Vietnam – Prise 2

Déjà sept mois de passés sur douze! L’air de rien, subrepticement, ce périple commence à se rapprocher tout doucement de sa conclusion. Les premières pensées de l’après-Vietnam ont commencé à s’infiltrer dans mon esprit, jusqu’à former un léger sillon maintenant quasi familier. Petit serrement de cœur, je l’avoue. Tous ceux qui ont vécu à l’étranger vous le diront : le retour au pays comporte son lot de défis auxquels je sais parfaitement que je n’échapperai pas. Pour le moment, ce « dossier » ne fait que rôder dans mes parages psychologiques. Il me courtise, cherche à s’inviter chez moi. Je lui accorde prudemment une certaine attention, mais ne lui ai pas encore franchement ouvert la porte. J’ai encore beaucoup de visite à la maison!

Ces sept mois à Hué ont été faits de visages, de phases, d’étonnements, de déceptions et d’émerveillements de tout acabit. Mes débuts ont été exaltants. J’aime la nouveauté, la différence me fascine : le Vietnam m’a royalement servie! J’ai eu le privilège de bénéficier d’un accueil chaleureux, d’un soutien efficace et, disons-le, d’une certaine chance, si bien qu’à peine un mois après mon arrivée, j’avais emménagé dans une assez jolie maison, acheté mon scooter — ce cher Georges, qui m’a rajeunie de 20 ans! – constitué un réseau social ma foi assez intéressant et commencé à donner forme à mon projet professionnel. J’étais ravie. J’avais parfaitement conscience que j’étais en phase de lune de miel, presque de fascination amoureuse face à mon nouveau pays d’adoption. Une joie intense m’habitait et le statut d’expatriée me procurait un sentiment de liberté très particulier. J’ai essayé de comprendre cet état émotionnel analogue à une certaine ébriété psychique.

D’abord, ici, on ne connaît ni ma famille, ni mon statut social, ni ma réputation, ni mon histoire personnelle. C’est une sensation extraordinaire, qui me donnait l’impression d’avoir le pouvoir de me créer une nouvelle vie, de faire de nouveaux choix, presque de redéfinir la personne que je souhaitais être. Chaque rencontre étant dépouillée des cadres de référence habituels, j’avais le sentiment d’être accueillie pour ce que j’étais, que l’expérience que faisait l’autre de moi s’en trouvait automatiquement plus authentique, immédiate, se construisant nécessairement sur le présent. La découverte du nouveau à tous les plans a profondément nourri ma curiosité souvent amusée, attendrie, parfois tout de même un peu inquiète, me connectant dans tous les cas à une formidable vitalité. Cet état de déstabilisation généralisé, plutôt joyeux dans l’ensemble, mène inévitablement à une plus grande acuité de présence dans l’instant. L’expérience s’est souvent avérée jubilatoire. J’ai aimé rencontrer toutes ces nouvelles personnes tellement différentes, découvrir — je suis loin d’avoir fini — cette culture si complexe, cette langue bizarre, me familiariser avec mon contexte professionnel, découvrir mon voisinage, apprendre à faire corps avec le trafic, goûter la culture vietnamienne et nouer des liens avec des étrangers de partout au monde. Quel beau terrain de jeu!

J’ai éprouvé un plaisir certain à me « dépoussiérer » et à dépasser certaines limites, souvent en rapport avec le monde animal — reptiles, insectes… et petits mammifères. J’avoue cependant qu’un des moments les plus bas de mon séjour a consisté en une course effrénée de près d’une heure pendant laquelle ma propriétaire, son oncle et moi avons zigzagué ma maison, sans le moindre chouia de succès ni un soupçon d’élégance, pour tenter d’amener un rat à sortir de chez moi. La classique, intimidante et très peu ragoûtante trappe à souris nous a allègrement supplantés au niveau de l’efficacité, il va sans dire. Cela a tout de même impliqué que j’ai eu un colocataire pas vraiment désiré pendant toute une nuit et qu’il m’a été donné d’avoir des réveils plus agréables que celui qui m’attendait le lendemain matin…

