Nam et le quotidien à bâtons rompus (3ème épisode)

Ça y est! Le compte à rebours a commencé. Plus que 10 jours au Vietnam. Bien sûr, tristesse et joie se côtoient au chapitre des émotions. Tristesse surtout de quitter amis et  collègues avec qui j’ai partagé de si beaux moments et quelques inévitables péripéties.  Tristesse aussi de laisser derrière moi ce pays si attachant et coloré avec sa nature luxuriante, souvent majestueuse, qui a tant souffert et qui lutte parfois malhabilement pour gagner sa place au soleil. J’aurai sûrement aussi la nostalgie d’un certain style de vie, fort agréable à plusieurs égards – quand me sera-t-il donné de me promener en sandales quasi une année durant? D’aller me prélasser à la mer tous les week-ends de beau temps, à 30 minutes de scooter à travers villages et rizières? Mais il y a l’immense joie de retrouver famille, ami-e-s et communauté dont ce séjour m’a permis de mesurer à quel point ils me sont précieux. Et mon lieu, et ma ville et mon pays de froidure et de canicule, de culture vibrante et nature verdoyante, de parlure et de palabres, d’urgences encombrées et de classes débordantes, de politiciens aux appartenances à géométrie variable, au discours fatigué ou au séparatisme en veilleuse, et aux artistes partout acclamés, parfois censurés. Décidément, de bien belles retrouvailles m’attendent.

Mais j’y suis encore, au Vietnam, à Hué, et j’ai bien l’intention d’y savourer ma coupe jusqu’à la dernière goutte. L’heure des bilans s’annonce, mais elle n’a pas encore sonné.

Nam

Avant de vous entretenir de certains aspects du quotidien, j’aimerais vous présenter un jeune homme de coeur.

Il y a deux mois, j’ai eu la chance de faire un séjour professionnel d’une semaine dans un collège universitaire de la petite ville de Rach Gia, à l’extrémité occidentale du Delta du Mékong. J’y ai animé des ateliers auprès de deux groupes de finissants, avec qui j’ai eu un contact intense, joyeux, ma foi fort gratifiant. Je n’avais jusqu’ici formé que des professeurs qui eux, formeront des étudiants. Ce contact de première ligne manquait à mon expérience… Que ces jeunes sont beaux et touchants!

Une grande partie de la clientèle du Collège de Technologie et d’Économie de Kien Giang provient de milieux ruraux, donc souvent très démunis. Une des missions de cette institution publique consiste à extirper les jeunes de la pauvreté. Pour ce faire, on ne charge qu’un montant mensuel symbolique (environ cinq dollars) aux 500 jeunes qui habitent dans les dortoirs du Collège. On y enseigne principalement la mécanique, l’agriculture, les métiers liés à l’industrie du tourisme et aux technologies de l’information. Tout au long de la semaine, j’ai fait équipe avec un jeune interprète, prénommé Nam, que voici :

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Ce jeune homme a substantiellement rehaussé l’idée que je me faisais du Vietnamien, dont l’image, disons, ne luisait pas fort jusqu’ici à mes yeux. Beaucoup d’hommes boivent énormément au Vietnam : on en voit des kyrielles attablés à journée longue dans les cafés et les bars. Le machisme imprègne profondément les relations hommes-femmes et il semble que la violence conjugale soit endémique, quasi normale. De plus, l’infidélité de la gent masculine est notoire, plusieurs hommes entretenant des relations parallèles avec des femmes seules, dont ils contrôlent jalousement la vie sociale. Joli portrait!

Et voilà que je rencontre Nam, et tous ces beaux garçons modestes, ouverts et souriants, tellement attachants!

Aîné d’une famille de trois garçons, Nam a 30 ans. Ses parents vivent toujours en campagne, trimant dur pour cultiver un petit champ de riz, quelques légumes et élever deux ou trois porcs. À l’adolescence, un prêtre du village a mis Nam en contact avec une famille qui a pris sa scolarisation en charge, ce qui lui a permis d’aller étudier à l’université et d’obtenir une licence en langues étrangères. A son tour, il a pris en charge l’éducation de ses jeunes frères. Celui qui lui succède immédiatement travaille aujourd’hui comme comptable et vit toujours avec ses parents, qu’il aide financièrement du mieux qu’il peut. Nam assume entièrement la scolarisation et les frais de subsistance de son plus jeune frère, qui obtiendra son doctorat en médecine dans deux ans. Comme son salaire ne lui suffit pas pour s’acquitter de ses obligations, en plus de  travailler à temps plein au Collège, Nam donne des cours d’anglais tous les soirs de la semaine, de même que le samedi et le dimanche matin. Compte tenu de ses responsabilités, il ne peut envisager de se marier pour le moment – d’autant plus que ses parents ne pourraient en aucun cas payer la noce! Pourtant, il aspire de tout coeur à fonder une famille. Quand je lui ai demandé s’il trouvait la situation lourde, il m’a répondu : « Bien sûr! Mais c’est mon rôle en tant qu’aîné de la famille. J’ai été privilégié pour mon éducation, c’est maintenant mon devoir d’aider mon plus jeune frère. J’avoue quand même que je serai très soulagé quand il graduera! » Mon nouvel ami a une nouvelle copine depuis quelques mois. Il hésite à lui faire part de ses obligations personnelles de peur qu’elle ne le laisse. Espérons qu’au lieu de lui tenir rigueur des délais que pourrait souffrir la concrétisation de leur relation amoureuse, elle soit, comme moi, profondément touchée par la dignité et la générosité de ce jeune homme.

