Le quotidien à bâtons rompus (2e épisode)

Le 10 décembre 2017

On gèle à Hué ! Qui l’eût cru ? Eh oui ! Je goûte l’hiver vietnamien. Rien à voir avec nos rigueurs québécoises, mais tout de même, je me suis acheté une couette et… une chaufferette ! Le climat s’est tranquillement refroidi au cours des dernières semaines, si bien que j’ai dû sensiblement regarnir ma garde-robe par trop optimiste (pulls, manteau et chaussettes, alouette !). Entendons-nous : à son plus bas, le mercure a atteint 15 degrés, mais… l’humidité extrême fait que ça vous rentre dans les os et qu’on n’arrive pas à se réchauffer. Quand je parle d’humidité extrême, je mesure mes propos : entre 90 et 100 %, ce qui entraîne les effets suivants :

Les moisissures :

C’est un problème majeur dans de nombreux d’édifices. Par chance, la structure de ma maison est épargnée, mais les murs de celles que j’ai visitées en regorgeaient. Étrangement, le bois, le carton et le cuir attirent la moisissure comme la misère chez le pauvre monde. En voulant jouer aux dominos l’autre jour avec ma petite copine Nhi, j’ai constaté que la boîte qui les contient avait muté d’un beau brun à… un vert plus que suspect ! Même phénomène à l’arrière des quelques cadres dans lesquels j’ai inséré des photos de mes proches.  Voici  l’état dans lequel j’ai trouvé mes boucles d’oreille en bois hier. J’en ai nettoyé une pour que vous puissiez bien voir la différence :

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Pourtant, ces boucles d’oreille étaient suspendues à l’air libre, sur un petit porte-bijou. Surprenant.

La lessive :

Elle ne vient pas à bout de sécher ! La fin de semaine dernière, j’ai constaté que les vêtements que j’avais lavés la semaine précédente n’avaient pas encore séché après… 6 jours ! J’ai donc décidé de passer à l’attaque et d’acheter un sèche-linge façon asiatique. Voici l’animal :

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Il s’agit d’un genre de tente dans laquelle un bidule électrique propulse de l’air chaud. L’engin ne peut contenir que peu à la fois, mais ma foi, cela fonctionne.

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Je désespérais de redormir un jour dans des draps secs, mais mon nouveau compagnon domestique a réglé l’affaire en une petite heure.

Il faut croire que les mœurs vietnamiennes déteignent sur moi : me voici avec mon ami Thuy, venu m’aider à faire mes achats hivernaux :

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Les dangers de chute:

L’air est parfois tellement saturé d’eau que les planchers de céramique deviennent complètement mouillés, comme si on venait de les laver à grande eau. Très périlleux pour le petit peton pressé !

Parlant de bâtons rompus, je partagerai maintenant avec vous en vrac quelques-unes de mes observations au quotidien.

Le comportement à table

Je l’ai mentionné à quelques reprises : j’adore la cuisine vietnamienne. Fraîche, goûteuse,  très variée et raffinée au quotidien. J’ai jusqu’ici considéré que mes amis les Français gagnaient haut la main la palme de ceux qui se nourrissent le mieux au jour le jour. Malgré tout mon amour pour la France, ses victuailles et ses ripailles, je m’incline devant la qualité exceptionnelle de l’alimentation au pays du dragon. Que dire du rapport qualité/prix ? Imbattable. Ou peut-être ex aequo avec l’Inde.

Par ailleurs — il y a un « mais » — on repassera en ce qui a trait aux manières à table. Aïe aïe aïe ! Laissez-moi vous dire que le charme gastronomique vietnamien en prend parfois pour son rhume. On mastique et on parle ici la bouche pleine en « sapant » allègrement. On ne se gêne pas pour renifler parfois très bruyamment et… grassement (désolée, mais… observation anthropologique exige). Enfin, je ne m’habitue pas… aux cure-dents, omniprésents sur les tables et abondamment et minutieusement utilisés, même par la plus élégante des dames !

Ma prof de vietnamien, Katie, m’a raconté qu’il y a quelques années, elle avait obtenu un emploi comme jeune fille au pair au Danemark. Après 3 jours en poste, la famille qui l’employait lui a annoncé de but en blanc son congédiement. Elle a insisté pour connaître la raison de cette décision, car elle avait l’impression d’avoir déjà créé des liens significatifs avec les enfants de la maisonnée. On lui a confirmé que les enfants l’aimaient effectivement beaucoup, mais… ses patrons ne pouvaient pas supporter une minute de plus ses manières exécrables à table. Elle leur a demandé de lui laisser une chance et réussi à modifier sa façon de manger, mais cela s’est avéré pour elle une tâche titanesque. Si vous venez au Vietnam, je vous suggère donc de vous préparer mentalement à cette réalité, quitte à faire de la visualisation… sonore ! La pilule sera plus facile pour vous à avaler –  silencieusement, bien sûr.

Le karaoké

Qu’on se le dise  : on adore le karaoké au Vietnam. De multiples bars de karaoké parsèment la ville. Tout est prétexte au karaoké – les mariages, les fêtes de famille, les réunions professionnelles, les changements de saison, tout. Si vous louez une chambre d’hôtel ou une maison, je vous conseille fortement de faire un inventaire attentif de ces établissements dans votre futur environnement immédiat, sous peine d’exaspération quotidienne, de crise nerveuse ou d’anxiété chronique. Et sachez que l’amour du karaoké ne fait pas qu’on chante plus juste pour autant.

Une chose m’étonne particulièrement : cela fait trois fois que je suis invitée à des fêtes officielles au collège où je travaille et à chaque fois, ces célébrations ont lieu le matin, à huit heures ou à neuf heures. Si le fait de commencer une journée de travail par l’écoute de discours officiels en Vietnamien — on adore le discours officiel ici —, constitue en soi un  défi, imaginez maintenant que ces discours, prononcés comme si l’auditoire au complet souffrait de surdité congénitale, soient suivis d’une séance enthousiaste et convaincue de 90 minutes de karaoké. C’est le triste sort qui m’a été réservé lundi dernier, entre 9 h 30 et 11 h — par ces propos, j’espère m’attirer votre compassion rétrospective. Seule foreigner dans la salle, on observait de très près mes réactions, guettant toute marque d’appréciation. Peut-être l’appareil auditif vietnamien possède-t-il un gène différent des miens. C’est ce que me laissaient croire les sourires ravis et les mimiques enchantées de mes collègues alors que j’avais envie de hurler et de m’arracher les cheveux jusqu’à la boule à zéro pour que cesse le supplice. Je suis restée souriante, calme et polie, applaudissant et hochant de la tête. À 11 h, j’étais épuisée.

Les superstitions

Les « fortune tellers » gagnent sûrement très bien leur vie au Vietnam. On les consulte systématiquement pour tout événement d’une quelconque signification. La date et l’heure de la cérémonie du mariage sont déterminées par le diseur de bonne aventure. La réception du mariage, précédée par les célébrations bouddhistes rituelles d’abord chez les parents de la mariée puis chez ceux du marié, peut avoir lieu un beau lundi après-midi de 13 h à 15 h. La réception se borne à un repas de 2 heures, mais auquel on convie des centaines de personnes — 400 dans le cas du mariage de ma collègue Ngan, auquel j’assisterai le 31 décembre prochain. Je vous en reparlerai sûrement. Fait plus troublant, le fortune teller décide de la date de naissance des bébés, ce qui a pour conséquence que les mamans n’hésitent pas à commander une césarienne pour se conformer  à ces prédictions. Semble-t-il que le phénomène est très fréquent. Il existe de multiples croyances quant à ce qui porte chance ou malchance. Par exemple, Ngan ne m’invitera pas au mariage rituel qui aura lieu chez ses parents, car cela impliquerait que je l’accompagne à la résidence de son futur époux. Or, la présence d’une personne divorcée lors du mariage rituel porte malchance aux futurs mariés. Notre autre collègue ne pourra pas non plus assister au rituel, car elle est enceinte, ce qui, aussi, porte malchance au jeune couple (j’avoue que je comprends moins bien cette dernière croyance, mais… qui suis-je pour juger de la validité de ce qui porte chance ou pas ?) L’autre soir au restaurant en attendant le repas, le jeune William tapait sur le bord de son bol avec ses baguettes, un peu comme s’il avait joué de la batterie, ce qui a suscité une vive réaction chez nos amis vietnamiens. Ce geste, accompli lors de cérémonies rituelles, vise à inviter la présence bienveillante des ancêtres décédés. Il devient très inapproprié hors de ce cadre. Des baguettes plantées à la verticale dans un bol de riz rappellent l’encens utilisé dans les cérémonies funéraires et portent donc malchance.

Dans un autre ordre d’idées plus joyeuses, on croit ici qu’une personne qui mange lentement deviendra riche, car elle digérera bien, aura faim moins rapidement et dépensera donc moins que les autres. Ceux qui marchent lentement auront une bonne vie, pour une raison que je laisse à votre imaginaire. Peut-être seront-elles plus attentives à leur environnement, se donnant ainsi les moyens de mieux composer avec les événements qui se présentent à eux.

Je sens qu’il ne s’agit là que de la pointe de l’iceberg et qu’il me reste beaucoup à découvrir en la matière. Je trouve cela passionnant.

Quelques perles culinaires

Certains menus comprennent les traductions françaises, ce qui donne lieu à de jolies interprétations, parfois… créatives. À vous de juger parmi ce que j’ai relevé dans différents établissements :

  • Brochettes de boules de porc
  • Soupe de frit au crabe
  • Salade de poulet au persicaire (svp, si quelqu’un peut m’éclairer…)
  • Poulet sauté à la noix de cazou (j’ai eu peur au gazou)
  • Pot au feu aux fruits de mixte
  • Salade de caesar
  • Tournedos lucullus aux pommes frites (lucullus… là, je ne vois vraiment pas)
  • Sandwich au jampon (ce qu’une petite lettre peut faire)

Voici aussi quelque chose qui m’a bien fait rire jusqu’à ce que j’y goûte. J’ai un préjugé favorable pour la nourriture de Hué, vous le savez. J’ai donc mordu à pleines dents dans un biscuit qui m’était offert. C’était infect ! – à mon goût bien sûr. Avouez qu’un biscuit au poulet… il faut le faire ! Repérez bien l’image de la belle cuisse de poulet sur cet emballage. Appétissant, n’est-ce pas?