Même pendant l’inondation de ma maison, malgré la panne d’électricité et mon téléphone qui rendait l’âme, j’avais conscience que je vivais une expérience assez unique et dont je me souviendrais longtemps, qu’il n’y avait pas de réel danger. Bon. L’épisode surréel pendant lequel j’ai réussi à m’enfermer sur le balcon de l’étage m’a tout de même secouée, mais quand on me demandait après coup si j’avais trouvé l’expérience difficile… impossible de répondre par l’affirmative! Dans le feu de l’action, j’enregistrais toutes ces images de l’eau qui montait, des meubles que l’on plaçait sur les tables, des gens qui marchaient dans la rue avec de l’eau jusqu’à la taille, des bateaux qui passaient devant ma maison, de toute cette entraide entre voisins dont j’étais témoin (et objet) et cela m’intéressait profondément. J’irais même jusqu’à dire que je ressentais une certaine fierté de vivre des événements aussi inusités, que des choses aussi excitantes m’arrivent.

Et il y a tout l’aspect relationnel de la vie d’expatriée, à la fois avec les Vietnamiens et avec la faune des étrangers. Depuis le début, j’essaie de créer des liens avec des gens de la place, mais même avec toute la bonne volonté du monde, la barrière de la langue pose des limites importantes. Jusqu’ici, le fait de parler trois langues (français, anglais et espagnol) m’avait donné l’impression de n’avoir que peu de limites. Ouïe! L’humilité devient de mise quand on se rend compte que tout contact autre que les petites phrases banales de la vie dépend du niveau d’anglais de son interlocuteur! Je m’acharne toujours à apprendre cette langue invraisemblable avec des résultats somme toute peu convaincants, mais je persiste, car cela m’ouvre indubitablement des portes. Je profite souvent sans vergogne de l’effet de surprise que je crée quand je réussis à baragouiner quelques phrases devant un interlocuteur sidéré qui souvent, après quelques minutes de totale incrédulité, se met à rire et à se taper sur les cuisses devant ma prestation! J’entretiens des liens significatifs avec mes collègues et quelques ami. e. s, particulièrement avec deux jeunes femmes avec qui j’ai développé une véritable relation de cœur et avec une petite fille de 8 ans à laquelle je me sens très attachée. J’ai rencontré une nonne bouddhiste magnifique qui, au fil du temps, par petites touches, me permet de m’approcher de sa communauté. Toutes ces personnes m’ouvrent un monde fascinant. Bien sûr, le statut d’étrangère de passage colore toutes ces relations, car par définition, on connaît leur date de péremption.

Il y a quelques semaines, j’étais à Da Nang par affaire et tôt le matin, je marchais sur la plage. Je vois un peu plus loin une vieille femme toute ridée, qui ramasse des coquillages, sa palanche de bambou et ses paniers posés à côté d’elle. Elle se lève et me regarde venir vers elle, intensément, sans bouger. Arrivée à sa hauteur, je m’arrête, incertaine, ne sachant trop quoi faire. Elle est très vieille, profondément ridée, courbée. Nous nous regardons pendant de longues secondes. Puis, à l’unisson, de larges sourires naissent sur nos visages. Instinctivement, je lui prends les mains, qu’elle me donne tout entières. Ces mains se serrent, le rire fuse par grands éclats, les cœurs se touchent. L’espace d’un instant, nous voilà sœurs, mères et filles l’une de l’autre, unies dans notre humanité partagée. Puis doucement, j’ai repris mon chemin, profondément nourrie et reconnaissante de ce moment de pure communion.