Passons au registre de l’expérience du quotidien au Vietnam.

La cuisine de rue

Il s’agit presque d’un culte à la grandeur du pays. À Hué, à Hanoï et à Saïgon, on n’hésite pas à parler de gastronomie de rue et plusieurs agences de voyage offrent des visites guidées des particularités régionales en la matière. Évidemment, la cuisine de rue coûte trois fois rien. Pour un dollar ou un dollar et demi, vous dégustez (!) un repas complet sur ces petits tabourets en plastique très près du sol. De nombreux Vietnamiens mangent très régulièrement dans la multitude d’échoppes qui bordent les rues. Beaucoup y prennent au moins un repas par jour, souvent deux. Je vais tenter de vous communiquer un peu de l’atmosphère matinale qui règne autour de l’hôpital où je reçois des traitements de physiothérapie tous les matins de semaine. On ne sert pas de repas à l’hôpital, si bien que famille, amis, et très souvent les malades eux-mêmes (hommes en pyjamas bleus et femmes en pyjamas roses) se restaurent en plein trottoir. Les abords de l’hôpital grouillent d’activité dès 6 h du matin.

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Voici une propriétaire d’un petit resto mobile, qu’elle apporte en le poussant tous les jours en face de l’hôpital.

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Et on fait la vaisselle sur place, évidemment à l’eau froide…

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À Saïgon,  cette dame qui fait de délicieuses gaufres dans son resto portatif :

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Et une autre a réduit le resto de rue/épicerie portable à sa plus simple expression : un seul siège. Je ne sais pas combien pèse tout cela, mais il me semble que ça doit être lourd sur son épaule. Souvent, ces dames déambulent comme en sautillant, alors que leur palanquin de bambou ploie considérablement à chaque pas.

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Évidemment, la cuisine de rue se consomme à nos risques et périls. J’avoue avoir vécu quelques perturbations gastriques qui ont sérieusement freiné mes ardeurs en la matière. Mais de nombreux Occidentaux vivant ici ne jurent que par la cuisine de rue et la consomment allègrement et en quantité sans le moindre malaise. Mon ami William de Saint-Norbert d’Arthabaska, par exemple, trouve ridicule de payer ailleurs trois ou quatre fois le prix pour un repas de riz frit aux crevettes qu’il paie environ un dollar dans la rue.

Les marchés

Ils bourdonnent d’activités. Une des particularités de la cuisine vietnamienne, c’est qu’on n’y utilise que des produits frais. On se rend donc au marché au moins une fois par jour, souvent deux. Beaucoup de produits sont à même le sol. Voici des images du petit marché à côté du lieu où je travaille :

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Le poisson et la viande sont vendus en plein air… on cherche habituellement à les acheter le matin…

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Cette dame choisit son poulet pour le prochain repas :

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On trouve aussi dans ces marchés des babioles en tout genre :

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Un peu partout dans la ville, au détour d’un coin de rue, dans les parcs, au bord de l’autoroute ou même sur le parapet d’un pont, on trouve de ces marchandes qui s’installent avec leurs produits et leur balance :

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La chaleur

Il fait chaud ces temps-ci. Très chaud. Vraiment, très très chaud. J’ai peine à imaginer que bien des gens ici n’ont pas la clim, j’angoisse juste à y penser. Ces derniers jours, même les Vietnamiens se plaignent de la chaleur, c’est dire… Voici la météo qu’affichait mon ordi le 21 août dernier. Ça m’a donné un choc! Je ne savais pas qu’il était possible que la température ressentie atteigne 50 degrés. J’avais vécu 45 degrés en Inde et je croyais avoir fait l’ultime expérience de la chaleur, mais non! Et c’est arrivé deux autres fois depuis… :

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Je conduisais Amanda hier et même si c’était moins chaud (température ressentie : tout de même un petit 48!), j’avais l’impression que ma peau cuisait littéralement tant le vent était brûlant. Je pense que je comprends maintenant pourquoi les habitants de plusieurs  pays chauds se couvrent le corps en entier et nous trouvent bien bizarres, nous les foreigners, d’offrir notre épiderme en pâture aux éléments.

Le bout de tuyau qui rend heureux

La publicité ici me fait beaucoup rire. On se croirait au Québec il y a 30 ans avec tous les clichés et les artifices que cela peut supposer. Mais l’image qui suit a provoqué chez moi rien de moins qu’un éclat de rire en pleine rue il y a quelques mois :

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Non mais, il faut le faire!

Bizarrerie culinaire

À la frontière de la Chine, plus précisément à Lao Cai où je m’étais rendue pour le travail,  voici ce qu’on nous a servi en accompagnement d’une fondue de fruits de mer et de légumes, qu’on appelle ici hot pot. Remarquez la finesse du corsage et du col. J’avoue que j’ai connu un moment de sidération devant cette apparition…

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Oui, oui, vous avez bien compris. En prenant ses tranches de boeuf, on déshabille la poupée! Pour votre information, la jolie forme de la jupe est donnée par de la glace pilée dessous. Une crinoline de glace en fait. Il paraît que c’est très chinois comme façon de servir. Vous savez quoi? Nous avons tout mangé quand même. Un peu perturbant comme processus, mais très bon quand même.

