Point d’orgue

En musique, le point d’orgue n’enlève rien à la finalité inéluctable de la dernière note d’une pièce, mais il en prolonge la durée autant que le souhaite celui qui la joue. Même si je suis de retour à Montréal depuis presque deux jours, je n’ai pas encore laissé cette note ; mon doigt s’y attarde. Le Vietnam résonne encore très fort en moi. Il m’habite. Je sens sa vibration, ses visages, ses odeurs et je pressens depuis hier que seul ce dernier billet de blogue me permettra de lever le doigt et de laisser cette expérience de vie tout doucement faire son entrée dans le registre du passé.

Un an. Douze mois. Que de découvertes, de beauté, d’aventures de toutes sortes, de rencontres  intéressantes, souvent passionnantes, parfois même marquantes. Et il y a aussi vous, mes compagnons de route, que je dois aussi laisser aller, du moins sous cette forme et pour le moment. Car vous m’avez accompagnée, vous étiez là, je vous parlais, je voulais vous dire, vous montrer, je riais à l’avance des cocasseries que j’allais vous décrire, j’espérais vous toucher et que vous puissiez apprécier une part de ce que j’ai reçu, vu, ressenti… Quelle immense joie que de partager tout cela avec vous!

La vie m’a fait un incroyable cadeau. Je considère que j’ai été privilégiée à plusieurs égards.

 Hué, la douce

D’abord, le fait d’avoir été assignée à Hué. Au début, je devais aller à Hanoï, mais le projet a avorté, alors on m’a offert Hué. Quelle chance, grands dieux! Hanoï, c’est la grande ville très polluée, dans laquelle on doit parcourir de longues distances dans un trafic infernal pour aller travailler. Les expatriés qui y vivent ont tendance à se tenir entre eux, puisqu’après le travail, tout le monde se précipite pour regagner sa demeure. À Hué, tout est à proximité et bien sûr, moins cher. J’habitais à cinq minutes du travail, je venais faire ma sieste après le repas du midi et… je ne le dirai pas trop fort… je piquais une petite tête dans la piscine de l’hôtel-école avant de retourner au bureau, à 15 mètres de là (dur dur, la vie d’expatriée…). Et Hué est une jolie ville avec la Rivière des Parfums qui la traverse, sa citadelle impériale, la cuisine réputée de ses nombreux restaurants et ses habitants accueillants. J’y ai tout de suite rencontré des gens et développé des amitiés et une vie sociale fort agréables, à la fois avec des Vietnamiens et avec des foreigners de partout au monde.

Le milieu de travail

J’en ai peu parlé, mais là encore, j’ai eu beaucoup de chance. D’abord, j’ai eu le meilleur des partenaires de tous ceux de mon employeur au Vietnam. Certains volontaires ont eu des relations complexes avec les organisations auprès desquelles ils tentaient d’œuvrer, et ce, pour toutes sortes de raisons (parfois, le mandat est complètement flou, le vis-à-vis ne parle pas l’anglais, ou il n’a aucune disponibilité à accorder au volontaire, ou il est nouveau en poste et considère ce projet comme la dernière de ses priorités). J’ai eu le bonheur non seulement d’avoir Madame Nga, vice-rectrice du Collège de tourisme de Hué, comme partenaire, une femme de cœur articulée et présente, mais aussi d’avoir des collègues de travail vietnamiennes qui parlaient anglais et avec qui je partageais mon espace de travail. J’ai donc bénéficié d’un vrai milieu de travail, avec une atmosphère généralement très conviviale. Tout n’a pas été parfait, bien sûr, mais j’ai vraiment apprécié mon quotidien au travail.

Mon mandat

Mon mandat consistait essentiellement à élaborer un programme pour aider les jeunes à structurer leur recherche d’emploi. Les finissants du collège sont habituellement très timides et couvés par la famille, si bien qu’ils se trouvent démunis quand vient le temps de chercher un emploi. J’ai conçu des ateliers pratiques sur le sujet, puis formé une équipe de formateurs après que le matériel ait été traduit en vietnamien. J’ai complété le programme par un centre de carrière virtuel s’adressant aux étudiants qui ne peuvent se rendre aux ateliers de formation. Ce centre virtuel comprend également une foule de liens pour eux et un site d’affichage d’emplois. J’ai réalisé quelques autres mandats et interventions, mais celui-ci a été le plus important. Pour couronner le tout, comme ce programme a été présenté à l’ensemble des partenaires vietnamiens en mars dernier et qu’il a intéressé certains d’entre eux, j’ai été invitée à former des équipes à Hanoï, Saïgon, Rach Gia dans le sud du pays et Lao Cai à la frontière de la Chine. Quel superbe bonus!

Je n’ai pas changé le monde, mais j’ai eu le privilège d’avoir un mandat qui avait du sens. Il est difficile de présumer de l’avenir, mais il y a des possibilités que ce programme survive, ce qui me donne un grand sentiment de satisfaction. Encore une fois, bien des expatriés peinent à trouver une façon de contribuer et vivent mal le fait de voir leurs attentes professionnelles déçues. Et il n’y a pas de recette magique pour s’assurer qu’un mandat ait du sens ou qu’il n’en ait pas, sauf de parler le plus possible aux gens en place avant de s’engager. Mais encore là, il arrive que la donne change sur place.  Bref, je crois sincèrement que quand on plonge dans l’inconnu, on peut prendre certaines mesures pour minimiser le risque, mais il n’en reste pas moins qu’il y a toujours un certain « coup de dé cosmique » inhérent à l’aventure.