De nombreux Vietnamiens, surtout les jeunes, sont fascinés par les étrangers. Une grande frange de la jeunesse déploie beaucoup d’efforts pour apprendre l’anglais, langue de tous les horizons s’il en est. On m’invite régulièrement — comme tous les étrangers — à venir parler aux étudiants dans les classes ou lors d’activités spéciales. Il n’est pas rare, dans les lieux touristiques, qu’un ou deux jeunes vous abordent pour vous demander de deviser en anglais pendant quelques minutes. Au supermarché, des parents incitent leurs petits enfants à vous dire quelques phrases en « Enlis ». C’est sans filtre que les jeunes cherchent le contact, l’occasion de parler anglais, de poser des questions sur nos origines, notre âge, notre histoire. Rien pour diminuer l’ego de la madame! En fait, je réalise que j’ai plaisir à me sentir « spéciale », différente, intrigante et souvent… enviée (ça fait un peu mal à écrire…). J’ai conscience que mon histoire personnelle de jumelle identique et huitième de famille font que je goûte ce plaisir un peu coupable avec une certaine volupté, en m’illusionnant parfois sur ce que cela révèle de ma personne.

Le fait que j’aie 62 ans, que je vive seule, me déplace à ma guise et aie une vie sociale assez développée suscite beaucoup de curiosité chez les femmes de tous âges. Cela m’a attiré les confidences parfois déchirantes de jeunes femmes qui se sentent souvent à l’étroit dans les rôles sociaux qui leur sont proposés. J’essaie de traiter ces confidences avec toute la délicatesse du monde, sachant fort bien que je ne suis ici que de passage. Je m’efforce de soutenir les mouvements de vie qui habitent ces jeunes femmes, tout en tenant compte de leur contexte. Rien d’évident, vraiment. Je sens que parfois, le simple fait qu’une oreille bienveillante les écoute réellement a un effet sur elles. J’irais jusqu’à dire que cet aspect de mes relations interpersonnelles est en passe de devenir un des volets les plus significatifs de mon séjour en terre vietnamienne.

Bien sûr, avec le temps qui a passé, l’exaltation s’est atténuée et mes sens se sont quelque peu émoussés. Même si le plaisir de la découverte subsiste, le quotidien et les habitudes ont repris leurs droits. Inévitablement, un ressac s’est produit. D’abord, une surprise insoupçonnée m’attendait au tournant : un peu subjuguée par ce que j’appellerai « tous les possibles » que m’offrait ma nouvelle vie, je n’avais pas réalisé que j’avais apporté dans mes bagages tous les vieux personnages peu glorieux dont je me pensais libérée et que ceux-ci n’attendaient que l’occasion de réapparaître dans toute leur splendeur! Comment ai-je pu les oublier, ceux-là? Un à un, ils ont refait surface, déboulonnant pas toujours élégamment cette nouvelle « Christiane » glorifiée dont je me targuais. Jon Kabat-Zinn ne savait si bien dire quand il a écrit « Où tu vas, tu es » (Wherever you go, there you are). Je confirme et je signe. Il a entièrement raison!

En février, j’ai voyagé avec grand plaisir pendant trois semaines avec deux amies très proches. La solitude et le mal du pays m’ont frappée de plein fouet après leur départ. Tout à coup, je ne voyais que le trafic impossible, la saleté, les « bibittes », l’inimitié des vendeurs qui cherchent à vous faire payer trois fois le prix d’un item parce que vous êtes étranger… À ce chapitre, je dirai à mes amis québécois que le passage d’Anne Dorval à l’émission « Tout le monde en parle », que j’ai regardé sur U’Tube, n’a rien fait pour attiser mon amour du Vietnam! Ni le visage de mon amie Marie-Ève, en visite à Hué, quand je l’ai emmenée visiter mon bureau — ou plutôt mon coqueron. Je tombais de mon piédestal. J’ai eu tout à coup l’impression que ce que je faisais au plan professionnel n’avait que peu de valeur, qu’il n’en resterait que dalle. Un beau lundi matin, il y a quinze jours, j’ai un peu « pété les plombs » après avoir passé mon week-end à donner une formation qui me tenait très à cœur à un groupe de professeurs qui entraient et sortaient de la classe à tout moment et ne s’impliquaient que bien tièdement. Le matin suivant, mes deux collègues vietnamiennes parlaient et rigolaient depuis une bonne heure bien sûr en vietnamien et bien sûr, très fort, et ce, à deux pas de moi. La moutarde m’a montée au nez puis…Basta! Cela ne passait plus. D’un clac! bien senti, j’ai fermé mon portable et annoncé que j’allais travailler chez moi, pour cause d’étirement excessif de l’élastique de l’adaptation culturelle. Je suis restée deux jours enfermée, sans parler à âme qui vive, à m’avouer l’étendue de mon ras-le-bol et à le vivre à fond, sans fard. Il va sans dire que l’exaltation en a pris pour son rhume! Puis peu à peu, la colère et la tristesse m’ont amenée vers quelque chose de plus vaste. J’ai vraiment vu que c’est là que se situe la véritable opportunité qui m’est offerte de m’élargir comme personne. Cet accusé réception brutal de la différence m’offre deux possibilités : ou je me braque et m’enferme dans une attitude de jugement et de mépris guindé, ou je modifie mon approche. Et ladite modification ne peut se faire, il me semble, que dans un élargissement considérable de ma perspective. Je me sens encore étourdie et un peu sous le choc de cet épisode, mais il me donne un goût de réel non édulcoré qui me plaît, me stimule. À nouveau donc : à nous deux, Vietnam!

