La vie de « foreigner » au Vietnam et… petite virée à Hanoï

Hué, le 3 février 2018.

Foreigner, c’est le terme utilisé ici pour désigner tout étranger en séjour court ou prolongé en sol vietnamien. Le foreigner dispose tout de go d’un statut particulier qui peut prendre de multiples formes, des plus commodes (comme l’accès aux toilettes de tout établissement commercial sans question aucune) aux plus incommodantes (je ne m’habitue pas aux regards insistants des enfants quand je fais la queue au supermarché et j’ai beaucoup de mal avec le fait qu’on me charge automatiquement le double, sinon le triple du prix d’un article parce que je suis étrangère). Sachez cependant qu’il existe différents types de « foreigners ».

  • Le voyageur classique,  facilement reconnaissable par ses vêtements sport bon chic bon genre. Il utilise beaucoup le « cyclopousse », séjourne dans les beaux hôtels, fréquente les restaurants plus chics et ne reste que le temps de visiter le quartier de la Citadelle et quelques tombeaux (au demeurant, magnifiques).
  • Le voyageur « sac à dos », appelé ici le « backpacker ». Plus jeune, il crèche dans une des multiples petites auberges vietnamiennes (10 $ – 15 $/nuitée), adore les restos de rue (street food) qui vous servent un bon repas pour 1,25 $ – 1,50 $, boit beaucoup de bière (le vin coûte ici très cher, alors qu’on achète une bière à l’épicerie pour 0,50 $ et 1,00 $ dans les bars populaires). Il a l’allure du hippy des années 60 et reste assez souvent longtemps, étant donné le coût de la vie ridiculement bas et la gentillesse des Vietnamiens.
  • L’expatrié : voilà une race bien précise de foreigner : sa particularité réside dans le fait qu’il a été envoyé par son pays pour vivre au Vietnam et qu’il est rémunéré par son pays d’origine. Il existe deux catégories d’expatriés (les « expats ») :
    • Celui qui travaille pour un organisme à but non lucratif. Il y en a de nombreux, en grande majorité des jeunes Européens et Américains du Nord, qui réalisent des mandats de 3 mois à un an en général — il semble que la durée des mandats soit en voie de réduction. Il vit souvent en colocation ou loue une chambre chez une famille vietnamienne (le manque d’intimité et l’intrusion légendaire des Vietnamiens met souvent rapidement un terme à ce genre d’arrangement). Quelques-uns, comme moi, louent une maison à eux seuls — choix très étrange aux yeux d’un Vietnamien. Son allocation lui permet de bien vivre. Il fréquente d’autres étrangers, mais aussi des amis vietnamiens qui parlent anglais, voyage le plus souvent possible, suit des cours de vietnamien pendant 3 mois, après quoi il renonce à apprendre la langue.
    • L’expatrié qui travaille pour une entreprise privée. Il est carrément riche au Vietnam! Il se mêle généralement peu aux Vietnamiens et vit dans des maisons ou des complexes résidentiels très sélects. Il existe à Hué un complexe hôtelier et résidentiel, le Cocodo, ou plusieurs expatriés vivent pratiquement en autarcie. J’ai aussi vu à Da Nang un édifice clôturé et sécurisé, à l’image des « gated communities » aux États-Unis, qui héberge ce type de communauté. Les restaurants qu’il fréquente et les voyages qu’il fait relèvent du monde du jet set. Règle générale, il n’apprend pas le Vietnamien.
  • Le résident d’adoption. J’en ai rencontré plusieurs qui, pour différentes raisons, ont élu domicile à Hué, généralement à la suite d’un coup de cœur. Habituellement, les hommes se marient à des Vietnamiennes et les femmes sont seules ou en couple avec un autre étranger. Plusieurs de ces nouveaux résidents fondent des entreprises, particulièrement dans le domaine de l’hôtellerie, un secteur en expansion exponentielle à la grandeur du pays.
  • Le professeur d’anglais. Ils sont légion, toutes nationalités confondues. On en recherche à la tonne à la grandeur de l’Asie. Nul besoin d’un réel diplôme en la matière pour enseigner la langue de Shakespeare — les critères de sélection sont très… élastiques! Bien des Vietnamiens aussi enseignent l’anglais, ce qui me donne des frissons dans le dos quand je pense à ce qu’ils transmettent à leurs étudiants comme accent! D’ailleurs, à heures d’enseignement égales, un prof vietnamien gagne sensiblement moins qu’un prof foreigner, ce qui ne scandalise personne ici. Hué compte un grand nombre de professeurs d’anglais. Certains habitent ici depuis très longtemps, d’autres changent de pays aux 2 ou 3 ans. Les profs d’anglais ont la réputation de beaucoup faire la fête. J’avoue avoir été témoin pas plus tard qu’hier soir d’une scène éthylique assez disgracieuse impliquant 4 de leurs spécimens parmi leurs plus éclatés. Bref, je constate qu’il existe un certain snobisme de l’expatrié par rapport au professeur d’anglais. On m’a même repris avec vigueur un jour que je parlais de notre ami William-de-Saint-Norbert-d’Arthabaska comme d’un expatrié : « Ce n’est pas un expat, c’est un prof d’anglais! » m’a-t-on répliqué avec fermeté.
  • L’électron libre, par définition atypique. Je connais une jeune et énigmatique documentariste serbe monoparentale, dont le fils est inscrit à l’école locale — fait rarissime. Son dernier film traitait d’une prison pour mafieux en Sicile. Personne ne comprend d’ailleurs comment elle a pu pénétrer de l’intérieur ce milieu surréel. Elle réalise actuellement un documentaire sur son propre père, qui a baroudé sa vie durant à la grandeur de la planète et me paraît lui aussi porter une histoire de vie pleine de méandres insoupçonnés, mélange d’opacités et de moments lumineux de tout acabit. Il y a aussi John, un Australien de 77 ans qui consacre sa retraite, par ses propres moyens, à aider de jeunes Vietnamiens à partir en affaires. Une faune au parcours singulier, mue par des élans et des courants mystérieux, et dont on devine souvent un passé et des racines complexes ou douloureuses.