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Pour finir sur une note hivernale

Pour mes amis du Québec tout spécialement, voici une image que m’a fait parvenir mon amie Marie-Ève. Je vous mets au défi de ne pas sourire…

Courage pour les mois à venir, et à bientôt !

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La naissance d’un projet

Tout a commencé le 29 janvier dernier. Il était devenu évident que mon grand frère Jacques — un grand frère reste un grand frère, même si j’avais alors 60 ans et lui 68 — était en fin de vie après une année de véritable enfer. Les métastases gagnaient la partie. La fratrie était durement secouée. Six frères et trois sœurs. Les sept premiers (ma sœur aînée et mes six frères) sont nés à l’intérieur d’un intervalle de six ans, puis, quatre ans plus tard, ma sœur jumelle et moi, les « petites », sommes arrivées. Une famille imparfaite, bien sûr, mais un clan soudé par le cœur, ô combien vivant, profondément solidaire, dont le passage du temps a non seulement adouci les aspérités, mais permis de laisser de plus en plus de place à un humour souvent déjanté, délicieux. Moi qui ai toujours été plutôt indépendante, je mesure de mieux en mieux à quel point ces liens sont précieux et uniques, même si je ne vois certains de mes frères que rarement.

Cette journée-là, je me suis questionnée sur la vastitude et sur les rêves qui restaient en filigrane dans mon existence. J’ai écouté, silencieusement, avec attention. Puis c’est monté : j’ai toujours rêvé de vivre à l’étranger. Tout simple, mais très clair. J’ai eu quelques rendez-vous manqués à cet effet, pour toutes sortes de raisons toutes aussi bonnes les unes que les autres, mais l’aspiration, même empoussiérée, était toujours là, bien vivante, tout près, qui cherchait encore à se manifester. J’ai trouvé très inconfortable, à 60 ans, d’écouter cette voix intérieure. En même temps, je me sentais interpellée dans ma vitalité même. C’était aussi joyeux, plein d’énergie. Et rien ne m’empêchait vraiment de réaliser ce rêve. Bien sûr, ce serait compliqué, mais, fondamentalement, je me suis demandé : pourquoi pas ? Oui, pourquoi pas ?… Et je n’ai pas trouvé de bonne réponse.

Tout a été rapide. Mon désir était précis : je souhaitais me dépayser et contribuer à l’amélioration du sort de gens dans le besoin, en faisant un travail qui aurait un sens. Je voulais aller à un endroit où je me sentirais relativement en sécurité (ce qui excluait toute zone de guerre ou dangereuse) et où je pourrais œuvrer à un projet concrètement porteur d’un avenir meilleur. Je ne me voyais pas travailler avec des populations trop souffrantes. J’ai une profonde admiration pour ceux qui œuvrent auprès des enfants soldats, des mourants, des réfugiés, ou qui défient les talibans pour éduquer les jeunes filles en Afghanistan, mais ce type de mandat n’est clairement pas pour moi. J’ai donc exploré les sites d’emploi pour coopérants volontaires, vu un affichage intéressant, envoyé mon CV le lendemain, obtenu un entretien téléphonique trois jours plus tard et au bout de 15 jours, je signais une lettre d’intention à titre de volontaire pour le compte d’Uniterra au Vietnam. J’étais un peu étourdie, mais ravie !

Une fois la décision prise, il restait beaucoup à faire. Gérer ma démission au travail, mettre mon appartement en location, entreposer ma voiture, m’occuper du million de formalités liées à un tel départ : visa, inscription à l’ambassade canadienne au Vietnam, examens médicaux, vaccins, assurances diverses, tout le tra-la-la… J’en ai profité pour m’alléger considérablement. J’ai fait un immense ménage de toutes mes possessions et me suis délestée d’une quantité impressionnante d’effets de toutes sortes, pour ne garder que le minimum. Une grande énergie m’habitait. Quel réel plaisir cela m’a-t-il apporté ! Incroyable. Par exemple, il ne me reste qu’une quarantaine de livres, un seul tiroir de papiers personnels. Merveilleux. J’ai eu le sentiment que ce branle-bas de combat dans mes effets personnels participait d’un mouvement de fond, d’un grand nettoyage cosmique qui me menait à une autre étape de vie en m’y rendant totalement disponible. Peut-être que je m’emporte un peu en me référant au cosmos et que je dois calmer l’ardeur et l’enthousiasme de mes neurones vieillissants, mais il n’en reste pas moins que l’exercice a été en soi très satisfaisant et a créé une ouverture certaine.

Dans la foulée de la préparation au départ, un autre phénomène d’importance s’est produit. Je vous explique.

Peut-être ne savez-vous pas — je l’ignorais complètement — que les organisations sans but lucratif qui envoient des coopérants volontaires à l’étranger demandent habituellement à ceux-ci d’effectuer une collecte de fonds auprès de leurs proches, si possible avant leur départ. Pour un mandat d’un an comme le mien, mon employeur me demandait de recueillir un minimum de 1 500 $. Au début, je pensais faire un appel à contribution par courriel, puis j’ai rapidement senti que cette façon de faire n’avait aucune âme. J’ai donc décidé de faire d’une pierre deux coups et de réaliser un autre rêve que je caressais aussi depuis longtemps : faire un récital de piano. Je joue de cet instrument depuis ma jeunesse et de par ma formation classique, j’ai connu le stress énorme des examens de piano une fois par année devant de grands professeurs. J’en garde des souvenirs terribles. Cette fois, je voulais jouer pour manifester ma gratitude à mes donateurs, et mon objectif était de le faire dans la détente et le plaisir. J’ai, ma foi, un répertoire assez conséquent et matière à me produire pendant près de 90 minutes (adaptation pour piano de chants sacrés de l’Inde en première partie et pièces plus légères en 2e partie – le thème du film La leçon de piano, quelques pièces de Yann Tiersen [Le fabuleux destin d’Amélie Poulain] et berceuse d’André Gagnon). J’ai donc convié mes donateurs pour les remercier et me suis produite à Cowansville,  à Montréal et à Québec, dans des maisons privées. J’étais très nerveuse de me produire à Québec devant ma famille, peut-être parce que, en tant qu’avant-dernière de la « tralée », je n’ai jamais beaucoup occupé l’avant-plan de la scène.

Il y a eu quelque chose de magique pour moi dans cette aventure. J’ai été profondément touchée par la générosité dont mon entourage a fait preuve — j’ai plus que triplé ma cible, ce qui a suscité la curiosité de mon employeur au point que la responsable des collectes de fond m’a demandé d’assister à mon récital à Montréal pour constater de visu de quoi il en retournait. Ce que j’ai reçu pendant ces trois récitals se résume à… beaucoup, énormément d’amour, presque à la folie. J’ai été aidée et soutenue avec enthousiasme dans la réalisation de ce projet par plusieurs amis et membres de ma famille [lieux accueillants, accueil chaleureux, gâteries et breuvages]. Je me suis sentie écoutée, reçue, portée, appréciée, accompagnée. Mon frère Claude et sa conjointe Suzanne nous ont tous fait craquer à Québec en arrivant à la toute dernière minute au récital, vêtus respectivement d’un smoking et d’une grande robe du soir — « Nous venons à un concert, non ? » Tout cela m’a rempli le cœur et me nourrit encore. J’ai emmené tout ce beau monde et ce plaisir partagé avec moi au Vietnam. À chaque fois que je revois ces moments en pensée, mon cœur se gonfle de gratitude. Quel beau préambule à mon périple !

Et cet accompagnement continue ici, au Vietnam, au quotidien. Les technologies modernes, que je regardais un peu de haut jusqu’ici, me permettent de rester en lien très vivant et en temps réel avec ce que j’appelle « ma garde rapprochée » au Québec à travers les Facetime, Messenger, Skype et WhatsApp de ce monde et ce, malgré les 12 heures de décalage horaire. C’est tout de même quelque chose de se voir la « binette » et de se parler en direct à volonté d’un bout à l’autre de la planète ! Non, mais… À chaque fois, je suis saisie d’un certain ravissement et d’un brin d’incrédulité, et je salue bien bas mes nouveaux outils virtuels. Dire que quand je vivais en Alberta dans les années 70, je ne disposais que de la classique missive pour communiquer avec mes proches, les appels    « longue distance » étant trop chers pour mon budget d’étudiante…

Pour couronner le tout, il y a ce blogue, qui me procure jusqu’ici de bien belles heures, même si à chaque fois que je finis un article, j’ai peur de ne plus avoir d’idées pour le prochain. Je pense souvent à vous comme à une communauté bienveillante à qui j’ai envie de raconter des choses, que je veux faire sourire et émouvoir, avec qui je souhaite partager mes étonnements et mes réflexions.  Mon acuité s’en trouve exacerbée au quotidien : souvent, je me dis « Je vais leur raconter ou leur montrer ça… » Bref, je vous sens présents, même si les contours de ce « vous » sont forcément à géométrie variable.

La souffrance et le décès de Jacques m’auront finalement donné accès à tout un autre chapitre de vie. Cela ne remplace évidemment ni la douleur ni la profondeur de la perte, mais contribue à lui donner un certain sens. Là où il est, j’espère que mon beau Jacques le sait ou qu’il le sent.

Le 3 décembre 2017

 

 

Vignettes huesques

Bien le bonjour à vous !

Me voilà en situation post-inondation, un disque dur plus tard — celui de mon ordinateur a complètement crashé il y a une semaine, ce qui m’a fait vivre de nombreuses émotions (aller dans un atelier de réparation de portable avec Google Translate comme interprète est une expérience — unique !). Tout va bien maintenant, je goûte à la quiétude de ma demeure et à l’efficacité de mon ordi. Un autre ange s’ajoute ainsi à mon panthéon : mon technicien en informatique de Montréal, Jean-François Ménard, qui m’a aidée à distance avec une efficacité, une patience et une gentillesse infinies. Que sommes-nous sans nos bidules électroniques ? Je vous le demande…

Je vous décrirai aujourd’hui, pêle-mêle, un ou deux aspects de la réalité huesque et vietnamienne ainsi que quelques anecdotes liées à la vie quotidienne, pour vous faire goûter un peu de l’âme vietnamienne — on n’a peur de rien ici au niveau de l’ambition littéraire ! – et pour le simple plaisir de partager mes découvertes.

