Inondée à Hué

J’avais hâte de vous écrire. Je me délectais à l’idée de consacrer une bonne partie de la journée à le faire. Depuis le dernier article, j’ai fait plein de découvertes, connu des gens passionnants, mon travail a pris un nouveau tournant prometteur et j’avais quelques cocasseries à vous raconter. Puis, hier matin, il y a eu… l’eau !

My god!

Au réveil, j’ai bien eu un petit choc en voyant que mon entrée extérieure était inondée. Il y a 2 marches pour rentrer chez moi et l’eau se rendait presque au début de la 2e, donc une partie des pneus de Georges prenait un bain involontaire. Les gens qui marchaient dans la rue avaient de l’eau jusqu’en haut des genoux. J’ai vu un scooter (le dernier) qui roulait dans des trombes d’eau. Ça réveille quand même la madame – ou la , c’est-à-dire grand-mère en vietnamien, je vous le rappelle…. Surtout qu’il pleuvait, pleuvait, pleuvait, pleuvait… Il faudrait inventer un autre mot pour décrire l’intensité de ces pluies torrentielles. Comme le si le ciel se ne s’en pouvait plus ! Comme s’il y avait une autre sorte de barrage à la verticale qui avait cédé.

Voici ce que je voyais :

J’étais encore toute contente de ma soirée de la veille : j’ai pendu la crémaillère et aurais bien voulu vous en parler (mon bœuf bourguignon et ma mousse à l’érable ont eu un succès… bœuf !). Mais ce sera pour une prochaine. L’eau prend toute la place. Donc je déjeunais tranquillement et dégustais mon thé en me disant que ça allait probablement finir bientôt. L’eau est montée à la demie de la 2e marche. Mon voisin m’a offert de rentrer Georges dans le salon. Je le trouvais bien un peu zélé, mais au cas où, j’ai accepté. Tout doucement — je n’y croyais pas encore — j’ai monté les meubles de la salle de séjour d’une marche : en effet, il y a une marche qui sépare le salon de la salle que j’appelle la salle de piano. Voici  donc ce dont les choses avaient l’air à ce moment :

Une heure plus tard, un petit rideau d’eau s’introduisait dans le salon –  le petit torvis ! Deux heures plus tard, je suis allée chercher mes voisins, pas mal moins olympienne qu’avant au niveau du calme… Nous avons mis le piano sur la table de cuisine, le frigo sur le meuble de télé, sécurisé tout ce que nous avons pu sécuriser, et… monté Georges d’une marche, la dernière possible !

Voici donc le résultat de l’opération :

Le petit rideau d’eau qui arrive.

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Quelques heures plus tard :

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Comme des fantômes, les gens qui circulaient en ponchos :

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Puis je l’ai aperçu : mon premier bateau. Vous avez bien lu : B-A-T-E-A-U. Un genre de pirogue, avec 3 rameurs, qui est passé à toute vitesse et que j’ai vu du coin de l’œil. Je me suis dit : « L’eau te monte à la tête, ma vieille, tu as la berlue ! » Mais j’en ai vu des dizaines après. Même des bateaux à moteur. Irréel. J’en ai capté un, que voici :

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Mon pauvre voisin — que j’appelle dorénavant le saint homme, vous verrez bientôt pourquoi —, si fier de sa voiture. Il la bichonne, la chouchoute continuellement. Son épouse se désole du coût des inévitables dégâts qu’elle subira…

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L’autre maison voisine, à la fois salon de coiffure et maison de chambre pour 3 étudiants,  n’a qu’un rez-de-chaussée et est plus basse que la mienne. Ses occupants sont durement éprouvés. Je les ai vus sortir tout ce qu’ils pouvaient de leur maison, de la literie aux meubles du salon de coiffure, pour apporter le tout à bout de bras chez leur autre voisin. J’imagine que leurs matelas sont inondés. Toute la journée, j’ai reçu des textos avec des photos de maisons inondées. John, un nouvel ami australien, qui est plus touché que moi, m’a bien fait rire en me disant qu’il regrettait presque d’avoir laissé chez moi hier soir les 2 petits gâteaux qu’il m’avait offerts. Mon ami Rodrigo, de Danang, m’a textée plusieurs fois juste pour… manifester sa solidarité.