Ce que j’aurais voulu vous raconter

Jean et Thuy

J’aurais voulu vous parler de Jean et Thuy, un couple franco-vietnamien qui fait un travail tout simplement colossal auprès des familles de sampaniers. Les sampans sont les bateaux dans lesquels logeaient jusqu’à récemment des familles entières de plusieurs générations (jusqu’à quatre) qui autrefois vivaient de la pêche sur la Rivière des Parfums. Ils tirent maintenant leurs maigres revenus (200 000 VND par jour, soit environ 10 $, qu’ils se partagent après avoir déduit les frais),  du dragage du sable et du gravier dans la rivière, qu’ils vendent aux entreprises de construction. Beaucoup de ces travailleurs sont analphabètes, comme certains de leurs enfants encore aujourd’hui. Pour aller à l’école, il faut avoir un acte de naissance : de nombreux enfants n’en ont pas ou plus. Pas d’acte de naissance, pas d’école. Point.

La mission première de Jean et Thuy, c’est l’éducation. Je les ai connus à l’orphelinat qu’ils ont créé de leurs propres deniers, où vivent 38 enfants de tous âges, dont la plupart n’avaient jamais été à l’école. Puis ils ont construit des jardins d’enfants, une école primaire, un collège, quatre maternelles, un dispensaire et ils ont érigé un village entier pour relocaliser les sampaniers. À deux, Jean et Thuy veillent à l’éducation de 500 enfants. Un groupe d’amis français a mis sur pied un organisme à but non lucratif en France pour financer l’écolage des enfants : 260 élèves sont parrainés par des Français, mais Jean et Thuy s’occupent personnellement de l’écolage des 240 autres. Comment? Par les revenus qu’ils génèrent de leur agence de voyages et par ceux d’un homestay qu’ils opèrent sur le terrain même de l’orphelinat.

Les municipalités des environs les adorent, car ils leur permettent de redorer le blason de toute une région. Lorsqu’ils construisent une école, par exemple, les matériaux sont fournis par la municipalité, qui aide aussi avec la main d’œuvre. Les enfants des sampaniers, dont les familles disposent de « carnets de pauvreté » peuvent aller à l’école plus ou moins gratuitement selon leur « cote de pauvreté », même s’ils n’ont pas d’acte de naissance. Les autres enfants paient leur scolarisation, ce qui finance l’école. Une fois intégré au système scolaire, plus jamais l’enfant n’aura à fournir d’acte de naissance.

Jean et Thuy photo

Malgré que Jean soit très grand et Thuy toute menue, le cerveau de l’affaire, c’est… Thuy, du dire de son mari qui se plaît à se considérer comme le chauffeur de madame. L’impact qu’ont ces deux-là est phénoménal. Rien ne semble à leur épreuve. Lorsque la ville de Hué a voulu sortir les familles des bateaux, car ils n’offraient pas une très jolie image de la ville, une municipalité a offert à Jean et à Thuy un terrain en leur lançant un défi : le terrain était à eux s’ils réussissaient à construire 35 maisons en trois semaines… Ils ont réussi grâce à un don d’un client de leur agence de voyages qui avait été bouleversé de leur action et grâce à la mobilisation de tous les futurs habitants de ce village. J’ai visité ce lieu, qui compte aujourd’hui 160 maisons grâce à un système de microcrédit mis en place par Jean. Celui-ci m’a fait remarquer que les maisons, qui étaient très sommaires au moment de leur « livraison », commencent à s’enjoliver tout doucement, à mesure que la situation économique des sampaniers, qui ont maintenant accès à des emplois plus rémunérateurs, s’améliore aussi. Cela se traduit par de nouveaux revêtements extérieurs, des tuiles de céramique, des volets, etc.

Et Thuy voudrait maintenant étendre son action aux vieillards abandonnés, dont le nombre croît au Vietnam. Cette femme, selon même son mari, est une dynamo. D’autres la qualifieraient de bodhisattva.

J’étais en route pour rencontrer Thuy quand j’ai été heurtée par une motocyclette, ce qui a sensiblement limité mes possibilités de côtoyer ce couple d’exception. Nous nous sommes vus « en intensif » ces derniers jours et resterons en contact.

Le bambou pacifique

En bordure de Hué, il existe un lieu incroyable, un microcosme de paix et d’humanité, fondé par un Vietnamien d’origine vivant en Suisse. C’est béate d’admiration que j’ai visité Thin Truc Gia, où vivent cinq jours par semaine des enfants et des adultes atteints de déficiences intellectuelles. Le lieu est d’une grande beauté et ses bâtiments à la fois esthétiques et imposants. On y scolarise les enfants autant que possible et on leur enseigne les habiletés de base. Plus vieux, ils ont la possibilité de se former soit à l’atelier de laque, où j’ai vu de magnifiques œuvres, en cuisine ou au jardinage. Deux grands courants philosophiques sont à la base de ce projet : le bouddhisme zen et l’agriculture biodynamique telle que prônée par Rudolph Steiner. Le moment de ma visite correspondait à la journée axée sur la marche méditative. J’ai croisé plusieurs professeurs ou animateurs marchant tout doucement, chacun suivi de quelques résidents, tous en silence.

