Nam et le quotidien à bâtons rompus (3ème épisode)

Ça y est! Le compte à rebours a commencé. Plus que 10 jours au Vietnam. Bien sûr, tristesse et joie se côtoient au chapitre des émotions. Tristesse surtout de quitter amis et  collègues avec qui j’ai partagé de si beaux moments et quelques inévitables péripéties.  Tristesse aussi de laisser derrière moi ce pays si attachant et coloré avec sa nature luxuriante, souvent majestueuse, qui a tant souffert et qui lutte parfois malhabilement pour gagner sa place au soleil. J’aurai sûrement aussi la nostalgie d’un certain style de vie, fort agréable à plusieurs égards – quand me sera-t-il donné de me promener en sandales quasi une année durant? D’aller me prélasser à la mer tous les week-ends de beau temps, à 30 minutes de scooter à travers villages et rizières? Mais il y a l’immense joie de retrouver famille, ami-e-s et communauté dont ce séjour m’a permis de mesurer à quel point ils me sont précieux. Et mon lieu, et ma ville et mon pays de froidure et de canicule, de culture vibrante et nature verdoyante, de parlure et de palabres, d’urgences encombrées et de classes débordantes, de politiciens aux appartenances à géométrie variable, au discours fatigué ou au séparatisme en veilleuse, et aux artistes partout acclamés, parfois censurés. Décidément, de bien belles retrouvailles m’attendent.

Mais j’y suis encore, au Vietnam, à Hué, et j’ai bien l’intention d’y savourer ma coupe jusqu’à la dernière goutte. L’heure des bilans s’annonce, mais elle n’a pas encore sonné.

Nam

Avant de vous entretenir de certains aspects du quotidien, j’aimerais vous présenter un jeune homme de coeur.

Il y a deux mois, j’ai eu la chance de faire un séjour professionnel d’une semaine dans un collège universitaire de la petite ville de Rach Gia, à l’extrémité occidentale du Delta du Mékong. J’y ai animé des ateliers auprès de deux groupes de finissants, avec qui j’ai eu un contact intense, joyeux, ma foi fort gratifiant. Je n’avais jusqu’ici formé que des professeurs qui eux, formeront des étudiants. Ce contact de première ligne manquait à mon expérience… Que ces jeunes sont beaux et touchants!

Une grande partie de la clientèle du Collège de Technologie et d’Économie de Kien Giang provient de milieux ruraux, donc souvent très démunis. Une des missions de cette institution publique consiste à extirper les jeunes de la pauvreté. Pour ce faire, on ne charge qu’un montant mensuel symbolique (environ cinq dollars) aux 500 jeunes qui habitent dans les dortoirs du Collège. On y enseigne principalement la mécanique, l’agriculture, les métiers liés à l’industrie du tourisme et aux technologies de l’information. Tout au long de la semaine, j’ai fait équipe avec un jeune interprète, prénommé Nam, que voici :

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Ce jeune homme a substantiellement rehaussé l’idée que je me faisais du Vietnamien, dont l’image, disons, ne luisait pas fort jusqu’ici à mes yeux. Beaucoup d’hommes boivent énormément au Vietnam : on en voit des kyrielles attablés à journée longue dans les cafés et les bars. Le machisme imprègne profondément les relations hommes-femmes et il semble que la violence conjugale soit endémique, quasi normale. De plus, l’infidélité de la gent masculine est notoire, plusieurs hommes entretenant des relations parallèles avec des femmes seules, dont ils contrôlent jalousement la vie sociale. Joli portrait!

Et voilà que je rencontre Nam, et tous ces beaux garçons modestes, ouverts et souriants, tellement attachants!

Aîné d’une famille de trois garçons, Nam a 30 ans. Ses parents vivent toujours en campagne, trimant dur pour cultiver un petit champ de riz, quelques légumes et élever deux ou trois porcs. À l’adolescence, un prêtre du village a mis Nam en contact avec une famille qui a pris sa scolarisation en charge, ce qui lui a permis d’aller étudier à l’université et d’obtenir une licence en langues étrangères. A son tour, il a pris en charge l’éducation de ses jeunes frères. Celui qui lui succède immédiatement travaille aujourd’hui comme comptable et vit toujours avec ses parents, qu’il aide financièrement du mieux qu’il peut. Nam assume entièrement la scolarisation et les frais de subsistance de son plus jeune frère, qui obtiendra son doctorat en médecine dans deux ans. Comme son salaire ne lui suffit pas pour s’acquitter de ses obligations, en plus de  travailler à temps plein au Collège, Nam donne des cours d’anglais tous les soirs de la semaine, de même que le samedi et le dimanche matin. Compte tenu de ses responsabilités, il ne peut envisager de se marier pour le moment – d’autant plus que ses parents ne pourraient en aucun cas payer la noce! Pourtant, il aspire de tout coeur à fonder une famille. Quand je lui ai demandé s’il trouvait la situation lourde, il m’a répondu : « Bien sûr! Mais c’est mon rôle en tant qu’aîné de la famille. J’ai été privilégié pour mon éducation, c’est maintenant mon devoir d’aider mon plus jeune frère. J’avoue quand même que je serai très soulagé quand il graduera! » Mon nouvel ami a une nouvelle copine depuis quelques mois. Il hésite à lui faire part de ses obligations personnelles de peur qu’elle ne le laisse. Espérons qu’au lieu de lui tenir rigueur des délais que pourrait souffrir la concrétisation de leur relation amoureuse, elle soit, comme moi, profondément touchée par la dignité et la générosité de ce jeune homme.

Passons au registre de l’expérience du quotidien au Vietnam.

La cuisine de rue

Il s’agit presque d’un culte à la grandeur du pays. À Hué, à Hanoï et à Saïgon, on n’hésite pas à parler de gastronomie de rue et plusieurs agences de voyage offrent des visites guidées des particularités régionales en la matière. Évidemment, la cuisine de rue coûte trois fois rien. Pour un dollar ou un dollar et demi, vous dégustez (!) un repas complet sur ces petits tabourets en plastique très près du sol. De nombreux Vietnamiens mangent très régulièrement dans la multitude d’échoppes qui bordent les rues. Beaucoup y prennent au moins un repas par jour, souvent deux. Je vais tenter de vous communiquer un peu de l’atmosphère matinale qui règne autour de l’hôpital où je reçois des traitements de physiothérapie tous les matins de semaine. On ne sert pas de repas à l’hôpital, si bien que famille, amis, et très souvent les malades eux-mêmes (hommes en pyjamas bleus et femmes en pyjamas roses) se restaurent en plein trottoir. Les abords de l’hôpital grouillent d’activité dès 6 h du matin.

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Voici une propriétaire d’un petit resto mobile, qu’elle apporte en le poussant tous les jours en face de l’hôpital.

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Et on fait la vaisselle sur place, évidemment à l’eau froide…

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À Saïgon,  cette dame qui fait de délicieuses gaufres dans son resto portatif :

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Et une autre a réduit le resto de rue/épicerie portable à sa plus simple expression : un seul siège. Je ne sais pas combien pèse tout cela, mais il me semble que ça doit être lourd sur son épaule. Souvent, ces dames déambulent comme en sautillant, alors que leur palanquin de bambou ploie considérablement à chaque pas.

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Évidemment, la cuisine de rue se consomme à nos risques et périls. J’avoue avoir vécu quelques perturbations gastriques qui ont sérieusement freiné mes ardeurs en la matière. Mais de nombreux Occidentaux vivant ici ne jurent que par la cuisine de rue et la consomment allègrement et en quantité sans le moindre malaise. Mon ami William de Saint-Norbert d’Arthabaska, par exemple, trouve ridicule de payer ailleurs trois ou quatre fois le prix pour un repas de riz frit aux crevettes qu’il paie environ un dollar dans la rue.

Les marchés

Ils bourdonnent d’activités. Une des particularités de la cuisine vietnamienne, c’est qu’on n’y utilise que des produits frais. On se rend donc au marché au moins une fois par jour, souvent deux. Beaucoup de produits sont à même le sol. Voici des images du petit marché à côté du lieu où je travaille :

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Le poisson et la viande sont vendus en plein air… on cherche habituellement à les acheter le matin…

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Cette dame choisit son poulet pour le prochain repas :

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On trouve aussi dans ces marchés des babioles en tout genre :

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Un peu partout dans la ville, au détour d’un coin de rue, dans les parcs, au bord de l’autoroute ou même sur le parapet d’un pont, on trouve de ces marchandes qui s’installent avec leurs produits et leur balance :

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La chaleur

Il fait chaud ces temps-ci. Très chaud. Vraiment, très très chaud. J’ai peine à imaginer que bien des gens ici n’ont pas la clim, j’angoisse juste à y penser. Ces derniers jours, même les Vietnamiens se plaignent de la chaleur, c’est dire… Voici la météo qu’affichait mon ordi le 21 août dernier. Ça m’a donné un choc! Je ne savais pas qu’il était possible que la température ressentie atteigne 50 degrés. J’avais vécu 45 degrés en Inde et je croyais avoir fait l’ultime expérience de la chaleur, mais non! Et c’est arrivé deux autres fois depuis… :

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Je conduisais Amanda hier et même si c’était moins chaud (température ressentie : tout de même un petit 48!), j’avais l’impression que ma peau cuisait littéralement tant le vent était brûlant. Je pense que je comprends maintenant pourquoi les habitants de plusieurs  pays chauds se couvrent le corps en entier et nous trouvent bien bizarres, nous les foreigners, d’offrir notre épiderme en pâture aux éléments.

Le bout de tuyau qui rend heureux

La publicité ici me fait beaucoup rire. On se croirait au Québec il y a 30 ans avec tous les clichés et les artifices que cela peut supposer. Mais l’image qui suit a provoqué chez moi rien de moins qu’un éclat de rire en pleine rue il y a quelques mois :

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Non mais, il faut le faire!

Bizarrerie culinaire

À la frontière de la Chine, plus précisément à Lao Cai où je m’étais rendue pour le travail,  voici ce qu’on nous a servi en accompagnement d’une fondue de fruits de mer et de légumes, qu’on appelle ici hot pot. Remarquez la finesse du corsage et du col. J’avoue que j’ai connu un moment de sidération devant cette apparition…

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Oui, oui, vous avez bien compris. En prenant ses tranches de boeuf, on déshabille la poupée! Pour votre information, la jolie forme de la jupe est donnée par de la glace pilée dessous. Une crinoline de glace en fait. Il paraît que c’est très chinois comme façon de servir. Vous savez quoi? Nous avons tout mangé quand même. Un peu perturbant comme processus, mais très bon quand même.

À très bientôt!

Léopold, le bienheureux

La faune des étrangers qui ont élu domicile à Hué comporte quelques « électrons libres », c’est-à-dire des personnes au profil et au chemin de vie atypiques. Je vous présente l’un d’eux : mon ami Léopold.