Au moment où je vous écris, je suis à l’étage. Comme je ne peux strictement rien faire, j’ai eu tout à coup envie d’écrire. Depuis une trentaine de minutes, il n’y a plus d’électricité. Je bénis le beau Rodrigo qui m’a fait penser de sortir mes bougies…

Bon… la faim me tenaille. Allons voir ce restant de bœuf bourguignon dans le frigo ascensionné… Heureusement : on cuisine au gaz ici ! Je vous avoue que j’ai un peu peur de ce que je vais découvrir au rez-de-chaussée et que la perspective d’avoir les pieds dans l’eau brune, une bougie à la main, pendant que je réchauffe mon repas me tente autant que d’aller me faire arracher une dent. Courage !

24 heures plus tard, mardi le 7 novembre.

Je suis à l’hôtel depuis hier vers 15 h. Je vous avoue que j’ai passé des moments éprouvants après le début de la panne d’électricité, qui a commencé dimanche à 19 h. Surtout que je me suis rendu compte que la pile de mon cellulaire n’était chargée qu’à 40 %. J’étais en sécurité à l’étage, mais l’eau continuait à monter et certains disaient qu’elle allait monter encore d’un mètre. Même si ma pile de téléphone était faible, j’ai ressenti le besoin de parler à ma sœur et à mon amie Chantal, simplement pour partager ce qui se passait et me réconforter au son de voix familières. Mes voisins m’ont aidée et je les sentais présents, mais la barrière de la langue se faisait cruellement sentir.

Hier matin, l’eau avait descendu d’environ 4 centimètres, puis elle s’est peu à peu retirée de la maison. J’ai tout nettoyé, mais comme l’entrée extérieure et la rue étaient encore inondées, j’ai attendu. Puis vers 14 h, les pluies se sont encore intensifiées et mon ami Rodrigo, que j’appelle désormais mon ange gardien, a contacté mon employeur à Hanoï lui suggérant fortement de me sortir de la maison ou d’envoyer quelqu’un me porter un chargeur extérieur pour que je puisse restée « connectée ». J’avoue que j’avais beaucoup de mal à envisager une autre nuit chez moi car il n’y avait toujours pas d’électricité et ma pile de téléphone était rendue à… 20 %. Bref, deux employés de l’hôtel qui appartient à mon client sont venus me chercher… à pied ! Aucun bateau n’était disponible, si bien que j’ai marché environ 500 mètres dans la soupe brune à hauteur des cuisses avec toutes sortes d’objets qui flottaient partout autour de moi, qui me frôlaient les jambes et que j’ai soigneusement évité de regarder. J’ai eu la surprise de constater que toute la ville n’était pas inondée comme je le croyais. Par ailleurs, plusieurs quartiers comme le mien, dont le niveau est plus bas que le centre-ville, l’ont été.

Quel soulagement ! J’ai dormi 10 heures comme un poupon !

Ce matin, on a annoncé que les autorités vont permettre de nouveaux déversements d’eau par l’ouverture partielle d’un des barrages aux abords de la ville. Nous nous attendons tous à être inondés à nouveau. Et il pleut, il pleut, bergère !

Je suis très touchée par la sollicitude dont j’ai été l’objet au cours des 2 derniers jours. Mon amie Chantal, qui m’a accueillie dans mes pleurs et ma vulnérabilité, a initié une chaîne d’amitié virtuelle avec plusieurs de mes proches ami-e-s à Montréal. Ma sœur Suzanne a été très présente, soutenante, aimante et compatissante. Mes voisins m’ont aidée, mes collègues m’ont écrit. Je suis très impressionnée par la qualité de la solidarité que j’ai sentie entre les expatriés que j’ai rencontrés depuis mon arrivée. Je me rends compte que le contexte, qu’accentue la barrière linguistique avec les Vietnamiens, fait que les liens se créent très rapidement entre nous et deviennent rapidement profonds et significatifs. Nous restons en contact, nous nous informons de l’évolution de la situation, échangeons des photos et blaguons bien aussi…

Donc je suis encore à l’hôtel, au chaud et en sécurité. Je m’inquiète bien un peu à propos de Georges et de mon piano, mais… c’est hors de mon contrôle. Je vais finir cet article par un aveu. Je suis assez embarrassée de vous raconter cette anecdote loin d’être glorieuse, pour dire le moins !