À très bientôt!

Léopold, le bienheureux

La faune des étrangers qui ont élu domicile à Hué comporte quelques « électrons libres », c’est-à-dire des personnes au profil et au chemin de vie atypiques. Je vous présente l’un d’eux : mon ami Léopold.

Ce qui frappe au premier abord chez cet homme à la longue silhouette voûtée et au visage fin, c’est son regard. Ses beaux yeux bleus se posent sur vous certes avec vivacité, mais aussi avec une certaine douceur souriante. Si on pousse un peu plus loin l’investigation, on décèle sous cette affabilité une grande curiosité, un désir de contact ou plutôt, un désir de connaître, de découvrir, toutes antennes dehors. Un peu plus loin encore apparaît ce que j’appellerais une joyeuse irrévérence. On pressent chez ce personnage — car de personnage il s’agit — un monde intérieur intense et… pas comme les autres.

Les origines

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Français d’origine polonaise et retraité, Léopold vit à Hué depuis six ans. C’est ici qu’il a connu sa compagne Andréa, belle Allemande spécialisée dans la restauration d’édifices culturels historiques, qui vivait ici depuis plusieurs années déjà au moment de leur rencontre. Andréa mène au Vietnam, au Laos et au Myanmar une carrière florissante, s’attirant le respect non seulement des autorités de la ville et du pays, mais de tous ceux œuvrant dans le domaine, comme en fait foi un très beau documentaire qui lui a été consacré il y a quelques mois. Des Vietnamiens qui font un documentaire sur une foreigner — une femme en plus! –  qui dirige des projets et des équipes de restauration de monuments historiques vietnamiens : il faut le faire! Le couple que forment Léopold et Andréa n’a vraiment rien de banal.

Par quels méandres de l’existence Léopold en est-il venu à élire domicile dans l’ancienne capitale impériale du Vietnam? Son parcours m’a fascinée…

Après la Première Guerre mondiale, l’Allemagne avait une dette de guerre colossale envers la France. Elle disposait de trois façons de s’en acquitter : soit en la payant en or, soit en cédant à la France certaines de ses industries ou en lui fournissant un nombre prédéterminé de travailleurs miniers. L’Allemagne choisit cette troisième option et les grands-parents de Léopold, qui vivaient alors en Silésie, décidèrent de profiter de l’opportunité et des conditions alléchantes qui leur étaient offertes pour prendre un nouveau départ dans l’existence. Chaque famille se vit attribuer à Lille une maison en rangée dotée d’un grand jardin. L’Église catholique — les syndicats français avaient réussi à obtenir la construction d’écoles et d’églises catholiques polonaises dans chaque quartier ouvrier — jouait un rôle très important dans le quotidien de la communauté et la maintenait fermement sous sa houlette religieuse et culturelle. Le jeune couple engendra trois filles et dix garçons. Le père de Léopold, cadet des garçons, fut le seul qui vécut au-delà de l’âge de 40 ans, les neuf autres étant décédés de silicose dans la fleur de l’âge. Prématuré et chétif, on le jugea trop faible pour « faire mineur ». Il devint tailleur, métier qui lui valut de belles années de relative prospérité, car les ouvriers polonais, plus sophistiqués que leurs collègues français, revêtaient le costume et le haut-de-forme pour aller à la messe le dimanche!

Léopold, qui était le plus jeune d’une famille de deux garçons et une fille, naquit plusieurs années après les deux aînés. Pour la plus grande fierté de ses parents qui valorisaient les études, la stabilité et la réussite sociale, son grand frère fit de brillantes études d’ingénierie dans une grande école et accéda assez rapidement au poste de  Directeur de la recherche de l’Institut français du pétrole. Ses parents espéraient que Léopold foule les mêmes sentiers que son aîné, d’autant plus qu’il réussissait très bien en sciences et en mathématiques. Il fut accepté dans une grande école d’ingénierie et… y resta trois jours, au grand dam de la famille!

Le jeune adulte

Un chapitre marquant de l’histoire de la France eut une grande influence sur le parcours de Léopold : il avait 18 ans au moment des événements de mai 1968, qu’il vécut avec une grande intensité, de l’intérieur. Cela provoqua chez lui une profonde remise en question des diktats culturels et sociaux. Il décida de vivre sa vie à sa façon, en fonction de ses propres croyances et valeurs, se méfiant à tout jamais des systèmes établis.

Comme il était doué pour les langues, notre ami décida de faire une licence en allemand, langue qu’il parlait déjà avec grande aisance — même plus que certains de ses professeurs. Il vécut des années académiques plutôt légères, ne se présentant la plupart du temps qu’aux examens, qu’il réussit intégralement et haut la main. Sa licence en poche, il se fit professeur d’allemand. Il tint neuf mois. Force lui fut de constater que la dynamique professeur/élèves de lycée ne le branchait aucunement. Il occupa une brochette de petits emplois successifs pendant quelques années, allant même jusqu’à tâter de métiers aussi invraisemblables (pour qui le connaît maintenant) que bûcheron et débardeur — de nuit en plus! Il va sans dire que Léopold se cherchait, parfois sûrement sous l’œil ahuri de ses parents!