Ce qui frappe au premier abord chez cet homme à la longue silhouette voûtée et au visage fin, c’est son regard. Ses beaux yeux bleus se posent sur vous certes avec vivacité, mais aussi avec une certaine douceur souriante. Si on pousse un peu plus loin l’investigation, on décèle sous cette affabilité une grande curiosité, un désir de contact ou plutôt, un désir de connaître, de découvrir, toutes antennes dehors. Un peu plus loin encore apparaît ce que j’appellerais une joyeuse irrévérence. On pressent chez ce personnage — car de personnage il s’agit — un monde intérieur intense et… pas comme les autres.

Les origines

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Français d’origine polonaise et retraité, Léopold vit à Hué depuis six ans. C’est ici qu’il a connu sa compagne Andréa, belle Allemande spécialisée dans la restauration d’édifices culturels historiques, qui vivait ici depuis plusieurs années déjà au moment de leur rencontre. Andréa mène au Vietnam, au Laos et au Myanmar une carrière florissante, s’attirant le respect non seulement des autorités de la ville et du pays, mais de tous ceux œuvrant dans le domaine, comme en fait foi un très beau documentaire qui lui a été consacré il y a quelques mois. Des Vietnamiens qui font un documentaire sur une foreigner — une femme en plus! –  qui dirige des projets et des équipes de restauration de monuments historiques vietnamiens : il faut le faire! Le couple que forment Léopold et Andréa n’a vraiment rien de banal.

Par quels méandres de l’existence Léopold en est-il venu à élire domicile dans l’ancienne capitale impériale du Vietnam? Son parcours m’a fascinée…

Après la Première Guerre mondiale, l’Allemagne avait une dette de guerre colossale envers la France. Elle disposait de trois façons de s’en acquitter : soit en la payant en or, soit en cédant à la France certaines de ses industries ou en lui fournissant un nombre prédéterminé de travailleurs miniers. L’Allemagne choisit cette troisième option et les grands-parents de Léopold, qui vivaient alors en Silésie, décidèrent de profiter de l’opportunité et des conditions alléchantes qui leur étaient offertes pour prendre un nouveau départ dans l’existence. Chaque famille se vit attribuer à Lille une maison en rangée dotée d’un grand jardin. L’Église catholique — les syndicats français avaient réussi à obtenir la construction d’écoles et d’églises catholiques polonaises dans chaque quartier ouvrier — jouait un rôle très important dans le quotidien de la communauté et la maintenait fermement sous sa houlette religieuse et culturelle. Le jeune couple engendra trois filles et dix garçons. Le père de Léopold, cadet des garçons, fut le seul qui vécut au-delà de l’âge de 40 ans, les neuf autres étant décédés de silicose dans la fleur de l’âge. Prématuré et chétif, on le jugea trop faible pour « faire mineur ». Il devint tailleur, métier qui lui valut de belles années de relative prospérité, car les ouvriers polonais, plus sophistiqués que leurs collègues français, revêtaient le costume et le haut-de-forme pour aller à la messe le dimanche!

Léopold, qui était le plus jeune d’une famille de deux garçons et une fille, naquit plusieurs années après les deux aînés. Pour la plus grande fierté de ses parents qui valorisaient les études, la stabilité et la réussite sociale, son grand frère fit de brillantes études d’ingénierie dans une grande école et accéda assez rapidement au poste de  Directeur de la recherche de l’Institut français du pétrole. Ses parents espéraient que Léopold foule les mêmes sentiers que son aîné, d’autant plus qu’il réussissait très bien en sciences et en mathématiques. Il fut accepté dans une grande école d’ingénierie et… y resta trois jours, au grand dam de la famille!

Le jeune adulte

Un chapitre marquant de l’histoire de la France eut une grande influence sur le parcours de Léopold : il avait 18 ans au moment des événements de mai 1968, qu’il vécut avec une grande intensité, de l’intérieur. Cela provoqua chez lui une profonde remise en question des diktats culturels et sociaux. Il décida de vivre sa vie à sa façon, en fonction de ses propres croyances et valeurs, se méfiant à tout jamais des systèmes établis.

Comme il était doué pour les langues, notre ami décida de faire une licence en allemand, langue qu’il parlait déjà avec grande aisance — même plus que certains de ses professeurs. Il vécut des années académiques plutôt légères, ne se présentant la plupart du temps qu’aux examens, qu’il réussit intégralement et haut la main. Sa licence en poche, il se fit professeur d’allemand. Il tint neuf mois. Force lui fut de constater que la dynamique professeur/élèves de lycée ne le branchait aucunement. Il occupa une brochette de petits emplois successifs pendant quelques années, allant même jusqu’à tâter de métiers aussi invraisemblables (pour qui le connaît maintenant) que bûcheron et débardeur — de nuit en plus! Il va sans dire que Léopold se cherchait, parfois sûrement sous l’œil ahuri de ses parents!

L’artiste

En parallèle à sa vie professionnelle hors norme, il commença à côtoyer un groupe d’artistes, amis de sa copine de l’époque et future épouse. Ce monde qu’il n’avait jamais eu l’occasion d’approcher le toucha et le stimula au plus haut point : il se sentait avec eux, pour la première fois de son existence, en pays de connaissance, en résonnance, intensément vivant. Il s’inscrit donc aux Beaux-Arts, d’abord comme étudiant libre, puis il se prit au jeu in intégra le programme régulier. Il avait 30 ans, ce qui lui conféra un statut particulier auprès des professeurs, dont il dépassait certains en âge. Ces années d’études furent bouillonnantes, joyeuses, foisonnantes, heureuses. Sa démarche artistique l’amena à créer des « machines amoureuses » — des « installations » qui mettaient ainsi à profit à la fois sa créativité et son don pour les sciences. J’avoue en toute humilité que malgré des explications fort convaincues de Léopold, mon cerveau bien cartésien le pauvre s’est senti un peu dépassé par le sujet. Essayons tout de même : il s’agissait d’engins munis de mécanismes automates, que Léopold installait dans des endroits publics, invitant des hommes et des femmes (couples hypothétiques, confirmés, tentatifs ou en devenir), à s’asseoir aux côtés de ladite machine et à réagir à une « proposition » que celle-ci produisait généralement toutes les demi-heures.  Je laisse à Léopold le soin de vous expliquer la chose, prototype à l’appui :

 

La sirène de Dunkerke

Cette œuvre, conçue en 1989 pour avoir une durée de vie de deux semaines, a connu jusqu’à ce jour un destin hors du commun, qui a complètement échappé à son créateur, mais de bien jolie façon. La sirène, qui s’inspire d’une vierge couchée d’un des tableaux de Michel-Ange, a été installée à la verticale sur une bouée, à quelques kilomètres du port de Dunkerke. À l’origine, elle devait émettre périodiquement un signal en morse, tout simplement : « oui, oui… » Son inauguration, entièrement financée par Léopold, a donc eu lieu en mer au son d’un quatuor à vent embauché pour l’occasion. Peu à peu, le personnel et les marins des Phares et balises de Dunkerke se sont entichés à la sirène et ont conçu toutes sortes de manœuvres pour retarder son démantèlement, malgré les demandes répétées de l’administration de procéder à son retrait. Au moment ou un gestionnaire à bout de patience s’apprêtait à signer son arrêt de mort, un employé a produit in extremis un document officiel qui rendait le retrait de l’œuvre impossible. On l’avait fait baliser officiellement sur les cartes maritimes, si bien que tout bateau s’approchant du port allait s’attendre à la trouver sur son chemin à défaut de quoi il se croirait perdu.

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La sirène se tailla une place considérable dans la grande famille maritime. Un des marins des Phares et balises avait indiqué dans son testament le désir que ses cendres soient dispersées aux pieds de la sirène. Un règlement fut adopté pour l’occasion. À ce jour, ce lieu reste le seul endroit en mer française ou il est légal de disperser des cendres. Près de 400 personnes ont depuis choisi ce lieu pour leur dernier repos. C’est aussi de la sirène de Dunkerke que se fait le départ du tour de France en bateau et qu’il se conclut.

Enfin, un événement remarquable démontre avec éclat l’ampleur de l’attachement de la communauté maritime dunkerquoise à cette œuvre de Léopold. En 2005, la chaîne qui retenait la sirène à une amarre sous-marine se rompit et elle alla se fracasser sur les rochers. Le personnel des Phares et balises se mobilisa et réussit à recueillir la somme impressionnante de 20 000 euros, puis contacta Léopold pour qu’il la recrée. Bien sûr, notre ami accepta cet honneur avec enthousiasme.

Si vous passez par les eaux du port de Dunkerke, ne manquez pas de saluer cette sirène au karma unique.

Le travail

Même s’il faisait office de précurseur en matière de simplicité volontaire, Léopold devait quand même gagner sa vie. Un de ses amis l’aida, avec sa copine, à obtenir des contrats avec la chaîne de télévision France 3. Il y resta comme pigiste de longues années. Au début, il exerça des tâches qui nous font aujourd’hui sourire :

  • écrire des génériques de fin d’émissions que l’on déroulait et filmait manuellement.
  • inscrire en direct les résultats lors des tournois de tennis de Roland Garros, ce qui exigeait beaucoup de présence et d’attention.
  • écrire en direct les réponses des participants à des jeux-questionnaires télévisés.

Graduellement, comme il se montrait habile et qu’on appréciait sa compagnie, il obtint des contrats dans le domaine des décors, d’abord à la télévision puis peu à peu au cinéma, où il connut de très belles années et dont le point culminant fut un contrat de peintre-décorateur pour le film « Les amants du Pont-Neuf ». Mais jamais Léopold n’a voulu occuper un poste régulier. Lorsqu’il avait besoin de revenus, il passait le mot à son réseau et les propositions arrivaient.

En marge de ses projets de production personnelle et de ses contrats à la télé et au cinéma, Léopold a de longues années durant consacré beaucoup d’énergie à animer un lieu de rencontres artistiques très couru à Lille en matière d’art contemporain. En fait, il « tenait salon ». Il avait loué un espace et y invitait des artistes à venir exposer ou à se produire, et ce, tout à fait gratuitement. Il assumait lui-même toutes les dépenses liées au lieu. Il offrait à boire aux visiteurs et parfois même à manger! Pour son plus grand bonheur, le lieu perdure encore aujourd’hui, un successeur ayant repris le flambeau en maintenant la même philosophie d’ouverture.

La retraite

La pression croissante des impératifs économiques dans le milieu du cinéma a eu pour effet qu’à un moment, Léopold a cessé de se reconnaître dans cette approche de faire toujours plus avec moins et il a tiré sa révérence, même si cela signifiait la précarité financière d’une bien petite rente de retraite. Homme fondamentalement optimiste et tourné vers le possible plutôt que l’inaccessible, il résolut, d’autant plus qu’il était devenu veuf, d’élire domicile là où ses moyens financiers lui permettraient tout de même de bien vivre, c’est-à-dire en Asie. Après un essai peu concluant au Japon malgré son intérêt prononcé pour ce pays, il vint séjourner chez des amis à Hué pour finalement y prendre racine, car il s’y est rapidement beaucoup plu. De Hué, il apprécie le climat, la bonne humeur et la gentillesse ambiante, la quasi-absence de délinquance et ce qu’il qualifie d’aspect bon enfant des relations hommes/femmes. Bien sûr, il est de tous les trop rares événements culturels de Hué et participe régulièrement aux activités organisées par l’Association française de la ville.