Curiosités monumentales

Au nord-est de Hué s’étend une grande lagune séparée de la Mer de Chine par une étroite bande de terre. De nombreux Vietnamiens vivant à l’étranger s’y font construire d’énormes et extravagants monuments funéraires. Des centaines et des centaines de ces tombes plus impressionnantes les unes que les autres bornent la lagune. Si vous vous y promenez, voici le paysage qu’il vous sera donné de voir :

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J’ai choisi une de ces tombes au hasard, pour vous permettre d’en mieux saisir le détail.

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La diaspora ne fait pas dans la modestie quand vient le temps de construire sa demeure éternelle en terre natale!

Des copines un peu spéciales

Peu après mon arrivée au Vietnam, mon ami Rodrigo et moi visitions une pagode (temple bouddhiste) du coin et y avons rencontré une nonne à laquelle Rodrigo a eu la très bonne idée d’adresser la parole, touché qu’il était par ce que dégageait cette femme. Nous avons alors eu la surprise de découvrir que Sister Minh Thuan parlait très bien anglais et vivait dans un monastère des environs. Après quelques minutes de conversation, j’ai eu l’élan de lui demander si je pouvais lui rendre visite. C’est là qu’est née notre amitié, qui s’étend maintenant à quelques autres nonnes, dont une abbesse fort sympathique. Je vous  présente donc mes deux amies, lors d’une balade en forêt au bord de la Rivière aux Parfums. Sister Thuan porte le voile.

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N’est-ce pas qu’elles sont belles?

À bientôt!

 

 

Le concave et le convexe

Le 9 octobre 2017.

Voilà maintenant 3 semaines que je suis arrivée au Vietnam. Ouf !

J’ai partagé avec vous mes coups de cœur, mes découvertes, mes étonnements. J’étais bien consciente depuis mon arrivée qu’une certaine fébrilité m’habitait, qui a parfois frisé l’exaltation. J’aime la nouveauté, le dépaysement, l’exotisme. La différente culturelle me réjouit et titille ma curiosité.

Par ailleurs, depuis quelques jours, je ressens avec force le choc de l’adaptation. Je dirais même que la vulnérabilité occupe actuellement l’avant-scène de mon ressenti. Je vois l’adaptation comme une sorte d’élastique, qui s’étire plus ou moins en fonction de la différence à laquelle on est confronté et de la mesure dans laquelle on sort de sa zone de confort. Eh bien le mien, d’élastique, est aujourd’hui étiré peut-être pas à son maximum, car il semble que l’humain ait une capacité insoupçonnée à faire face parfois même à l’innommable, mais comme jamais il ne l’a été de toute mon existence — qui n’est plus si courte que ça ! On m’avait avertie que cela risquait de se produire. On avait raison.