Je n’ai passé qu’environ une heure au Bambou pacifique, qu’un jeune ami bénévole à cet endroit m’a fait découvrir. J’ai eu le temps de voir de nombreux sourires et gestes affectueux, d’admirer un immense potager foisonnant de mille et un fruits et légumes intercalés de façon un peu surprenante comme il se doit en agriculture biodynamique, et de m’imprégner de cette atmosphère de paix et de sérénité.

Dire qu’il n’y a pas si longtemps, les déficients intellectuels étaient laissés à eux-mêmes au Vietnam et parfois attachés…

La force invisible

À plusieurs reprises, j’aurais voulu vous parler de cette étrange réalité du « Parti », omniprésent et en même temps, invisible. Mes collègues savaient que j’écrivais un blogue et étaient terrorisées à l’idée que je puisse faire la moindre mention à propos du parti communiste ou de la police. Même maintenant, je dois mesurer mes propos, de crainte de nuire à certaines des personnes citées ici. Qu’il suffise de dire qu’à chacun de mes déplacements, je devais fournir un itinéraire précis avec les coordonnées des endroits où je passerais la nuit. Que les invités qui séjournaient chez moi devaient remettre leur passeport à ma propriétaire pour qu’elle les apporte à la police dès leur arrivée. Que tout le monde craint la police et cherche à éviter à tout prix de « sortir du lot », ce qui a un impact important, entre autres, sur le comportement au travail.

Les femmes au Vietnam

Le monde des femmes au Vietnam m’a fasciné et je suis convaincue que, étais-je restée plus longtemps, d’autres surprises m’auraient attendue au détour.  J’ai appris récemment qu’à la naissance de son bébé et pour une raison que personne n’a pu me donner, la femme ne peut prendre de douche ou de bain pendant un mois après l’accouchement et qu’elle et le bébé ne peuvent sortir de la maison pendant trois mois! Je ne ferai que souligner qu’au cours des dernières semaines, la température ressentie oscillait entre 42 et… 50 degrés!!! Ici, l’idée qu’un homme assiste à l’accouchement est vraiment saugrenue. Pendant le premier mois de vie du bébé, le mari peut rendre visite à son épouse mais n’est pas autorisé à dormir auprès d’elle. Bien des femmes ne suivent plus ces préceptes dans les grandes villes, mais c’est ce que ma jeune collègue Anh a fait point pour point à la naissance de son bébé, en trouvant cela tout naturel. Et quand je posais la question aux autres femmes autour de moi, un sourire accompagné d’un haussement d’épaules m’indiquait que : « Eh oui! C’est comme ça ici! »

Autre anecdote : quand j’étais à Lao Cai, une charmante jeune femme m’a emmenée visiter la plus célèbre des pagodes des environs. À notre arrivée, elle m’annonce qu’elle ne pourra pas m’accompagner à l’intérieur. Quand je lui en demande la raison, elle m’indique que c’est parce qu’elle a ses règles… Ce lieu lui est donc interdit pendant cette période du mois.

Le départ et l’arrivée

Joie et tristesse ont cohabité de très près en moi au cours des dernières semaines. Mes derniers jours au Vietnam ont été chargés en émotions. Il y a eu un moment et un repas magnifiques avec mes copines nonnes d’où je suis revenue le cœur rempli et comblé. Puis une fête de départ chez moi où j’ai pu ripailler, rigoler et verser quelques larmes en compagnie du groupe d’amis qui a constitué ma « garde rapprochée » au Vietnam. Puis un repas d’au revoir au travail, une dernière conversation intense avec Jean et puis ces derniers moments où j’attendais le chauffeur qui me conduirait à l’aéroport. Sachant qu’un chauffeur venait me chercher à 17 h, mes deux chères amies Thu et Ngan sont venues chez moi. C’est à elles et au mari de Ngan que j’ai dit un dernier au revoir larmoyant en agitant la main dans la lunette arrière du taxi.  Puis je me suis dit que les derniers à venir me saluer étaient tous trois vietnamiens. J’en ai eu le cœur tout guilleret.

Rires, larmes et bulles

En soi, le trajet Vietnam-Canada est pénible. Je vous passerai les détails des valises perdues et du trajet qui totalise presque 35 heures en comptant le temps d’attente. Par ailleurs, je n’aurais pu rêver d’un accueil plus réjouissant que celui qui m’attendait au sortir de l’avion à Montréal : trois grandes amies avec, en prime, ma sœur Suzanne, venues me serrer dans leurs bras et partager la joie des retrouvailles entre le rire et les larmes. Elles m’ont accompagnée chez moi et ma sœur Suzanne, d’une nature  « fêteuse » qui se n’est jamais démentie, nous a servi des bulles et des petites gourmandises. Moment de grâce, de joie, de pure amitié. Les copines parties, c’est ma fille Amélie qui, à l’invitation de Suzanne qui nous a concocté rapido un  beau gueuleton, est venue se joindre à nous. Là, j’étais plus que comblée.