Depuis quelques années, Léopold vit avec Andréa dans une jolie maison au bord de la rivière. Le matin, il écoute religieusement France Culture. Puis il s’adonne à une passion qui s’est manifestée il y a environ un an et qui occupe maintenant plusieurs heures de son temps par jour : la peinture.

Voici son atelier :

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Et parmi ses oeuvres, ma préférée (il s’agit d’Andréa, bien sûr):

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Pour finir, voici une « machine » que Léopold a fabriquée et offerte à Andréa pour ses 50 ans. À mon sens, elle illustre à merveille toute l’originalité et la singularité de cet homme hors du commun. Il s’agit d’une machine qui fait le compte à rebours des heures de vie qui restent à son amoureuse avant qu’elle n’atteigne l’âge de 100 ans. Et cela fonctionne, depuis quelques années déjà, à 20 minutes près! Voici Léopold devant ladite machine :

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Avouez que comme cadeau d’anniversaire personnalisé, il est difficile de faire mieux!

Il y a quelques semaines, je passais la soirée avec quelques amis, dont Léopold et Andréa. Vient sur le sujet un homme bien connu à Hué, mais très contesté et voilà que Léopold fait valoir un aspect très positif de l’individu en question. Puis Andréa s’exclame dans un grand sourire, sans charge aucune à l’endroit de son conjoint : « C’est bien Léopold, ça! Il voit toujours tout avec des lunettes roses! » Force m’est de constater, à partir de ce que je sens de cet homme et du plaisir que j’ai à passer du temps en sa compagnie, que cette attitude lui sied très bien et explique au moins en partie cette sérénité joyeuse qui émane de lui.

Le café le plus cher au monde

Lors d’une petite virée dans les montagnes du sud du pays le mois dernier, à Dalat, ma fille Amélie et moi avons visité une plantation de café et avons goûté à un café vraiment, mais vraiment très particulier : le kopi luwak, dont on récolte les grains… dans les excréments de civettes asiatiques,  genre de belettes, dont on fait l’élevage principalement en Indonésie, au Vietnam, aux Philippines et au Timor oriental!

Comment en sommes-nous arrivés là, vous demandez-vous peut-être…

On raconte qu’au dix-huitième siècle, les Néerlandais créèrent des plantations de café dans leurs colonies, tout en interdisant aux fermiers indigènes d’en cueillir les grains pour leur consommation personnelle. Ceux-ci découvrirent que les civettes mangeaient les fèves de café et en rejetaient les graines encore entières dans leurs excréments. Nous avons appris aussi que lors de la récolte du café, on cueille habituellement les fruits  en vrac, à tous les stades de maturité : les fèves vertes pas encore mûres comme les rouges qui sont bien à point. Dans l’image qui suit, on voit quelques fèves mûres.

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Or, notre amie la civette aborde le café en véritable connaisseuse : elle n’en consomme que les « cerises » d’un beau rouge profond et ne digère que la pulpe, rejetant les grains de café après qu’une de ses enzymes digestives en ait retiré l’amertume. Voici les grains lavés et séchés provenant de cette source, avouons-le, assez saugrenue :

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Selon Wikipedia, la café civette se vend jusqu’à 6,600 $ USD le kilo au Japon et aux états-Unis. Un établissement australien le vendait 50 $ la tasse en 2006. Il a même valu en 1995 à un chercheur américain, John Martinez, le prix IG Nobel (IG pour ignoble), un prix parodique du Nobel décerné chaque année à dix auteurs de recherches insolites provoquant la réflexion…. et l’hilarité.

Les avis varient diamétralement sur le sujet. Alors que certains se pâment devant ce nectar dont ils vantent la douceur et la subtilité sublime du goût, d’autres crient à l’imposture face à ce qu’ils appellent le sh… café. Bon. Amélie et moi en avons chacune consommé une tasse. Alors, me demanderez-vous? Mmmmmm… Honnêtement, je n’ai eu aucune expérience gustative transcendante. J’avoue cependant que le fait que nos deux guides aient refusé ledit café et qu’ils observaient notre dégustation avec un air un peu goguenard au coin des yeux a rendu mes papilles plus que dubitatives.

Une brève recherche sur le Web m’a révélé qu’on utilise le même procédé au Pérou pour le café Misha, mais cette fois-ci avec les déjections d’un mammifère de la famille des ratons-laveurs, le coati. Un producteur brésilien prétend même que le café qu’il produit avec l’aide gastrique du jacu, un oiseau proche du faisan, respecte en tous points les règles sacro-saintes de la bio-dynamique, telles que stipulées par Rudolph Steiner lui-même. Dans le nord de la Thaïlande, c’est l’éléphant (!) qui met son tube digestif à contribution dans la production du café Ivoire Noire, vendu à 35 $ la tasse.

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La. nature – et la créativité de l’homme – n’auront de cesse de m’ébahir!

Pour finir

Un nouvel élément s’ajoute maintenant à mon quotidien : je vous présente Amanda, qui succède à Georges. Plus costaude que son prédécesseur, elle me procure, en plus de la joie intrinsèque de la conduite sur deux roues, un sentiment de sécurité et de solidité.

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Je sais, je sais… certains de vous s’inquiètent que je veuille encore conduire un scooter après avoir eu un accident de la route. Bien sûr, une certaine appréhension m’habite, mais sachez qu’à Hué et au Vietnam en général, il est moins périlleux de circuler motorisé qu’à pied, tant on bafoue ici le pauvre piéton!

Avouez qu’elle est mignonne, non?

 

 

 

 

 

 

 

Madame Nga – Entre tradition et modernité

Au cours des prochains articles, j’aimerais vous présenter certains personnages de mon entourage huesque, simplement pour vous donner une idée de la diversité et de la richesse de la faune humaine que j’ai le bonheur de côtoyer, tant chez les Vietnamiens d’origine que chez les étrangers ayant élu domicile à Hué. Les destins individuels ont l’heur de me passionner, même de me fasciner : qu’est-ce qui fait que nous nous rencontrons à un moment et à un lieu précis, que nos routes se croisent et que le lien se crée l’espace d’un instant, de quelques mois ou d’une existence ? Mystère et boule de gomme. Remontons donc le fil de quelques-uns de ces liens dont l’avenir révélera l’éphémérité ou la pérennité.

Madame Nga

J’ai une affection inconditionnelle pour cette mi-cinquantenaire énergique, vice-rectrice du collège où je travaille. En plus de son fort dynamisme, il émane d’elle non seulement une bonté hors du commun, mais une joie de vivre éclatante qui fait de chacun de ses éclats de rire une fête irrésistible pour le cœur. Madame Nga a un amour profond pour son pays et pour ses traditions, tout en étant une femme bien de son temps, ce qui donne à son profil un relief bien particulier.

Comme la grande majorité des Vietnamiens, Nga a connu la pauvreté dans son enfance. Orphelin de la Première Guerre mondiale, son grand-père paternel fut toute sa vie domestique d’une famille de mandarins de la cité impériale de Hué, à titre de conducteur de cyclo-pousse personnel d’un haut fonctionnaire. Après leur mariage, les parents de Nga choisirent de vivre en campagne non loin de Hué afin d’assurer  l’autonomie alimentaire de leur famille, qui compta bientôt quatre enfants : deux garçons et deux filles. À l’instar de son propre paternel, le père de Nga occupa sa vie durant le poste de chauffeur personnel d’un fonctionnaire important de la ville, un juge cette fois, sa mère tenant maison, fabriquant et vendant du pain et faisant des ménages chez des gens plus aisés. Comme dans toute maisonnée vietnamienne, seules la mère et les filles contribuaient à la confection des repas et aux tâches ménagères : Nga relate que toute petite, comme la famille n’avait pas l’eau courante, elle et sa sœur se rendaient à pied au village parfois jusqu’à 20 fois par jour, chacune avec sa palanque de bambou et deux grands seaux, pour puiser l’eau et la rapporter à la maison. Devant les plaintes répétées des petites filles, les parents décrétèrent que les garçons devaient accompagner leurs sœurs au village à tout le moins pour puiser l’eau — tâche  éreintante —, mais le transport des seaux à la maison demeura la responsabilité des filles.

 

 

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Dès qu’elle évoque ses parents, des torrents de larmes jaillissent des yeux de Nga. Tous deux sont morts subitement à une dizaine d’années d’intervalle, son père dans la jeune cinquantaine à la suite d’une électrocution et sa mère après un violent infarctus. Nga a profondément aimé et admiré ses deux parents, qu’elle décrit comme généreux et très impliqués dans leur communauté. De son père, elle appréciait particulièrement la vivacité d’esprit, l’entregent, les nombreux talents (il pouvait tout faire en construction, jouait de la guitare et de l’harmonica) et la joie de vivre dont elle a hérité. Surtout, à la différence des autres pères vietnamiens dont il subissait imperturbablement les critiques, il s’intéressait autant à ses filles qu’à ses garçons, s’amusant avec elles et souhaitant leur épanouissement. Nga garde un souvenir très ému de sa mère et des années de proximité qu’elle a vécues avec elle après la mort de son père, années qui furent aussi brutalement interrompues.

Après avoir obtenu son diplôme de l’École normale de Hué, Nga fut recrutée par le Comité populaire de la ville de Hué, où elle connut son futur mari, qu’elle épousa à l’âge de 27 ans, un âge relativement avancé pour une Viernamienne. À noter qu’elle avait déjà repoussé les approches de trois prétendants, ce qui démontre qu’elle n’hésitait pas à résister aux diktats sociaux selon lesquels le célibat devient une tare après l’âge de 30 ans, surtout chez la femme. Le jour de son mariage, Nga emménagea comme il se devait chez sa belle famille  à titre d’épouse de l’aîné d’une famille de six filles et de deux garçons, dont elle devint d’office la cuisinière et la femme de ménage, même si elle travaillait à temps plein et qu’elle a donné naissance à deux enfants peu après son mariage. Le tout dans une atmosphère où elle dut subir de nombreuses critiques, parfois de l’hostilité ouverte, particulièrement de la part de ses belles-sœurs. Bravo pour la solidarité féminine !

Lorsque je lui ai demandé pendant combien d’années cette situation a perduré, elle a poussé ce cri du cœur : « J’ai souffert pendant 11 ans ! » Après cette période, même son mari trouvait la situation intenable pour elle : il a donc passé le flambeau à… l’épouse d’un de ses frères, puis fait construire une maison pour leur propre cellule familiale. À l’âge de 38 ans, Nga a fait une chose vraiment singulière pour une Vietnamienne de son époque. Fait encore plus surprenant, elle a même obtenu le soutien de son mari pour réaliser un projet bien particulier, celui d’accepter une bourse pour aller étudier la gestion hôtelière pendant un an en Europe, au Luxembourg, alors que leur fils et leur fille étaient âgés respectivement de 8 et de 5 ans. Cette année s’avéra à la fois très éprouvante et très profitable pour elle. Elle pleura tant au cours des quatre premiers mois qu’elle développa un problème de glandes lacrymales ! Par ailleurs, cette année lui permit de donner un envol décisif à sa carrière dont elle profite encore aujourd’hui, qui lui fait affirmer que ce choix s’avéra salutaire malgré tous les défis qu’elle eut à relever.

