Nam et le quotidien à bâtons rompus (3ème épisode)

Ça y est! Le compte à rebours a commencé. Plus que 10 jours au Vietnam. Bien sûr, tristesse et joie se côtoient au chapitre des émotions. Tristesse surtout de quitter amis et  collègues avec qui j’ai partagé de si beaux moments et quelques inévitables péripéties.  Tristesse aussi de laisser derrière moi ce pays si attachant et coloré avec sa nature luxuriante, souvent majestueuse, qui a tant souffert et qui lutte parfois malhabilement pour gagner sa place au soleil. J’aurai sûrement aussi la nostalgie d’un certain style de vie, fort agréable à plusieurs égards – quand me sera-t-il donné de me promener en sandales quasi une année durant? D’aller me prélasser à la mer tous les week-ends de beau temps, à 30 minutes de scooter à travers villages et rizières? Mais il y a l’immense joie de retrouver famille, ami-e-s et communauté dont ce séjour m’a permis de mesurer à quel point ils me sont précieux. Et mon lieu, et ma ville et mon pays de froidure et de canicule, de culture vibrante et nature verdoyante, de parlure et de palabres, d’urgences encombrées et de classes débordantes, de politiciens aux appartenances à géométrie variable, au discours fatigué ou au séparatisme en veilleuse, et aux artistes partout acclamés, parfois censurés. Décidément, de bien belles retrouvailles m’attendent.

Mais j’y suis encore, au Vietnam, à Hué, et j’ai bien l’intention d’y savourer ma coupe jusqu’à la dernière goutte. L’heure des bilans s’annonce, mais elle n’a pas encore sonné.

Nam

Avant de vous entretenir de certains aspects du quotidien, j’aimerais vous présenter un jeune homme de coeur.

Il y a deux mois, j’ai eu la chance de faire un séjour professionnel d’une semaine dans un collège universitaire de la petite ville de Rach Gia, à l’extrémité occidentale du Delta du Mékong. J’y ai animé des ateliers auprès de deux groupes de finissants, avec qui j’ai eu un contact intense, joyeux, ma foi fort gratifiant. Je n’avais jusqu’ici formé que des professeurs qui eux, formeront des étudiants. Ce contact de première ligne manquait à mon expérience… Que ces jeunes sont beaux et touchants!

Une grande partie de la clientèle du Collège de Technologie et d’Économie de Kien Giang provient de milieux ruraux, donc souvent très démunis. Une des missions de cette institution publique consiste à extirper les jeunes de la pauvreté. Pour ce faire, on ne charge qu’un montant mensuel symbolique (environ cinq dollars) aux 500 jeunes qui habitent dans les dortoirs du Collège. On y enseigne principalement la mécanique, l’agriculture, les métiers liés à l’industrie du tourisme et aux technologies de l’information. Tout au long de la semaine, j’ai fait équipe avec un jeune interprète, prénommé Nam, que voici :

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Ce jeune homme a substantiellement rehaussé l’idée que je me faisais du Vietnamien, dont l’image, disons, ne luisait pas fort jusqu’ici à mes yeux. Beaucoup d’hommes boivent énormément au Vietnam : on en voit des kyrielles attablés à journée longue dans les cafés et les bars. Le machisme imprègne profondément les relations hommes-femmes et il semble que la violence conjugale soit endémique, quasi normale. De plus, l’infidélité de la gent masculine est notoire, plusieurs hommes entretenant des relations parallèles avec des femmes seules, dont ils contrôlent jalousement la vie sociale. Joli portrait!

Et voilà que je rencontre Nam, et tous ces beaux garçons modestes, ouverts et souriants, tellement attachants!

Aîné d’une famille de trois garçons, Nam a 30 ans. Ses parents vivent toujours en campagne, trimant dur pour cultiver un petit champ de riz, quelques légumes et élever deux ou trois porcs. À l’adolescence, un prêtre du village a mis Nam en contact avec une famille qui a pris sa scolarisation en charge, ce qui lui a permis d’aller étudier à l’université et d’obtenir une licence en langues étrangères. A son tour, il a pris en charge l’éducation de ses jeunes frères. Celui qui lui succède immédiatement travaille aujourd’hui comme comptable et vit toujours avec ses parents, qu’il aide financièrement du mieux qu’il peut. Nam assume entièrement la scolarisation et les frais de subsistance de son plus jeune frère, qui obtiendra son doctorat en médecine dans deux ans. Comme son salaire ne lui suffit pas pour s’acquitter de ses obligations, en plus de  travailler à temps plein au Collège, Nam donne des cours d’anglais tous les soirs de la semaine, de même que le samedi et le dimanche matin. Compte tenu de ses responsabilités, il ne peut envisager de se marier pour le moment – d’autant plus que ses parents ne pourraient en aucun cas payer la noce! Pourtant, il aspire de tout coeur à fonder une famille. Quand je lui ai demandé s’il trouvait la situation lourde, il m’a répondu : « Bien sûr! Mais c’est mon rôle en tant qu’aîné de la famille. J’ai été privilégié pour mon éducation, c’est maintenant mon devoir d’aider mon plus jeune frère. J’avoue quand même que je serai très soulagé quand il graduera! » Mon nouvel ami a une nouvelle copine depuis quelques mois. Il hésite à lui faire part de ses obligations personnelles de peur qu’elle ne le laisse. Espérons qu’au lieu de lui tenir rigueur des délais que pourrait souffrir la concrétisation de leur relation amoureuse, elle soit, comme moi, profondément touchée par la dignité et la générosité de ce jeune homme.

Passons au registre de l’expérience du quotidien au Vietnam.

La cuisine de rue

Il s’agit presque d’un culte à la grandeur du pays. À Hué, à Hanoï et à Saïgon, on n’hésite pas à parler de gastronomie de rue et plusieurs agences de voyage offrent des visites guidées des particularités régionales en la matière. Évidemment, la cuisine de rue coûte trois fois rien. Pour un dollar ou un dollar et demi, vous dégustez (!) un repas complet sur ces petits tabourets en plastique très près du sol. De nombreux Vietnamiens mangent très régulièrement dans la multitude d’échoppes qui bordent les rues. Beaucoup y prennent au moins un repas par jour, souvent deux. Je vais tenter de vous communiquer un peu de l’atmosphère matinale qui règne autour de l’hôpital où je reçois des traitements de physiothérapie tous les matins de semaine. On ne sert pas de repas à l’hôpital, si bien que famille, amis, et très souvent les malades eux-mêmes (hommes en pyjamas bleus et femmes en pyjamas roses) se restaurent en plein trottoir. Les abords de l’hôpital grouillent d’activité dès 6 h du matin.