Le statut de foreigner colore éminemment les rapports hommes-femmes. Bien sûr, il existe de réelles histoires d’amour entre étrangers et Vietnamiens. Le jeune homme foreigner constitue par ailleurs une proie de choix pour bien des jeunes vietnamiennes, par la promesse qu’il représente d’un avenir meilleur. Plusieurs hommes m’ont confié avoir été fréquemment et pas toujours subtilement approchés par le sexe opposé, ce dont certains profitent abondamment, créant ainsi bien des drames. Alors que l’on convoite le jeune étranger dans une perspective d’espoir à long terme, la jeune foreigner est approchée dans une perspective… à beaucoup plus court terme! On la perçoit comme facile. Le seul soir où je suis allée danser avec mes jeunes copines, j’ai été témoin d’une drague des moins élégantes. Un homme incommodait ma jeune amie Odile, tentant même de me demander d’intercéder en sa faveur! Quand je lui ai pris la main pour lui montrer son alliance à coup de gestes véhéments, il ne comprenait manifestement pas quel pouvait être le problème!

Clins d’œil d’Hanoï

J’ai eu la chance de faire un court séjour à Hanoï pour le travail — j’y animais un atelier auprès d’un groupe de gestionnaires. J’ai bien sûr greffé un petit week-end à ce séjour et vous livre donc en vrac quelques impressions.

Le lac Ho Hoan Kiem

Hanoï est parsemée de jolis lacs, dont un assez grand, le lac Ho Hoan Kiem. J’en ai fait le tour à 6 heures du matin, pour voir la vie qui s’y déroule. En chemin, je voyais les petits restaurateurs préparer la nourriture pour l’assaut matinal, dans un froid de canard. J’ai aimé l’atmosphère un peu brumeuse des rues, le calme relatif avant la cohue inévitable. Voici un petit resto de rue tout ce qu’il y a de plus typique, avec les tout petits sièges et les tables en plastique :

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Autour du lac, on s’active à qui mieux mieux. Ça jogge, ça s’étire, ça « push-up », ça    « zoumbe », ça fait du tai-chi, de la danse en ligne avec un petit haut-parleur (très rigolo, mais je n’en’ai pas osé prendre de photo des « madames », toutes vêtues de t-shirt jaune serin), ça médite, etc. Voyez plutôt :

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J’ai vu mon premier Macdonald depuis 4 mois, sans grand plaisir je l’avoue. Voici quand même le spécial Macdo à l’occasion de la fête du Têt (Nouvel An lunaire), avec des frites rondes (!) et un breuvage pétillant à la fraise assez suspect :

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Les petits marchands

Voici aussi deux images plus que typiques ici. D’abord, un homme qui transporte des œufs en scooter. Étant donné l’état des rues et la folie indescriptible de la circulation à Hanoï, il faut être très zen pour livrer ce type de marchandise de cette façon :

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Et cette commerçante, comme il y en a des milliers et des milliers, qui gagnent quelques dollars par jour pour nourrir leur famille qui habite souvent en dehors de la ville. Elles dorment souvent dans des dortoirs qui leur coûtent moins de 0,50 $ :

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Resto de rue 

Nous voici, avec ma collègue Kariann et une cliente, à un resto très couru pour sa spécialité, une soupe aux boulettes de bœuf servie avec des nouilles, de l’ail, des piments et une montagne d’herbes savoureuses. Délicieux!

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Bière et café aux œufs

Vous avez bien lu : de la bière et du café aux œufs! Il s’agit d’une spécialité d’Hanoï. Vous devinerez ma réaction plus que dubitative quand on m’a affirmé que je devais ab-so-lu-ment goûter ce café. Eh oui! J’ai d’abord regardé ma copine Kariann s’attaquer bravement à sa bière. Son verre contenait un œuf battu bien mousseux, dans lequel elle a versé le contenu de sa cannette. J’ai été sidérée de la voir dire que c’était plutôt bon et… bien moelleux!!

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Je n’ai pu échapper à mon café, servi — je ne sais pas trop pourquoi — dans un bol d’eau chaude. Comme vous le constatez, c’est un peu à reculons que je me suis exécutée…

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Et vous savez quoi? Ce n’était pas mauvais du tout! J’ai tout bu, et sans me forcer! Si vous souhaitez essayer, je vous refilerai l’adresse avec plaisir…

La fête du Têt arrive à grands pas, tout comme mes deux complices Madeleine et Évelyne, avec qui je passerai les prochaines semaines de congé à découvrir de nouveaux lieux et à partager ceux que j’ai eu le bonheur de connaître depuis mon arrivée. J’aurais sûrement plein de choses à vous raconter sous peu. D’ici là, je vous souhaite un joyeux Nouvel An lunaire!

 

Christiane

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