Nga a un profond attachement pour la tradition. Elle fréquente assidûment une pagode et respecte tous les rites bouddhistes, en particulier le culte des ancêtres. La famille reste au cœur de son existence. Elle visite régulièrement ses deux enfants qui étudient tous deux à Saïgon et maintient une relation très étroite avec eux. Dans ses temps libres, Nga s’occupe énormément de son entourage. Cuisinière accomplie et d’une efficacité redoutable devant ses fourneaux, elle adore recevoir. Pour avoir eu le privilège de faire partie de ses invités, j’ai pu constater qu’un repas chez Nga signifie plats succulents, plaisir garanti et rires à profusion. Pour la journée de la femme au Vietnam, nous étions une douzaine chez elle à rigoler comme des gamines. La capacité à s’amuser de nombre de ces femmes m’ébahit littéralement.

Nga se distingue de bien des femmes vietnamiennes par son indépendance d’esprit, que je perçois comme étant liée à la valorisation qu’elle a reçue de ses parents. Malgré son penchant pour le respect des traditions, elle est remarquablement ouverte d’esprit face à la différence. Autre fait à souligner : contrairement à la majorité de son entourage, elle fréquente très rarement les « fortune tellers » lorsqu’elle a une décision à prendre. Elle préfère se fier à son propre jugement quand vient le temps de gérer sa destinée, tout comme elle était convaincue, dans sa jeunesse, qu’il valait mieux rester seule que d’accepter les avances d’hommes qui ne lui disaient rien.

Nga se garde en forme : tous les matins, elle fait de la marche rapide avec son mari de 5 h à 6 h, activité qu’elle répète aussi souvent que possible le soir après manger. Tous les week-ends, elle s’occupe de sa belle-mère vieillissante : elle fait ses courses, son ménage et prépare la plupart de ses repas. Très souvent au cours de la semaine, elle lui apporte une portion du repas familial. Pour Nga comme pour la majorité des Vietnamiens, ce rôle va de soi. Il est dans l’ordre des choses de prendre soin des aînés et de faire preuve d’indulgence et de patience avec eux, même lorsque ceux-ci se montrent difficiles ou capricieux.

Autre fait à souligner, Nga assume le rôle de pilier en matière de gestion du Collège de tourisme de Hué. Son supérieur, le recteur, joue un rôle important de représentation au Vietnam et  l’étranger, mais, même si elle n’a aucun relevant direct sur l’organigramme du Collège, tous s’entendent pour dire qu’elle assure la gestion opérationnelle de l’ensemble de l’établissement. C’est vers elle qu’on se tourne en cas de questionnement ou de besoin. Elle connaît chaque professeur, chaque employé et s’attire le respect et parfois aussi un peu la crainte de tous. Même officieuse, son autorité sur l’ensemble du personnel de fait aucun doute.

Le Vietnam connaît une profonde mutation au plan social, culturel et économique. Lorsque je questionne Nga sur l’attitude de ses enfants en matière de respect des traditions, aucune évidence n’émerge. Quand ils visitent leurs parents à Hué, ils les accompagnent parfois à la pagode, mais n’y vont sûrement pas à Saïgon, où ils vivent. Par ailleurs, tous deux comptent maintenir le culte des ancêtres, encore au cœur de la culture vietnamienne. Lorsqu’ils se marieront, aucun des deux n’ira vivre chez les parents de l’homme. Ils auront leur propre lieu et comme les deux comptent faire leur vie dans la grande ville, tous auront à créer de nouvelles façons de maintenir les liens parents-enfants et grands-parents-petits-enfants et à se situer par rapport à leur héritage culturel.

Je ne peux résister à la tentation d’insérer ici une photo qui me fait bien rire : nous voici, Nga et moi, prenant un bain de pied avant de recevoir un massage thérapeutique, lors d’une petite virée dans les environs de Hué.

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Les autels à Hué

Ici, non seulement tous les foyers ont au moins autel dans lequel on fait brûler de l’encens tous les jours, mais tous les établissements commerciaux en ont un aussi, ce qui surprend parfois le « foreigner ». En voici quelques exemplaires :

À la cafétéria de l’hôpital international de Hué :

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Dans un commerce de produits cosmétiques :

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Dans un restaurant italien assez chic :

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On en trouve même dans les arbres :

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Enfin, voici mon préféré, devant lequel je passe tous les jours en allant au travail :

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Du toucher et de la pudeur au Vietnam

Ces aspects des rapports sociaux m’ont beaucoup étonnée depuis mon arrivée, en plus de me demander un certain ajustement. À un certain niveau, les gens se touchent très peu et à un autre… énormément ! La pudeur, elle, reste de mise en toute circonstance.

Quand on dit bonjour ou au revoir à un Vietnamien, on se garde bien de le toucher. Cela ne fait tout simplement pas partie des mœurs, sauf pour certains, férus de culture occidentale. En fait, traditionnellement, les gens ne se saluent ni à l’arrivée ni au moment de se quitter, et on ne dit pratiquement jamais merci et encore moins s’il-vous-plaît. Ces habitudes changent au contact des étrangers, mais à la base… nenni ! Typiquement, mes collègues arrivent au travail et… gagnent tout simplement  leur place. Alors imaginez embrasser quelqu’un quand on part… Je l’ai fait automatiquement un jour, ce qui a provoqué un grand rire nerveux chez ma collègue !

En principe, les couples ne se touchent pas en public. Encore une fois, la situation se modifie au contact de l’Occident : par exemple, on voit de plus en plus de jeunes couples se promener en se tenant la main, mais jamais vous n’observerez ce type de comportement chez les 30 ans et plus ! Par ailleurs, les petits enfants sont presque toujours dans les bras de leurs parents — père ou mère.  Les adolescentes les femmes mûres se tiennent régulièrement la main et deux garçons peuvent très bien marcher dans la rue en se tenant par les épaules, en toute simplicité et sans connotation tortueuse. De plus, on fait la sieste et on passe la nuit en famille au Vietnam ! J’ai une amie de 28 ans qui dort régulièrement avec sa mère encore aujourd’hui, ce qui est tout à fait naturel ici.

Côté pudeur, le maillot de bain commence tout juste et encore à grand-peine à se tailler une place dans la garde-robe vietnamienne, surtout chez la femme. Il n’y a pas que les émotions qu’on répugne à révéler ici. À la piscine comme à la plage, on se baigne tout simplement…. tout habillé-e ! Ma collègue Ngan, pourtant dans la jeune vingtaine et fort jolie, me dit qu’elle se sentirait très mal à l’aise de montrer son corps à des inconnus. Je connais un directeur général d’hôtel qui a bien essayé de rendre le port du maillot de bain obligatoire à la piscine de son établissement, mais ce fut peine perdue avec les Asiatiques. Ceci dit, les enfants portent de plus en plus le maillot de bain — souvent à manches longues pour se protéger du soleil — de même que de plus en plus d’hommes, mais seule une très faible minorité de femmes l’ont adopté.

 

Le scooter familial

Voici un cliché croqué sur le vif. C’est ainsi que nombre de familles se déplacent dans les rues du Vietnam :

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Parlant de moto…

Près de sept semaines après avoir été heurtée par une motocyclette, mon poignet, ma main et mon doigt poursuivent leur processus de guérison, la main traînant… un peu de la patte. Mais les séances de physiothérapie intensive matin et soir (près de 2,5 heures par jour) devraient  me permettre de retrouver sous peu et en très grande partie ma mobilité, du moins je l’espère. J’avoue que la perte de mon scooter Georges modifie substantiellement mes habitudes de vie : je découvre les joies de la marche à pied en été, ce qui met sérieusement à défi mes glandes sudoripares et contribue au rétablissement de ma ligne qui en avait pris un coup avec la gastronomie huesque !

À bientôt.

 

Vietnam – Prise 2

Déjà sept mois de passés sur douze! L’air de rien, subrepticement, ce périple commence à se rapprocher tout doucement de sa conclusion. Les premières pensées de l’après-Vietnam ont commencé à s’infiltrer dans mon esprit, jusqu’à former un léger sillon maintenant quasi familier. Petit serrement de cœur, je l’avoue. Tous ceux qui ont vécu à l’étranger vous le diront : le retour au pays comporte son lot de défis auxquels je sais parfaitement que je n’échapperai pas. Pour le moment, ce « dossier » ne fait que rôder dans mes parages psychologiques. Il me courtise, cherche à s’inviter chez moi. Je lui accorde prudemment une certaine attention, mais ne lui ai pas encore franchement ouvert la porte. J’ai encore beaucoup de visite à la maison!

Ces sept mois à Hué ont été faits de visages, de phases, d’étonnements, de déceptions et d’émerveillements de tout acabit. Mes débuts ont été exaltants. J’aime la nouveauté, la différence me fascine : le Vietnam m’a royalement servie! J’ai eu le privilège de bénéficier d’un accueil chaleureux, d’un soutien efficace et, disons-le, d’une certaine chance, si bien qu’à peine un mois après mon arrivée, j’avais emménagé dans une assez jolie maison, acheté mon scooter — ce cher Georges, qui m’a rajeunie de 20 ans! – constitué un réseau social ma foi assez intéressant et commencé à donner forme à mon projet professionnel. J’étais ravie. J’avais parfaitement conscience que j’étais en phase de lune de miel, presque de fascination amoureuse face à mon nouveau pays d’adoption. Une joie intense m’habitait et le statut d’expatriée me procurait un sentiment de liberté très particulier. J’ai essayé de comprendre cet état émotionnel analogue à une certaine ébriété psychique.

D’abord, ici, on ne connaît ni ma famille, ni mon statut social, ni ma réputation, ni mon histoire personnelle. C’est une sensation extraordinaire, qui me donnait l’impression d’avoir le pouvoir de me créer une nouvelle vie, de faire de nouveaux choix, presque de redéfinir la personne que je souhaitais être. Chaque rencontre étant dépouillée des cadres de référence habituels, j’avais le sentiment d’être accueillie pour ce que j’étais, que l’expérience que faisait l’autre de moi s’en trouvait automatiquement plus authentique, immédiate, se construisant nécessairement sur le présent. La découverte du nouveau à tous les plans a profondément nourri ma curiosité souvent amusée, attendrie, parfois tout de même un peu inquiète, me connectant dans tous les cas à une formidable vitalité. Cet état de déstabilisation généralisé, plutôt joyeux dans l’ensemble, mène inévitablement à une plus grande acuité de présence dans l’instant. L’expérience s’est souvent avérée jubilatoire. J’ai aimé rencontrer toutes ces nouvelles personnes tellement différentes, découvrir — je suis loin d’avoir fini — cette culture si complexe, cette langue bizarre, me familiariser avec mon contexte professionnel, découvrir mon voisinage, apprendre à faire corps avec le trafic, goûter la culture vietnamienne et nouer des liens avec des étrangers de partout au monde. Quel beau terrain de jeu!