Le retour au silence

Étrange expérience que de retrouver les lieux, les gestes et les personnages familiers qui m’entourent, après une parenthèse aussi intense, riche et marquante. Je n’ai pratiquement pas mis le nez dehors depuis mon retour, sauf pour faire quelques courses. « Suis-je la même personne? » Me demandais-je hier à l’épicerie. « En quoi ai-je changé si j’ai changé? »

Le Vietnam a quelque peu hypothéqué mon corps. Faute d’exercice, je suis plus lourde et il est évident que je dois consulter un spécialiste pour ma main, qui met beaucoup de temps à guérir et à retrouver sa flexibilité. J’ai aussi réalisé qu’un climat aussi chaud et humide ne sied pas vraiment à la nordique que je suis. J’imagine que le corps peut s’habituer à pareil climat, c’est ce qu’affirment ceux qui restent longtemps au Vietnam, mais je peux dire que j’ai souffert de la chaleur et des pluies extrêmes.

Mais pour mon cœur, mes sens, ma tête : quelle fête! J’ai le sentiment que mon cœur s’est élargi et profondément nourri de toutes ces personnes que j’ai connues, aimées et côtoyées, de ces réalités fascinantes auxquelles j’ai été exposée, de ces paysages fabuleux qu’il m’a été donné de voir et de toute cette culture envoûtante et mystérieuse. Une vaste gratitude ne cesse de m’habiter depuis mon retour, face au fait d’avoir été exposée à tout cela.

J’ai aimé le Vietnam. J’ai aimé tous ces gens que j’ai connus et que je continuerai à porter très longtemps dans mon cœur. Pourtant, autant cette expérience a été satisfaisante, autant elle m’a permis de prendre conscience de la profondeur de mes racines et de mon attachement à ma famille, à mes amis, à ma communauté et à ce Québec imparfait certes, mais si beau et vivant. J’espère pouvoir encore voyager, mais c’est ici que je veux vivre.

Il me reste à vous laisser, vous, à lever le doigt pour laisser le silence s’installer.  Vous me manquerez. Du fond du cœur, merci d’avoir été là.

Au revoir.

 

Nam et le quotidien à bâtons rompus (3ème épisode)

Ça y est! Le compte à rebours a commencé. Plus que 10 jours au Vietnam. Bien sûr, tristesse et joie se côtoient au chapitre des émotions. Tristesse surtout de quitter amis et  collègues avec qui j’ai partagé de si beaux moments et quelques inévitables péripéties.  Tristesse aussi de laisser derrière moi ce pays si attachant et coloré avec sa nature luxuriante, souvent majestueuse, qui a tant souffert et qui lutte parfois malhabilement pour gagner sa place au soleil. J’aurai sûrement aussi la nostalgie d’un certain style de vie, fort agréable à plusieurs égards – quand me sera-t-il donné de me promener en sandales quasi une année durant? D’aller me prélasser à la mer tous les week-ends de beau temps, à 30 minutes de scooter à travers villages et rizières? Mais il y a l’immense joie de retrouver famille, ami-e-s et communauté dont ce séjour m’a permis de mesurer à quel point ils me sont précieux. Et mon lieu, et ma ville et mon pays de froidure et de canicule, de culture vibrante et nature verdoyante, de parlure et de palabres, d’urgences encombrées et de classes débordantes, de politiciens aux appartenances à géométrie variable, au discours fatigué ou au séparatisme en veilleuse, et aux artistes partout acclamés, parfois censurés. Décidément, de bien belles retrouvailles m’attendent.

Mais j’y suis encore, au Vietnam, à Hué, et j’ai bien l’intention d’y savourer ma coupe jusqu’à la dernière goutte. L’heure des bilans s’annonce, mais elle n’a pas encore sonné.

Nam

Avant de vous entretenir de certains aspects du quotidien, j’aimerais vous présenter un jeune homme de coeur.

Il y a deux mois, j’ai eu la chance de faire un séjour professionnel d’une semaine dans un collège universitaire de la petite ville de Rach Gia, à l’extrémité occidentale du Delta du Mékong. J’y ai animé des ateliers auprès de deux groupes de finissants, avec qui j’ai eu un contact intense, joyeux, ma foi fort gratifiant. Je n’avais jusqu’ici formé que des professeurs qui eux, formeront des étudiants. Ce contact de première ligne manquait à mon expérience… Que ces jeunes sont beaux et touchants!

Une grande partie de la clientèle du Collège de Technologie et d’Économie de Kien Giang provient de milieux ruraux, donc souvent très démunis. Une des missions de cette institution publique consiste à extirper les jeunes de la pauvreté. Pour ce faire, on ne charge qu’un montant mensuel symbolique (environ cinq dollars) aux 500 jeunes qui habitent dans les dortoirs du Collège. On y enseigne principalement la mécanique, l’agriculture, les métiers liés à l’industrie du tourisme et aux technologies de l’information. Tout au long de la semaine, j’ai fait équipe avec un jeune interprète, prénommé Nam, que voici :

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Ce jeune homme a substantiellement rehaussé l’idée que je me faisais du Vietnamien, dont l’image, disons, ne luisait pas fort jusqu’ici à mes yeux. Beaucoup d’hommes boivent énormément au Vietnam : on en voit des kyrielles attablés à journée longue dans les cafés et les bars. Le machisme imprègne profondément les relations hommes-femmes et il semble que la violence conjugale soit endémique, quasi normale. De plus, l’infidélité de la gent masculine est notoire, plusieurs hommes entretenant des relations parallèles avec des femmes seules, dont ils contrôlent jalousement la vie sociale. Joli portrait!