Le scooter à Hué et… au féminin !

Il est omniprésent ! Je l’adore, il m’ouvre des horizons nouveaux, mais…  me sidère parfois et me fait souvent peur. Je me déplace maintenant quand et où je veux avec, je l’avoue, une certaine fierté. Il est difficile de décrire la quantité de scooters qu’il y a ici. Disons simplement que parfois, devant ce qui ressemble  à un véritable rideau d’engins vrombissants devant soi à une intersection, il me faut prendre un grand respir avant de me lancer dans la mêlée, car de véritable mêlée il s’agit ! La présence dans le moment présent essentielle sous peine de menace mortelle.

Voici un aperçu de ce à quoi ressemble une intersection à l’heure de pointe :

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Ou encore le stationnement du seul grand magasin d’Hué, le vénérable Big C : des scooters presque à perte de vue !

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Ici, on conduit avec des charges incroyables. En campagne, l’autre jour, alors que j’allais à la mer, j’ai dépassé un scooter pas plus gros que le mien qui transportait, fixé au siège derrière le conducteur, un énorme cylindre fait de ce qui ressemblait à de la broche de poulailler dans lequel il y avait… un gros porc  bien vivant, le pauvre. Oui-oui ! C’était bien un gros cochon bien rose. J’étais sidérée.

Sur leur scooter, les gens transportent de tout : de gros tuyaux sur leurs épaules, leur commerce ambulant en entier (fabrique de pain ou cuisine de rue), des charges monstrueuses et parfois 3 enfants sans casques, pas attachés. L’enfant, lorsqu’il est seul avec le parent, est souvent debout, entre le siège et le guidon. Voici la version vietnamienne du siège de scooter pour bébé. Remarquez l’attache : souci évident de sécurité !

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En toute circonstance, les femmes vietnamiennes protègent très jalousement leur peau du soleil, pour s’assurer de conserver toute leur vie durant un teint bien blanc, le plus laiteux possible. La peau foncée n’a vraiment pas bonne presse ici. Les femmes font donc en sorte que pas un seul centimètre carré de leur précieux épiderme ne soit exposé au soleil, dès que se pointe le moindre de ses rayons. Voici de quelle façon ma collègue Anh se couvre dès qu’elle met le nez au soleil :

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Le masque, omniprésent, mais… pas chez les enfants, tout comme le casque d’ailleurs — cherchez l’erreur…

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La veste : ne perdez pas de vue que toute l’opération se déroule dans une chaleur étouffante. Remarquez que même les mains sont couvertes…

Puis la jupe à velcro :

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Le résultat final :

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À noter — j’en ai été témoin — qu’Anh n’hésite pas le moins du monde à répéter l’exercice à chaque fois qu’elle va  l’extérieur, ne serait-ce que pour se déplacer de 2 coins de rue.

Il existe des variations intéressantes de cet attirail… Voyez plutôt Katie, ma prof de vietnamien : joli comme couvre-chef,  n’est-ce pas ?

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Enfin, voici ma tenue préférée. Ma cliente, madame Nga, a accepté avec générosité de poser avec ce qu’elle appelle son « habit de ninja ». Irrésistible, non ?

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Comment trouvez-vous l’accord « habit de ninja — chaussures » ?

Le bruit

Difficile ici de ne pas faire de généralités. Je ne cesse de me surprendre de la quantité de décibels que génèrent les Vietnamiens. Ouf !

D’abord la parole. On parle F-O-R-T ici, très fort, très très fort ! Au début, j’avais l’impression que les gens qui m’entouraient étaient tout le temps fâchés. Anh, ma collègue, toute menue qu’elle soit, a un ton de voix inverse à son gabarit. Et les gens n’hésitent pas à s’interpeller à distance, parfois de très loin. Imaginez un groupe d’hommes dans un restaurant, après qu’ils aient bu quelques bières…

J’ai assisté à 4 reprises à des événements officiels — au Collège ou ailleurs. Si on vous invite à un tel événement, préparez-vous ! Les animateurs crient littéralement dans les micros. Et personne ne semble le moins du monde incommodé…

Il y a environ 15 jours, j’ai été invitée à un repas de famille chez ma propriétaire, très heureuse d’avoir loué sa maison à une foreigner. Vous ai-je dit que la nourriture ici est exquise ? C’était absolument délicieux, raffiné, surprenant, goûteux, d’une variété incroyable. Évidemment, tout était frais du jour. Je n’arrive pas à comprendre comment on peut si bien faire à manger au quotidien. Par ailleurs… le bruit mes amis… bonne mère de bonne mère !!!

Détail touchant : ma propriétaire, qui  sait que j’ai un piano, avait mis à jouer sur son gigantesque système de télé des sonates de Beethoven… à tue-tête ! Je sais qu’elle voulait me faire plaisir et qu’il s’agit là d’une attention délicate de sa part, mais à plusieurs reprises pendant le repas, je me suis demandé s’il n’y avait pas moyen de subtiliser la télécommande pour discrètement faire en sorte que notre beau Ludwig se fasse plus discret. En vain… Qui plus est, son fils d’environ 7 ans a passé tout le repas à jouer sur sa tablette à un jeu vidéo de guerre évidemment très bruyant (sirènes d’urgence… Boum ! Paff ! VVVuittt !! Crash !!!) juste à côté de la table, encore là dans l’indifférence et la bonhomie totales de la tablée. Toute pleine d’appréciation que j’étais pour les marques d’attention dont je faisais l’objet, je me suis éclipsée aussitôt que j’ai pu  après le repas…

Le toast

Au Québec, on porte généralement un toast au début du repas pour souligner l’occasion qui nous rassemble. J’ai mis un certain à décoder la chose ici, suffisamment pour me rendre compte que j’ai de nombreux impairs à mon actif.

Quand on mange à plusieurs dans un endroit public, on porte un toast… toutes les 30 secondes !!! Oui-oui : je dis bien « toutes les 30 secondes » ! Ça n’arrête pas ! Très étonnant, un peu déstabilisant au début…  Ce que j’ai mis une éternité à comprendre, c’est que nul n’est censé boire entre les toasts. Ça change la donne, ça, les amis !

On m’a expliqué que cette pratique sociale trouve sa source dans le fait que lorsqu’ils sortent au resto, les Vietnamiens partagent l’addition à la fin du repas. Le fait de ne boire que lorsqu’ils trinquent fait en sorte qu’aucun des convives ne consomme plus que les autres. J’ai donc été bien impolie à quelques reprises, je le vois maintenant. J’en rougis en rétrospective…

En plus, j’ai appris qu’il y a une façon de trinquer, et pas n’importe laquelle ! Si je trinque avec vous en plaçant mon verre à la même hauteur que le vôtre, je signifie ainsi que je me considère votre égale. Lorsqu’ils trinquent avec le recteur du Collège où je travaille, les professeurs s’assurent toujours que leur verre soit quelques centimètres plus bas que celui du vénérable dirigeant. Je me demande même avec horreur s’il ne m’est pas arrivé de placer mon verre… au-dessus de celui du recteur !!! Shame on me !

Les salaires et la famille

Les salaires sont ridiculement bas au Vietnam. Bien sûr, le coût de la vie diffère du nôtre, mais… quand même ! Ma jeune collègue Ngan, qui a tout de même un baccalauréat en journalisme, gagne un peu plus de 100 $ par mois. Un professeur au Collège en gagne 200 $. Pour vous situer, la location de ma maison me coûte 450 $ par mois. Impossible donc, pour le Vietnamien moyen, de vivre à l’occidentale avec son seul salaire, c’est-à-dire d’avoir son propre lieu, son scooter et ce qu’il faut pour vivre au quotidien. Résultat, ou plutôt constat : les Vietnamiens vivent en famille, à plusieurs. À plusieurs, vraiment. Ils gèrent leurs finances de façon très serrée, ce qui fait qu’ils ont une capacité étonnante à économiser malgré des salaires de misère.

La famille exerce un énorme contrôle dans la vie des gens. Je ne prétends pas ici connaître l’ensemble de la culture et des mœurs vietnamiennes : ne perdons pas de vue que je vis dans une petite ville somme toute très traditionnelle. Il en va peut-être autrement à Hanoï et à Saïgon, mais à Hué, on vit chez ses parents jusqu’à son mariage. Si on ne se marie pas, on reste avec ses parents… jusqu’à ce qu’ils meurent ! Un veuf ou une veuve retourne chez ses parents… avec ses propres enfants. Et une jeune fille qui se marie va automatiquement vivre chez ses beaux-parents.  Quand j’ai demandé à Madame Nga — la dame à l’habit de Ninja qui a la cinquantaine et 2 enfants — si elle était allée vivre chez ses beaux-parents après son mariage, elle m’a répondu avec un grand cri du cœur : « Oui ! J’ai souffert pendant 11 ans ! Comme mon mari est l’aîné de sa famille, j’ai dû servir toute ma belle famille (y compris les fils, les brus et enfants autres que les miens) pendant tout ce temps ! » Même son mari ne supportait plus l’absence d’intimité après 11 ans. Il a donc passé le flambeau à un autre frère — surtout à une autre bru — et fait construire leur propre maison familiale.

Si j’invite ma collègue Ngan à manger, elle doit demander la permission à sa mère. Comme elle se marie en décembre, il est clair qu’elle ira vivre dans sa belle famille, ce qui l’inquiète beaucoup, car la relation n’est pas toujours évidente avec eux. Il est bien sûr impensable pour un jeune couple de même envisager la possibilité de passer une nuit ensemble avant la cérémonie du mariage — sur laquelle je reviendrai dans un autre article.