L’artiste

En parallèle à sa vie professionnelle hors norme, il commença à côtoyer un groupe d’artistes, amis de sa copine de l’époque et future épouse. Ce monde qu’il n’avait jamais eu l’occasion d’approcher le toucha et le stimula au plus haut point : il se sentait avec eux, pour la première fois de son existence, en pays de connaissance, en résonnance, intensément vivant. Il s’inscrit donc aux Beaux-Arts, d’abord comme étudiant libre, puis il se prit au jeu in intégra le programme régulier. Il avait 30 ans, ce qui lui conféra un statut particulier auprès des professeurs, dont il dépassait certains en âge. Ces années d’études furent bouillonnantes, joyeuses, foisonnantes, heureuses. Sa démarche artistique l’amena à créer des « machines amoureuses » — des « installations » qui mettaient ainsi à profit à la fois sa créativité et son don pour les sciences. J’avoue en toute humilité que malgré des explications fort convaincues de Léopold, mon cerveau bien cartésien le pauvre s’est senti un peu dépassé par le sujet. Essayons tout de même : il s’agissait d’engins munis de mécanismes automates, que Léopold installait dans des endroits publics, invitant des hommes et des femmes (couples hypothétiques, confirmés, tentatifs ou en devenir), à s’asseoir aux côtés de ladite machine et à réagir à une « proposition » que celle-ci produisait généralement toutes les demi-heures.  Je laisse à Léopold le soin de vous expliquer la chose, prototype à l’appui :

 

La sirène de Dunkerke

Cette œuvre, conçue en 1989 pour avoir une durée de vie de deux semaines, a connu jusqu’à ce jour un destin hors du commun, qui a complètement échappé à son créateur, mais de bien jolie façon. La sirène, qui s’inspire d’une vierge couchée d’un des tableaux de Michel-Ange, a été installée à la verticale sur une bouée, à quelques kilomètres du port de Dunkerke. À l’origine, elle devait émettre périodiquement un signal en morse, tout simplement : « oui, oui… » Son inauguration, entièrement financée par Léopold, a donc eu lieu en mer au son d’un quatuor à vent embauché pour l’occasion. Peu à peu, le personnel et les marins des Phares et balises de Dunkerke se sont entichés à la sirène et ont conçu toutes sortes de manœuvres pour retarder son démantèlement, malgré les demandes répétées de l’administration de procéder à son retrait. Au moment ou un gestionnaire à bout de patience s’apprêtait à signer son arrêt de mort, un employé a produit in extremis un document officiel qui rendait le retrait de l’œuvre impossible. On l’avait fait baliser officiellement sur les cartes maritimes, si bien que tout bateau s’approchant du port allait s’attendre à la trouver sur son chemin à défaut de quoi il se croirait perdu.

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La sirène se tailla une place considérable dans la grande famille maritime. Un des marins des Phares et balises avait indiqué dans son testament le désir que ses cendres soient dispersées aux pieds de la sirène. Un règlement fut adopté pour l’occasion. À ce jour, ce lieu reste le seul endroit en mer française ou il est légal de disperser des cendres. Près de 400 personnes ont depuis choisi ce lieu pour leur dernier repos. C’est aussi de la sirène de Dunkerke que se fait le départ du tour de France en bateau et qu’il se conclut.

Enfin, un événement remarquable démontre avec éclat l’ampleur de l’attachement de la communauté maritime dunkerquoise à cette œuvre de Léopold. En 2005, la chaîne qui retenait la sirène à une amarre sous-marine se rompit et elle alla se fracasser sur les rochers. Le personnel des Phares et balises se mobilisa et réussit à recueillir la somme impressionnante de 20 000 euros, puis contacta Léopold pour qu’il la recrée. Bien sûr, notre ami accepta cet honneur avec enthousiasme.

Si vous passez par les eaux du port de Dunkerke, ne manquez pas de saluer cette sirène au karma unique.

Le travail

Même s’il faisait office de précurseur en matière de simplicité volontaire, Léopold devait quand même gagner sa vie. Un de ses amis l’aida, avec sa copine, à obtenir des contrats avec la chaîne de télévision France 3. Il y resta comme pigiste de longues années. Au début, il exerça des tâches qui nous font aujourd’hui sourire :

  • écrire des génériques de fin d’émissions que l’on déroulait et filmait manuellement.
  • inscrire en direct les résultats lors des tournois de tennis de Roland Garros, ce qui exigeait beaucoup de présence et d’attention.
  • écrire en direct les réponses des participants à des jeux-questionnaires télévisés.

Graduellement, comme il se montrait habile et qu’on appréciait sa compagnie, il obtint des contrats dans le domaine des décors, d’abord à la télévision puis peu à peu au cinéma, où il connut de très belles années et dont le point culminant fut un contrat de peintre-décorateur pour le film « Les amants du Pont-Neuf ». Mais jamais Léopold n’a voulu occuper un poste régulier. Lorsqu’il avait besoin de revenus, il passait le mot à son réseau et les propositions arrivaient.