Et voilà que je rencontre Nam, et tous ces beaux garçons modestes, ouverts et souriants, tellement attachants!

Aîné d’une famille de trois garçons, Nam a 30 ans. Ses parents vivent toujours en campagne, trimant dur pour cultiver un petit champ de riz, quelques légumes et élever deux ou trois porcs. À l’adolescence, un prêtre du village a mis Nam en contact avec une famille qui a pris sa scolarisation en charge, ce qui lui a permis d’aller étudier à l’université et d’obtenir une licence en langues étrangères. A son tour, il a pris en charge l’éducation de ses jeunes frères. Celui qui lui succède immédiatement travaille aujourd’hui comme comptable et vit toujours avec ses parents, qu’il aide financièrement du mieux qu’il peut. Nam assume entièrement la scolarisation et les frais de subsistance de son plus jeune frère, qui obtiendra son doctorat en médecine dans deux ans. Comme son salaire ne lui suffit pas pour s’acquitter de ses obligations, en plus de  travailler à temps plein au Collège, Nam donne des cours d’anglais tous les soirs de la semaine, de même que le samedi et le dimanche matin. Compte tenu de ses responsabilités, il ne peut envisager de se marier pour le moment – d’autant plus que ses parents ne pourraient en aucun cas payer la noce! Pourtant, il aspire de tout coeur à fonder une famille. Quand je lui ai demandé s’il trouvait la situation lourde, il m’a répondu : « Bien sûr! Mais c’est mon rôle en tant qu’aîné de la famille. J’ai été privilégié pour mon éducation, c’est maintenant mon devoir d’aider mon plus jeune frère. J’avoue quand même que je serai très soulagé quand il graduera! » Mon nouvel ami a une nouvelle copine depuis quelques mois. Il hésite à lui faire part de ses obligations personnelles de peur qu’elle ne le laisse. Espérons qu’au lieu de lui tenir rigueur des délais que pourrait souffrir la concrétisation de leur relation amoureuse, elle soit, comme moi, profondément touchée par la dignité et la générosité de ce jeune homme.

Passons au registre de l’expérience du quotidien au Vietnam.

La cuisine de rue

Il s’agit presque d’un culte à la grandeur du pays. À Hué, à Hanoï et à Saïgon, on n’hésite pas à parler de gastronomie de rue et plusieurs agences de voyage offrent des visites guidées des particularités régionales en la matière. Évidemment, la cuisine de rue coûte trois fois rien. Pour un dollar ou un dollar et demi, vous dégustez (!) un repas complet sur ces petits tabourets en plastique très près du sol. De nombreux Vietnamiens mangent très régulièrement dans la multitude d’échoppes qui bordent les rues. Beaucoup y prennent au moins un repas par jour, souvent deux. Je vais tenter de vous communiquer un peu de l’atmosphère matinale qui règne autour de l’hôpital où je reçois des traitements de physiothérapie tous les matins de semaine. On ne sert pas de repas à l’hôpital, si bien que famille, amis, et très souvent les malades eux-mêmes (hommes en pyjamas bleus et femmes en pyjamas roses) se restaurent en plein trottoir. Les abords de l’hôpital grouillent d’activité dès 6 h du matin.

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Voici une propriétaire d’un petit resto mobile, qu’elle apporte en le poussant tous les jours en face de l’hôpital.

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Et on fait la vaisselle sur place, évidemment à l’eau froide…

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À Saïgon,  cette dame qui fait de délicieuses gaufres dans son resto portatif :

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Et une autre a réduit le resto de rue/épicerie portable à sa plus simple expression : un seul siège. Je ne sais pas combien pèse tout cela, mais il me semble que ça doit être lourd sur son épaule. Souvent, ces dames déambulent comme en sautillant, alors que leur palanquin de bambou ploie considérablement à chaque pas.

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Évidemment, la cuisine de rue se consomme à nos risques et périls. J’avoue avoir vécu quelques perturbations gastriques qui ont sérieusement freiné mes ardeurs en la matière. Mais de nombreux Occidentaux vivant ici ne jurent que par la cuisine de rue et la consomment allègrement et en quantité sans le moindre malaise. Mon ami William de Saint-Norbert d’Arthabaska, par exemple, trouve ridicule de payer ailleurs trois ou quatre fois le prix pour un repas de riz frit aux crevettes qu’il paie environ un dollar dans la rue.