En début d’après-midi hier, je suis allée sur le balcon de la chambre d’amis — la suite Rodrigo — avec l’intention de prendre une photo en plongée de la rue. J’étais en jupette et en chemisette et sachez qu’il ne faisait pas chaud du tout et que bien sûr, il pleuvait. Au moment où mon œil se pose sur le viseur, j’entends un gros… clac!  La porte se referme derrière moi. Pas de poignée extérieure, ce que je n’avais pas remarqué. Avez-vous déjà vu ça, vous, une porte qui n’a pas de poignée d’un côté ? Pas moi — mais sachez dorénavant que cela existe et méfiez-vous ! Et j’avais eu du mal à ouvrir la porte pour sortir sur le balcon, car elle était gonflée à cause de l’humidité. Panique à Hué. OK… On respire… Mon cœur bat la chamade. J’essaie d’ouvrir la porte avec le bout de mes doigts et me casse quelques ongles. Incapable. Je réussis à décoller un tantinet le tranchant de la porte en haut, mais c’est solidement « collé » en bas. J’appelle à l’aide. Les bateaux passent, on me regarde et… on continue ! Comment faire comprendre, sans parler la langue, que je suis coincée sur le balcon ? Je ne peux que constater la totale inefficacité à la fois de mon non verbal et de mon verbal. Pour ajouter à la folie de la situation, je me rends compte que même si les gens essayaient de rentrer chez moi pour me porter secours, ils seraient incapables d’y arriver autrement qu’en cassant la vitre de la porte d’entrée, car le loquet en était tiré. Au bout de 10 minutes… Eurêka ! Je vois la tête de mon voisin apparaître de son propre balcon, à la hauteur du mien, à environ 2 mètres. Le saint homme est venu me rejoindre en marchant sur le toit et ensemble, nous avons réussi, non sans peine, à ouvrir la porte. Ces dix minutes ont été incommensurablement longues, comme vous l’imaginez.

Pas tellement brillant comme comme situation, mais totalement véridique. J’ai eu vraiment peur et ai mis pas mal de temps à retrouver mon calme.

Vous comprendrez qu’après cette aventure, mon courage, qui commençait déjà à s’étioler, a baissé d’un cran. J’aurais passé la nuit là-bas s’il l’avait fallu, bien sûr, et je n’étais pas en danger de mort, mais je suis très reconnaissante d’être dans un lieu qui me permet de me détendre.

Voilà donc pour aujourd’hui et… à une prochaine pour des sujets plus réjouissants je l’espère !

 

 

Une arrivée canon!

Bonjour ! Je fais une première expérience de blogue, en toute simplicité, pour le plaisir du partage et de l’écriture. Pour le moment, je ne compte pas publier à une fréquence déterminée… Au début, il y aura plusieurs articles, car j’ai plein de choses à raconter sur mon arrivée et mes premières observations, mais par la suite, tout dépendra de l’inspiration. Les photos incluses dans cet article ne sont pas de moi, je ne suis pas encore rendue à afficher mes propres photos… S’il vous plaît, si vous avez des améliorations à suggérer à la novice que je suis, n’hésitez surtout pas à le faire. Alors, voilà, je me lance !

Le 24 septembre 2017

Me voilà au Vietnam depuis maintenant 6 jours : j’ai le sentiment d’y être depuis des mois, tant il s’est passé de choses !

D’abord le voyage : tout s’est passé comme sur des roulettes, mais des roulettes, disons… un peu longues. Montréal-Toronto, Toronto-Séoul, Séoul-Da Nang : ouf !… Ah ! Si jamais vous faites escale à Séoul, sachez que l’aéroport met à la disposition des voyageurs en transit — une race habituellement épuisée et un rien irritable — un étage entier dédié à leur confort. Tout simplement génial. Douches gratuites, zones de silence dans la pénombre, salles de jeu pour les enfants et même… salle de méditation ! J’ai pu avec une reconnaissance sans borne dormir un beau 2 heures étendue de tout mon long, à côté d’une religieuse portant le costume de la congrégation de Mère Thérésa. Moment de bonheur.

Au sortir de l’avion à Da Nang, il est 21 h 30. Je suis dans un état avancé de confusion par rapport au temps : j’ai pris mon premier vol à 9 h à Montréal dimanche matin et j’arrive… lundi soir à 21 h 30. Bonjour décalage horaire !