En marge de ses projets de production personnelle et de ses contrats à la télé et au cinéma, Léopold a de longues années durant consacré beaucoup d’énergie à animer un lieu de rencontres artistiques très couru à Lille en matière d’art contemporain. En fait, il « tenait salon ». Il avait loué un espace et y invitait des artistes à venir exposer ou à se produire, et ce, tout à fait gratuitement. Il assumait lui-même toutes les dépenses liées au lieu. Il offrait à boire aux visiteurs et parfois même à manger! Pour son plus grand bonheur, le lieu perdure encore aujourd’hui, un successeur ayant repris le flambeau en maintenant la même philosophie d’ouverture.

La retraite

La pression croissante des impératifs économiques dans le milieu du cinéma a eu pour effet qu’à un moment, Léopold a cessé de se reconnaître dans cette approche de faire toujours plus avec moins et il a tiré sa révérence, même si cela signifiait la précarité financière d’une bien petite rente de retraite. Homme fondamentalement optimiste et tourné vers le possible plutôt que l’inaccessible, il résolut, d’autant plus qu’il était devenu veuf, d’élire domicile là où ses moyens financiers lui permettraient tout de même de bien vivre, c’est-à-dire en Asie. Après un essai peu concluant au Japon malgré son intérêt prononcé pour ce pays, il vint séjourner chez des amis à Hué pour finalement y prendre racine, car il s’y est rapidement beaucoup plu. De Hué, il apprécie le climat, la bonne humeur et la gentillesse ambiante, la quasi-absence de délinquance et ce qu’il qualifie d’aspect bon enfant des relations hommes/femmes. Bien sûr, il est de tous les trop rares événements culturels de Hué et participe régulièrement aux activités organisées par l’Association française de la ville.

Depuis quelques années, Léopold vit avec Andréa dans une jolie maison au bord de la rivière. Le matin, il écoute religieusement France Culture. Puis il s’adonne à une passion qui s’est manifestée il y a environ un an et qui occupe maintenant plusieurs heures de son temps par jour : la peinture.

Voici son atelier :

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Et parmi ses oeuvres, ma préférée (il s’agit d’Andréa, bien sûr):

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Pour finir, voici une « machine » que Léopold a fabriquée et offerte à Andréa pour ses 50 ans. À mon sens, elle illustre à merveille toute l’originalité et la singularité de cet homme hors du commun. Il s’agit d’une machine qui fait le compte à rebours des heures de vie qui restent à son amoureuse avant qu’elle n’atteigne l’âge de 100 ans. Et cela fonctionne, depuis quelques années déjà, à 20 minutes près! Voici Léopold devant ladite machine :

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Avouez que comme cadeau d’anniversaire personnalisé, il est difficile de faire mieux!

Il y a quelques semaines, je passais la soirée avec quelques amis, dont Léopold et Andréa. Vient sur le sujet un homme bien connu à Hué, mais très contesté et voilà que Léopold fait valoir un aspect très positif de l’individu en question. Puis Andréa s’exclame dans un grand sourire, sans charge aucune à l’endroit de son conjoint : « C’est bien Léopold, ça! Il voit toujours tout avec des lunettes roses! » Force m’est de constater, à partir de ce que je sens de cet homme et du plaisir que j’ai à passer du temps en sa compagnie, que cette attitude lui sied très bien et explique au moins en partie cette sérénité joyeuse qui émane de lui.

Le café le plus cher au monde

Lors d’une petite virée dans les montagnes du sud du pays le mois dernier, à Dalat, ma fille Amélie et moi avons visité une plantation de café et avons goûté à un café vraiment, mais vraiment très particulier : le kopi luwak, dont on récolte les grains… dans les excréments de civettes asiatiques,  genre de belettes, dont on fait l’élevage principalement en Indonésie, au Vietnam, aux Philippines et au Timor oriental!

Comment en sommes-nous arrivés là, vous demandez-vous peut-être…

On raconte qu’au dix-huitième siècle, les Néerlandais créèrent des plantations de café dans leurs colonies, tout en interdisant aux fermiers indigènes d’en cueillir les grains pour leur consommation personnelle. Ceux-ci découvrirent que les civettes mangeaient les fèves de café et en rejetaient les graines encore entières dans leurs excréments. Nous avons appris aussi que lors de la récolte du café, on cueille habituellement les fruits  en vrac, à tous les stades de maturité : les fèves vertes pas encore mûres comme les rouges qui sont bien à point. Dans l’image qui suit, on voit quelques fèves mûres.

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Or, notre amie la civette aborde le café en véritable connaisseuse : elle n’en consomme que les « cerises » d’un beau rouge profond et ne digère que la pulpe, rejetant les grains de café après qu’une de ses enzymes digestives en ait retiré l’amertume. Voici les grains lavés et séchés provenant de cette source, avouons-le, assez saugrenue :

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Selon Wikipedia, la café civette se vend jusqu’à 6,600 $ USD le kilo au Japon et aux états-Unis. Un établissement australien le vendait 50 $ la tasse en 2006. Il a même valu en 1995 à un chercheur américain, John Martinez, le prix IG Nobel (IG pour ignoble), un prix parodique du Nobel décerné chaque année à dix auteurs de recherches insolites provoquant la réflexion…. et l’hilarité.