Bien sûr, toute situation a son concave et son concave. L’Occidentale que je suis réagit à ce que je perçois comme le carcan familial. Par ailleurs, l’entraide est admirable entre membres d’une même famille et entre voisins. Les parents se montrent très généreux envers les jeunes couples qui se marient. Ceux qui ne suivent pas cette voie, ou qui sont homosexuels, ne bénéficient évidemment pas des mêmes privilèges…

Petits moments agréables

J’aimerais vous parler du bouddhisme ici, et de ce que vit une autre jeune fille de mon entourage à l’approche de son mariage, mais ce sera pour une prochaine. Je réalise que j’ai très peu parlé de moi dans cet article, peut-être parce que je l’ai tellement fait dans l’article précédent. Je vous dirai simplement que je suis encore ravie d’être ici et que je ne cesse de me féliciter d’avoir fait ce choix un peu singulier à cette étape de mon existence. J’ai déjà une vie sociale riche et de belles amitiés, bien sûr davantage parmi les « expatriés » à cause de la barrière linguistique.

Je vous présente mon ami Rodrigo, qui vit à Da Nang. Nous voici ensemble, lors de son escapade à Hué.

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Avec Rodrigo, j’ai aussi fait une magnifique randonnée aux environs de Da Nang, avec baignade en mer en bonus !

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À la fin de cette randonnée particulièrement exigeante, nous revenions en ville en essayant d’apercevoir les fameux singes de Da Nang dont les guides touristiques signalent l’existence. Pas le moindre macaque à l’horizon. Puis nous avons vu au bord de la route des hommes équipés d’appareils photographiques avec d’énormes lentilles. Un de ces hommes nous a aidés à repérer les singes et nous avons pu en voir plusieurs. Ils sont très surprenants, car ils sont assez grands — je dirais qu’ils font au moins un mètre sinon plus —, qu’ils ont 5 couleurs et une très longue queue toute blanche. En voici quelques exemplaires que notre photographe passionné nous a fait parvenir. Ils sont magnifiques.

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Enfin, je partagerai avec vous un peu de la saveur de la fête de pendaison de crémaillère de ma nouvelle maison, qui fut fort joyeuse !

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De dos, Victoria,  jeune Française  venue étudier la médecine traditionnelle vietnamienne pendant 1 an. À sa gauche, John, homme d’affaires venu prendre sa retraite ici pour créer de l’emploi et aider des jeunes à partir leur propre entreprise. Ana, prof d’anglais portugaise. Michael, un invité australien de John et Katja, jeune Slovène de 27 ans, spécialiste des changements climatiques,  qui m’a présenté à plusieurs nouveaux amis et qui parle… 8 langues !

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À droite de Katja, Andréa, une Allemande qui vit ici depuis 16 ans et qui fait de la restauration de monuments historiques, son conjoint Léopold le charmant, retraité français et peintre, puis William, dynamique prof d’anglais qui vient de… Saint-Norbert d’Arthabaska !!!

Manquent malheureusement sur cette photo mes 2 invitées vietnamiennes : Katia, ma prof de vietnamien (blonde de William) et Thu, guide touristique hors des sentiers battus.

Voilà donc pour aujourd’hui, amis et lecteurs. Je vous remercie de votre présence, de vos commentaires, de vos ondes positives bref, de votre soutien bienveillant.

Au plaisir.

Christiane

 

 

 

Inondée à Hué

J’avais hâte de vous écrire. Je me délectais à l’idée de consacrer une bonne partie de la journée à le faire. Depuis le dernier article, j’ai fait plein de découvertes, connu des gens passionnants, mon travail a pris un nouveau tournant prometteur et j’avais quelques cocasseries à vous raconter. Puis, hier matin, il y a eu… l’eau !

My god!

Au réveil, j’ai bien eu un petit choc en voyant que mon entrée extérieure était inondée. Il y a 2 marches pour rentrer chez moi et l’eau se rendait presque au début de la 2e, donc une partie des pneus de Georges prenait un bain involontaire. Les gens qui marchaient dans la rue avaient de l’eau jusqu’en haut des genoux. J’ai vu un scooter (le dernier) qui roulait dans des trombes d’eau. Ça réveille quand même la madame – ou la , c’est-à-dire grand-mère en vietnamien, je vous le rappelle…. Surtout qu’il pleuvait, pleuvait, pleuvait, pleuvait… Il faudrait inventer un autre mot pour décrire l’intensité de ces pluies torrentielles. Comme le si le ciel se ne s’en pouvait plus ! Comme s’il y avait une autre sorte de barrage à la verticale qui avait cédé.

Voici ce que je voyais :

J’étais encore toute contente de ma soirée de la veille : j’ai pendu la crémaillère et aurais bien voulu vous en parler (mon bœuf bourguignon et ma mousse à l’érable ont eu un succès… bœuf !). Mais ce sera pour une prochaine. L’eau prend toute la place. Donc je déjeunais tranquillement et dégustais mon thé en me disant que ça allait probablement finir bientôt. L’eau est montée à la demie de la 2e marche. Mon voisin m’a offert de rentrer Georges dans le salon. Je le trouvais bien un peu zélé, mais au cas où, j’ai accepté. Tout doucement — je n’y croyais pas encore — j’ai monté les meubles de la salle de séjour d’une marche : en effet, il y a une marche qui sépare le salon de la salle que j’appelle la salle de piano. Voici  donc ce dont les choses avaient l’air à ce moment :

Une heure plus tard, un petit rideau d’eau s’introduisait dans le salon –  le petit torvis ! Deux heures plus tard, je suis allée chercher mes voisins, pas mal moins olympienne qu’avant au niveau du calme… Nous avons mis le piano sur la table de cuisine, le frigo sur le meuble de télé, sécurisé tout ce que nous avons pu sécuriser, et… monté Georges d’une marche, la dernière possible !

Voici donc le résultat de l’opération :

Le petit rideau d’eau qui arrive.

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Quelques heures plus tard :

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Comme des fantômes, les gens qui circulaient en ponchos :

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Puis je l’ai aperçu : mon premier bateau. Vous avez bien lu : B-A-T-E-A-U. Un genre de pirogue, avec 3 rameurs, qui est passé à toute vitesse et que j’ai vu du coin de l’œil. Je me suis dit : « L’eau te monte à la tête, ma vieille, tu as la berlue ! » Mais j’en ai vu des dizaines après. Même des bateaux à moteur. Irréel. J’en ai capté un, que voici :

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Mon pauvre voisin — que j’appelle dorénavant le saint homme, vous verrez bientôt pourquoi —, si fier de sa voiture. Il la bichonne, la chouchoute continuellement. Son épouse se désole du coût des inévitables dégâts qu’elle subira…

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L’autre maison voisine, à la fois salon de coiffure et maison de chambre pour 3 étudiants,  n’a qu’un rez-de-chaussée et est plus basse que la mienne. Ses occupants sont durement éprouvés. Je les ai vus sortir tout ce qu’ils pouvaient de leur maison, de la literie aux meubles du salon de coiffure, pour apporter le tout à bout de bras chez leur autre voisin. J’imagine que leurs matelas sont inondés. Toute la journée, j’ai reçu des textos avec des photos de maisons inondées. John, un nouvel ami australien, qui est plus touché que moi, m’a bien fait rire en me disant qu’il regrettait presque d’avoir laissé chez moi hier soir les 2 petits gâteaux qu’il m’avait offerts. Mon ami Rodrigo, de Danang, m’a textée plusieurs fois juste pour… manifester sa solidarité.

Au moment où je vous écris, je suis à l’étage. Comme je ne peux strictement rien faire, j’ai eu tout à coup envie d’écrire. Depuis une trentaine de minutes, il n’y a plus d’électricité. Je bénis le beau Rodrigo qui m’a fait penser de sortir mes bougies…

Bon… la faim me tenaille. Allons voir ce restant de bœuf bourguignon dans le frigo ascensionné… Heureusement : on cuisine au gaz ici ! Je vous avoue que j’ai un peu peur de ce que je vais découvrir au rez-de-chaussée et que la perspective d’avoir les pieds dans l’eau brune, une bougie à la main, pendant que je réchauffe mon repas me tente autant que d’aller me faire arracher une dent. Courage !

24 heures plus tard, mardi le 7 novembre.

Je suis à l’hôtel depuis hier vers 15 h. Je vous avoue que j’ai passé des moments éprouvants après le début de la panne d’électricité, qui a commencé dimanche à 19 h. Surtout que je me suis rendu compte que la pile de mon cellulaire n’était chargée qu’à 40 %. J’étais en sécurité à l’étage, mais l’eau continuait à monter et certains disaient qu’elle allait monter encore d’un mètre. Même si ma pile de téléphone était faible, j’ai ressenti le besoin de parler à ma sœur et à mon amie Chantal, simplement pour partager ce qui se passait et me réconforter au son de voix familières. Mes voisins m’ont aidée et je les sentais présents, mais la barrière de la langue se faisait cruellement sentir.

Hier matin, l’eau avait descendu d’environ 4 centimètres, puis elle s’est peu à peu retirée de la maison. J’ai tout nettoyé, mais comme l’entrée extérieure et la rue étaient encore inondées, j’ai attendu. Puis vers 14 h, les pluies se sont encore intensifiées et mon ami Rodrigo, que j’appelle désormais mon ange gardien, a contacté mon employeur à Hanoï lui suggérant fortement de me sortir de la maison ou d’envoyer quelqu’un me porter un chargeur extérieur pour que je puisse restée « connectée ». J’avoue que j’avais beaucoup de mal à envisager une autre nuit chez moi car il n’y avait toujours pas d’électricité et ma pile de téléphone était rendue à… 20 %. Bref, deux employés de l’hôtel qui appartient à mon client sont venus me chercher… à pied ! Aucun bateau n’était disponible, si bien que j’ai marché environ 500 mètres dans la soupe brune à hauteur des cuisses avec toutes sortes d’objets qui flottaient partout autour de moi, qui me frôlaient les jambes et que j’ai soigneusement évité de regarder. J’ai eu la surprise de constater que toute la ville n’était pas inondée comme je le croyais. Par ailleurs, plusieurs quartiers comme le mien, dont le niveau est plus bas que le centre-ville, l’ont été.