J’ai éprouvé un plaisir certain à me « dépoussiérer » et à dépasser certaines limites, souvent en rapport avec le monde animal — reptiles, insectes… et petits mammifères. J’avoue cependant qu’un des moments les plus bas de mon séjour a consisté en une course effrénée de près d’une heure pendant laquelle ma propriétaire, son oncle et moi avons zigzagué ma maison, sans le moindre chouia de succès ni un soupçon d’élégance, pour tenter d’amener un rat à sortir de chez moi. La classique, intimidante et très peu ragoûtante trappe à souris nous a allègrement supplantés au niveau de l’efficacité, il va sans dire. Cela a tout de même impliqué que j’ai eu un colocataire pas vraiment désiré pendant toute une nuit et qu’il m’a été donné d’avoir des réveils plus agréables que celui qui m’attendait le lendemain matin…

Même pendant l’inondation de ma maison, malgré la panne d’électricité et mon téléphone qui rendait l’âme, j’avais conscience que je vivais une expérience assez unique et dont je me souviendrais longtemps, qu’il n’y avait pas de réel danger. Bon. L’épisode surréel pendant lequel j’ai réussi à m’enfermer sur le balcon de l’étage m’a tout de même secouée, mais quand on me demandait après coup si j’avais trouvé l’expérience difficile… impossible de répondre par l’affirmative! Dans le feu de l’action, j’enregistrais toutes ces images de l’eau qui montait, des meubles que l’on plaçait sur les tables, des gens qui marchaient dans la rue avec de l’eau jusqu’à la taille, des bateaux qui passaient devant ma maison, de toute cette entraide entre voisins dont j’étais témoin (et objet) et cela m’intéressait profondément. J’irais même jusqu’à dire que je ressentais une certaine fierté de vivre des événements aussi inusités, que des choses aussi excitantes m’arrivent.

Et il y a tout l’aspect relationnel de la vie d’expatriée, à la fois avec les Vietnamiens et avec la faune des étrangers. Depuis le début, j’essaie de créer des liens avec des gens de la place, mais même avec toute la bonne volonté du monde, la barrière de la langue pose des limites importantes. Jusqu’ici, le fait de parler trois langues (français, anglais et espagnol) m’avait donné l’impression de n’avoir que peu de limites. Ouïe! L’humilité devient de mise quand on se rend compte que tout contact autre que les petites phrases banales de la vie dépend du niveau d’anglais de son interlocuteur! Je m’acharne toujours à apprendre cette langue invraisemblable avec des résultats somme toute peu convaincants, mais je persiste, car cela m’ouvre indubitablement des portes. Je profite souvent sans vergogne de l’effet de surprise que je crée quand je réussis à baragouiner quelques phrases devant un interlocuteur sidéré qui souvent, après quelques minutes de totale incrédulité, se met à rire et à se taper sur les cuisses devant ma prestation! J’entretiens des liens significatifs avec mes collègues et quelques ami. e. s, particulièrement avec deux jeunes femmes avec qui j’ai développé une véritable relation de cœur et avec une petite fille de 8 ans à laquelle je me sens très attachée. J’ai rencontré une nonne bouddhiste magnifique qui, au fil du temps, par petites touches, me permet de m’approcher de sa communauté. Toutes ces personnes m’ouvrent un monde fascinant. Bien sûr, le statut d’étrangère de passage colore toutes ces relations, car par définition, on connaît leur date de péremption.

Il y a quelques semaines, j’étais à Da Nang par affaire et tôt le matin, je marchais sur la plage. Je vois un peu plus loin une vieille femme toute ridée, qui ramasse des coquillages, sa palanche de bambou et ses paniers posés à côté d’elle. Elle se lève et me regarde venir vers elle, intensément, sans bouger. Arrivée à sa hauteur, je m’arrête, incertaine, ne sachant trop quoi faire. Elle est très vieille, profondément ridée, courbée. Nous nous regardons pendant de longues secondes. Puis, à l’unisson, de larges sourires naissent sur nos visages. Instinctivement, je lui prends les mains, qu’elle me donne tout entières. Ces mains se serrent, le rire fuse par grands éclats, les cœurs se touchent. L’espace d’un instant, nous voilà sœurs, mères et filles l’une de l’autre, unies dans notre humanité partagée. Puis doucement, j’ai repris mon chemin, profondément nourrie et reconnaissante de ce moment de pure communion.

De nombreux Vietnamiens, surtout les jeunes, sont fascinés par les étrangers. Une grande frange de la jeunesse déploie beaucoup d’efforts pour apprendre l’anglais, langue de tous les horizons s’il en est. On m’invite régulièrement — comme tous les étrangers — à venir parler aux étudiants dans les classes ou lors d’activités spéciales. Il n’est pas rare, dans les lieux touristiques, qu’un ou deux jeunes vous abordent pour vous demander de deviser en anglais pendant quelques minutes. Au supermarché, des parents incitent leurs petits enfants à vous dire quelques phrases en « Enlis ». C’est sans filtre que les jeunes cherchent le contact, l’occasion de parler anglais, de poser des questions sur nos origines, notre âge, notre histoire. Rien pour diminuer l’ego de la madame! En fait, je réalise que j’ai plaisir à me sentir « spéciale », différente, intrigante et souvent… enviée (ça fait un peu mal à écrire…). J’ai conscience que mon histoire personnelle de jumelle identique et huitième de famille font que je goûte ce plaisir un peu coupable avec une certaine volupté, en m’illusionnant parfois sur ce que cela révèle de ma personne.

Le fait que j’aie 62 ans, que je vive seule, me déplace à ma guise et aie une vie sociale assez développée suscite beaucoup de curiosité chez les femmes de tous âges. Cela m’a attiré les confidences parfois déchirantes de jeunes femmes qui se sentent souvent à l’étroit dans les rôles sociaux qui leur sont proposés. J’essaie de traiter ces confidences avec toute la délicatesse du monde, sachant fort bien que je ne suis ici que de passage. Je m’efforce de soutenir les mouvements de vie qui habitent ces jeunes femmes, tout en tenant compte de leur contexte. Rien d’évident, vraiment. Je sens que parfois, le simple fait qu’une oreille bienveillante les écoute réellement a un effet sur elles. J’irais jusqu’à dire que cet aspect de mes relations interpersonnelles est en passe de devenir un des volets les plus significatifs de mon séjour en terre vietnamienne.

Bien sûr, avec le temps qui a passé, l’exaltation s’est atténuée et mes sens se sont quelque peu émoussés. Même si le plaisir de la découverte subsiste, le quotidien et les habitudes ont repris leurs droits. Inévitablement, un ressac s’est produit. D’abord, une surprise insoupçonnée m’attendait au tournant : un peu subjuguée par ce que j’appellerai « tous les possibles » que m’offrait ma nouvelle vie, je n’avais pas réalisé que j’avais apporté dans mes bagages tous les vieux personnages peu glorieux dont je me pensais libérée et que ceux-ci n’attendaient que l’occasion de réapparaître dans toute leur splendeur! Comment ai-je pu les oublier, ceux-là? Un à un, ils ont refait surface, déboulonnant pas toujours élégamment cette nouvelle « Christiane » glorifiée dont je me targuais. Jon Kabat-Zinn ne savait si bien dire quand il a écrit « Où tu vas, tu es » (Wherever you go, there you are). Je confirme et je signe. Il a entièrement raison!

En février, j’ai voyagé avec grand plaisir pendant trois semaines avec deux amies très proches. La solitude et le mal du pays m’ont frappée de plein fouet après leur départ. Tout à coup, je ne voyais que le trafic impossible, la saleté, les « bibittes », l’inimitié des vendeurs qui cherchent à vous faire payer trois fois le prix d’un item parce que vous êtes étranger… À ce chapitre, je dirai à mes amis québécois que le passage d’Anne Dorval à l’émission « Tout le monde en parle », que j’ai regardé sur U’Tube, n’a rien fait pour attiser mon amour du Vietnam! Ni le visage de mon amie Marie-Ève, en visite à Hué, quand je l’ai emmenée visiter mon bureau — ou plutôt mon coqueron. Je tombais de mon piédestal. J’ai eu tout à coup l’impression que ce que je faisais au plan professionnel n’avait que peu de valeur, qu’il n’en resterait que dalle. Un beau lundi matin, il y a quinze jours, j’ai un peu « pété les plombs » après avoir passé mon week-end à donner une formation qui me tenait très à cœur à un groupe de professeurs qui entraient et sortaient de la classe à tout moment et ne s’impliquaient que bien tièdement. Le matin suivant, mes deux collègues vietnamiennes parlaient et rigolaient depuis une bonne heure bien sûr en vietnamien et bien sûr, très fort, et ce, à deux pas de moi. La moutarde m’a montée au nez puis…Basta! Cela ne passait plus. D’un clac! bien senti, j’ai fermé mon portable et annoncé que j’allais travailler chez moi, pour cause d’étirement excessif de l’élastique de l’adaptation culturelle. Je suis restée deux jours enfermée, sans parler à âme qui vive, à m’avouer l’étendue de mon ras-le-bol et à le vivre à fond, sans fard. Il va sans dire que l’exaltation en a pris pour son rhume! Puis peu à peu, la colère et la tristesse m’ont amenée vers quelque chose de plus vaste. J’ai vraiment vu que c’est là que se situe la véritable opportunité qui m’est offerte de m’élargir comme personne. Cet accusé réception brutal de la différence m’offre deux possibilités : ou je me braque et m’enferme dans une attitude de jugement et de mépris guindé, ou je modifie mon approche. Et ladite modification ne peut se faire, il me semble, que dans un élargissement considérable de ma perspective. Je me sens encore étourdie et un peu sous le choc de cet épisode, mais il me donne un goût de réel non édulcoré qui me plaît, me stimule. À nouveau donc : à nous deux, Vietnam!

Curiosités monumentales

Au nord-est de Hué s’étend une grande lagune séparée de la Mer de Chine par une étroite bande de terre. De nombreux Vietnamiens vivant à l’étranger s’y font construire d’énormes et extravagants monuments funéraires. Des centaines et des centaines de ces tombes plus impressionnantes les unes que les autres bornent la lagune. Si vous vous y promenez, voici le paysage qu’il vous sera donné de voir :

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J’ai choisi une de ces tombes au hasard, pour vous permettre d’en mieux saisir le détail.

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La diaspora ne fait pas dans la modestie quand vient le temps de construire sa demeure éternelle en terre natale!

Des copines un peu spéciales

Peu après mon arrivée au Vietnam, mon ami Rodrigo et moi visitions une pagode (temple bouddhiste) du coin et y avons rencontré une nonne à laquelle Rodrigo a eu la très bonne idée d’adresser la parole, touché qu’il était par ce que dégageait cette femme. Nous avons alors eu la surprise de découvrir que Sister Minh Thuan parlait très bien anglais et vivait dans un monastère des environs. Après quelques minutes de conversation, j’ai eu l’élan de lui demander si je pouvais lui rendre visite. C’est là qu’est née notre amitié, qui s’étend maintenant à quelques autres nonnes, dont une abbesse fort sympathique. Je vous  présente donc mes deux amies, lors d’une balade en forêt au bord de la Rivière aux Parfums. Sister Thuan porte le voile.