Les marchés

Ils bourdonnent d’activités. Une des particularités de la cuisine vietnamienne, c’est qu’on n’y utilise que des produits frais. On se rend donc au marché au moins une fois par jour, souvent deux. Beaucoup de produits sont à même le sol. Voici des images du petit marché à côté du lieu où je travaille :

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Le poisson et la viande sont vendus en plein air… on cherche habituellement à les acheter le matin…

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Cette dame choisit son poulet pour le prochain repas :

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On trouve aussi dans ces marchés des babioles en tout genre :

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Un peu partout dans la ville, au détour d’un coin de rue, dans les parcs, au bord de l’autoroute ou même sur le parapet d’un pont, on trouve de ces marchandes qui s’installent avec leurs produits et leur balance :

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La chaleur

Il fait chaud ces temps-ci. Très chaud. Vraiment, très très chaud. J’ai peine à imaginer que bien des gens ici n’ont pas la clim, j’angoisse juste à y penser. Ces derniers jours, même les Vietnamiens se plaignent de la chaleur, c’est dire… Voici la météo qu’affichait mon ordi le 21 août dernier. Ça m’a donné un choc! Je ne savais pas qu’il était possible que la température ressentie atteigne 50 degrés. J’avais vécu 45 degrés en Inde et je croyais avoir fait l’ultime expérience de la chaleur, mais non! Et c’est arrivé deux autres fois depuis… :

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Je conduisais Amanda hier et même si c’était moins chaud (température ressentie : tout de même un petit 48!), j’avais l’impression que ma peau cuisait littéralement tant le vent était brûlant. Je pense que je comprends maintenant pourquoi les habitants de plusieurs  pays chauds se couvrent le corps en entier et nous trouvent bien bizarres, nous les foreigners, d’offrir notre épiderme en pâture aux éléments.

Le bout de tuyau qui rend heureux

La publicité ici me fait beaucoup rire. On se croirait au Québec il y a 30 ans avec tous les clichés et les artifices que cela peut supposer. Mais l’image qui suit a provoqué chez moi rien de moins qu’un éclat de rire en pleine rue il y a quelques mois :

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Non mais, il faut le faire!

Bizarrerie culinaire

À la frontière de la Chine, plus précisément à Lao Cai où je m’étais rendue pour le travail,  voici ce qu’on nous a servi en accompagnement d’une fondue de fruits de mer et de légumes, qu’on appelle ici hot pot. Remarquez la finesse du corsage et du col. J’avoue que j’ai connu un moment de sidération devant cette apparition…

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Oui, oui, vous avez bien compris. En prenant ses tranches de boeuf, on déshabille la poupée! Pour votre information, la jolie forme de la jupe est donnée par de la glace pilée dessous. Une crinoline de glace en fait. Il paraît que c’est très chinois comme façon de servir. Vous savez quoi? Nous avons tout mangé quand même. Un peu perturbant comme processus, mais très bon quand même.

À très bientôt!

Madame Nga – Entre tradition et modernité

Au cours des prochains articles, j’aimerais vous présenter certains personnages de mon entourage huesque, simplement pour vous donner une idée de la diversité et de la richesse de la faune humaine que j’ai le bonheur de côtoyer, tant chez les Vietnamiens d’origine que chez les étrangers ayant élu domicile à Hué. Les destins individuels ont l’heur de me passionner, même de me fasciner : qu’est-ce qui fait que nous nous rencontrons à un moment et à un lieu précis, que nos routes se croisent et que le lien se crée l’espace d’un instant, de quelques mois ou d’une existence ? Mystère et boule de gomme. Remontons donc le fil de quelques-uns de ces liens dont l’avenir révélera l’éphémérité ou la pérennité.

Madame Nga

J’ai une affection inconditionnelle pour cette mi-cinquantenaire énergique, vice-rectrice du collège où je travaille. En plus de son fort dynamisme, il émane d’elle non seulement une bonté hors du commun, mais une joie de vivre éclatante qui fait de chacun de ses éclats de rire une fête irrésistible pour le cœur. Madame Nga a un amour profond pour son pays et pour ses traditions, tout en étant une femme bien de son temps, ce qui donne à son profil un relief bien particulier.

Comme la grande majorité des Vietnamiens, Nga a connu la pauvreté dans son enfance. Orphelin de la Première Guerre mondiale, son grand-père paternel fut toute sa vie domestique d’une famille de mandarins de la cité impériale de Hué, à titre de conducteur de cyclo-pousse personnel d’un haut fonctionnaire. Après leur mariage, les parents de Nga choisirent de vivre en campagne non loin de Hué afin d’assurer  l’autonomie alimentaire de leur famille, qui compta bientôt quatre enfants : deux garçons et deux filles. À l’instar de son propre paternel, le père de Nga occupa sa vie durant le poste de chauffeur personnel d’un fonctionnaire important de la ville, un juge cette fois, sa mère tenant maison, fabriquant et vendant du pain et faisant des ménages chez des gens plus aisés. Comme dans toute maisonnée vietnamienne, seules la mère et les filles contribuaient à la confection des repas et aux tâches ménagères : Nga relate que toute petite, comme la famille n’avait pas l’eau courante, elle et sa sœur se rendaient à pied au village parfois jusqu’à 20 fois par jour, chacune avec sa palanque de bambou et deux grands seaux, pour puiser l’eau et la rapporter à la maison. Devant les plaintes répétées des petites filles, les parents décrétèrent que les garçons devaient accompagner leurs sœurs au village à tout le moins pour puiser l’eau — tâche  éreintante —, mais le transport des seaux à la maison demeura la responsabilité des filles.