Quel soulagement ! J’ai dormi 10 heures comme un poupon !

Ce matin, on a annoncé que les autorités vont permettre de nouveaux déversements d’eau par l’ouverture partielle d’un des barrages aux abords de la ville. Nous nous attendons tous à être inondés à nouveau. Et il pleut, il pleut, bergère !

Je suis très touchée par la sollicitude dont j’ai été l’objet au cours des 2 derniers jours. Mon amie Chantal, qui m’a accueillie dans mes pleurs et ma vulnérabilité, a initié une chaîne d’amitié virtuelle avec plusieurs de mes proches ami-e-s à Montréal. Ma sœur Suzanne a été très présente, soutenante, aimante et compatissante. Mes voisins m’ont aidée, mes collègues m’ont écrit. Je suis très impressionnée par la qualité de la solidarité que j’ai sentie entre les expatriés que j’ai rencontrés depuis mon arrivée. Je me rends compte que le contexte, qu’accentue la barrière linguistique avec les Vietnamiens, fait que les liens se créent très rapidement entre nous et deviennent rapidement profonds et significatifs. Nous restons en contact, nous nous informons de l’évolution de la situation, échangeons des photos et blaguons bien aussi…

Donc je suis encore à l’hôtel, au chaud et en sécurité. Je m’inquiète bien un peu à propos de Georges et de mon piano, mais… c’est hors de mon contrôle. Je vais finir cet article par un aveu. Je suis assez embarrassée de vous raconter cette anecdote loin d’être glorieuse, pour dire le moins !

En début d’après-midi hier, je suis allée sur le balcon de la chambre d’amis — la suite Rodrigo — avec l’intention de prendre une photo en plongée de la rue. J’étais en jupette et en chemisette et sachez qu’il ne faisait pas chaud du tout et que bien sûr, il pleuvait. Au moment où mon œil se pose sur le viseur, j’entends un gros… clac!  La porte se referme derrière moi. Pas de poignée extérieure, ce que je n’avais pas remarqué. Avez-vous déjà vu ça, vous, une porte qui n’a pas de poignée d’un côté ? Pas moi — mais sachez dorénavant que cela existe et méfiez-vous ! Et j’avais eu du mal à ouvrir la porte pour sortir sur le balcon, car elle était gonflée à cause de l’humidité. Panique à Hué. OK… On respire… Mon cœur bat la chamade. J’essaie d’ouvrir la porte avec le bout de mes doigts et me casse quelques ongles. Incapable. Je réussis à décoller un tantinet le tranchant de la porte en haut, mais c’est solidement « collé » en bas. J’appelle à l’aide. Les bateaux passent, on me regarde et… on continue ! Comment faire comprendre, sans parler la langue, que je suis coincée sur le balcon ? Je ne peux que constater la totale inefficacité à la fois de mon non verbal et de mon verbal. Pour ajouter à la folie de la situation, je me rends compte que même si les gens essayaient de rentrer chez moi pour me porter secours, ils seraient incapables d’y arriver autrement qu’en cassant la vitre de la porte d’entrée, car le loquet en était tiré. Au bout de 10 minutes… Eurêka ! Je vois la tête de mon voisin apparaître de son propre balcon, à la hauteur du mien, à environ 2 mètres. Le saint homme est venu me rejoindre en marchant sur le toit et ensemble, nous avons réussi, non sans peine, à ouvrir la porte. Ces dix minutes ont été incommensurablement longues, comme vous l’imaginez.

Pas tellement brillant comme comme situation, mais totalement véridique. J’ai eu vraiment peur et ai mis pas mal de temps à retrouver mon calme.

Vous comprendrez qu’après cette aventure, mon courage, qui commençait déjà à s’étioler, a baissé d’un cran. J’aurais passé la nuit là-bas s’il l’avait fallu, bien sûr, et je n’étais pas en danger de mort, mais je suis très reconnaissante d’être dans un lieu qui me permet de me détendre.

Voilà donc pour aujourd’hui et… à une prochaine pour des sujets plus réjouissants je l’espère !

 

 

Le quotidien à bâtons rompus

Le 19 octobre 2017.

Cela fait maintenant un peu plus d’un mois que je suis arrivée au Vietnam. Mais… quel mois, mes aïeux !!! Cela me fait plutôt l’impression d’un trimestre bien rempli. J’habite « ma » maison depuis 11 jours. C’est suffisant pour déjà avoir une certaine routine, qui me fait beaucoup de bien après ces branle-bas de tout acabit. Quand je pense à l’adaptation qu’un tel changement de contexte requiert, l’expression qui me vient, c’est « le grand dérangement ». Rien à voir avec cette triste page de l’histoire acadienne, mais c’est l’expression qui traduit le plus exactement ce que je ressens. Tout est un peu sens dessus dessous, brassé, remis en cause. Bien des petites choses de tous les jours demandent un effort parfois considérable au nouvel arrivant. Par exemple, faire l’épicerie : les noms de produits sont en vietnamien, les commis d’épicerie parlent… vietnamien,… bref, il m’est arrivé quelques fois d’abdiquer en cherchant un article parfois banal. Pour l’instant, je m’en tiens au gros supermarché pour faire mes courses, une espère de « Carrefour ». Je ne me suis pas encore sentie suffisamment d’attaque pour aller au marché local. J’ai bien l’intention d’y arriver pour encourager les commerces locaux et pour mieux m’intégrer à mon milieu, mais j’avoue que… le coffre me manque encore pour aborder cette nouvelle étape de mon intégration. Acheter et faire livrer de l’eau : comment on fait pour commander quand on ne parle pas la langue? S’orienter géographiquement avec des noms de rue… à coucher dehors ! Comprendre les codes sociaux : qu’est-ce qui se fait, qui ne se fait pas ? Se dit ? Ne se dit pas ? Et gérer mes propres étonnements devant la différence. Ici, on ne se gêne nullement pour vous demander votre âge, combien vous gagnez, combien vous avez payé telle ou telle chose, si vous êtes marié et sinon est-ce que vous avez un petit ami… Ça fait un petit.. Wouppppsssss!! Bref, on s’amuse bien !

Somme toute, je suis assez fière de moi après 4 semaines au Vietnam. Rien n’est parfait, mais j’ai quand même parcouru un bon bout de chemin dans mon intégration. Il a toujours été essentiel pour moi de me sentir bien chez moi, d’avoir un nid douillet et j’ai mis beaucoup d’énergie à m’en créer un. J’ai bien quelques colocataires indésirables avec qui il va me falloir apprendre à vivre (Eh oui, les amis ! Le gros coléoptère dont je vous parlais dans mon article précédent est bel et bien, définitivement, sans appel possible, incontournablement… un gros cafard, et il semble bien que je n’y puisse pas grand’chose), mais essentiellement, j’ai un chez-moi confortable et accueillant, et je l’apprécie au plus haut point.

Pour cet article, j’ai envie de vous présenter un nouveau copain, de vous faire visiter mon intérieur et de partager avec vous quelques vignettes de mon quotidien à Hué. Allons-y.

Mes deux G : Georges et Google Maps

D’abord, je vais vous présenter un nouvel ami, que j’appelle, à tort ou à raison, Georges. Georges me donne des ailes, il m’ouvre tout un univers, me donne un grand sentiment de liberté et m’a procuré jusqu’ici beaucoup de plaisir joyeux — pardonnez ce pléonasme — mais aussi quelques bonnes frousses. Avec Georges, j’ai 20 ans. Je m’épanouis. Nous apprenons à nous connaître tout doucement, nous élargissons peu à peu notre univers commun. Nous voici donc tous les deux :

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Mes collègues de travail et ma cliente principale, madame Nga, m’avaient avisée dès le départ qu’il était impossible pour moi de penser à conduire un de ces engins, probablement à cause de mon âge avancé. Hummmm… que je me disais… On verra bien ! J’avoue en fait avoir été un tantinet offusquée. Il est vrai que conduire ici n’est pas de tout repos — quel euphémisme ! –, mais… marcher dans la rue non plus, et je n’ai pas envie de dépendre des taxis, surtout que la presque totalité de ceux-ci ne parle pas un mot d’anglais. Donc Georges, GoogleMaps et moi, nous formons un trio d’enfer ! Un enfer un peu timide pour le moment, on s’entend, mais quand même. Bien sûr, je m’arrête à toutes les 2 minutes pour consulter GoogleMaps quand je vais à un nouvel endroit — les noms de rue me sont encore très rébarbatifs. Bien sûr, je dois parfois prendre un grand respir, surtout pour conduire le soir ou sous la pluie ou lorsque la circulation est lourde, mais… cela me donne un tel sentiment de liberté que le jeu en vaut largement la chandelle !

Le principe de la conduite est très simple : on fonce, on zigzague et on trouve un espace pour passer. Cela peut sembler terrible, mais en même temps, il y a quelque chose d’organique dans l’opération et de l’intérieur, c’est même étonnamment fluide. Il faut être très vigilant, car on nous dépasse à droite, on nous coupe, on ne respecte pas toujours les feux de circulation, on circule même parfois en sens inverse ! Le plus dangereux à mon avis, ce sont les véhicules qui arrivent n’importe quand de droite en perpendiculaire, parfois à toute vitesse. Par ailleurs, j’apprends qu’en roulant tout doucement, j’y arrive et je trouve toujours un moyen de me faufiler — du moins jusqu’ici. Je touche du bois. Ceci dit, je n’ai toujours pas encore attaqué l’immense carrefour au centre de la ville, et j’essaie de me déplacer le moins possible à l’heure de pointe. Mais je me suis quand même rendue toute seule à la plage il y a 8 jours, à 35 minutes d’ici. C’était génial.