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Voici une propriétaire d’un petit resto mobile, qu’elle apporte en le poussant tous les jours en face de l’hôpital.

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Et on fait la vaisselle sur place, évidemment à l’eau froide…

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À Saïgon,  cette dame qui fait de délicieuses gaufres dans son resto portatif :

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Et une autre a réduit le resto de rue/épicerie portable à sa plus simple expression : un seul siège. Je ne sais pas combien pèse tout cela, mais il me semble que ça doit être lourd sur son épaule. Souvent, ces dames déambulent comme en sautillant, alors que leur palanquin de bambou ploie considérablement à chaque pas.

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Évidemment, la cuisine de rue se consomme à nos risques et périls. J’avoue avoir vécu quelques perturbations gastriques qui ont sérieusement freiné mes ardeurs en la matière. Mais de nombreux Occidentaux vivant ici ne jurent que par la cuisine de rue et la consomment allègrement et en quantité sans le moindre malaise. Mon ami William de Saint-Norbert d’Arthabaska, par exemple, trouve ridicule de payer ailleurs trois ou quatre fois le prix pour un repas de riz frit aux crevettes qu’il paie environ un dollar dans la rue.

Les marchés

Ils bourdonnent d’activités. Une des particularités de la cuisine vietnamienne, c’est qu’on n’y utilise que des produits frais. On se rend donc au marché au moins une fois par jour, souvent deux. Beaucoup de produits sont à même le sol. Voici des images du petit marché à côté du lieu où je travaille :

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Le poisson et la viande sont vendus en plein air… on cherche habituellement à les acheter le matin…

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Cette dame choisit son poulet pour le prochain repas :

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On trouve aussi dans ces marchés des babioles en tout genre :

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Un peu partout dans la ville, au détour d’un coin de rue, dans les parcs, au bord de l’autoroute ou même sur le parapet d’un pont, on trouve de ces marchandes qui s’installent avec leurs produits et leur balance :

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La chaleur

Il fait chaud ces temps-ci. Très chaud. Vraiment, très très chaud. J’ai peine à imaginer que bien des gens ici n’ont pas la clim, j’angoisse juste à y penser. Ces derniers jours, même les Vietnamiens se plaignent de la chaleur, c’est dire… Voici la météo qu’affichait mon ordi le 21 août dernier. Ça m’a donné un choc! Je ne savais pas qu’il était possible que la température ressentie atteigne 50 degrés. J’avais vécu 45 degrés en Inde et je croyais avoir fait l’ultime expérience de la chaleur, mais non! Et c’est arrivé deux autres fois depuis… :

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Je conduisais Amanda hier et même si c’était moins chaud (température ressentie : tout de même un petit 48!), j’avais l’impression que ma peau cuisait littéralement tant le vent était brûlant. Je pense que je comprends maintenant pourquoi les habitants de plusieurs  pays chauds se couvrent le corps en entier et nous trouvent bien bizarres, nous les foreigners, d’offrir notre épiderme en pâture aux éléments.

Le bout de tuyau qui rend heureux

La publicité ici me fait beaucoup rire. On se croirait au Québec il y a 30 ans avec tous les clichés et les artifices que cela peut supposer. Mais l’image qui suit a provoqué chez moi rien de moins qu’un éclat de rire en pleine rue il y a quelques mois :

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Non mais, il faut le faire!

Bizarrerie culinaire

À la frontière de la Chine, plus précisément à Lao Cai où je m’étais rendue pour le travail,  voici ce qu’on nous a servi en accompagnement d’une fondue de fruits de mer et de légumes, qu’on appelle ici hot pot. Remarquez la finesse du corsage et du col. J’avoue que j’ai connu un moment de sidération devant cette apparition…

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Oui, oui, vous avez bien compris. En prenant ses tranches de boeuf, on déshabille la poupée! Pour votre information, la jolie forme de la jupe est donnée par de la glace pilée dessous. Une crinoline de glace en fait. Il paraît que c’est très chinois comme façon de servir. Vous savez quoi? Nous avons tout mangé quand même. Un peu perturbant comme processus, mais très bon quand même.

À très bientôt!

Hmongs noirs et Dzaos rouges

On recense officiellement 54 ethnies au Vietnam. La majorité de la population appartient à l’ethnie Viêt, officiellement appelée Kinh (86 %). Les 53 autres vivent essentiellement dans les montagnes du nord, les plateaux du centre et dans le delta du Mékong au sud du pays, chacune ayant sa propre langue, ses rites, ses codes vestimentaires particuliers — souvent très colorés, parfois curieux à nos yeux. Lors d’une virée mémorable de quelques jours de randonnée dans les villages entourant la ville de Sapa, tout près de la frontière de la Chine, mes comparses et moi avons eu le privilège d’être accompagnées par Ha, une guide provenant de l’ethnie de Hmongs noirs — dont elle a porté le costume traditionnel une bonne partie du temps, sous son parapluie pour se protéger du soleil. Je vous livre en vrac certaines de nos observations et de ce qu’elle nous a raconté de ces cultures pas comme les autres. Je ne me prétends ni anthropologue ni ethnologue, alors des inexactitudes bien involontaires pourraient se glisser dans mes propos. Mon point de vue prend racine dans ma curiosité ravie et parfois ébahie, de même que dans mon désir de partager ce que mon cœur et mes sens ont absorbé au cours de ces journées inoubliables.

Mais d’abord, il y a le décor. Grandiose. Émouvant. Poétique. Fait de montagnes sculpturales et de rizières en paliers. Aussi beau que je me l’étais imaginé. Démonstration éloquente de l’ingéniosité de ces peuplades de labeur. Voyez par vous-mêmes :

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Autre constat initial : que ce soit à Sapa, point de départ et d’arrivée de la randonnée, ou dans les villages, on ne voit pratiquement que des femmes. Les hommes travaillent aux champs, à l’élevage du bétail ou à la construction et ne parlent généralement pas l’anglais, si bien qu’ils restent à l’écart des touristes, une race qui suscite pour eux inconfort et méfiance. Nous avons côtoyé en majorité des Hmongs noirs et quelques Dzao rouges. Dans ces deux ethnies, les femmes s’occupent bien sûr des de la maisonnée et des enfants et cherchent à vendre leurs produits d’artisanat, à base de teinture d’indigo, mais surtout de broderie. Elles offrent leurs produits au marché de Sapa ou exercent le métier ingrat de vendeuses ambulantes, portant un panier d’osier dans le dos : « Where are you from? » — « You buy this? » — « Cheap! Pas cher, pas cher! » Comme leurs langues ne comprennent pas les tonalités si complexes de la langue vietnamienne, on dit que les membres de ces ethnies apprennent l’anglais beaucoup plus facilement que les Viêts, selon ce qu’affirme Ha avec fierté. Car non, ce n’est pas l’amour fou entre l’ethnie majoritaire et les autres. Comme partout ailleurs, la différence se vit difficilement, engendrant moult tensions de tous ordres.