 

 

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Dès qu’elle évoque ses parents, des torrents de larmes jaillissent des yeux de Nga. Tous deux sont morts subitement à une dizaine d’années d’intervalle, son père dans la jeune cinquantaine à la suite d’une électrocution et sa mère après un violent infarctus. Nga a profondément aimé et admiré ses deux parents, qu’elle décrit comme généreux et très impliqués dans leur communauté. De son père, elle appréciait particulièrement la vivacité d’esprit, l’entregent, les nombreux talents (il pouvait tout faire en construction, jouait de la guitare et de l’harmonica) et la joie de vivre dont elle a hérité. Surtout, à la différence des autres pères vietnamiens dont il subissait imperturbablement les critiques, il s’intéressait autant à ses filles qu’à ses garçons, s’amusant avec elles et souhaitant leur épanouissement. Nga garde un souvenir très ému de sa mère et des années de proximité qu’elle a vécues avec elle après la mort de son père, années qui furent aussi brutalement interrompues.

Après avoir obtenu son diplôme de l’École normale de Hué, Nga fut recrutée par le Comité populaire de la ville de Hué, où elle connut son futur mari, qu’elle épousa à l’âge de 27 ans, un âge relativement avancé pour une Viernamienne. À noter qu’elle avait déjà repoussé les approches de trois prétendants, ce qui démontre qu’elle n’hésitait pas à résister aux diktats sociaux selon lesquels le célibat devient une tare après l’âge de 30 ans, surtout chez la femme. Le jour de son mariage, Nga emménagea comme il se devait chez sa belle famille  à titre d’épouse de l’aîné d’une famille de six filles et de deux garçons, dont elle devint d’office la cuisinière et la femme de ménage, même si elle travaillait à temps plein et qu’elle a donné naissance à deux enfants peu après son mariage. Le tout dans une atmosphère où elle dut subir de nombreuses critiques, parfois de l’hostilité ouverte, particulièrement de la part de ses belles-sœurs. Bravo pour la solidarité féminine !

Lorsque je lui ai demandé pendant combien d’années cette situation a perduré, elle a poussé ce cri du cœur : « J’ai souffert pendant 11 ans ! » Après cette période, même son mari trouvait la situation intenable pour elle : il a donc passé le flambeau à… l’épouse d’un de ses frères, puis fait construire une maison pour leur propre cellule familiale. À l’âge de 38 ans, Nga a fait une chose vraiment singulière pour une Vietnamienne de son époque. Fait encore plus surprenant, elle a même obtenu le soutien de son mari pour réaliser un projet bien particulier, celui d’accepter une bourse pour aller étudier la gestion hôtelière pendant un an en Europe, au Luxembourg, alors que leur fils et leur fille étaient âgés respectivement de 8 et de 5 ans. Cette année s’avéra à la fois très éprouvante et très profitable pour elle. Elle pleura tant au cours des quatre premiers mois qu’elle développa un problème de glandes lacrymales ! Par ailleurs, cette année lui permit de donner un envol décisif à sa carrière dont elle profite encore aujourd’hui, qui lui fait affirmer que ce choix s’avéra salutaire malgré tous les défis qu’elle eut à relever.

Nga a un profond attachement pour la tradition. Elle fréquente assidûment une pagode et respecte tous les rites bouddhistes, en particulier le culte des ancêtres. La famille reste au cœur de son existence. Elle visite régulièrement ses deux enfants qui étudient tous deux à Saïgon et maintient une relation très étroite avec eux. Dans ses temps libres, Nga s’occupe énormément de son entourage. Cuisinière accomplie et d’une efficacité redoutable devant ses fourneaux, elle adore recevoir. Pour avoir eu le privilège de faire partie de ses invités, j’ai pu constater qu’un repas chez Nga signifie plats succulents, plaisir garanti et rires à profusion. Pour la journée de la femme au Vietnam, nous étions une douzaine chez elle à rigoler comme des gamines. La capacité à s’amuser de nombre de ces femmes m’ébahit littéralement.

Nga se distingue de bien des femmes vietnamiennes par son indépendance d’esprit, que je perçois comme étant liée à la valorisation qu’elle a reçue de ses parents. Malgré son penchant pour le respect des traditions, elle est remarquablement ouverte d’esprit face à la différence. Autre fait à souligner : contrairement à la majorité de son entourage, elle fréquente très rarement les « fortune tellers » lorsqu’elle a une décision à prendre. Elle préfère se fier à son propre jugement quand vient le temps de gérer sa destinée, tout comme elle était convaincue, dans sa jeunesse, qu’il valait mieux rester seule que d’accepter les avances d’hommes qui ne lui disaient rien.

Nga se garde en forme : tous les matins, elle fait de la marche rapide avec son mari de 5 h à 6 h, activité qu’elle répète aussi souvent que possible le soir après manger. Tous les week-ends, elle s’occupe de sa belle-mère vieillissante : elle fait ses courses, son ménage et prépare la plupart de ses repas. Très souvent au cours de la semaine, elle lui apporte une portion du repas familial. Pour Nga comme pour la majorité des Vietnamiens, ce rôle va de soi. Il est dans l’ordre des choses de prendre soin des aînés et de faire preuve d’indulgence et de patience avec eux, même lorsque ceux-ci se montrent difficiles ou capricieux.

Autre fait à souligner, Nga assume le rôle de pilier en matière de gestion du Collège de tourisme de Hué. Son supérieur, le recteur, joue un rôle important de représentation au Vietnam et  l’étranger, mais, même si elle n’a aucun relevant direct sur l’organigramme du Collège, tous s’entendent pour dire qu’elle assure la gestion opérationnelle de l’ensemble de l’établissement. C’est vers elle qu’on se tourne en cas de questionnement ou de besoin. Elle connaît chaque professeur, chaque employé et s’attire le respect et parfois aussi un peu la crainte de tous. Même officieuse, son autorité sur l’ensemble du personnel de fait aucun doute.