Ma nouvelle demeure

J’ai beaucoup de chance. Dès mon arrivée à Hué, j’ai visité 3 maisons et mon choix a été évident. Il y a très peu d’appartements ici, donc on loue des maisons, et ce, à des prix très raisonnables (je paie entre 450 $ — 475 $ canadiens par mois, incluant toutes les charges). J’ai donc une assez jolie maison dans un quartier tout à fait vietnamien, ce que je souhaitais, à 3 minutes en scooter de mon travail. Deux chambres à coucher, 3 salles de bain complètes — oui, oui, trois, avec douche dans chacune s’il-vous plaît ! – sur 3 étages (salon et cuisine au rez-de-chaussée, chambres à l’étage et au dernier étage, petite salle de lavage et salle de méditation familiale). Je vous montre les lieux :

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L’entrée, qui donne sur Georges et sur la rue.

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Le salon, assez confortable, même si les dossiers des canapés sont un peu… raides !

À cet effet, je regarde vivre mes voisins immédiats, une famille de 2 adultes et de 2 jeunes enfants, et je constate qu’ils ont un canapé à peu près comme le mien, mais qu’ils ne l’utilisent jamais. Ils sont presque toujours assis par terre. Ils mangent par terre dans le salon, encore là, même s’ils ont une table avec des chaises. Et ce sont des professionnels, pas des indigents… Alors pas étonnant qu’on n’accorde pas d’importance au confort des canapés. Et les deux chaises que j’ai placées en face étaient entreposées au 3e étage, donc j’imagine qu’on faisait de même ici avant que j’emménage.

Comme je serai ici un an, je me suis procuré ceci :

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Ce n’est pas un grand piano, mais il me suffit amplement pour cette année. J’en ai déjà pas mal profité : il y a quelque chose de très réconfortant pour moi à pouvoir retrouver des gestes familiers comme celui de jouer une pièce de piano que je connais. Deux jours après mon arrivée, mes collègues s’étaient donné le mot pour me trouver un piano, car ils ont vite su que j’en jouais. Une visite et le tour était joué, le piano m’a été livré le lendemain ! J’ai déjà 2 acheteurs pour quand je souhaiterai m’en défaire.

Voici la cuisine :

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Ma chambre…. pas mal, non?

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La chambre d’amis. Attention ! mon autre nouvel ami Rodrigo, un volontaire de l’Entraide universitaire comme moi, Colombien d’origine qui vit depuis longtemps à Montréal, avec qui j’ai vite sympathisé à Danang et qui est venu passer le week-end dernier ici, l’a déjà baptisée « ma suite à Hué ». Elle comprend aussi un bureau :

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Une des 3 salles de bain, toutes pareilles. On se douche à l’européenne, sans rideau.

Enfin, voici l’autel qui se trouve dans la petite salle de méditation:

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Dans la maison, il y a 4 autels : celui-ci et 3 autres plus petits. Le jour de mon arrivée, ma propriétaire m’a dit qu’elle viendrait tous les soirs faire brûler un bâton d’encens devant chaque autel. Un immense « non ! » a retenti en moi alors… j’ai pris l’engagement de le faire. Elle est ravie ! Mais… je dois le faire tous les soirs et lorsque je partirai voyager, je devrai l’en aviser pour qu’elle vienne le faire elle-même ou qu’elle demande à sa sœur, ma voisine, de le faire. Peut-être suis-je « molle », mais je n’ai pas eu le cœur de contester. J’avoue en fait que ce rituel n’est pas du tout désagréable.

La maison était meublée, mais pas équipée : j’ai donc « magasiné » vaisselle, casseroles, literie, nécessaire à nettoyage, bouilloire, couverts, verrerie, alouette ! Disons que la qualité de mes achats se rapproche plus du « magasin à une piastre » que chez Quentin, mais pour une année, ça ira très bien. Sachez qu’au Vietnam, 300 $ peuvent nous mener très loin !

Je finirai le chapitre de la maison en vous disant que lorsque j’ai visité les lieux, tout avait l’air re-la-ti-ve-ment propre, même si je voyais bien qu’il y avait sur beaucoup d’objets une couche de poussière plus que suspecte. La réalité a été pire que ce que j’escomptais. Je ne m’étendrai pas sur le sujet, mais je dirai simplement que les standards de propreté ici diffèrent considérablement des nôtres et que mes premiers jours ici ont été un peu éprouvants de ce côté. J’ai entreposé dans un coin de débarras moult pots de fleurs en plastique, bibelots, objets divers, tous recouverts de la même couche de poussière tenace. Je me suis « ramassée » un matin à 4 h à… quatre pattes à brosser vigoureusement le plancher de ma chambre ! Le résultat m’a procuré un niveau de satisfaction surprenant — on se donne les plaisirs qu’on peut ! Par ailleurs, j’ai réalisé que je n’y arriverai pas toute seule. Sur la recommandation d’un autre nouvel ami, j’ai embauché un couple qui viendra faire un grand ménage en profondeur dans toute la maison en début de semaine. Je vais mieux respirer après, j’en suis certaine !

Petite leçon de vietnamien

J’en suis à ma 3e semaine de cours de vietnamien. Je me suis dit que j’essaierais, même si de nombreux « expats » disent que c’est impossible. Même la belle Katja, une Slovène avec qui Louise, mon ange québécois, m’a mise en contact et que j’adore, a des doutes. Pourtant, Katja parle… 8 langues ! Vous avez bien lu : 8 langues ! Slovène, croate, italien, allemand, anglais, français (impeccablement), portugais et… il m’en manque une. Elle vit ici depuis près d’un an et espérait pouvoir apprendre simplement en étant exposée à la langue, comme elle a toujours fait. Elle constate qu’elle n’a rien appris qui soit digne de mention depuis son arrivée et qu’elle ne s’en sortira pas sans cours. Bon.

Voici ce que je considère comme quelques bizarreries de cette langue qui, soit dit en passant, est la seule langue asiatique écrite avec notre alphabet (grâce à un jésuite français qui en a fait la transposition au 17e siècle).

D’abord, Les pronoms personnels. Il y en a de multiples. Ils varient selon 2 facteurs : le genre et… l’âge ! Je dois donc utiliser un pronom différent selon que je m’adresse à un homme ou une femme très vieux/vieille, un peu plus vieux/vieille que moi, entre très vieux/vieille et un peu plus vieux/vieille que moi, de mon âge, un peu plus jeune que moi, beaucoup plus jeune que moi, à un enfant ou à un enseignant… Ce n’est pas tout, le statut social ou économique peut également jouer — mais je ne suis pas encore rendue à ce degré de subtilité, je trime assez dur comme ça ! Ça fait du pronom personnel ça mes amis, je vous en passe un papier ! Le résultat, c’est qu’il faut toujours essayer de deviner l’âge de son interlocuteur, ce qui ouvre la porte à d’innombrables impairs. Bon, il semble qu’avec moi, personne n’ait trop de problèmes, on me désigne sous « bà » (grand-mère).  J’aurais bien aimé qu’il y ait parfois quelques ambiguïtés à mon sujet… (soupir)… mais bon !

Autre particularité. Tous les mots n’ont qu’une syllabe, mais… quelles syllabes! Le plus grand défi de cette langue, ce sont les intonations. Chaque voyelle en a 6 différentes : égale, descendante, montante, grosse vague (on descend beaucoup et on remonte un peu), petite vague (petite descente, grosse remontée), puis très basse. Pouvez-vous imaginer la gymnastique que cela exige ? En plus de l’intonation, chaque voyelle se prononce de plusieurs façons : il y a 3 sortes de u du plus ouvert au plus fermé et il faut ajouter les intonations.

Comprenez-vous mes doutes ?

Mais pour l’instant, j’ai plaisir à travailler 3 heures/semaine avec la belle Katia, qui enseigne vraiment très bien. À suivre.

Deux vignettes vietnamiennes

L’espace personnel :

Il est beaucoup plus restreint que chez nous. Je suis allée dans une boutique avec une collègue à mon arrivée. Les femmes, même si elles ne se connaissent pas, partagent à plusieurs la même cabine d’essayage. J’ai avec surprise vu ma collègue entrer tout bonnement dans une minuscule cabine où s’entassaient déjà 3 femmes totalement inconnues. Tout ce beau monde se contorsionne à qui mieux mieux, s’aide à monter ou à descendre un fermoir, commente les tenues de l’une et de l’autre, se passe des vêtements. C’est un peu surprenant, mais plutôt joyeux à regarder. Cela a quand même fait substantiellement fondre mon humeur acheteuse… Par ailleurs, dans une autre boutique, quelques jours plus tard, j’étais seule, mais la vendeuse est carrément venue avec moi dans la cabine d’essayage et m’a aidée à retirer la robe que je portais. Il faisait très chaud, mes vêtements collaient sur ma peau, elle tirait… Pas ce qu’il y a de plus édifiant, vraiment !

La banque :

Curieuse expérience que d’ouvrir un compte bancaire ici. C’est un peu compliqué, mais ce que j’ai trouvé le plus étrange, c’est la façon de servir les clients. La personne qui vous sert ne sert pas que vous : nous pouvons être 2 ou 3 assis sur des chaises en face de son guichet, qu’elle sert simultanément. En plus, un autre client peut arriver debout et s’adresser directement à elle. Elle lui répond, va chercher un papier, le fait signer puis… revient à vous. Puis quelqu’un d’autre, derrière le guichet, vient la consulter. Comme chacun finit par être servi, tout le monde semble trouver cela complètement normal comme fonctionnement. Intéressant.

Voilà donc mes pensées du jour, livrées en vrac. Aux Québécois, je souhaite que votre bel automne se poursuivre et à tous et à toutes, je dis : à très bientôt ! Hen gap lai !

Le concave et le convexe

Le 9 octobre 2017.

Voilà maintenant 3 semaines que je suis arrivée au Vietnam. Ouf !

J’ai partagé avec vous mes coups de cœur, mes découvertes, mes étonnements. J’étais bien consciente depuis mon arrivée qu’une certaine fébrilité m’habitait, qui a parfois frisé l’exaltation. J’aime la nouveauté, le dépaysement, l’exotisme. La différente culturelle me réjouit et titille ma curiosité.