Inlassablement, ces femmes sillonnent les routes, vous abordent à l’auberge au petit déjeuner, au resto à l’heure du lunch, peuvent vous suivre pendant deux heures… Dès qu’elles ont un moment de libre, elles brodent : le soir éclairées par une lampe frontale, assises au bord de la route quand personne n’y passe, au marché au petit matin. Elles brodent, brodent, puis brodent encore. Des motifs complexes aux couleurs magnifiques, œuvres d’art à part entière. Leurs costumes ne sont rien de moins que remarquables. À Sapa, le triste spectacle d’enfants, surtout des fillettes, sollicitant les touristes jusqu’à tard le soir pour vendre petits bracelets de tissus ou de quelconques breloques, est parfois difficile à soutenir. Nous avons croisé une petite cocotte âgée d’au plus cinq ans, un bébé dans le dos, qui pleurait en marchant. Un groupe d’Occidentaux l’a rapidement entourée sans que nous puissions connaître la suite de l’histoire. À grand renfort de panneaux d’information, on incite le touriste à ne pas encourager le commerce ambulant sous quelque forme que ce soit et à plutôt faire des dons à des organismes qui s’occupent de ces populations, mais… cette sollicitation continue, elle, prend des visages bien réels, immédiats, qui parfois chavirent le cœur, mais souvent aussi, envahissent et irritent. J’avoue que le fait d’avoir à composer avec cette sollicitation constante a représenté mon plus grand défi au cours de ces quelques jours. Je n’ai malheureusement aucune solution miracle à proposer pour gérer la chose.

Les Hmongs noirs 

Il s’agit de l’ethnie la plus nombreuse dans les montagnes du nord du Vietnam. Au premier abord, ce sont leurs vêtements qui attirent l’attention. Dès l’âge de 12 ans, la petite fille est initiée à la broderie et commence à confectionner la tenue qui lui servira de robe de mariée. Il lui faudra un minimum d’un an pour compléter son vêtement. La tenue féminine typique comprend un manteau noir ou indigo très foncé qui tombe au-dessus du genou, un pantalon noir ou une jupe de la même longueur et une magnifique ceinture brodée qui tient le manteau en place. Les femmes enroulent très soigneusement autour de leurs mollets soit une longue bande de tissus noire, qu’elles attachent avec une lisière de couleur, soit des bandelettes joliment cousues de perles. À leur mariage, on offre aux femmes de magnifiques bijoux d’argent, surtout de très grands anneaux qu’elles portent souvent plusieurs à la fois aux oreilles. Elles n’arborent leur lourd chapeau traditionnel que dans les occasions spéciales lui préférant autrement jolis foulards carreautés aux couleurs éclatantes, noués autour de la tête. Bon an, mal an, jeune mariée ou grand-mère, chaque femme confectionne une tenue complète par an pour elle-même, pour chaque enfant et pour son mari, avec des motifs de plus en plus créatifs et complexes. Un travail… colossal, à travers le reste!

Le jour de notre arrivée à l’un des villages, nous avons sympathisé avec une dame haute en couleur, qui enseigne le batik et la broderie et a confectionné elle-même tous les articles que contient sa boutique. Après que nous ayons bien échangé et rigolé avec elle, je lui ai demandé de la prendre en photo : elle a couru revêtir son manteau traditionnel pour la circonstance. La voici dans toute sa splendeur, avec sa jupe de batik :

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Nous avons eu la chance d’assister brièvement au festival annuel des Hmongs noirs, dans une jolie vallée bordée d’une rivière. Au cours de cette matinée, en m’éloignant du site pour soulager un besoin bien naturel, je me suis payé le luxe d’une élégance rare de… tomber dans une rizière inondée. Ha me précédait en marchant soigneusement sur le rebord de ladite rizière et, voulant étourdiment prendre un raccourci, j’ai mis le pied dans le petit champ de riz un quart de seconde avant que Ha ne crie : « Nooonnnnnnnn!!!!! »  J’ai senti mon pied s’enfoncer profondément, j’ai oscillé pendant deux ou trois éternités puis me suis lentement effondrée sur le côté droit de tout mon long dans la boue, sauf pour la tête et le bras gauche –  je remercie d’ailleurs chaudement ce dernier du réflexe qu’il a eu de s’emparer des courroies de mon appareil photo et de mon sac à main (contenant bien sûr visa, passeport et argent) pour les maintenir miraculeusement hors de la boue. Du talon de la botte de randonnée jusqu’au cou, je n’étais que boue dégoulinante. Un groupe d’enfants a même interrompu son jeu qui semblait passionnant pour s’immobiliser en me voyant, la mâchoire tombée et l’œil incrédule devant la piteuse foreigner que j’étais alors, au sortir de ma fâcheuse posture. Après que Ha ait délicatement cueilli mes effets pendouillant dangereusement au-dessus de la mare boueuse, je me suis simplement dirigée vers la rivière et y suis rentrée telle quelle, toute velléité de protéger ma dignité ayant fondu comme neige au soleil. Mes comparses n’y ont vu… que de l’eau! Voici quand même quelques silhouettes et visages aperçus lors de cet événement :

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Revêtus de leurs habits traditionnels, les jeunes garçons et les hommes nous donnaient l’impression de dégager une force et une dignité palpables dans leur démarche.