Je ne remets pas en question mon choix d’avoir accepté ce mandat ici, à Hué, pas du tout. Je souhaite vivre cette expérience dans toute son intensité et goûter toutes les nouvelles couleurs auxquelles elle m’exposera avec un esprit d’exploration et d’ouverture. Mon espoir est d’en ressortir grandie, plus vaste, moins égocentrée, plus tolérante. Professionnellement, je suis très interpellée par toute la question de faire en sorte que mon client — notre partenaire — non seulement accroisse certaines de ses capacités pendant mon mandat, mais qu’il soit en mesure de continuer à se développer par lui-même après mon départ grâce à certains apprentissages qu’il fera d’ici là. Réaliste ? Pas réaliste ? Je n’en sais que dalle pour le moment.

Après une certaine euphorie liée à l’arrivée, les derniers jours m’ont donc placée face au test de la réalité, personnellement et professionnellement. C’est sain, mais pour l’instant, très inconfortable. J’essaie simplement de m’accueillir telle que je suis, car je suis convaincue que c’est la seule façon de traverser avec succès cette étape et de passer à la suivante.

Je crois que c’est la quantité de changements qui m’atteint actuellement, mais surtout ceux — et ils sont légion — qui affectent mon quotidien dans ce qu’il a de plus… quotidien ! Non seulement ces changements me bousculent-ils au jour le jour,  mais ils me forcent à réviser certains acquis, certains standards. À chaque fois, ça fait, en dedans : « OK… Je vais avoir à vivre avec ça pendant un an ». À ce niveau, il n’y a pas de galerie à épater, de plat à faire : il y a simplement à faire face, à trouver une façon d’intégrer et de s’ajuster. Mais à chaque fois, je sens qu’il y a quelque chose de touché à l’intérieur, qui a envie de se coincer — qui coince pour être tout à fait honnête — mais que je vois bien qu’il va falloir décoincer si je veux pouvoir vivre cette année ici en étant le plus détendue et à l’aise possible. Je vais vous donner quelques exemples, dont plusieurs concernent ce que j’appelle « la bibitte ». Sachez a priori que moi et la bibitte, on est pas a priori très copains (cœurs sensibles, vous réagirez peut-être).