Par ailleurs, depuis quelques jours, je ressens avec force le choc de l’adaptation. Je dirais même que la vulnérabilité occupe actuellement l’avant-scène de mon ressenti. Je vois l’adaptation comme une sorte d’élastique, qui s’étire plus ou moins en fonction de la différence à laquelle on est confronté et de la mesure dans laquelle on sort de sa zone de confort. Eh bien le mien, d’élastique, est aujourd’hui étiré peut-être pas à son maximum, car il semble que l’humain ait une capacité insoupçonnée à faire face parfois même à l’innommable, mais comme jamais il ne l’a été de toute mon existence — qui n’est plus si courte que ça ! On m’avait avertie que cela risquait de se produire. On avait raison.

Je ne remets pas en question mon choix d’avoir accepté ce mandat ici, à Hué, pas du tout. Je souhaite vivre cette expérience dans toute son intensité et goûter toutes les nouvelles couleurs auxquelles elle m’exposera avec un esprit d’exploration et d’ouverture. Mon espoir est d’en ressortir grandie, plus vaste, moins égocentrée, plus tolérante. Professionnellement, je suis très interpellée par toute la question de faire en sorte que mon client — notre partenaire — non seulement accroisse certaines de ses capacités pendant mon mandat, mais qu’il soit en mesure de continuer à se développer par lui-même après mon départ grâce à certains apprentissages qu’il fera d’ici là. Réaliste ? Pas réaliste ? Je n’en sais que dalle pour le moment.

Après une certaine euphorie liée à l’arrivée, les derniers jours m’ont donc placée face au test de la réalité, personnellement et professionnellement. C’est sain, mais pour l’instant, très inconfortable. J’essaie simplement de m’accueillir telle que je suis, car je suis convaincue que c’est la seule façon de traverser avec succès cette étape et de passer à la suivante.

Je crois que c’est la quantité de changements qui m’atteint actuellement, mais surtout ceux — et ils sont légion — qui affectent mon quotidien dans ce qu’il a de plus… quotidien ! Non seulement ces changements me bousculent-ils au jour le jour,  mais ils me forcent à réviser certains acquis, certains standards. À chaque fois, ça fait, en dedans : « OK… Je vais avoir à vivre avec ça pendant un an ». À ce niveau, il n’y a pas de galerie à épater, de plat à faire : il y a simplement à faire face, à trouver une façon d’intégrer et de s’ajuster. Mais à chaque fois, je sens qu’il y a quelque chose de touché à l’intérieur, qui a envie de se coincer — qui coince pour être tout à fait honnête — mais que je vois bien qu’il va falloir décoincer si je veux pouvoir vivre cette année ici en étant le plus détendue et à l’aise possible. Je vais vous donner quelques exemples, dont plusieurs concernent ce que j’appelle « la bibitte ». Sachez a priori que moi et la bibitte, on est pas a priori très copains (cœurs sensibles, vous réagirez peut-être).

    • Un des premiers jours où je me promenais toute guillerette dans Hue, je vois un rat mort sur le bord de la rue. « Évidemment », que je me dis, « C’est pauvre, pas toujours “nickel” (vrrrrrraiment pas !), humide, tropical… Il faut s’attendre à cela ». Entre se le dire et le voir, il y a un monde. Et j’en ai vu un autre bien vivant celui-là (de rat), pas plus tard qu’hier soir, qui circulait sur le trottoir juste devant la maison que je viens de louer, et encore ce soir… Comment on gère le dégoût ? La peur (j’habite au niveau de la rue) ? Je cherche un peu le mode d’emploi…
    • Il y a une petite salle de toilette attenante au bureau que je partage avec mes collègues. L’autre jour, je viens pour mettre quelque chose à la poubelle… et deux lézards sortent de derrière ladite poubelle à toute vitesse en direction opposée l’un de l’autre. Je hurle ! Anh et Ngan me regardent avec un petit sourire contrit… « Nous sommes dans un pays tropical, tu sais ». Oui, je sais, je sais, je sais, les lézards, c’est bon, ils mangent les insectes, mais n’empêche, quand j’ai ouvert la porte de mon garde-robe qu’il s’en est échappé un avant hier, c’est un cri qui s’est échappé de ma bouche, pas une marque de gratitude !
    • Les tites tites tites fourmis… À l’hôtel où j’étais, il y en avait beaucoup, partout. Microscopiques. Un dixième de tête d’épingle. Omniprésentes…. Dans l’évier quand j’ouvrais la lumière de la salle de bain. Dans une petite friandise au sésame que je laissais traîner quelques minutes avant… de la jeter. Sur mes bras pendant que je lisais. Sur ma jambe, le long de laquelle je les sentais grimper avant de l’agiter frénétiquement. Entre les touches de mon ordinateur quand j’écrivais. Dans le reste d’une tasse de thé. Sur les pages de mon livre. Dans ma soucoupe. Sur mon écran d’ordi…
    • Hier soir, pendant que je mangeais chez moi, un énorme coléoptère est entré par la fenêtre de la cuisine. Quand je dis énorme, c’est 5 centimètres de long par 3 de large. Il se promenait partout sur le plancher de céramique, pas du tout content d’être là. Je ne crois pas que ce soit une coquerelle, j’en ai vu d’aussi grosses au Mexique, elles étaient plus… rondes. Mon charmant visiteur impromptu a fini par se retrouver sur le dos, ce qui m’a permis à la fois de mettre fin à ses jours et… à mon souper qui avait soudain perdu tout intérêt.
    • Le sel. Le sel vietnamien est… fin et humide ! Ça, les amis, ça vous bouche une salière en un rien de temps ! Alors on apprend un nouveau sport : le débouchage des trous de salière avec le cure-dent. Louise, mon ange québécois, m’avait dit d’apporter du sel. Je ne l’ai pas écoutée. Bien fait pour moi ! Si l’envie vous prend de venir me voir, apportez, je vous en prie, une belle boîte de Sifto dans vos bagages, je vous en serai longtemps reconnaissante ! Ne m’apportez pas du sel de l’Hymalaya, de la Patagonie ou des Andes, mais… du bon vieux sel Sifto ! L’autre option serait d’arrêter de saler. Les Vietnamiens ne salent pas et s’en portent fort bien. De surcroît, leur nourriture est excellente ! Mais j’y tiens encore, à mon sel… na !
    • La chaleur. Je vous en ai déjà parlé. Je suis convaincue que la glande sudoripare vietnamienne vient d’une souche différente de la nôtre. Et il y a des travailleurs qui font de l’asphalte à longueur de journée et d’autres qui transportent des charges grosses comme le monde dans un four pareil. J’avoue que mon cœur saigne quand je vois les femmes de chambre travailler dans les hôtels : Les couloirs ne sont pas climatisés, ni les chambres quand ce sont elles (ou eux, car beaucoup d’hommes exercent ce métier) qui y sont. C’est pas possiblement possible!  On les voit changer vigoureusement les draps, laver les planchers, en nage… Et garder le sourire quand on les rencontre. Pour sa part, dès qu’il se retrouve à l’intérieur, l’étranger doit soit être à l’air climatisé ou à côté d’un ventilateur, sinon la vie l’insupporte. La première chose que fait le serveur ou la serveuse quand vous arrivez dans un restaurant, c’est d’allumer le ventilateur le plus proche de vous. C’est parfois même un peu violent ! Le bon côté de cette chaleur, c’est que j’ai déjà perdu du poids — on n’a pas envie de s’empiffrer ni de manger lourdement quand le moindre mouvement provoque des rivières de sueur (j’exagère à peine). On me dit que mon corps s’habituera peu à peu. Je me croise les doigts, mais j’avoue que le doute m’habite…
    • La pluie. Des trombes et des trombes et des trombes depuis quelques jours. Je n’ai jamais vu autant d’eau tomber du ciel, même pendant la mousson en Inde. De ce que j’ai vu de la mousson dans le nord de l’Inde, il y a de brefs et violents orages, après quoi il ne pleut plus de la journée. Pas ici. Ça tombe, ça tombe, ça tombe… et ça tombe encore. Il paraît que la région de Hué est la plus pluvieuse du Vietnam et qu’il pleuvra ainsi pendant au moins 3 mois. C’est le paradis du poncho. Les guides touristiques réussissent à parler de la poésie de la pluie — faut-il qu’ils soient à court d’arguments ! Pour vous donner un aperçu : voyez ce que j’apercevais tout à l’heure de ma salle de séjour :

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    • Je pourrais aussi vous parler des draps plats impossibles à trouver ici (Louise m’avait dit d’en apporter…), de la différence de perception de la « bulle physique personnelle », qui fait que la plupart du temps, quand on entre dans une boutique, le vendeur ou la vendeuse vous suit pas à pas et dès que votre regard se pose plus que 3 secondes sur un article, il ou elle vous demande si vous voulez l’essayer… Et il y a tout le chapitre du travail qui m’habite beaucoup et que je ne sais pas vraiment encore comment aborder. Il m’est impossible d’en dire beaucoup pour des raisons de confidentialité, mais mentionnons simplement le fait que le rapport que les gens entretiennent avec l’autorité est très différent du nôtre et que je n’ai pas encore bien saisi les tenants et aboutissants de la dynamique hommes-femmes au travail.

Cela ne fait pas disparaître toute l’appréciation que j’ai de cette opportunité magnifique qui m’est offerte, de mes nouveaux amis vietnamiens et autres qui m’accompagnent déjà si bellement. Loin de là ! Mais il y a aussi tout ça. Et tout ça, je crois bien que c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, mon corps, pour la 2e fois, a réagi à un trop-plein de nouveauté. Le muscle de l’adaptation est tombé en panne. J’avais l’estomac sens dessus dessous, un mal de tête carabiné et j’étais d’humeur à me réfugier dans mon cocon. Grâce ! Pause ! Repli ! Jachère stratégique !

Cette journée s’achève. Mon propos d’aujourd’hui n’est pas de susciter votre compassion, ni de vous dégoûter du Vietnam ou de tout autre pays en voie de développement, mais de partager un constat. Il est facile de dire « Je t’envie !! – “Tu es chanceuse”… Mais toute expérience, comme tout être humain, a son concave et son convexe,  son côté doux et son côté amer. J’ai davantage goûté l’amertume de mon aventure aujourd’hui. Espérons qu’elle me permettra de mieux en apprécier la douceur sous toutes ses formes.