Le mariage chez les Hmongs noirs

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne rigole pas avec le mariage dans cette ethnie. Jusqu’à récemment, tous les mariages étaient arrangés par les familles. Et on se mariait vers 12 – 13 ans (les parents de Ha avaient tous deux 13 ans au moment d’unir leurs destinées!). De nos jours, l’âge moyen des mariés se situe davantage autour de 17 – 18 ans et il y a de plus en plus de mariages « d’amour ». La mariée va généralement vivre chez les parents de son époux et lorsqu’elle épouse l’aîné de la famille, elle devient pour l’ensemble de la maisonnée cuisinière en chef, lavandière, mère, femme de ménage, et tout le tralala… Lorsque le mariage est prévu suffisamment à l’avance, on accorde à la future épouse une année sabbatique complète avant la noce. Elle continue à vivre chez ses parents, mais sans avoir la moindre tâche spécifique à accomplir. Nenni! Elle passe l’année à se reposer et à se préparer à une vie d’intense labeur. Jamais je n’avais entendu parler de pareille coutume. Je suis loin d’être convaincue que je réussirais personnellement à gazouiller et à profiter de la vie à la perspective du destin à venir…

Les rapts

Certaines familles des ethnies du Vietnam, dont les Hmongs noirs, ont une coutume plutôt… particulière. Lorsqu’un jeune homme s’intéresse à une jeune fille et qu’elle ne semble pas répondre à ses signaux de rapprochement, il a recours à un stratagème plus vigoureux : il l’enlève carrément, avec l’aide de sa famille et de ses amis. Notre guide  était convaincue que le festival que nous avons vu allait être le théâtre de quelques kidnappings ce jour-là, ce qui ne semblait  lui causer aucun état d’âme particulier. Lors d’un rapt, on emmène de force la jeune fille chez les parents du garçon qui la convoite et on la garde trois jours, en tentant de la faire changer d’avis. Il semble qu’il y ait très rarement agression sexuelle en pareille circonstance : la jeune fille dort avec une femme de la maisonnée et chacun des membres de celle-ci s’emploie en quelque sorte à la séduire — plus ou moins habilement, j’imagine. À l’issue de ces trois jours, la jeune fille peut en principe refuser l’union qui lui est offerte — du moins il s’agit là de la première version que nous avons entendue, qui nous paraissait somme toute pas si mal. Des questions un peu plus insistantes nous ont amenées à découvrir qu’en fait, une jeune fille qui refuse une union à la suite d’un rapt diminue ses chances d’être choisie par un autre garçon et que sa « valeur marchande d’épouse potentielle » s’en trouve sensiblement affectée.

Bien sûr, l’ouverture sur le monde et les nouvelles technologies ont un impact sur ces sociétés traditionnelles. Mais la fierté de ce peuple et sa loyauté à son histoire et à son passé persistent et restent encore aujourd’hui profondément ancrées.

Les Hmongs fleuris

Nous n’en avons croisé que quelques-uns, dont ces magnifiques jeunes filles :

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Remarquez la richesse des broderies ornant leurs chemisiers. Les Hmongs noirs et les Hmongs fleuris se côtoient en toute amitié. Ha nous a même indiqué qu’elle possède une tenue comme celle que revêtent ces deux jeunes filles, qu’elle a bien sûr fabriquée elle-même, et qu’elle la porte lors de cérémonies rituelles particulières, pour la plus grande joie de son père. Il existe, semble-t-il, nombre de mariages mixtes entre Hmongs noirs et Hmongs fleuris. On porte alors tour à tour l’une ou l’autre des tenues selon l’inspiration du moment.

Les Dzaos rouges

Nous n’en avons que peu appris sur les Dzaos rouges, même si nous avons eu à côtoyer de nombreuses vendeuses ambulantes appartenant à cette ethnie tout au long de notre parcours. J’avoue que leur apparence physique m’a fascinée. Je serai éternellement reconnaissante à toute personne en mesure de m’expliquer comment un groupe d’humain peut en arriver à adopter les canons de beauté qui suivent :

  • Avant son mariage, la jeune fille porte sur la tête un petit foulard rouge bordé de lisières brodées, en plus du reste de leur tenue richement brodée. Jusqu’ici, tout va bien.
  • Au moment de son mariage, la femme dzao rouge rase ses sourcils de même qu’une bonne partie de ses cheveux, ne gardant qu’une « couette » maîtresse qu’elle laisse pousser, enroule sur le dessus de son crâne et recouvre d’une invraisemblable coiffe rouge, dont le mystère reste entier pour moi : comment tout cela tient-il? Pourquoi ce couvre-chef et surtout… comment en est-on arrivé à l’adopter et à y donner un sens?

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De ces quelques jours dans les villages ethniques du nord, je retiens l’incroyable richesse de ces cultures pittoresque, la résilience de femmes créatives, vivantes et profondément attachées à leurs traditions, mais aussi la grande pauvreté, qui s’accroît à mesure que le randonneur atteint des villages de plus en plus éloignés. Un de ces villages nous a sidérées par la saleté des lieux et des enfants et par la douloureuse impression de dénuement abject qui s’en dégageait. Bien sûr, l’industrie touristique a permis à des communautés entières d’améliorer globalement leur sort, comme en témoignent le nombre de petits chantiers de construction et les signes évidents d’un début de prospérité à certains endroits privilégiés. Mais ces sociétés comptent de très nombreux laissés pour contre. Et je n’ose penser à ce que vivent ces populations, ces enfants surtout, durant les froids hivernaux, qu’on dit cruels dans cette région montagneuse.

Un exercice d’ouverture d’esprit

Depuis plusieurs années, le collège où je travaille souligne de façon inusitée (pour nous) la Journée internationale des droits des femmes. Ma jeune collègue française et moi avons été invitées avec beaucoup d’enthousiasme à nous joindre à l’ensemble du corps professoral (féminin à 90 %) et à la haute direction du collège de 15 h à 16 h 30 pour souligner cette occasion. Nous nous attendions à bien des choses, à des discours, à beaucoup de bruit et bien sûr à du karaoké mais… pas à ce qui s’est déroulé sous nos yeux incrédules! Devant un auditoire surexcité, la représentante d’une compagnie coréenne réputée de cosmétiques a procédé à une démonstration détaillée et très élaborée de… maquillage! Oui, oui, les amis : de ma-quil-lage. On a d’abord procédé à un tirage pour désigner la professeur qui allait — honneur suprême — faire office de cobaye pendant 90 minutes. À chaque étape de la procédure, l’animatrice proposait un quizz à l’assistance fébrile par exemple : « Quelles sont les étapes d’un nettoyage de peau réussi? » – « Comment applique-t-on le fond de teint? », distribuant des échantillons de produits aux femmes donnant les bonnes réponses à ce questionnaire édifiant. Je répète : tout cela pendant une heure et demie.