    • Un des premiers jours où je me promenais toute guillerette dans Hue, je vois un rat mort sur le bord de la rue. « Évidemment », que je me dis, « C’est pauvre, pas toujours “nickel” (vrrrrrraiment pas !), humide, tropical… Il faut s’attendre à cela ». Entre se le dire et le voir, il y a un monde. Et j’en ai vu un autre bien vivant celui-là (de rat), pas plus tard qu’hier soir, qui circulait sur le trottoir juste devant la maison que je viens de louer, et encore ce soir… Comment on gère le dégoût ? La peur (j’habite au niveau de la rue) ? Je cherche un peu le mode d’emploi…
    • Il y a une petite salle de toilette attenante au bureau que je partage avec mes collègues. L’autre jour, je viens pour mettre quelque chose à la poubelle… et deux lézards sortent de derrière ladite poubelle à toute vitesse en direction opposée l’un de l’autre. Je hurle ! Anh et Ngan me regardent avec un petit sourire contrit… « Nous sommes dans un pays tropical, tu sais ». Oui, je sais, je sais, je sais, les lézards, c’est bon, ils mangent les insectes, mais n’empêche, quand j’ai ouvert la porte de mon garde-robe qu’il s’en est échappé un avant hier, c’est un cri qui s’est échappé de ma bouche, pas une marque de gratitude !
    • Les tites tites tites fourmis… À l’hôtel où j’étais, il y en avait beaucoup, partout. Microscopiques. Un dixième de tête d’épingle. Omniprésentes…. Dans l’évier quand j’ouvrais la lumière de la salle de bain. Dans une petite friandise au sésame que je laissais traîner quelques minutes avant… de la jeter. Sur mes bras pendant que je lisais. Sur ma jambe, le long de laquelle je les sentais grimper avant de l’agiter frénétiquement. Entre les touches de mon ordinateur quand j’écrivais. Dans le reste d’une tasse de thé. Sur les pages de mon livre. Dans ma soucoupe. Sur mon écran d’ordi…
    • Hier soir, pendant que je mangeais chez moi, un énorme coléoptère est entré par la fenêtre de la cuisine. Quand je dis énorme, c’est 5 centimètres de long par 3 de large. Il se promenait partout sur le plancher de céramique, pas du tout content d’être là. Je ne crois pas que ce soit une coquerelle, j’en ai vu d’aussi grosses au Mexique, elles étaient plus… rondes. Mon charmant visiteur impromptu a fini par se retrouver sur le dos, ce qui m’a permis à la fois de mettre fin à ses jours et… à mon souper qui avait soudain perdu tout intérêt.
    • Le sel. Le sel vietnamien est… fin et humide ! Ça, les amis, ça vous bouche une salière en un rien de temps ! Alors on apprend un nouveau sport : le débouchage des trous de salière avec le cure-dent. Louise, mon ange québécois, m’avait dit d’apporter du sel. Je ne l’ai pas écoutée. Bien fait pour moi ! Si l’envie vous prend de venir me voir, apportez, je vous en prie, une belle boîte de Sifto dans vos bagages, je vous en serai longtemps reconnaissante ! Ne m’apportez pas du sel de l’Hymalaya, de la Patagonie ou des Andes, mais… du bon vieux sel Sifto ! L’autre option serait d’arrêter de saler. Les Vietnamiens ne salent pas et s’en portent fort bien. De surcroît, leur nourriture est excellente ! Mais j’y tiens encore, à mon sel… na !
    • La chaleur. Je vous en ai déjà parlé. Je suis convaincue que la glande sudoripare vietnamienne vient d’une souche différente de la nôtre. Et il y a des travailleurs qui font de l’asphalte à longueur de journée et d’autres qui transportent des charges grosses comme le monde dans un four pareil. J’avoue que mon cœur saigne quand je vois les femmes de chambre travailler dans les hôtels : Les couloirs ne sont pas climatisés, ni les chambres quand ce sont elles (ou eux, car beaucoup d’hommes exercent ce métier) qui y sont. C’est pas possiblement possible!  On les voit changer vigoureusement les draps, laver les planchers, en nage… Et garder le sourire quand on les rencontre. Pour sa part, dès qu’il se retrouve à l’intérieur, l’étranger doit soit être à l’air climatisé ou à côté d’un ventilateur, sinon la vie l’insupporte. La première chose que fait le serveur ou la serveuse quand vous arrivez dans un restaurant, c’est d’allumer le ventilateur le plus proche de vous. C’est parfois même un peu violent ! Le bon côté de cette chaleur, c’est que j’ai déjà perdu du poids — on n’a pas envie de s’empiffrer ni de manger lourdement quand le moindre mouvement provoque des rivières de sueur (j’exagère à peine). On me dit que mon corps s’habituera peu à peu. Je me croise les doigts, mais j’avoue que le doute m’habite…
    • La pluie. Des trombes et des trombes et des trombes depuis quelques jours. Je n’ai jamais vu autant d’eau tomber du ciel, même pendant la mousson en Inde. De ce que j’ai vu de la mousson dans le nord de l’Inde, il y a de brefs et violents orages, après quoi il ne pleut plus de la journée. Pas ici. Ça tombe, ça tombe, ça tombe… et ça tombe encore. Il paraît que la région de Hué est la plus pluvieuse du Vietnam et qu’il pleuvra ainsi pendant au moins 3 mois. C’est le paradis du poncho. Les guides touristiques réussissent à parler de la poésie de la pluie — faut-il qu’ils soient à court d’arguments ! Pour vous donner un aperçu : voyez ce que j’apercevais tout à l’heure de ma salle de séjour :

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    • Je pourrais aussi vous parler des draps plats impossibles à trouver ici (Louise m’avait dit d’en apporter…), de la différence de perception de la « bulle physique personnelle », qui fait que la plupart du temps, quand on entre dans une boutique, le vendeur ou la vendeuse vous suit pas à pas et dès que votre regard se pose plus que 3 secondes sur un article, il ou elle vous demande si vous voulez l’essayer… Et il y a tout le chapitre du travail qui m’habite beaucoup et que je ne sais pas vraiment encore comment aborder. Il m’est impossible d’en dire beaucoup pour des raisons de confidentialité, mais mentionnons simplement le fait que le rapport que les gens entretiennent avec l’autorité est très différent du nôtre et que je n’ai pas encore bien saisi les tenants et aboutissants de la dynamique hommes-femmes au travail.