Les avis varient diamétralement sur le sujet. Alors que certains se pâment devant ce nectar dont ils vantent la douceur et la subtilité sublime du goût, d’autres crient à l’imposture face à ce qu’ils appellent le sh… café. Bon. Amélie et moi en avons chacune consommé une tasse. Alors, me demanderez-vous? Mmmmmm… Honnêtement, je n’ai eu aucune expérience gustative transcendante. J’avoue cependant que le fait que nos deux guides aient refusé ledit café et qu’ils observaient notre dégustation avec un air un peu goguenard au coin des yeux a rendu mes papilles plus que dubitatives.

Une brève recherche sur le Web m’a révélé qu’on utilise le même procédé au Pérou pour le café Misha, mais cette fois-ci avec les déjections d’un mammifère de la famille des ratons-laveurs, le coati. Un producteur brésilien prétend même que le café qu’il produit avec l’aide gastrique du jacu, un oiseau proche du faisan, respecte en tous points les règles sacro-saintes de la bio-dynamique, telles que stipulées par Rudolph Steiner lui-même. Dans le nord de la Thaïlande, c’est l’éléphant (!) qui met son tube digestif à contribution dans la production du café Ivoire Noire, vendu à 35 $ la tasse.

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La. nature – et la créativité de l’homme – n’auront de cesse de m’ébahir!

Pour finir

Un nouvel élément s’ajoute maintenant à mon quotidien : je vous présente Amanda, qui succède à Georges. Plus costaude que son prédécesseur, elle me procure, en plus de la joie intrinsèque de la conduite sur deux roues, un sentiment de sécurité et de solidité.

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Je sais, je sais… certains de vous s’inquiètent que je veuille encore conduire un scooter après avoir eu un accident de la route. Bien sûr, une certaine appréhension m’habite, mais sachez qu’à Hué et au Vietnam en général, il est moins périlleux de circuler motorisé qu’à pied, tant on bafoue ici le pauvre piéton!

Avouez qu’elle est mignonne, non?

 

 

 

 

 

 

 

Madame Nga – Entre tradition et modernité

Au cours des prochains articles, j’aimerais vous présenter certains personnages de mon entourage huesque, simplement pour vous donner une idée de la diversité et de la richesse de la faune humaine que j’ai le bonheur de côtoyer, tant chez les Vietnamiens d’origine que chez les étrangers ayant élu domicile à Hué. Les destins individuels ont l’heur de me passionner, même de me fasciner : qu’est-ce qui fait que nous nous rencontrons à un moment et à un lieu précis, que nos routes se croisent et que le lien se crée l’espace d’un instant, de quelques mois ou d’une existence ? Mystère et boule de gomme. Remontons donc le fil de quelques-uns de ces liens dont l’avenir révélera l’éphémérité ou la pérennité.

Madame Nga

J’ai une affection inconditionnelle pour cette mi-cinquantenaire énergique, vice-rectrice du collège où je travaille. En plus de son fort dynamisme, il émane d’elle non seulement une bonté hors du commun, mais une joie de vivre éclatante qui fait de chacun de ses éclats de rire une fête irrésistible pour le cœur. Madame Nga a un amour profond pour son pays et pour ses traditions, tout en étant une femme bien de son temps, ce qui donne à son profil un relief bien particulier.

Comme la grande majorité des Vietnamiens, Nga a connu la pauvreté dans son enfance. Orphelin de la Première Guerre mondiale, son grand-père paternel fut toute sa vie domestique d’une famille de mandarins de la cité impériale de Hué, à titre de conducteur de cyclo-pousse personnel d’un haut fonctionnaire. Après leur mariage, les parents de Nga choisirent de vivre en campagne non loin de Hué afin d’assurer  l’autonomie alimentaire de leur famille, qui compta bientôt quatre enfants : deux garçons et deux filles. À l’instar de son propre paternel, le père de Nga occupa sa vie durant le poste de chauffeur personnel d’un fonctionnaire important de la ville, un juge cette fois, sa mère tenant maison, fabriquant et vendant du pain et faisant des ménages chez des gens plus aisés. Comme dans toute maisonnée vietnamienne, seules la mère et les filles contribuaient à la confection des repas et aux tâches ménagères : Nga relate que toute petite, comme la famille n’avait pas l’eau courante, elle et sa sœur se rendaient à pied au village parfois jusqu’à 20 fois par jour, chacune avec sa palanque de bambou et deux grands seaux, pour puiser l’eau et la rapporter à la maison. Devant les plaintes répétées des petites filles, les parents décrétèrent que les garçons devaient accompagner leurs sœurs au village à tout le moins pour puiser l’eau — tâche  éreintante —, mais le transport des seaux à la maison demeura la responsabilité des filles.

 

 

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Dès qu’elle évoque ses parents, des torrents de larmes jaillissent des yeux de Nga. Tous deux sont morts subitement à une dizaine d’années d’intervalle, son père dans la jeune cinquantaine à la suite d’une électrocution et sa mère après un violent infarctus. Nga a profondément aimé et admiré ses deux parents, qu’elle décrit comme généreux et très impliqués dans leur communauté. De son père, elle appréciait particulièrement la vivacité d’esprit, l’entregent, les nombreux talents (il pouvait tout faire en construction, jouait de la guitare et de l’harmonica) et la joie de vivre dont elle a hérité. Surtout, à la différence des autres pères vietnamiens dont il subissait imperturbablement les critiques, il s’intéressait autant à ses filles qu’à ses garçons, s’amusant avec elles et souhaitant leur épanouissement. Nga garde un souvenir très ému de sa mère et des années de proximité qu’elle a vécues avec elle après la mort de son père, années qui furent aussi brutalement interrompues.