Quand nous avons réalisé la forme que prenait devant nous la célébration de la Journée de la femme, ma collègue européenne, plus juvénilement féministe que moi bien sûr, et moi avons évité de nous regarder pendant un long moment. Raides sur nos petites chaises droites, pincées du haut de nos conceptions et de nos modèles mentaux relatifs à la manière appropriée de souligner cette journée, on entendait presque nos cerveaux survoltés absorber la situation et la traiter intérieurement, les flèches de nos jugements outrés fusant virtuellement de toutes parts. Puis, peu à peu, j’ai tenté de me détendre et d’apprécier ce qui se passait sous mes yeux, de voir plus large, de me décentrer de mon point de vue. Je n’irais pas jusqu’à dire que j’y suis parvenue totalement et que je ne me sentais pas soulagée au moment ou cette activité a pris fin, mais je n’ai pu faire autrement que de voir toutes ces femmes qui rigolaient franchement, blaguaient, se réjouissaient et de me laisser toucher par leur bonhomie et leur joie de passer ensemble un moment d’insouciance à partager cette activité indéniablement féminine. La capacité qu’ont en général les gens, surtout les femmes, à s’amuser ferme et bruyamment non seulement déjoue un grand nombre de préjugés que j’entretenais à leur égard, mais fait parfois franchement envie!

Un faux pas à éviter

J’ai appris récemment qu’un geste tout à fait banal au Québec est à proscrire à tout prix au Vietnam, où il devient complètement déplacé, voire obscène.  Chez nous, quand on veut inviter quelqu’un à s’approcher, on fait ce geste bien précis de la main, en plaçant celle-ci vers le haut et en pliant les doigts vers soi à répétition :

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Tenez-vous le pour dit : on-ne-fait-pas-ça-ici!!! Je vous suggère de me croire sur parole : j’ai fait l’expérience personnelle des grands éclats de rire gras qu’il provoque. Si vous pouvez éviter de vous sentir comme je me suis sentie alors, faites donc, chers amis!

Pour inviter un enfant, un chien ou une personne à s’approcher de soi, on fait le même geste, mais paume vers le bas, comme ceci :

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Comme dirait l’autre, c’est un peu malaisant et très peu naturel comme geste, mais somme toute, beaucoup plus confortable socialement et personnellement. Tenez-vous-le pour dit!

Humour

Une de mes copines s’est acheté un téléphone intelligent en France, qu’elle a demandé de livrer ici, à Hué. De semaine en semaine… pas de nouvelles! Elle s’inquiète et s’informe pour se faire dire que son appareil est retenu à la frontière, mais qu’elle ne doit pas désespérer. Au bout de trois mois, toute joyeuse elle reçoit un papier l’enjoignant d’aller récuper son téléphone à la poste. Voici la photo de ce qui était inscrit sur son paquet — l’histoire ne dit pas si l’auteur du message est français ou vietnamien, mais l’usage de l’anglais suggère la seconde option. Qui que ce soit, je salue son sens de l’humour!

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Sur ce, je vous dis… à la prochaine!

Christiane, Hué, le 25 mars 2018

Le Bouddha et la soie

Les temples d’Angkor

La cité d’Angkor à Siem Reap, au Cambodge. Site mythique de l’architecture sacrée, s’il en est. Mes comparses et moi y avons passé des moments qui resteront à jamais gravés au fond de nos cœurs, tant nous y avons vu et goûté de beauté. Alliant ambition grandiloquente et ardente dévotion, les dieux-rois de l’empire khmer ont érigé des centaines de temples de plus en plus imposants entre les années 800 et 1300 de notre ère, chacun tentant de surpasser son prédécesseur – comme quoi le jeu du « Mon père est plus fort que le tien » et « Ma maison est plus grande que la tienne » a de profondes racines… Voici ce que nous dit le Lonely Planet, fidèle compagnon du voyageur enthousiaste :

Angkor est l’un des sites les plus saisissants de la planète. Alliant les proportions grandioses de la Grande Muraille de Chine, le raffinement du Taj Mahal et la symétrie des pyramides, il mériterait le titre de huitième merveille du monde.

Rien de moins, les amis! On dit du temple d’Angkor Vat, le plus grand édifice religieux du monde, qu’il est une réplique miniature de… l’univers! – J’avoue en toute humilité que mon génie limité en la matière n’a pas vraiment réussi à capter la chose, malgré la confiance indéfectible que j’accorde aux auteurs de notre vénérable guide de voyage. Pendant deux jours, nous avons visité cinq temples lentement, presque langoureusement,  en dégustant ces structures, ces statues et ces bas reliefs envoûtants et en nous imprégnant de l’atmosphère sacrée des lieux, malgré une marée de touristes pas toujours d’humeur contemplative. Toutes trois avons été particulièrement touchées par 2 de ces merveilles :

Bayon :

Des larmes me sont montées aux yeux lorsque j’ai pénétré dans l’enceinte du temple aux 216 visages d’Avalokiteshvara, qui représente la force agissante du Bouddha. Une telle force paisible se dégage de ces sculptures gigantesques!  J’ai été prise par surprise — vlan! – en plein plexus. DSC02369.jpg

Voyez encore :

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Et que dire des 11 000 bas reliefs s’étendant sur une surface de 1,2 kilomètre :

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Un pont bien particulier :

En route vers le temple suivant, nous avons emprunté un pont bordé de divinités éthérées tenant entre leurs mains un immense serpent :

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Ta Prohm :

Dans un tout autre registre, ce temple baigne dans une atmosphère mystérieuse, surréelle, celle de la nature qui reprend ses droits sur le genre humain. L’effet est saisissant :

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À la fin de notre deuxième journée de visite, nous nous sentions comblées, repues, en besoin intense de digestion et d’intégration, si bien que nous avons renoncé à la troisième journée de visite à laquelle nous avions pourtant droit. Il nous semblait qu’un trop-plein d’accumulation d’images menaçait d’édulcorer celles déjà emmagasinées.

Les artisans d’Angkor et la soie

La guerre civile du Cambodge a sévèrement mis à mal l’ensemble des métiers de l’artisanat. Ils avaient pratiquement disparu. Les Artisans d’Angkor, projet social lancé en 1992 par le gouvernement cambodgien, a vigoureusement redynamisé ce secteur de l’économie et de la vie culturelle, tout en fournissant des emplois stables et bien rémunérés à de jeunes Cambodgiens issus des milieux ruraux et en permettant la renaissance de l’artisanat khmer traditionnel – sculpture sur bois ou sur pierre, métiers de la soie,  laquage et dinanderie (fabrication d’objets de cuivre et de laiton).  En banlieue de Siem Reap, nous avons visité avec fascination et respect une ferme dédiée à la fabrication et au tissage de la soie. Voici ce que nous y avons appris :

Le ver à soie :

Son existence prolifique se déroule sur un cycle d’environ 47 jours.