Cela ne fait pas disparaître toute l’appréciation que j’ai de cette opportunité magnifique qui m’est offerte, de mes nouveaux amis vietnamiens et autres qui m’accompagnent déjà si bellement. Loin de là ! Mais il y a aussi tout ça. Et tout ça, je crois bien que c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, mon corps, pour la 2e fois, a réagi à un trop-plein de nouveauté. Le muscle de l’adaptation est tombé en panne. J’avais l’estomac sens dessus dessous, un mal de tête carabiné et j’étais d’humeur à me réfugier dans mon cocon. Grâce ! Pause ! Repli ! Jachère stratégique !

Cette journée s’achève. Mon propos d’aujourd’hui n’est pas de susciter votre compassion, ni de vous dégoûter du Vietnam ou de tout autre pays en voie de développement, mais de partager un constat. Il est facile de dire « Je t’envie !! – “Tu es chanceuse”… Mais toute expérience, comme tout être humain, a son concave et son convexe,  son côté doux et son côté amer. J’ai davantage goûté l’amertume de mon aventure aujourd’hui. Espérons qu’elle me permettra de mieux en apprécier la douceur sous toutes ses formes.

À bientôt,

 

 

Une arrivée canon!

Bonjour ! Je fais une première expérience de blogue, en toute simplicité, pour le plaisir du partage et de l’écriture. Pour le moment, je ne compte pas publier à une fréquence déterminée… Au début, il y aura plusieurs articles, car j’ai plein de choses à raconter sur mon arrivée et mes premières observations, mais par la suite, tout dépendra de l’inspiration. Les photos incluses dans cet article ne sont pas de moi, je ne suis pas encore rendue à afficher mes propres photos… S’il vous plaît, si vous avez des améliorations à suggérer à la novice que je suis, n’hésitez surtout pas à le faire. Alors, voilà, je me lance !

Le 24 septembre 2017

Me voilà au Vietnam depuis maintenant 6 jours : j’ai le sentiment d’y être depuis des mois, tant il s’est passé de choses !

D’abord le voyage : tout s’est passé comme sur des roulettes, mais des roulettes, disons… un peu longues. Montréal-Toronto, Toronto-Séoul, Séoul-Da Nang : ouf !… Ah ! Si jamais vous faites escale à Séoul, sachez que l’aéroport met à la disposition des voyageurs en transit — une race habituellement épuisée et un rien irritable — un étage entier dédié à leur confort. Tout simplement génial. Douches gratuites, zones de silence dans la pénombre, salles de jeu pour les enfants et même… salle de méditation ! J’ai pu avec une reconnaissance sans borne dormir un beau 2 heures étendue de tout mon long, à côté d’une religieuse portant le costume de la congrégation de Mère Thérésa. Moment de bonheur.

Au sortir de l’avion à Da Nang, il est 21 h 30. Je suis dans un état avancé de confusion par rapport au temps : j’ai pris mon premier vol à 9 h à Montréal dimanche matin et j’arrive… lundi soir à 21 h 30. Bonjour décalage horaire !

Ma première impression au sortir de l’avion ? Je me sens comme une quiche que l’on enfourne. Tout simplement incroyable !!! L’espace d’un éclair, j’ai envie de rebrousser chemin vers un endroit climatisé, n’importe lequel et de dire « Non, non… excusez-moi, je me suis trompée, ramenez-moi à Montréal ». En une nanoseconde, la chaleur et l’humidité m’enveloppent complètement, ma peau devient instantanément moite et que dire de mes pauvres cheveux… Mais comme la foule grouillante de gens que je vois a l’air capable de vivre dans ce climat invraisemblable, j’imagine que je le serai aussi. Alors courage. J’avance.