Ma première impression au sortir de l’avion ? Je me sens comme une quiche que l’on enfourne. Tout simplement incroyable !!! L’espace d’un éclair, j’ai envie de rebrousser chemin vers un endroit climatisé, n’importe lequel et de dire « Non, non… excusez-moi, je me suis trompée, ramenez-moi à Montréal ». En une nanoseconde, la chaleur et l’humidité m’enveloppent complètement, ma peau devient instantanément moite et que dire de mes pauvres cheveux… Mais comme la foule grouillante de gens que je vois a l’air capable de vivre dans ce climat invraisemblable, j’imagine que je le serai aussi. Alors courage. J’avance.

Deuxième moment de bonheur : je vois mon nom écrit en belles lettres bleues, bien soignées, sur un grand carton. Une petite larme aurait envie couler de mon œil gauche, mais je réussis à me contrôler avec, disons-le sans ambages, une belle force de caractère. Mon gentil chauffeur me fait signe de le suivre et j’obtempère allègrement. Autre contraste météorologique : il fait un froid de canard dans le taxi. La fatigue aidant, je grelotte si bien qu’après 10 minutes, j’arrive à coups de signes malhabiles à faire comprendre au chauffeur que j’apprécierais qu’il baisse la clim. Depuis mon arrivée, je constate que ces transitions sont constantes et demandent une certaine gestion ; le châle léger est pour l’Occidentale que je suis un très bon compagnon vestimentaire.

L’hôtel qu’on m’a réservé est confortable et sympathique. Belle surprise au réveil : j’ai pleine vue sur la mer de mon balcon. La plage est immense, magnifique, parsemée de ces drôles de petits bateaux de pêche tout ronds.

Plage Danang 2

De Da Nang, je n’ai pas le temps de voir grand-chose : par ailleurs 2 attractions retiennent mon attention : le pont-dragon, très pittoresque — il crache même du feu une fois par semaine, pour vrai (voir la vidéo ci-dessous) — et les 2 magnifiques, immenses bouddhas blancs qui surplombent chacun des côtés de la baie. Voici donc le pont dragon :

Pont dragon2

Le voici en action :

Et voici un des bouddhas blancs :

Bouddha blanc 1

Les Vietnamiens sont industrieux : j’ai une matinée de congé (baignade, longue marche au bord de la mer), après quoi le programme d’intégration commence, dense, intense. Je suis chaudement accueillie, merveilleusement encadrée par Ngoc (essayez, juste pour voir – de prononcer son nom tout haut), la représentante régionale de l’Entraide universitaire mondiale Canada, qui m’embauche. Elle m’informe, me bichonne en veillant à ce que j’aie tout ce dont j’ai besoin, elle me fait rencontrer les autres expatriés à Da Nang, m’explique le contexte de mon mandat, me renseigne sur la culture vietnamienne, sur les surprises que je risque de rencontrer, vient avec moi à la clinique médicale pour me rassurer sur la qualité des soins de santé auxquels j’ai accès. Elle est efficace, attentionnée, belle, élégante, posée. C’est mon premier ange.

Nos journées sont pleines de 9 h à 22 h. Formation, formalités diverses, rencontres avec 2 des expatriés de l’EUMC à Danang, Kariann et Rodrigo, visite et dîner éclair à Hoi An, une magnifique petite ville, ancien port le plus important du Vietnam et site déclaré patrimoine de l’UNESCO, où je compte bien revenir. Je n’ai pas l’intention de publier plusieurs photos de moi dans ce blogue, mais je vous présente quand même Ngoc, Kariann et Rodrigo :

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Ngoc parle plutôt bien anglais, mais… Oh my god !… son accent !! Par exemple : la lettre « k » semble… ne pas exister pour elle — ni pour l’ensemble de ses concitoyens d’ailleurs. Cela donne « Lie that » au lieu de « Like that ». Le « sh » pose également un défi, si bien que « She is… » devient « Se is… », il faut deviner que « wèk » signifie « work », et ainsi de suite. À la fin de mes deux jours et demi à Da Nang, j’ai le cerveau en compote ! Mais je suis ravie, joyeuse, à la fois très énergisée et fatiguée.

C’est ainsi que le troisième jour après mon arrivée, Ngoc et moi mettons le cap sur Hué, où m’attendent mille découvertes : j’ai hâte de rencontrer mes clients et de faire connaissance avec cette ville qui m’accueillera pour la prochaine année.

Rendez-vous très bientôt pour la suite « huesque » !