  • La chenille, qui ne niche que dans des feuilles de mûriers — allez comprendre ce caprice de la nature — met de 10 à 12 jours à produire un papillon.
  • Sitôt né, celui-ci s’adonne tout de go à des ébats amoureux pendant… 12 heures après quoi le mâle, épuisé, s’éteint!
  • Voici quelques spécimens qui, à mon sens, ne payent pas vraiment de mine :

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  • 12 heures plus tard, la femelle pond, puis rend l’âme à son tour. Voici quelques exemplaires de ladite progéniture :

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  • Pendant de 23 à 24 jours suivant son éclosion, le bébé ver à soie va grandir et profiter, toujours en se nourrissant de nos feuilles de mûriers. Je vous présente un groupe de vers à soie ados :

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  • Le ver se met ensuite à tisser son cocon. C’est en fait sa bave qui constitue le fil dans lequel il s’enroule. À terme, ce fil continu, à la fois d’une finesse et d’une robustesse remarquables, mesure… 400 mètres!!! Les cocons, d’un beau jaune chatoyant, ont l’air de ceci :

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  • On recueille 80 % des cocons avant que les papillons ne se forment, car lorsque ceux-ci s’extirpent du cocon, ils en brisent le précieux fil. 20 % des cocons sont donc conservés à des fins de reproduction. Le reste finit… à la casserole!

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  • Le dévidage commence alors. Il s’agit de trouver les fils d’origine, puis de les enrouler autour de bobines. J’ai appris avec grand intérêt que la soie brute est formée à partir de la partie la plus extérieure du fil du cocon. Légèrement plus épaisse, elle comprend aussi les aspérités qui font son charme.

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  • La dame affectée au dévidage « pêche » les fils des cocons et ceux-ci s’enroulent autour d’une grande bobine. Un seul fil serait trop fragile : ce sont de 3 à 6 fils qui sont dévidés en même temps et qui se soudent dans le processus.
  • Lorsqu’ils deviennent plus fins, on coupe les fils et les cocons passent à la station suivante, ou ils serviront à fabriquer la soie fine.

Comme l’étape de décoloration recèle encore plusieurs mystères pour la néophyte de la soie que je suis, vous me pardonnerez de la passer sous silence.

  • Une étape invraisemblable s’ensuit : une fois blanchie, la soie est montée fil par fil sur une trame pour être teinte. Je dis bien : fil par fil. On utilise de microscopiques crochets pour passer les fils, un à un, à travers d’impossiblement minuscules trames. Voyez par vous-même :

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  • La soie est alors teinte selon le procédé du batik. L’ouvrière affectée à cette tâche utilise de très minces lanières de plastique très souple pour faire des nœuds d’après de motifs savants, avant de passer à des couches successibles de teinture.

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  • La trame est ensuite teinte et les fils enroulés un à un sur des fuseaux qu’il faut savoir… ne pas mélanger!!!
  • Le tissage commence alors. Cette dame doit « passer » chacun des fuseaux dans le bon ordre, tout en activant les pédales du métier à tisser pour faire monter et descendre les « porte-trame ». À tout moment, la tisserande doit savoir où elle en est : elle doit parfois gérer une soixantaine de bobines. Le tout exige une concentration… indéfectible!

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Une fois cette visite complétée, on ne regarde plus jamais une écharpe de soie tissée main de la même façon. Imaginez la complexité de réalisation du motif ci-dessous :

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En fouinant dans la boutique attenante à l’atelier, je n’ai pas eu envie de sourciller le moins du monde quand j’ai vu un magnifique châle finement tissé à 150 USD…

Un rite funéraire inusité

Reculons de quelques jours. Sur le bac en route vers Cat Ba et la baie de Lan Ha, nous avons côtoyé un convoi funéraire qui transportait une urne de faïence rectangulaire… sur un scooter faisant office de corbillard! On reconnaît un convoi funéraire par le bandeau blanc que portent, sur le front et noué à l’arrière, les proches de la personne décédée. Qu’on se le dise — le port du bandeau blanc, par ce qu’il évoque, est à proscrire complètement et définitivement pour toute personne séjournant au Vietnam. Comme je m’étonnais de la forme de l’urne  et de sa dimension considérable (environ 75 cm par 50 cm et 40 cm de hauteur), notre guide Long m’a gracieusement expliqué sa compréhension de ce dont nous étions témoins.

Dans la partie plus nordique du Vietnam — ce qui n’est pas le cas à Hué — on procède non pas à un enterrement à la suite du décès d’une personne, mais à deux et ce, à quelques années d’intervalle. Normalement, le deuxième enterrement a lieu 3 ans après le premier, mais si la personne a eu un cancer ou a pris de nombreux médicaments pendant sa vie, il faut attendre davantage, jusqu’à cinq ans dans le pire des cas. On estime que l’enveloppe charnelle a habituellement besoin de 3 ans pour se décomposer, mais que ce processus prend davantage de temps lorsque le corps n’était pas sain au moment du décès.

Le principe de base de cette pratique prend sa source dans la croyance que les os du défunt — tous les os du défunt, sans aucune exception — doivent être conservés indéfiniment pour assurer son repos et son bonheur dans l’au-delà. Lorsqu’une personne décède, on l’enterre dans un cercueil « normal ». Dans la majorité des cas, c’est donc après 3 ans qu’on procède à une pratique très singulière à nos yeux : après avoir consulté un shaman, un voyant ou un maître du culte qui indiquera à la famille quel est le moment approprié pour procéder à l’exercice — toujours entre minuit et cinq heures du matin —, la famille passe la nuit tout près de l’endroit où le corps a été inhumé pendant que des spécialistes procèdent à l’exhumation du corps, à la collecte du squelette et au transfert des os dans l’urne appropriée.  La prudence exige de surveiller de près l’opération, effectuée par des spécialistes en la matière embauchés pour la circonstance, car il existe un risque important que des malfrats dérobent un ou plusieurs os en cours d’opération,  pour ensuite exiger une rançon, sachant l’importance qu’accorde la famille à l’intégralité du squelette.  Le second enterrement a souvent lieu près du site de naissance du défunt, ce qui explique que notre convoi funéraire se soit ainsi déplacé.

Autres lieux, autres mœurs!!!

Un repos bien mérité

Comme en Inde, le tuk-tuk est un mode de déplacement privilégié au Cambodge, alors qu’on voit davantage de cyclopousses au Vietnam. Les chauffeurs et propriétaires de tuk-tuks passent parfois de longs moments à attendre de nouveaux clients : c’est pourquoi ils se reposent alors dans de sympathiques hamacs, à même leur véhicule. Ingénieux, non?

