, sinon le triple du prix d’un article parce que je suis étrangère). Sachez cependant qu’il existe différents types de « foreigners ».

  • Le voyageur classique,  facilement reconnaissable par ses vêtements sport bon chic bon genre. Il utilise beaucoup le « cyclopousse », séjourne dans les beaux hôtels, fréquente les restaurants plus chics et ne reste que le temps de visiter le quartier de la Citadelle et quelques tombeaux (au demeurant, magnifiques).
  • Le voyageur « sac à dos », appelé ici le « backpacker ». Plus jeune, il crèche dans une des multiples petites auberges vietnamiennes (10 $ – 15 $/nuitée), adore les restos de rue (street food) qui vous servent un bon repas pour 1,25 $ – 1,50 $, boit beaucoup de bière (le vin coûte ici très cher, alors qu’on achète une bière à l’épicerie pour 0,50 $ et 1,00 $ dans les bars populaires). Il a l’allure du hippy des années 60 et reste assez souvent longtemps, étant donné le coût de la vie ridiculement bas et la gentillesse des Vietnamiens.
  • L’expatrié : voilà une race bien précise de foreigner : sa particularité réside dans le fait qu’il a été envoyé par son pays pour vivre au Vietnam et qu’il est rémunéré par son pays d’origine. Il existe deux catégories d’expatriés (les « expats ») :
    • Celui qui travaille pour un organisme à but non lucratif. Il y en a de nombreux, en grande majorité des jeunes Européens et Américains du Nord, qui réalisent des mandats de 3 mois à un an en général — il semble que la durée des mandats soit en voie de réduction. Il vit souvent en colocation ou loue une chambre chez une famille vietnamienne (le manque d’intimité et l’intrusion légendaire des Vietnamiens met souvent rapidement un terme à ce genre d’arrangement). Quelques-uns, comme moi, louent une maison à eux seuls — choix très étrange aux yeux d’un Vietnamien. Son allocation lui permet de bien vivre. Il fréquente d’autres étrangers, mais aussi des amis vietnamiens qui parlent anglais, voyage le plus souvent possible, suit des cours de vietnamien pendant 3 mois, après quoi il renonce à apprendre la langue.
    • L’expatrié qui travaille pour une entreprise privée. Il est carrément riche au Vietnam! Il se mêle généralement peu aux Vietnamiens et vit dans des maisons ou des complexes résidentiels très sélects. Il existe à Hué un complexe hôtelier et résidentiel, le Cocodo, ou plusieurs expatriés vivent pratiquement en autarcie. J’ai aussi vu à Da Nang un édifice clôturé et sécurisé, à l’image des « gated communities » aux États-Unis, qui héberge ce type de communauté. Les restaurants qu’il fréquente et les voyages qu’il fait relèvent du monde du jet set. Règle générale, il n’apprend pas le Vietnamien.
  • Le résident d’adoption. J’en ai rencontré plusieurs qui, pour différentes raisons, ont élu domicile à Hué, généralement à la suite d’un coup de cœur. Habituellement, les hommes se marient à des Vietnamiennes et les femmes sont seules ou en couple avec un autre étranger. Plusieurs de ces nouveaux résidents fondent des entreprises, particulièrement dans le domaine de l’hôtellerie, un secteur en expansion exponentielle à la grandeur du pays.
  • Le professeur d’anglais. Ils sont légion, toutes nationalités confondues. On en recherche à la tonne à la grandeur de l’Asie. Nul besoin d’un réel diplôme en la matière pour enseigner la langue de Shakespeare — les critères de sélection sont très… élastiques! Bien des Vietnamiens aussi enseignent l’anglais, ce qui me donne des frissons dans le dos quand je pense à ce qu’ils transmettent à leurs étudiants comme accent! D’ailleurs, à heures d’enseignement égales, un prof vietnamien gagne sensiblement moins qu’un prof foreigner, ce qui ne scandalise personne ici. Hué compte un grand nombre de professeurs d’anglais. Certains habitent ici depuis très longtemps, d’autres changent de pays aux 2 ou 3 ans. Les profs d’anglais ont la réputation de beaucoup faire la fête. J’avoue avoir été témoin pas plus tard qu’hier soir d’une scène éthylique assez disgracieuse impliquant 4 de leurs spécimens parmi leurs plus éclatés. Bref, je constate qu’il existe un certain snobisme de l’expatrié par rapport au professeur d’anglais. On m’a même repris avec vigueur un jour que je parlais de notre ami William-de-Saint-Norbert-d’Arthabaska comme d’un expatrié : « Ce n’est pas un expat, c’est un prof d’anglais! » m’a-t-on répliqué avec fermeté.
  • L’électron libre, par définition atypique. Je connais une jeune et énigmatique documentariste serbe monoparentale, dont le fils est inscrit à l’école locale — fait rarissime. Son dernier film traitait d’une prison pour mafieux en Sicile. Personne ne comprend d’ailleurs comment elle a pu pénétrer de l’intérieur ce milieu surréel. Elle réalise actuellement un documentaire sur son propre père, qui a baroudé sa vie durant à la grandeur de la planète et me paraît lui aussi porter une histoire de vie pleine de méandres insoupçonnés, mélange d’opacités et de moments lumineux de tout acabit. Il y a aussi John, un Australien de 77 ans qui consacre sa retraite, par ses propres moyens, à aider de jeunes Vietnamiens à partir en affaires. Une faune au parcours singulier, mue par des élans et des courants mystérieux, et dont on devine souvent un passé et des racines complexes ou douloureuses.