Après avoir obtenu son diplôme de l’École normale de Hué, Nga fut recrutée par le Comité populaire de la ville de Hué, où elle connut son futur mari, qu’elle épousa à l’âge de 27 ans, un âge relativement avancé pour une Viernamienne. À noter qu’elle avait déjà repoussé les approches de trois prétendants, ce qui démontre qu’elle n’hésitait pas à résister aux diktats sociaux selon lesquels le célibat devient une tare après l’âge de 30 ans, surtout chez la femme. Le jour de son mariage, Nga emménagea comme il se devait chez sa belle famille  à titre d’épouse de l’aîné d’une famille de six filles et de deux garçons, dont elle devint d’office la cuisinière et la femme de ménage, même si elle travaillait à temps plein et qu’elle a donné naissance à deux enfants peu après son mariage. Le tout dans une atmosphère où elle dut subir de nombreuses critiques, parfois de l’hostilité ouverte, particulièrement de la part de ses belles-sœurs. Bravo pour la solidarité féminine !

Lorsque je lui ai demandé pendant combien d’années cette situation a perduré, elle a poussé ce cri du cœur : « J’ai souffert pendant 11 ans ! » Après cette période, même son mari trouvait la situation intenable pour elle : il a donc passé le flambeau à… l’épouse d’un de ses frères, puis fait construire une maison pour leur propre cellule familiale. À l’âge de 38 ans, Nga a fait une chose vraiment singulière pour une Vietnamienne de son époque. Fait encore plus surprenant, elle a même obtenu le soutien de son mari pour réaliser un projet bien particulier, celui d’accepter une bourse pour aller étudier la gestion hôtelière pendant un an en Europe, au Luxembourg, alors que leur fils et leur fille étaient âgés respectivement de 8 et de 5 ans. Cette année s’avéra à la fois très éprouvante et très profitable pour elle. Elle pleura tant au cours des quatre premiers mois qu’elle développa un problème de glandes lacrymales ! Par ailleurs, cette année lui permit de donner un envol décisif à sa carrière dont elle profite encore aujourd’hui, qui lui fait affirmer que ce choix s’avéra salutaire malgré tous les défis qu’elle eut à relever.

Nga a un profond attachement pour la tradition. Elle fréquente assidûment une pagode et respecte tous les rites bouddhistes, en particulier le culte des ancêtres. La famille reste au cœur de son existence. Elle visite régulièrement ses deux enfants qui étudient tous deux à Saïgon et maintient une relation très étroite avec eux. Dans ses temps libres, Nga s’occupe énormément de son entourage. Cuisinière accomplie et d’une efficacité redoutable devant ses fourneaux, elle adore recevoir. Pour avoir eu le privilège de faire partie de ses invités, j’ai pu constater qu’un repas chez Nga signifie plats succulents, plaisir garanti et rires à profusion. Pour la journée de la femme au Vietnam, nous étions une douzaine chez elle à rigoler comme des gamines. La capacité à s’amuser de nombre de ces femmes m’ébahit littéralement.

Nga se distingue de bien des femmes vietnamiennes par son indépendance d’esprit, que je perçois comme étant liée à la valorisation qu’elle a reçue de ses parents. Malgré son penchant pour le respect des traditions, elle est remarquablement ouverte d’esprit face à la différence. Autre fait à souligner : contrairement à la majorité de son entourage, elle fréquente très rarement les « fortune tellers » lorsqu’elle a une décision à prendre. Elle préfère se fier à son propre jugement quand vient le temps de gérer sa destinée, tout comme elle était convaincue, dans sa jeunesse, qu’il valait mieux rester seule que d’accepter les avances d’hommes qui ne lui disaient rien.

Nga se garde en forme : tous les matins, elle fait de la marche rapide avec son mari de 5 h à 6 h, activité qu’elle répète aussi souvent que possible le soir après manger. Tous les week-ends, elle s’occupe de sa belle-mère vieillissante : elle fait ses courses, son ménage et prépare la plupart de ses repas. Très souvent au cours de la semaine, elle lui apporte une portion du repas familial. Pour Nga comme pour la majorité des Vietnamiens, ce rôle va de soi. Il est dans l’ordre des choses de prendre soin des aînés et de faire preuve d’indulgence et de patience avec eux, même lorsque ceux-ci se montrent difficiles ou capricieux.

Autre fait à souligner, Nga assume le rôle de pilier en matière de gestion du Collège de tourisme de Hué. Son supérieur, le recteur, joue un rôle important de représentation au Vietnam et  l’étranger, mais, même si elle n’a aucun relevant direct sur l’organigramme du Collège, tous s’entendent pour dire qu’elle assure la gestion opérationnelle de l’ensemble de l’établissement. C’est vers elle qu’on se tourne en cas de questionnement ou de besoin. Elle connaît chaque professeur, chaque employé et s’attire le respect et parfois aussi un peu la crainte de tous. Même officieuse, son autorité sur l’ensemble du personnel de fait aucun doute.