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À bientôt!

Le 9 mars 2018

 

 

 

Baie de Lan Ha, laque et Nouvel An lunaire

Le 20 février 2018.

Pour mon plus grand bonheur, je parcours actuellement une partie du centre et du nord du Vietnam avec deux grandes amies du Québec, Madeleine et Évelyne. La baie d’Along nous attirait bien sûr par ses paysages fascinants dont nous avons tous vu des images saisissantes (voir le bandeau ci-dessus), mais nous craignions aussi la triste surexploitation touristique du lieu. Sachez au passage qu’on vient d’y inaugurer un immense parc aquatique à l’américaine — le Sun World Ha Long Park — avec glissages d’eau gigantesques, manèges dernier cri et téléphérique à deux étages! Au grand dam de la population locale, des promoteurs sans scrupule, bien sûr accointés avec des fonctionnaires du même acabit, rognent de plus en plus ces trésors naturels pour distraire le touriste occidental et lui en mettre plein la vue — en passant par leur poche…

Bref, nous avons opté pour la baie de Lan Ha, qui jouxte la baie d’Along. Ne le dites à personne : c’est le secret le mieux gardé au Vietnam! Mais quelle heureuse décision que d’y passer deux jours en jonque privée – où nous avons eu droit à un traitement de princesses par un équipage de quatre hommes plus gentils et attentionnés les uns que les autres. On dit que les rochers karstiques de la baie de Lan Ha ont un volume légèrement moindre que ceux de la baie d’Along. Mais nous nous sommes littéralement gavées d’images majestueuses, dans un décor paisible, frayant doucement notre chemin le long de villages flottants de pêcheurs, pisciculteurs et ostréiculteurs. À preuve :

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Puis :

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Un des villages flottants :

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Mon coup de cœur : cette dame qui ramasse des coquillages sur les rochers :

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Ce voyage, c’est aussi une histoire de rencontres de cœur, d’abord avec notre équipage, puis avec un groupe d’Européennes croisées dans une petite station de pisciculture. Voyez à droite de la photo notre capitaine, Binh, qui enserre affectueusement et le plus naturellement du monde notre guide Long, puis ces femmes croisées par hasard et avec qui le courant a tout de suite passé, fluide et joyeux, l’espace de quelques minutes de partage et d’ouverture.

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L’art de la laque

En route vers la baie de Lan Ha, nous avons visité un atelier, jumelé à une magnifique boutique, géré par une coopérative formée par le village de Ha Thaï, entièrement dédié aux métiers de la laque. Nous avons pu y observer en direct des artisans à l’œuvre. À l’origine, ce procédé visait simplement à protéger les objets usuels en les enduisant de couches successives de sève de laquier, d’une remarquable résistance lorsque séchée. Dans certaines traditions bouddhistes, on utilisait même la laque pour momifier les corps.

Il faut entre trois et six mois pour produire un objet ou un tableau laqué. Il existe trois techniques que l’on mixe dans certains cas. D’abord, la peinture traditionnelle, faite à main levée. Cet artisan consacre toute sa vie professionnelle à la seconde technique, celle de la nacre. Son métier : « scieur de nacre ». Minutieusement, patiemment, inlassablement, il découpe les dessins que l’on appliquera sur le bois.

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La troisième technique, apparue plus récemment, gagne rapidement en popularité : on se sert de minuscules morceaux de coquille d’œuf de cane pour produire des images, des formes et des jeux de lumière souvent spectaculaires. Voici un artisan à l’œuvre :
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Ce long procédé, qui a commencé lors de la préparation de la plaque de bois ou de l’objet, se poursuit par l’application de plusieurs couches successives de laque, poncées de plus en plus finement après chaque séchage. Voici un des artisans laqueurs qui passe sa vie les mains dans l’eau!

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Bien sûr, nous n’avons pu résister à nous procurer chacune une de ces pièces touchantes, exécutées avec respect et amour par des artisans fiers de leur tradition, qui refusent même d’ouvrir de nouveaux marchés pour préserver la qualité de leur procédé ancestral. La main-d’œuvre se fait rare et s’érode doucement…

Le Nouvel An lunaire

Pendant la période du Nouvel An lunaire ou Têt, tout le pays se fige dans l’intemporalité pendant presque deux semaines. Une très grande partie de la population ne bénéficie que de ces quelques jours de congé au cours de l’année, travaillant sept jours par semaine le reste du temps. En guise de préparation pour le Nouvel An, on nettoie en profondeur son lieu de vie et chaque famille doit en principe acquérir une décoration ou un meuble neuf, si possible de belle valeur. Le culte des ancêtres est au cœur du Têt. La veille du Nouvel An, lors d’une cérémonie rituelle, on les invite à se joindre à la famille pendant quelques jours. On leur offre moult victuailles, fleurs, faux billets d’argent, vêtements et objets de papier sur l’autel qui leur est réservé, puis on fait brûler ce qui se consume et on consomme le reste trois jours plus tard, en leur enjoignant de regagner le monde des défunts jusqu’à la prochaine année. Le matin du Têt, on visite famille élargie, voisins et amis selon un horaire généralement établi par le voyant ou le shaman. On accorde en effet une grande importance au premier visiteur de la maisonnée, qui portera chance ou malchance à la famille. Pendant presque deux semaines, de très nombreux commerces ferment carrément leurs portes : la population s’occupe essentiellement à festoyer, à boire (beaucoup!), à jouer aux cartes, aux dés et, bien sûr, à faire du karaoké.

Le banh chung

Chaque famille vietnamienne possède sa recette de gâteau de riz, le banh chung, préparé pour l’occasion. De forme cylindrique ou carrée, il s’agit d’une mixture de riz gluant, de haricots mungos et de poitrine de porc bien grasse, enveloppée dans une feuille de dong et cuite pendant au moins 10 heures.

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En voici l’intérieur :

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Une légende explique l’adoption du banh chung comme mets national. Jadis, après un demi-siècle de règne, le roi Hung souhaitait céder son trône à un de ses 20 fils, mais il ne savait lequel. Il organisa une compétition en demandant à chacun de parcourir le monde à la recherche d’un plat qui pourrait devenir un mets national. Plusieurs de ses fils fortunés organisèrent des expéditions élaborées et se rendirent aux confins de la terre afin d’y dénicher des plats exotiques et raffinés. Le plus démuni d’entre eux se voyait déjà perdant, ne disposant ni d’équipage ni d’argent. La recette du gâteau de riz lui fut révélée lors d’un rêve. De forme carrée, il représente la terre, qu’on croyait plate à cette époque. Quant à elle, la forme ronde évoque le ciel. Le papa roi fut conquis par la simplicité, la noblesse et le goût exquis — permettez à mes papilles de relativiser ce jugement — de ce gâteau. Vous connaissez la suite.