À bientôt,

 

 

Le festival du mi-automne

J’ai assisté au cours des derniers jours à mon premier événement socioculturel d’envergure : le festival du mi-automne. Trois jours de célébrations hautement colorées, très bruyantes, mais ô combien sympathiques et exotiques ! Il s’agit d’un joyeux croisement  entre l’Action de grâce et l’Halloween, qui se déroule pendant 3 jours, autour du 15e jour du 8e mois lunaire. Je vous avoue bien humblement que le calendrier lunaire recèle encore bien des mystères pour moi, d’autant plus qu’on me dit que le festival a lieu autour de la plus belle et claire des pleines lunes de l’année, celle… d’août (en 2017, cette pleine lune se produit… le 4 octobre !). Cherchez l’erreur ou… l’ignorance crasse, c’est selon.

Qu’on se le dise clairement : mes connaissances de l’histoire du Vietnam sont… lilliputiennes ! Je ne vais vous rapporter ici que ce que j’ai vu, senti et lu en plus de ce qu’on m’a raconté sur le sujet. Je n’ai trouvé que peu d’information spécifique sur cette fête en consultant notre ami le web. Le festival du mi-automne se tient dans plusieurs pays asiatiques, dont la Chine, le Laos et le Cambodge, avec des disparités régionales bien sûr. Dans tout ce fatras, une de mes sources est cependant digne foi : Thu — de son prénom — est guide touristique, spécialiste de l’histoire du Vietnam. Mon récit comportera des trous et quelques ratés,  car même avec toute la bonne volonté du monde, tout ça reste ma foi assez alambiqué.

D’abord, le dragon et la fée jouent un rôle important dans la culture vietnamienne. On raconte en effet que le peuple vietnamien serait issu de l’union d’un dragon et d’une fée. J’en profite pour apporter 2 précisions : d’abord, le dragon a ici très bonne presse, contrairement aux créatures terrifiantes de nos contes pour enfants. On lui attribue un rôle protecteur, sa présence est gage de prospérité et… attire la pluie après la moisson – laissez-moi vous dire que si je me fie à l’intensité de la pluie torrentielle qui frappe Hué depuis hier, notre nouvel ami est diablement efficace ! Deuxième point : à mon grand étonnement, j’ai appris que la fée est dans l’imaginaire vietnamien un personnage tout autant masculin que féminin. J’en suis encore un peu bouche bée, pas vous ? Une fée homme ???

Les personnages centraux du festival de la mi-année sont donc une fée qu’on appelle la dame-lune (moon lady) et le dragon. Plusieurs de mes nouveaux amis m’ont affirmé avec force conviction que si on observe attentivement la pleine pleine lune d’août (qui a lieu en octobre, je vous le rappelle), on discerne clairement la silhouette d’une femme qui se tient à côté d’un arbre, au pied duquel est assis un jeune homme. Voici les 2 légendes que mon amie Thu m’a racontées à ce sujet. Je n’ai pas encore tout à fait compris comment celles-ci se sont croisées, mais… il faut quand même garder une part de mystère…

Il y a très longtemps donc, le Vietnam aurait souffert d’une sécheresse dévastatrice. On mourait de faim, plus rien ne poussait dans les champs. Un valeureux jeune homme  résolut de régler le problème. Il monta au sommet de la plus haute montagne, sortit de son carquois la plus effilée de ses flèches, puis avec un immense arc, visa le soleil qu’il atteint en plein cœur. Celui fut terrassé et la sécheresse prit fin. Pour remercier notre courageux jeune homme, les gens du village lui offrirent l’élixir de la vie éternelle et la plus belle jeune fille du village lui déclara son amour. Nos deux tourtereaux formèrent un couple profondément amoureux. Un vilain domestique à leur emploi leur enviait le fameux élixir, que le jeune homme réservait à sa bien-aimée. Un jour où le mari était parti à la chasse, le méchant serviteur tenta de s’emparer de l’élixir. L’épouse s’en aperçut fort heureusement et résista à notre affreux Quasimodo qui se faisait très menaçant. Ne voulant à aucun prix que le malfrat accède à la vie éternelle, elle avala au complet le contenu de la mystérieuse fiole, puis s’envola doucement, tout doucement, vers la  lune…, où elle se trouve encore aujourd’hui. Le pauvre mari éploré offrit toute sa vie durant moult victuailles à sa bien-aimée à chaque pleine lune, tout en contemplant tristement sa gracieuse silhouette…. soupir… Voilà pour la première légende.

La seconde légende traite aussi d’un élixir d’éternité — décidément ! Il s’agit d’un jeune homme un peu simple d’esprit qui un jour, partit se promener en forêt. Il rencontra 3 bébés tigres avec lesquels il s’amusa. On ne sait trop ce qui se passa (même Thu s’est faite hésitante à cette étape de l’histoire), mais les trois petits tigres moururent. Le jeune homme, craignant la réaction de la mère, grimpa dans un arbre pour se cacher. De cet arbre, il vit la maman tigre arriver, arracher une bonne quantité de feuilles de cet arbre mystérieux et en nourrir de force les petiots qui semblaient pourtant bien morts de leur belle mort. Surprise ! Ceux-ci revinrent à la vie, s’ébrouèrent et se mirent de nouveau à gambader. Dès lors, le jeune homme acquit une grande renommée comme guérisseur, redonnant la vie à de nombreux villageois grâce aux feuilles de cet arbre mystérieux, dont il garda le secret jusqu’à son mariage. À son épouse, il confia une grande bizarrerie entourant l’arbre enchanté : il fallait éviter à tout prix d’uriner au pied de l’arbre, sinon celui-ci perdrait tout pouvoir de guérison. Oui, oui, vous avez bien lu : ne-pas-faire-pipi-au-pied-de-l’arbre, que notre héros dit à son épouse!  À cette étape du récit, j’ai souri avec indulgence en mettant cette incongruité sur le compte de l’accent de ma conteuse. Après 4 vérifications et un léger mouvement d’irritation de sa part, j’ai bien vu que cet élément quelque peu impudique pour une légende faisait vraiment partie de l’histoire. Vous devinez la suite. Que pensez-vous qu’a fait l’épouse ? Eh oui ! Elle s’est exécutée et l’arbre s’est déraciné tout doucement, dans un grand craquement. Le mari est arrivé sur les entrefaites et s’est accroché à l’arbre pour l’empêcher de s’envoler et… rebelote pour la lune ! D’où la dame-lune, l’arbre et le jeune homme au pied de l’arbre. Qu’est-ce que vous dites de ça ?

C’est bien beau la lune — qui d’ailleurs commence à être menacée de surpopulation —, mais les dragons, dans tout ça ? Là, j’avoue que j’ai un petit flou artistique entre la lune et les dragons.

Je peux simplement vous dire que des dragons qui dansent, on en voit partout dans la rue, en face des maisons et des commerces. En fait, ce sont des troupes qui circulent, formées parfois de très jeunes enfants — à mes yeux, ce sont les plus sympathiques et mignons. Il y a les musiciens, au minimum 2, qui jouent du tambour (très fort, bien sûr) et des cymbales (encore plus fort), au son desquels en général 3 dragons exécutent une drôle de danse. Ils se promènent toute la soirée d’une maison ou d’un commerce à l’autre, excités par des personnages coiffés de masques en papier mâché qui agitent des éventails devant eux et suivis d’enfants qui portent des chapeaux coniques en papier et des lanternes en forme d’étoiles ou de carpes, à l’intérieur desquelles on insérait jadis une bougie. Ceux qui souhaitent avoir la visite des dragons — ils sont légion — mettent généralement une table de victuailles et d’offrandes à leur porte (on peut penser qu’il y a un rappel ici du mari éploré qui offre des victuailles à sa bien-aimée ascensionnée au moment de la pleine lune, mais je conviens que l’explication est un peu… étirée et qu’il manque certaines   pièces au casse-tête). Voici un spécimen de ladite table capté à côté de l’hôtel où je suis logée :

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Les dragons se mettent alors à danser, pendant qu’un ou 2 des personnages munis d’éventails les excitent allègrement, pour la plus grande joie des spectateurs. Voici les dragons que j’ai vus à la fête du Collège :

 

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… et les musiciens qui les accompagnaient :

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D’autres dragons, cette fois de tout petits enfants dans un resto où j’étais avant-hier :

À la fin de la prestation, le proprio du resto ou de la maison donne de l’argent aux danseurs. Cet argent est parfois juché au sommet d’un bambou qu’un des dragons doit escalader pour y avoir accès. À noter que quand j’ai voulu contribuer à la cagnotte, on m’a gentiment demandé de n’en rien faire et de laisser au proprio le privilège de le faire lui-même, car seul le donneur peut bénéficier de la protection du dragon et de la prospérité qu’il attire sur la maisonnée. Comme quoi charité bien ordonnée commence par soi-même !

Je conclus cet article par cette vidéo repiquée sur YouTube, qui met bien en valeur les mêmes dragons que j’ai eu l’occasion d’observer dans la rue à de nombreuses reprises au cours de la semaine. Remarquez bien les mimiques de ces grandes bêtes. Je vous promets que votre perception du dragon changera à tout jamais ! À bientôt.

À la fin de la prestation, le proprio du resto ou de la maison donne de l’argent aux danseurs. Cet argent est parfois juché au sommet d’un bambou qu’un des dragons doit escalader pour y avoir accès. À noter que quand j’ai voulu contribuer à la cagnotte, on m’a gentiment demandé de n’en rien faire et de laisser au proprio le privilège de le faire lui-même car seul le donneur peut bénéficier de la protection du dragon et de la prospérité qu’il attire sur la maisonnée. Comme quoi charité bien ordonnée commence par soi-même!

Je conclus cet article par cette vidéo repiquée sur YouTube, qui met bien en valeur les mêmes dragons que j’ai eu l’occasion d’observer dans la rue à de nombreuses reprises au cours de la semaine. Remarquez bien les mimiques de ces grandes bêtes. Je vous promets que votre perception du dragon changera à tout jamais! À bientôt.