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N’est-ce pas qu’elles sont belles?

À bientôt!

 

 

Baie de Lan Ha, laque et Nouvel An lunaire

Le 20 février 2018.

Pour mon plus grand bonheur, je parcours actuellement une partie du centre et du nord du Vietnam avec deux grandes amies du Québec, Madeleine et Évelyne. La baie d’Along nous attirait bien sûr par ses paysages fascinants dont nous avons tous vu des images saisissantes (voir le bandeau ci-dessus), mais nous craignions aussi la triste surexploitation touristique du lieu. Sachez au passage qu’on vient d’y inaugurer un immense parc aquatique à l’américaine — le Sun World Ha Long Park — avec glissages d’eau gigantesques, manèges dernier cri et téléphérique à deux étages! Au grand dam de la population locale, des promoteurs sans scrupule, bien sûr accointés avec des fonctionnaires du même acabit, rognent de plus en plus ces trésors naturels pour distraire le touriste occidental et lui en mettre plein la vue — en passant par leur poche…

Bref, nous avons opté pour la baie de Lan Ha, qui jouxte la baie d’Along. Ne le dites à personne : c’est le secret le mieux gardé au Vietnam! Mais quelle heureuse décision que d’y passer deux jours en jonque privée – où nous avons eu droit à un traitement de princesses par un équipage de quatre hommes plus gentils et attentionnés les uns que les autres. On dit que les rochers karstiques de la baie de Lan Ha ont un volume légèrement moindre que ceux de la baie d’Along. Mais nous nous sommes littéralement gavées d’images majestueuses, dans un décor paisible, frayant doucement notre chemin le long de villages flottants de pêcheurs, pisciculteurs et ostréiculteurs. À preuve :

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Puis :

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Un des villages flottants :

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Mon coup de cœur : cette dame qui ramasse des coquillages sur les rochers :

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Ce voyage, c’est aussi une histoire de rencontres de cœur, d’abord avec notre équipage, puis avec un groupe d’Européennes croisées dans une petite station de pisciculture. Voyez à droite de la photo notre capitaine, Binh, qui enserre affectueusement et le plus naturellement du monde notre guide Long, puis ces femmes croisées par hasard et avec qui le courant a tout de suite passé, fluide et joyeux, l’espace de quelques minutes de partage et d’ouverture.

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L’art de la laque

En route vers la baie de Lan Ha, nous avons visité un atelier, jumelé à une magnifique boutique, géré par une coopérative formée par le village de Ha Thaï, entièrement dédié aux métiers de la laque. Nous avons pu y observer en direct des artisans à l’œuvre. À l’origine, ce procédé visait simplement à protéger les objets usuels en les enduisant de couches successives de sève de laquier, d’une remarquable résistance lorsque séchée. Dans certaines traditions bouddhistes, on utilisait même la laque pour momifier les corps.

Il faut entre trois et six mois pour produire un objet ou un tableau laqué. Il existe trois techniques que l’on mixe dans certains cas. D’abord, la peinture traditionnelle, faite à main levée. Cet artisan consacre toute sa vie professionnelle à la seconde technique, celle de la nacre. Son métier : « scieur de nacre ». Minutieusement, patiemment, inlassablement, il découpe les dessins que l’on appliquera sur le bois.

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La troisième technique, apparue plus récemment, gagne rapidement en popularité : on se sert de minuscules morceaux de coquille d’œuf de cane pour produire des images, des formes et des jeux de lumière souvent spectaculaires. Voici un artisan à l’œuvre :
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Ce long procédé, qui a commencé lors de la préparation de la plaque de bois ou de l’objet, se poursuit par l’application de plusieurs couches successives de laque, poncées de plus en plus finement après chaque séchage. Voici un des artisans laqueurs qui passe sa vie les mains dans l’eau!

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Bien sûr, nous n’avons pu résister à nous procurer chacune une de ces pièces touchantes, exécutées avec respect et amour par des artisans fiers de leur tradition, qui refusent même d’ouvrir de nouveaux marchés pour préserver la qualité de leur procédé ancestral. La main-d’œuvre se fait rare et s’érode doucement…

Le Nouvel An lunaire

Pendant la période du Nouvel An lunaire ou Têt, tout le pays se fige dans l’intemporalité pendant presque deux semaines. Une très grande partie de la population ne bénéficie que de ces quelques jours de congé au cours de l’année, travaillant sept jours par semaine le reste du temps. En guise de préparation pour le Nouvel An, on nettoie en profondeur son lieu de vie et chaque famille doit en principe acquérir une décoration ou un meuble neuf, si possible de belle valeur. Le culte des ancêtres est au cœur du Têt. La veille du Nouvel An, lors d’une cérémonie rituelle, on les invite à se joindre à la famille pendant quelques jours. On leur offre moult victuailles, fleurs, faux billets d’argent, vêtements et objets de papier sur l’autel qui leur est réservé, puis on fait brûler ce qui se consume et on consomme le reste trois jours plus tard, en leur enjoignant de regagner le monde des défunts jusqu’à la prochaine année. Le matin du Têt, on visite famille élargie, voisins et amis selon un horaire généralement établi par le voyant ou le shaman. On accorde en effet une grande importance au premier visiteur de la maisonnée, qui portera chance ou malchance à la famille. Pendant presque deux semaines, de très nombreux commerces ferment carrément leurs portes : la population s’occupe essentiellement à festoyer, à boire (beaucoup!), à jouer aux cartes, aux dés et, bien sûr, à faire du karaoké.

Le banh chung

Chaque famille vietnamienne possède sa recette de gâteau de riz, le banh chung, préparé pour l’occasion. De forme cylindrique ou carrée, il s’agit d’une mixture de riz gluant, de haricots mungos et de poitrine de porc bien grasse, enveloppée dans une feuille de dong et cuite pendant au moins 10 heures.

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En voici l’intérieur :

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Une légende explique l’adoption du banh chung comme mets national. Jadis, après un demi-siècle de règne, le roi Hung souhaitait céder son trône à un de ses 20 fils, mais il ne savait lequel. Il organisa une compétition en demandant à chacun de parcourir le monde à la recherche d’un plat qui pourrait devenir un mets national. Plusieurs de ses fils fortunés organisèrent des expéditions élaborées et se rendirent aux confins de la terre afin d’y dénicher des plats exotiques et raffinés. Le plus démuni d’entre eux se voyait déjà perdant, ne disposant ni d’équipage ni d’argent. La recette du gâteau de riz lui fut révélée lors d’un rêve. De forme carrée, il représente la terre, qu’on croyait plate à cette époque. Quant à elle, la forme ronde évoque le ciel. Le papa roi fut conquis par la simplicité, la noblesse et le goût exquis — permettez à mes papilles de relativiser ce jugement — de ce gâteau. Vous connaissez la suite.

Autres particularités : les décorations. Voici la version vietnamienne de l’arbre de Noël, un mandarinier d’une espèce dont le fruit n’est pas comestible, que l’on retrouve à l’entrée de chaque maisonnée, souvent flanqué de jolis mobiles appelant bonne fortune et, bien sûr, prospérité. Lors des semaines précédant le Têt, on en retrouve des milliers à vendre sur les trottoirs, qui parent joyeusement la ville :

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Finalement, voici l’équivalent de notre poinsettia national, qui orne chaque maison au centre du Vietnam. On utilise plutôt le pêcher au nord du pays, car là-bas, on associe le chrysanthème jaune aux rites funèbres. Gare aux fautes de goût!

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La légende de la carpe koï

Il me semble qu’à chaque fois que je demande à un ou une ami-e vietnamien-ne l’origine d’une coutume ou d’un rite quelconque, on me répond par une légende. J’ai demandé à ma copine Thu pourquoi, chaque premier jour d’un mois lunaire, y compris au Têt, de nombreux Vietnamiens relâchent-ils des poissons rouges dans un cours d’eau. Voici sa réponse.

En fait, on utilise des poissons rouges à défaut de la carpe koï, qui jouit d’une belle réputation au Vietnam. Il y a fort longtemps, il y eut une grave sécheresse sur la terre, car le dragon, associé en Asie à la pluie régénérante et à l’abondance, avait mystérieusement disparu. Le dieu du ciel réunit donc toutes les créatures de la terre et leur dit : « Si l’un d’entre vous réussit à franchir trois grandes vagues successives de l’océan, je le transformerai en dragon. Il pourra mettre fin à la sécheresse en faisant pleuvoir des torrents d’eau sur la terre et deviendra ainsi un grand héros ». Or, les vagues terrifiaient toutes ces créatures par leur ampleur et leur force extraordinaires. Un tilapia décida de relever le défi. Il rassembla toute son énergie, s’élança dans la mer et… piqua du nez au choc terrible de la première vague. Le dieu du ciel le remercia de son courage et en guise de récompense, lui accorda certaines des caractéristiques faciales du dragon. Après bien des hésitations, la crevette tenta sa chance. Bravement, elle franchit la première vague, s’attaque à la deuxième sur laquelle elle se cassa le dos, ce qui lui donna — pauvre chérie — sa forme actuelle. Pour la consoler, le dieu du ciel lui ajouta aussi quelques traits dragonesques. Le courant de terreur qui traversait l’ensemble des créatures terrestres ne cessait de s’intensifier jusqu’à ce que, imperturbable, une carpe s’avance et se mette à nager droit dans les vagues, les franchissant une à une avec une force et une détermination remarquables. Au terme de son exploit titanesque, elle se transforma en dragon, libéra des torrents de pluie sur le peuple en liesse, puis s’envola dans les cieux vers le royaume des dieux. Depuis lors, on porte un tel respect à ce poisson qu’on l’honore à chaque début de mois lunaire en lui rendant sa liberté et que jamais on ne le consomme.

Le triangle de la séduction

J’ai déjà évoqué la coquetterie des femmes vietnamiennes. Pendant la période du Têt, elles portent l’ao dai, vêtement traditionnel d’une grande élégance, composé d’un large pantalon et d’une jolie tunique qui a par ailleurs l’inconvénient de ne rien pardonner au moindre amas de chair, si infime soit-il. Alors que nous parlions de la beauté de ce vêtement à Long, notre guide de la baie de Lan Ha, celui-ci nous a révélé un détail tout à fait charmant. Il semble que les hommes rivent généralement leur regard à un endroit bien précis de cette sobre tenue, qu’on appelle fort joliment « le triangle de la séduction ». À vous de localiser celui-ci :

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Le viagra vietnamien

Il existe en Asie de nombreux produits plus qu’étonnants à nos yeux d’Occidentaux. L’alcool de lézard gagne jusqu’ici pour moi la palme de la bizarrerie. Mais attention! Alors que cet élixir stimule la vigueur de l’homme d’un âge respectable, il provoque l’effet inverse chez ceux de moins de 50 ans. Je vous en rapporte une fiole?