Le Vietnam connaît une profonde mutation au plan social, culturel et économique. Lorsque je questionne Nga sur l’attitude de ses enfants en matière de respect des traditions, aucune évidence n’émerge. Quand ils visitent leurs parents à Hué, ils les accompagnent parfois à la pagode, mais n’y vont sûrement pas à Saïgon, où ils vivent. Par ailleurs, tous deux comptent maintenir le culte des ancêtres, encore au cœur de la culture vietnamienne. Lorsqu’ils se marieront, aucun des deux n’ira vivre chez les parents de l’homme. Ils auront leur propre lieu et comme les deux comptent faire leur vie dans la grande ville, tous auront à créer de nouvelles façons de maintenir les liens parents-enfants et grands-parents-petits-enfants et à se situer par rapport à leur héritage culturel.

Je ne peux résister à la tentation d’insérer ici une photo qui me fait bien rire : nous voici, Nga et moi, prenant un bain de pied avant de recevoir un massage thérapeutique, lors d’une petite virée dans les environs de Hué.

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Les autels à Hué

Ici, non seulement tous les foyers ont au moins autel dans lequel on fait brûler de l’encens tous les jours, mais tous les établissements commerciaux en ont un aussi, ce qui surprend parfois le « foreigner ». En voici quelques exemplaires :

À la cafétéria de l’hôpital international de Hué :

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Dans un commerce de produits cosmétiques :

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Dans un restaurant italien assez chic :

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On en trouve même dans les arbres :

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Enfin, voici mon préféré, devant lequel je passe tous les jours en allant au travail :

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Du toucher et de la pudeur au Vietnam

Ces aspects des rapports sociaux m’ont beaucoup étonnée depuis mon arrivée, en plus de me demander un certain ajustement. À un certain niveau, les gens se touchent très peu et à un autre… énormément ! La pudeur, elle, reste de mise en toute circonstance.

Quand on dit bonjour ou au revoir à un Vietnamien, on se garde bien de le toucher. Cela ne fait tout simplement pas partie des mœurs, sauf pour certains, férus de culture occidentale. En fait, traditionnellement, les gens ne se saluent ni à l’arrivée ni au moment de se quitter, et on ne dit pratiquement jamais merci et encore moins s’il-vous-plaît. Ces habitudes changent au contact des étrangers, mais à la base… nenni ! Typiquement, mes collègues arrivent au travail et… gagnent tout simplement  leur place. Alors imaginez embrasser quelqu’un quand on part… Je l’ai fait automatiquement un jour, ce qui a provoqué un grand rire nerveux chez ma collègue !

En principe, les couples ne se touchent pas en public. Encore une fois, la situation se modifie au contact de l’Occident : par exemple, on voit de plus en plus de jeunes couples se promener en se tenant la main, mais jamais vous n’observerez ce type de comportement chez les 30 ans et plus ! Par ailleurs, les petits enfants sont presque toujours dans les bras de leurs parents — père ou mère.  Les adolescentes les femmes mûres se tiennent régulièrement la main et deux garçons peuvent très bien marcher dans la rue en se tenant par les épaules, en toute simplicité et sans connotation tortueuse. De plus, on fait la sieste et on passe la nuit en famille au Vietnam ! J’ai une amie de 28 ans qui dort régulièrement avec sa mère encore aujourd’hui, ce qui est tout à fait naturel ici.

Côté pudeur, le maillot de bain commence tout juste et encore à grand-peine à se tailler une place dans la garde-robe vietnamienne, surtout chez la femme. Il n’y a pas que les émotions qu’on répugne à révéler ici. À la piscine comme à la plage, on se baigne tout simplement…. tout habillé-e ! Ma collègue Ngan, pourtant dans la jeune vingtaine et fort jolie, me dit qu’elle se sentirait très mal à l’aise de montrer son corps à des inconnus. Je connais un directeur général d’hôtel qui a bien essayé de rendre le port du maillot de bain obligatoire à la piscine de son établissement, mais ce fut peine perdue avec les Asiatiques. Ceci dit, les enfants portent de plus en plus le maillot de bain — souvent à manches longues pour se protéger du soleil — de même que de plus en plus d’hommes, mais seule une très faible minorité de femmes l’ont adopté.

 

Le scooter familial

Voici un cliché croqué sur le vif. C’est ainsi que nombre de familles se déplacent dans les rues du Vietnam :

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Parlant de moto…

Près de sept semaines après avoir été heurtée par une motocyclette, mon poignet, ma main et mon doigt poursuivent leur processus de guérison, la main traînant… un peu de la patte. Mais les séances de physiothérapie intensive matin et soir (près de 2,5 heures par jour) devraient  me permettre de retrouver sous peu et en très grande partie ma mobilité, du moins je l’espère. J’avoue que la perte de mon scooter Georges modifie substantiellement mes habitudes de vie : je découvre les joies de la marche à pied en été, ce qui met sérieusement à défi mes glandes sudoripares et contribue au rétablissement de ma ligne qui en avait pris un coup avec la gastronomie huesque !

À bientôt.