Deuxième moment de bonheur : je vois mon nom écrit en belles lettres bleues, bien soignées, sur un grand carton. Une petite larme aurait envie couler de mon œil gauche, mais je réussis à me contrôler avec, disons-le sans ambages, une belle force de caractère. Mon gentil chauffeur me fait signe de le suivre et j’obtempère allègrement. Autre contraste météorologique : il fait un froid de canard dans le taxi. La fatigue aidant, je grelotte si bien qu’après 10 minutes, j’arrive à coups de signes malhabiles à faire comprendre au chauffeur que j’apprécierais qu’il baisse la clim. Depuis mon arrivée, je constate que ces transitions sont constantes et demandent une certaine gestion ; le châle léger est pour l’Occidentale que je suis un très bon compagnon vestimentaire.

L’hôtel qu’on m’a réservé est confortable et sympathique. Belle surprise au réveil : j’ai pleine vue sur la mer de mon balcon. La plage est immense, magnifique, parsemée de ces drôles de petits bateaux de pêche tout ronds.

Plage Danang 2

De Da Nang, je n’ai pas le temps de voir grand-chose : par ailleurs 2 attractions retiennent mon attention : le pont-dragon, très pittoresque — il crache même du feu une fois par semaine, pour vrai (voir la vidéo ci-dessous) — et les 2 magnifiques, immenses bouddhas blancs qui surplombent chacun des côtés de la baie. Voici donc le pont dragon :

Pont dragon2

Le voici en action :

Et voici un des bouddhas blancs :

Bouddha blanc 1

Les Vietnamiens sont industrieux : j’ai une matinée de congé (baignade, longue marche au bord de la mer), après quoi le programme d’intégration commence, dense, intense. Je suis chaudement accueillie, merveilleusement encadrée par Ngoc (essayez, juste pour voir – de prononcer son nom tout haut), la représentante régionale de l’Entraide universitaire mondiale Canada, qui m’embauche. Elle m’informe, me bichonne en veillant à ce que j’aie tout ce dont j’ai besoin, elle me fait rencontrer les autres expatriés à Da Nang, m’explique le contexte de mon mandat, me renseigne sur la culture vietnamienne, sur les surprises que je risque de rencontrer, vient avec moi à la clinique médicale pour me rassurer sur la qualité des soins de santé auxquels j’ai accès. Elle est efficace, attentionnée, belle, élégante, posée. C’est mon premier ange.

Nos journées sont pleines de 9 h à 22 h. Formation, formalités diverses, rencontres avec 2 des expatriés de l’EUMC à Danang, Kariann et Rodrigo, visite et dîner éclair à Hoi An, une magnifique petite ville, ancien port le plus important du Vietnam et site déclaré patrimoine de l’UNESCO, où je compte bien revenir. Je n’ai pas l’intention de publier plusieurs photos de moi dans ce blogue, mais je vous présente quand même Ngoc, Kariann et Rodrigo :

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Ngoc parle plutôt bien anglais, mais… Oh my god !… son accent !! Par exemple : la lettre « k » semble… ne pas exister pour elle — ni pour l’ensemble de ses concitoyens d’ailleurs. Cela donne « Lie that » au lieu de « Like that ». Le « sh » pose également un défi, si bien que « She is… » devient « Se is… », il faut deviner que « wèk » signifie « work », et ainsi de suite. À la fin de mes deux jours et demi à Da Nang, j’ai le cerveau en compote ! Mais je suis ravie, joyeuse, à la fois très énergisée et fatiguée.

C’est ainsi que le troisième jour après mon arrivée, Ngoc et moi mettons le cap sur Hué, où m’attendent mille découvertes : j’ai hâte de rencontrer mes clients et de faire connaissance avec cette ville qui m’accueillera pour la prochaine année.

Rendez-vous très bientôt pour la suite « huesque » !