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Allez! Mes copines et moi mettons le cap sur Siem Reap au Cambodge pour quelques jours… Hen gap lai (à bientôt)!

 

 

 

 

 

La vie de « foreigner » au Vietnam et… petite virée à Hanoï

Hué, le 3 février 2018.

Foreigner, c’est le terme utilisé ici pour désigner tout étranger en séjour court ou prolongé en sol vietnamien. Le foreigner dispose tout de go d’un statut particulier qui peut prendre de multiples formes, des plus commodes (comme l’accès aux toilettes de tout établissement commercial sans question aucune) aux plus incommodantes (je ne m’habitue pas aux regards insistants des enfants quand je fais la queue au supermarché et j’ai beaucoup de mal avec le fait qu’on me charge automatiquement le double, sinon le triple du prix d’un article parce que je suis étrangère). Sachez cependant qu’il existe différents types de « foreigners ».

  • Le voyageur classique,  facilement reconnaissable par ses vêtements sport bon chic bon genre. Il utilise beaucoup le « cyclopousse », séjourne dans les beaux hôtels, fréquente les restaurants plus chics et ne reste que le temps de visiter le quartier de la Citadelle et quelques tombeaux (au demeurant, magnifiques).
  • Le voyageur « sac à dos », appelé ici le « backpacker ». Plus jeune, il crèche dans une des multiples petites auberges vietnamiennes (10 $ – 15 $/nuitée), adore les restos de rue (street food) qui vous servent un bon repas pour 1,25 $ – 1,50 $, boit beaucoup de bière (le vin coûte ici très cher, alors qu’on achète une bière à l’épicerie pour 0,50 $ et 1,00 $ dans les bars populaires). Il a l’allure du hippy des années 60 et reste assez souvent longtemps, étant donné le coût de la vie ridiculement bas et la gentillesse des Vietnamiens.
  • L’expatrié : voilà une race bien précise de foreigner : sa particularité réside dans le fait qu’il a été envoyé par son pays pour vivre au Vietnam et qu’il est rémunéré par son pays d’origine. Il existe deux catégories d’expatriés (les « expats ») :
    • Celui qui travaille pour un organisme à but non lucratif. Il y en a de nombreux, en grande majorité des jeunes Européens et Américains du Nord, qui réalisent des mandats de 3 mois à un an en général — il semble que la durée des mandats soit en voie de réduction. Il vit souvent en colocation ou loue une chambre chez une famille vietnamienne (le manque d’intimité et l’intrusion légendaire des Vietnamiens met souvent rapidement un terme à ce genre d’arrangement). Quelques-uns, comme moi, louent une maison à eux seuls — choix très étrange aux yeux d’un Vietnamien. Son allocation lui permet de bien vivre. Il fréquente d’autres étrangers, mais aussi des amis vietnamiens qui parlent anglais, voyage le plus souvent possible, suit des cours de vietnamien pendant 3 mois, après quoi il renonce à apprendre la langue.
    • L’expatrié qui travaille pour une entreprise privée. Il est carrément riche au Vietnam! Il se mêle généralement peu aux Vietnamiens et vit dans des maisons ou des complexes résidentiels très sélects. Il existe à Hué un complexe hôtelier et résidentiel, le Cocodo, ou plusieurs expatriés vivent pratiquement en autarcie. J’ai aussi vu à Da Nang un édifice clôturé et sécurisé, à l’image des « gated communities » aux États-Unis, qui héberge ce type de communauté. Les restaurants qu’il fréquente et les voyages qu’il fait relèvent du monde du jet set. Règle générale, il n’apprend pas le Vietnamien.
  • Le résident d’adoption. J’en ai rencontré plusieurs qui, pour différentes raisons, ont élu domicile à Hué, généralement à la suite d’un coup de cœur. Habituellement, les hommes se marient à des Vietnamiennes et les femmes sont seules ou en couple avec un autre étranger. Plusieurs de ces nouveaux résidents fondent des entreprises, particulièrement dans le domaine de l’hôtellerie, un secteur en expansion exponentielle à la grandeur du pays.
  • Le professeur d’anglais. Ils sont légion, toutes nationalités confondues. On en recherche à la tonne à la grandeur de l’Asie. Nul besoin d’un réel diplôme en la matière pour enseigner la langue de Shakespeare — les critères de sélection sont très… élastiques! Bien des Vietnamiens aussi enseignent l’anglais, ce qui me donne des frissons dans le dos quand je pense à ce qu’ils transmettent à leurs étudiants comme accent! D’ailleurs, à heures d’enseignement égales, un prof vietnamien gagne sensiblement moins qu’un prof foreigner, ce qui ne scandalise personne ici. Hué compte un grand nombre de professeurs d’anglais. Certains habitent ici depuis très longtemps, d’autres changent de pays aux 2 ou 3 ans. Les profs d’anglais ont la réputation de beaucoup faire la fête. J’avoue avoir été témoin pas plus tard qu’hier soir d’une scène éthylique assez disgracieuse impliquant 4 de leurs spécimens parmi leurs plus éclatés. Bref, je constate qu’il existe un certain snobisme de l’expatrié par rapport au professeur d’anglais. On m’a même repris avec vigueur un jour que je parlais de notre ami William-de-Saint-Norbert-d’Arthabaska comme d’un expatrié : « Ce n’est pas un expat, c’est un prof d’anglais! » m’a-t-on répliqué avec fermeté.
  • L’électron libre, par définition atypique. Je connais une jeune et énigmatique documentariste serbe monoparentale, dont le fils est inscrit à l’école locale — fait rarissime. Son dernier film traitait d’une prison pour mafieux en Sicile. Personne ne comprend d’ailleurs comment elle a pu pénétrer de l’intérieur ce milieu surréel. Elle réalise actuellement un documentaire sur son propre père, qui a baroudé sa vie durant à la grandeur de la planète et me paraît lui aussi porter une histoire de vie pleine de méandres insoupçonnés, mélange d’opacités et de moments lumineux de tout acabit. Il y a aussi John, un Australien de 77 ans qui consacre sa retraite, par ses propres moyens, à aider de jeunes Vietnamiens à partir en affaires. Une faune au parcours singulier, mue par des élans et des courants mystérieux, et dont on devine souvent un passé et des racines complexes ou douloureuses.

Le statut de foreigner colore éminemment les rapports hommes-femmes. Bien sûr, il existe de réelles histoires d’amour entre étrangers et Vietnamiens. Le jeune homme foreigner constitue par ailleurs une proie de choix pour bien des jeunes vietnamiennes, par la promesse qu’il représente d’un avenir meilleur. Plusieurs hommes m’ont confié avoir été fréquemment et pas toujours subtilement approchés par le sexe opposé, ce dont certains profitent abondamment, créant ainsi bien des drames. Alors que l’on convoite le jeune étranger dans une perspective d’espoir à long terme, la jeune foreigner est approchée dans une perspective… à beaucoup plus court terme! On la perçoit comme facile. Le seul soir où je suis allée danser avec mes jeunes copines, j’ai été témoin d’une drague des moins élégantes. Un homme incommodait ma jeune amie Odile, tentant même de me demander d’intercéder en sa faveur! Quand je lui ai pris la main pour lui montrer son alliance à coup de gestes véhéments, il ne comprenait manifestement pas quel pouvait être le problème!

Clins d’œil d’Hanoï

J’ai eu la chance de faire un court séjour à Hanoï pour le travail — j’y animais un atelier auprès d’un groupe de gestionnaires. J’ai bien sûr greffé un petit week-end à ce séjour et vous livre donc en vrac quelques impressions.

Le lac Ho Hoan Kiem

Hanoï est parsemée de jolis lacs, dont un assez grand, le lac Ho Hoan Kiem. J’en ai fait le tour à 6 heures du matin, pour voir la vie qui s’y déroule. En chemin, je voyais les petits restaurateurs préparer la nourriture pour l’assaut matinal, dans un froid de canard. J’ai aimé l’atmosphère un peu brumeuse des rues, le calme relatif avant la cohue inévitable. Voici un petit resto de rue tout ce qu’il y a de plus typique, avec les tout petits sièges et les tables en plastique :

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Autour du lac, on s’active à qui mieux mieux. Ça jogge, ça s’étire, ça « push-up », ça    « zoumbe », ça fait du tai-chi, de la danse en ligne avec un petit haut-parleur (très rigolo, mais je n’en’ai pas osé prendre de photo des « madames », toutes vêtues de t-shirt jaune serin), ça médite, etc. Voyez plutôt :

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J’ai vu mon premier Macdonald depuis 4 mois, sans grand plaisir je l’avoue. Voici quand même le spécial Macdo à l’occasion de la fête du Têt (Nouvel An lunaire), avec des frites rondes (!) et un breuvage pétillant à la fraise assez suspect :

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Les petits marchands

Voici aussi deux images plus que typiques ici. D’abord, un homme qui transporte des œufs en scooter. Étant donné l’état des rues et la folie indescriptible de la circulation à Hanoï, il faut être très zen pour livrer ce type de marchandise de cette façon :

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Et cette commerçante, comme il y en a des milliers et des milliers, qui gagnent quelques dollars par jour pour nourrir leur famille qui habite souvent en dehors de la ville. Elles dorment souvent dans des dortoirs qui leur coûtent moins de 0,50 $ :

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Resto de rue 

Nous voici, avec ma collègue Kariann et une cliente, à un resto très couru pour sa spécialité, une soupe aux boulettes de bœuf servie avec des nouilles, de l’ail, des piments et une montagne d’herbes savoureuses. Délicieux!

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Bière et café aux œufs

Vous avez bien lu : de la bière et du café aux œufs! Il s’agit d’une spécialité d’Hanoï. Vous devinerez ma réaction plus que dubitative quand on m’a affirmé que je devais ab-so-lu-ment goûter ce café. Eh oui! J’ai d’abord regardé ma copine Kariann s’attaquer bravement à sa bière. Son verre contenait un œuf battu bien mousseux, dans lequel elle a versé le contenu de sa cannette. J’ai été sidérée de la voir dire que c’était plutôt bon et… bien moelleux!!

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Je n’ai pu échapper à mon café, servi — je ne sais pas trop pourquoi — dans un bol d’eau chaude. Comme vous le constatez, c’est un peu à reculons que je me suis exécutée…

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Et vous savez quoi? Ce n’était pas mauvais du tout! J’ai tout bu, et sans me forcer! Si vous souhaitez essayer, je vous refilerai l’adresse avec plaisir…

La fête du Têt arrive à grands pas, tout comme mes deux complices Madeleine et Évelyne, avec qui je passerai les prochaines semaines de congé à découvrir de nouveaux lieux et à partager ceux que j’ai eu le bonheur de connaître depuis mon arrivée. J’aurais sûrement plein de choses à vous raconter sous peu. D’ici là, je vous souhaite un joyeux Nouvel An lunaire!