Le Vietnam connaît une profonde mutation au plan social, culturel et économique. Lorsque je questionne Nga sur l’attitude de ses enfants en matière de respect des traditions, aucune évidence n’émerge. Quand ils visitent leurs parents à Hué, ils les accompagnent parfois à la pagode, mais n’y vont sûrement pas à Saïgon, où ils vivent. Par ailleurs, tous deux comptent maintenir le culte des ancêtres, encore au cœur de la culture vietnamienne. Lorsqu’ils se marieront, aucun des deux n’ira vivre chez les parents de l’homme. Ils auront leur propre lieu et comme les deux comptent faire leur vie dans la grande ville, tous auront à créer de nouvelles façons de maintenir les liens parents-enfants et grands-parents-petits-enfants et à se situer par rapport à leur héritage culturel.

Je ne peux résister à la tentation d’insérer ici une photo qui me fait bien rire : nous voici, Nga et moi, prenant un bain de pied avant de recevoir un massage thérapeutique, lors d’une petite virée dans les environs de Hué.

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Les autels à Hué

Ici, non seulement tous les foyers ont au moins autel dans lequel on fait brûler de l’encens tous les jours, mais tous les établissements commerciaux en ont un aussi, ce qui surprend parfois le « foreigner ». En voici quelques exemplaires :

À la cafétéria de l’hôpital international de Hué :

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Dans un commerce de produits cosmétiques :

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Dans un restaurant italien assez chic :

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On en trouve même dans les arbres :

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Enfin, voici mon préféré, devant lequel je passe tous les jours en allant au travail :

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Du toucher et de la pudeur au Vietnam

Ces aspects des rapports sociaux m’ont beaucoup étonnée depuis mon arrivée, en plus de me demander un certain ajustement. À un certain niveau, les gens se touchent très peu et à un autre… énormément ! La pudeur, elle, reste de mise en toute circonstance.

Quand on dit bonjour ou au revoir à un Vietnamien, on se garde bien de le toucher. Cela ne fait tout simplement pas partie des mœurs, sauf pour certains, férus de culture occidentale. En fait, traditionnellement, les gens ne se saluent ni à l’arrivée ni au moment de se quitter, et on ne dit pratiquement jamais merci et encore moins s’il-vous-plaît. Ces habitudes changent au contact des étrangers, mais à la base… nenni ! Typiquement, mes collègues arrivent au travail et… gagnent tout simplement  leur place. Alors imaginez embrasser quelqu’un quand on part… Je l’ai fait automatiquement un jour, ce qui a provoqué un grand rire nerveux chez ma collègue !

En principe, les couples ne se touchent pas en public. Encore une fois, la situation se modifie au contact de l’Occident : par exemple, on voit de plus en plus de jeunes couples se promener en se tenant la main, mais jamais vous n’observerez ce type de comportement chez les 30 ans et plus ! Par ailleurs, les petits enfants sont presque toujours dans les bras de leurs parents — père ou mère.  Les adolescentes les femmes mûres se tiennent régulièrement la main et deux garçons peuvent très bien marcher dans la rue en se tenant par les épaules, en toute simplicité et sans connotation tortueuse. De plus, on fait la sieste et on passe la nuit en famille au Vietnam ! J’ai une amie de 28 ans qui dort régulièrement avec sa mère encore aujourd’hui, ce qui est tout à fait naturel ici.

Côté pudeur, le maillot de bain commence tout juste et encore à grand-peine à se tailler une place dans la garde-robe vietnamienne, surtout chez la femme. Il n’y a pas que les émotions qu’on répugne à révéler ici. À la piscine comme à la plage, on se baigne tout simplement…. tout habillé-e ! Ma collègue Ngan, pourtant dans la jeune vingtaine et fort jolie, me dit qu’elle se sentirait très mal à l’aise de montrer son corps à des inconnus. Je connais un directeur général d’hôtel qui a bien essayé de rendre le port du maillot de bain obligatoire à la piscine de son établissement, mais ce fut peine perdue avec les Asiatiques. Ceci dit, les enfants portent de plus en plus le maillot de bain — souvent à manches longues pour se protéger du soleil — de même que de plus en plus d’hommes, mais seule une très faible minorité de femmes l’ont adopté.

 

Le scooter familial

Voici un cliché croqué sur le vif. C’est ainsi que nombre de familles se déplacent dans les rues du Vietnam :

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Parlant de moto…

Près de sept semaines après avoir été heurtée par une motocyclette, mon poignet, ma main et mon doigt poursuivent leur processus de guérison, la main traînant… un peu de la patte. Mais les séances de physiothérapie intensive matin et soir (près de 2,5 heures par jour) devraient  me permettre de retrouver sous peu et en très grande partie ma mobilité, du moins je l’espère. J’avoue que la perte de mon scooter Georges modifie substantiellement mes habitudes de vie : je découvre les joies de la marche à pied en été, ce qui met sérieusement à défi mes glandes sudoripares et contribue au rétablissement de ma ligne qui en avait pris un coup avec la gastronomie huesque !

À bientôt.