Le statut de foreigner colore éminemment les rapports hommes-femmes. Bien sûr, il existe de réelles histoires d’amour entre étrangers et Vietnamiens. Le jeune homme foreigner constitue par ailleurs une proie de choix pour bien des jeunes vietnamiennes, par la promesse qu’il représente d’un avenir meilleur. Plusieurs hommes m’ont confié avoir été fréquemment et pas toujours subtilement approchés par le sexe opposé, ce dont certains profitent abondamment, créant ainsi bien des drames. Alors que l’on convoite le jeune étranger dans une perspective d’espoir à long terme, la jeune foreigner est approchée dans une perspective… à beaucoup plus court terme! On la perçoit comme facile. Le seul soir où je suis allée danser avec mes jeunes copines, j’ai été témoin d’une drague des moins élégantes. Un homme incommodait ma jeune amie Odile, tentant même de me demander d’intercéder en sa faveur! Quand je lui ai pris la main pour lui montrer son alliance à coup de gestes véhéments, il ne comprenait manifestement pas quel pouvait être le problème!

Clins d’œil d’Hanoï

J’ai eu la chance de faire un court séjour à Hanoï pour le travail — j’y animais un atelier auprès d’un groupe de gestionnaires. J’ai bien sûr greffé un petit week-end à ce séjour et vous livre donc en vrac quelques impressions.

Le lac Ho Hoan Kiem

Hanoï est parsemée de jolis lacs, dont un assez grand, le lac Ho Hoan Kiem. J’en ai fait le tour à 6 heures du matin, pour voir la vie qui s’y déroule. En chemin, je voyais les petits restaurateurs préparer la nourriture pour l’assaut matinal, dans un froid de canard. J’ai aimé l’atmosphère un peu brumeuse des rues, le calme relatif avant la cohue inévitable. Voici un petit resto de rue tout ce qu’il y a de plus typique, avec les tout petits sièges et les tables en plastique :

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Autour du lac, on s’active à qui mieux mieux. Ça jogge, ça s’étire, ça « push-up », ça    « zoumbe », ça fait du tai-chi, de la danse en ligne avec un petit haut-parleur (très rigolo, mais je n’en’ai pas osé prendre de photo des « madames », toutes vêtues de t-shirt jaune serin), ça médite, etc. Voyez plutôt :

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J’ai vu mon premier Macdonald depuis 4 mois, sans grand plaisir je l’avoue. Voici quand même le spécial Macdo à l’occasion de la fête du Têt (Nouvel An lunaire), avec des frites rondes (!) et un breuvage pétillant à la fraise assez suspect :

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Les petits marchands

Voici aussi deux images plus que typiques ici. D’abord, un homme qui transporte des œufs en scooter. Étant donné l’état des rues et la folie indescriptible de la circulation à Hanoï, il faut être très zen pour livrer ce type de marchandise de cette façon :

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Et cette commerçante, comme il y en a des milliers et des milliers, qui gagnent quelques dollars par jour pour nourrir leur famille qui habite souvent en dehors de la ville. Elles dorment souvent dans des dortoirs qui leur coûtent moins de 0,50 $ :

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Resto de rue 

Nous voici, avec ma collègue Kariann et une cliente, à un resto très couru pour sa spécialité, une soupe aux boulettes de bœuf servie avec des nouilles, de l’ail, des piments et une montagne d’herbes savoureuses. Délicieux!

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Bière et café aux œufs

Vous avez bien lu : de la bière et du café aux œufs! Il s’agit d’une spécialité d’Hanoï. Vous devinerez ma réaction plus que dubitative quand on m’a affirmé que je devais ab-so-lu-ment goûter ce café. Eh oui! J’ai d’abord regardé ma copine Kariann s’attaquer bravement à sa bière. Son verre contenait un œuf battu bien mousseux, dans lequel elle a versé le contenu de sa cannette. J’ai été sidérée de la voir dire que c’était plutôt bon et… bien moelleux!!

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Je n’ai pu échapper à mon café, servi — je ne sais pas trop pourquoi — dans un bol d’eau chaude. Comme vous le constatez, c’est un peu à reculons que je me suis exécutée…

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Et vous savez quoi? Ce n’était pas mauvais du tout! J’ai tout bu, et sans me forcer! Si vous souhaitez essayer, je vous refilerai l’adresse avec plaisir…

La fête du Têt arrive à grands pas, tout comme mes deux complices Madeleine et Évelyne, avec qui je passerai les prochaines semaines de congé à découvrir de nouveaux lieux et à partager ceux que j’ai eu le bonheur de connaître depuis mon arrivée. J’aurais sûrement plein de choses à vous raconter sous peu. D’ici là, je vous souhaite un joyeux Nouvel An lunaire!

 

Christiane

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