 

Christiane

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Noël à Hué et autres vignettes

Le 30 décembre 2017

J’ai littéralement sué sang et eau pour faire mon ragoût de boulettes — pas question de faire cuire une dinde ici puisqu’on ne trouve comme volaille que des poulets rachitiques, alors je me suis repliée sur ledit ragoût. Plus sobrement, disons que j’ai eu beaucoup de mal à trouver les épices dont j’avais besoin, la muscade en particulier. J’ai même poussé la note jusqu’à aller minauder auprès d’un chef de resto italien (un Vietnamien qui a étudié en Italie) pour en obtenir. Le lendemain, tout fier, il me tendait… un sac de noix de Grenoble ! – que j’ai bien sûr gracieusement acheté en le remerciant chaleureusement (le prix n’était pas, lui, gracieux, mais enfin). Bref, après quelques péripéties, nous étions 14 à table le 25 décembre : deux Allemands, quatre Vietnamiens, deux Québécois, une Slovène et cinq Français. Repas sympathique, musique de circonstance, échange de cadeaux qui nous a tous bien fait rire, car nous avons fait la version des voleurs de cadeaux, mais il y avait une certaine nostalgie dans l’air chez l’ensemble des Occidentaux — nos amis vietnamiens étaient plutôt habités par la curiosité et l’esprit de découverte, assistant tous pour la première fois à pareille fête de Noël. Pendant la soirée, nous, les foreigners, avons tous eu, tour à tour, un moment où le regard s’est absenté du lieu pour se porter vers nos proches — bien loin ce soir-là. Bien sûr, nous étions tous contents de passer ce moment ensemble, mais il n’y a pas matière, comme dirait l’autre, à écrire un long article de blogue sur le sujet ni à vous abreuver de photos somme toute bien banales. Il y a eu cette soirée, mais aussi toutes les conversations que nous avons eues sur Skype, WhatsApp, Messenger et compagnie avec nos familles et nos amis. Cela a aussi été une virée de deux jours dans un très beau spa à 30 kilomètres de Hué les 23 et 24 décembre, dans une région où l’on retrouve de nombreuses sources chaudes naturelles, avec ma précieuse Katja — mon amie slovène — et Thu, une nouvelle amie vietnamienne, mélange fascinant de tradition et de modernisme. Mais dans tout cela, l’événement le plus touchant s’est produit grâce à une suggestion d’Amélie, ma fille. Le 24 décembre, en soirée pour moi et en matinée pour elle, nous avons mangé ensemble sur WhatsApp : elle devant son petit déjeuner et son café et moi devant mon souper avec un petit verre de vin. Nous avons trinqué virtuellement, parlé, versé une petite larme (enfin, moi), rigolé, échangé des potins et partagé nos découvertes, nos défis et nos joies respectives une heure et demie durant. La joie m’étreint et mon cœur se gonfle encore quand je revois ce moment. Il restera de loin le plus précieux de ce Noël 2017 pas comme les autres.

Dans un autre ordre d’idées, mais sur le même thème, j’ai été très surprise au cours des dernières semaines de constater l’omniprésence de la musique de Noël dans les commerces, des décorations de Noël et de notre ami le Père Noël. On le voit partout, mais il a une particularité : il n’est pas gros ! Le personnel des hôtels et des commerces porte très souvent la tuque de Noël à pompon blanc, les enfants se font photographier en compagnie de Pères Noël en papier mâché flanqués de maigres rennes et de paquets cadeaux déposés dans la ouate. Pourtant, Noël ne veut RIEN dire pour la majorité des Vietnamiens, autre qu’une fête chrétienne au cours de laquelle les gens s’échangent des cadeaux. Le résultat s’avère souvent tristounet à mes yeux d’Occidentale, mais parfois carrément hilarant — j’avoue m’être esclaffée à plus d’une reprise. Je partagerai avec vous quelques coups de cœur, version Noël vietnamien 2017. Voici mon préféré : un Père Noël asiatique — qui a dit que nous avions le monopole du Père Noël en tant qu’Occidentaux ? Voyez plutôt :

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Saviez-vous que notre Santa a ici une âme d’artiste ?

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Et la guitare, pourquoi pas ?

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J’espère donc que ces photos auront pour effet d’élargir votre perception du Père Noël de notre enfance. C’est comme dans la vie : on pense connaître quelqu’un puis… on va de découverte en découverte ! Ce qui rend la chose fort intéressante.

Un convoi funéraire

Les photos qui suivent vous donneront une fausse idée du climat à Hué. En effet, je les ai prises devant chez moi, sous le soleil, une denrée rarissime depuis un mois et demi, car… il pleut la très grande majorité du temps. Bref, je ne peux pas commenter ces clichés, car je n’ai jamais assisté à des funérailles à Hué (on me dit qu’elles durent en général trois ou quatre jours), mais voici quand même un aperçu de l’événement. D’abord les musiciens, qui annoncent le convoi.

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Puis l’officiant, qui fait face au cercueil et marche donc à reculons :

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Le cercueil et ses porteurs, un tableau très coloré.

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Suivent la famille et les amis, que je n’ai pas voulu photographier, par pudeur. Seule une dame était habillée en blanc, en pleurs et soutenue par d’autres, vêtus de couleurs foncées. Des voisins m’ont dit qu’il s’agissait de l’épouse du défunt.

Une commémoration funéraire

Ma nouvelle amie Thu m’a fait l’honneur de m’inviter, il y a quelques jours, à la commémoration du décès de son père, pour souligner le 5e anniversaire de sa mort. Chaque année, famille et amis sont conviés à participer à la commémoration. Les ancêtres jouent en effet un rôle très important ici : on les honore abondamment et longtemps. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre ni quelle attitude adopter jusqu’à ce qu’on m’informe que la tristesse n’occupe pas grand’ place dans pareil événement. En guise de cadeau et après consultation avisée, Katja et moi avons apporté un kilo de mandarines, ce qui fut fort apprécié. Comme invité, on a le choix d’apporter des gâteaux ou des fruits, qui sont soit déposés sur l’autel réservé à la personne décédée, soit consommés sur place ou remis aux convives au moment de leur départ.

À notre arrivée, une tablée d’une dizaine d’hommes festoyait allègrement sur la terrasse de la maison, servie copieusement par la veuve, somme toute plutôt joyeuse pour la circonstance. Thu nous a guidées vers l’autel de commémoration à l’étage afin que nous puissions témoigner notre respect au défunt, en faisant brûler des bâtons d’encens devant sa photo. Mais, mes amis… Quelle surprise !!! À ce moment, j’ai clairement senti, viscéralement senti… « Oh là là ! Me voilà devant… complètement autre chose ! » Je le savais avec ma tête, mais… comment dire… j’ai vécu à ce moment un accusé réception… charnel. J’étais ébahie.

L’autel dédié au père se trouve derrière un autel familial imposant, protégé par l’énergie du Bouddha. Ce qui m’a d’abord sauté aux yeux quand je les ai posés sur l’autel du père, c’est qu’on avait carrément servi une bière au défunt. L’image est sombre, mais regardez bien, vous verrez la cannette de bière et à côté, le verre. La photo du défunt se trouve derrière l’encens. On a déposé des fruits, et des boîtes de gâteaux sur l’autel et, bien sûr, la bière.

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L’objet de ma sidération se trouve dans cette photo, à gauche. Il s’agit… d’un habit et de chaussures… en papier !!! Si vous regardez bien, vous verrez d’abord la veste, puis le pantalon plié et inséré à l’intérieur de la veste et enfin, les chaussures posées à la verticale sur l’autel.

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On m’a expliqué que les effets en papier sont brûlés à la fin de la commémoration. On croit ainsi qu’ils se reproduisent dans le monde dans lequel se trouve le défunt et que celui-ci ci peut alors en bénéficier. Semble-t-il que je n’ai encore rien vu et qu’il existe tout un commerce autour des objets en papier qu’on dépose au pied des autels des défunts : maisons, voitures de luxe, scooters, et même… figurines de jeunes femmes !

Quelque peu remise de mes fortes impressions, on m’a invitée à mon tour à festoyer. Quel repas ! Des plats en quantité, tous aussi délicieux les uns que les autres. Nous avons passé une bien joyeuse soirée autour de cette table composée à moitié de foreigners (Katja, un jeune peintre états-unien en résidence à Hué et moi) et d’amis de la famille parlant anglais. À aucun moment la veuve ne s’est assise à table avec nous. J’ai été témoin de cette scène à quelques reprises déjà : l’hôtesse cuisine manifestement plusieurs heures avant l’arrivée des invités, elle nous sert, nous dessert, fait la vaisselle, sourit et nous remercie d’être là. Et Thu nous assure que sa mère est heureuse ainsi. J’aimerais bien un jour mieux connaître cette dame et parler avec elle, mais je doute fort de ma capacité à obtenir une version autre que celle-ci.

Je ne peux résister à l’envie de partager avec vous une photo d’un plat qui nous a été servi ce soir-là. Un poulet grillé, entouré de légumes, mais apprêté un peu différemment de chez nous : il a toute sa tête, celui-là, crête y compris…

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J’avoue que cela m’a légèrement coupé l’appétit pendant un court moment, puis… comme les autres, je me suis finalement régalée !

À propos de l’adaptation

Plusieurs d’entre vous m’ont manifesté de l’empathie à la suite des descriptions que j’ai fait de l’inondation, de la pluie, des différences culturelles parfois surprenantes, des bibittes… et m’avez souhaité bon courage, saluant ma capacité d’adaptation. Je voudrais simplement mentionner que, malgré les petits défis auxquels je suis confrontée quotidiennement, à aucun moment ne me suis-je sentie en perdition ou même vraiment éprouvée. Même pendant l’inondation, je savais que je n’étais pas en réel danger — bon, il y a bien eu l’épisode du balcon, mais il a duré 10 minutes ! – et je ne crois pas me raconter d’histoires en affirmant que j’avais quand même l’impression de vivre quelque chose de profondément intéressant, différent, nouveau. D’accord, je commence à être fatiguée de la pluie (il paraît qu’on en a encore pour un mois) et j’espère bien faire bientôt une petite escapade ensoleillée. Bien sûr, je suis parfois un peu seule, et la tristesse de ne pas avoir de compagnon ne disparaît pas parce que j’habite maintenant à Hué. La vie de foreigner ne m’immunise pas non plus contre les inévitables malentendus relationnels, contre l’ennui parfois au bureau, les inconforts physiques… Il n’en reste pas moins que la toile de fond de ce que je vis ici reste fondamentalement… le plaisir de la découverte et la gratitude d’avoir accès à cette magnifique palette de personnes et d’expériences nouvelles.

J’aime bien terminer mes articles par un petit clin d’œil ou une bizarrerie. Avez-vous déjà mangé des croustilles aux calmars ? Sachez que je ne me suis pas encore résolue à le faire. Si vous y tenez vraiment, je pourrai vous en rapporter. Faites-moi signe.

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J’assisterai demain à mon premier mariage vietnamien en toute intimité… parmi 680 invités. J’ai hâte de vous en parler !

Hen găp lai và chúc mừng  năm mới ̣(À bientôt et Bonne Année!)