Autres particularités : les décorations. Voici la version vietnamienne de l’arbre de Noël, un mandarinier d’une espèce dont le fruit n’est pas comestible, que l’on retrouve à l’entrée de chaque maisonnée, souvent flanqué de jolis mobiles appelant bonne fortune et, bien sûr, prospérité. Lors des semaines précédant le Têt, on en retrouve des milliers à vendre sur les trottoirs, qui parent joyeusement la ville :

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Finalement, voici l’équivalent de notre poinsettia national, qui orne chaque maison au centre du Vietnam. On utilise plutôt le pêcher au nord du pays, car là-bas, on associe le chrysanthème jaune aux rites funèbres. Gare aux fautes de goût!

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La légende de la carpe koï

Il me semble qu’à chaque fois que je demande à un ou une ami-e vietnamien-ne l’origine d’une coutume ou d’un rite quelconque, on me répond par une légende. J’ai demandé à ma copine Thu pourquoi, chaque premier jour d’un mois lunaire, y compris au Têt, de nombreux Vietnamiens relâchent-ils des poissons rouges dans un cours d’eau. Voici sa réponse.

En fait, on utilise des poissons rouges à défaut de la carpe koï, qui jouit d’une belle réputation au Vietnam. Il y a fort longtemps, il y eut une grave sécheresse sur la terre, car le dragon, associé en Asie à la pluie régénérante et à l’abondance, avait mystérieusement disparu. Le dieu du ciel réunit donc toutes les créatures de la terre et leur dit : « Si l’un d’entre vous réussit à franchir trois grandes vagues successives de l’océan, je le transformerai en dragon. Il pourra mettre fin à la sécheresse en faisant pleuvoir des torrents d’eau sur la terre et deviendra ainsi un grand héros ». Or, les vagues terrifiaient toutes ces créatures par leur ampleur et leur force extraordinaires. Un tilapia décida de relever le défi. Il rassembla toute son énergie, s’élança dans la mer et… piqua du nez au choc terrible de la première vague. Le dieu du ciel le remercia de son courage et en guise de récompense, lui accorda certaines des caractéristiques faciales du dragon. Après bien des hésitations, la crevette tenta sa chance. Bravement, elle franchit la première vague, s’attaque à la deuxième sur laquelle elle se cassa le dos, ce qui lui donna — pauvre chérie — sa forme actuelle. Pour la consoler, le dieu du ciel lui ajouta aussi quelques traits dragonesques. Le courant de terreur qui traversait l’ensemble des créatures terrestres ne cessait de s’intensifier jusqu’à ce que, imperturbable, une carpe s’avance et se mette à nager droit dans les vagues, les franchissant une à une avec une force et une détermination remarquables. Au terme de son exploit titanesque, elle se transforma en dragon, libéra des torrents de pluie sur le peuple en liesse, puis s’envola dans les cieux vers le royaume des dieux. Depuis lors, on porte un tel respect à ce poisson qu’on l’honore à chaque début de mois lunaire en lui rendant sa liberté et que jamais on ne le consomme.

Le triangle de la séduction

J’ai déjà évoqué la coquetterie des femmes vietnamiennes. Pendant la période du Têt, elles portent l’ao dai, vêtement traditionnel d’une grande élégance, composé d’un large pantalon et d’une jolie tunique qui a par ailleurs l’inconvénient de ne rien pardonner au moindre amas de chair, si infime soit-il. Alors que nous parlions de la beauté de ce vêtement à Long, notre guide de la baie de Lan Ha, celui-ci nous a révélé un détail tout à fait charmant. Il semble que les hommes rivent généralement leur regard à un endroit bien précis de cette sobre tenue, qu’on appelle fort joliment « le triangle de la séduction ». À vous de localiser celui-ci :

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Le viagra vietnamien

Il existe en Asie de nombreux produits plus qu’étonnants à nos yeux d’Occidentaux. L’alcool de lézard gagne jusqu’ici pour moi la palme de la bizarrerie. Mais attention! Alors que cet élixir stimule la vigueur de l’homme d’un âge respectable, il provoque l’effet inverse chez ceux de moins de 50 ans. Je vous en rapporte une fiole?

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Allez! Mes copines et moi mettons le cap sur Siem Reap au Cambodge pour quelques jours… Hen gap lai (à bientôt)!

 

 

 

 

 

La vie de « foreigner » au Vietnam et… petite virée à Hanoï

Hué, le 3 février 2018.

Foreigner, c’est le terme utilisé ici pour désigner tout étranger en séjour court ou prolongé en sol vietnamien. Le foreigner dispose tout de go d’un statut particulier qui peut prendre de multiples formes, des plus commodes (comme l’accès aux toilettes de tout établissement commercial sans question aucune) aux plus incommodantes (je ne m’habitue pas aux regards insistants des enfants quand je fais la queue au supermarché et j’ai beaucoup de mal avec le fait qu’on me charge automatiquement le double, sinon le triple du prix d’un article parce que je suis étrangère). Sachez cependant qu’il existe différents types de « foreigners ».

  • Le voyageur classique,  facilement reconnaissable par ses vêtements sport bon chic bon genre. Il utilise beaucoup le « cyclopousse », séjourne dans les beaux hôtels, fréquente les restaurants plus chics et ne reste que le temps de visiter le quartier de la Citadelle et quelques tombeaux (au demeurant, magnifiques).
  • Le voyageur « sac à dos », appelé ici le « backpacker ». Plus jeune, il crèche dans une des multiples petites auberges vietnamiennes (10 $ – 15 $/nuitée), adore les restos de rue (street food) qui vous servent un bon repas pour 1,25 $ – 1,50 $, boit beaucoup de bière (le vin coûte ici très cher, alors qu’on achète une bière à l’épicerie pour 0,50 $ et 1,00 $ dans les bars populaires). Il a l’allure du hippy des années 60 et reste assez souvent longtemps, étant donné le coût de la vie ridiculement bas et la gentillesse des Vietnamiens.
  • L’expatrié : voilà une race bien précise de foreigner : sa particularité réside dans le fait qu’il a été envoyé par son pays pour vivre au Vietnam et qu’il est rémunéré par son pays d’origine. Il existe deux catégories d’expatriés (les « expats ») :
    • Celui qui travaille pour un organisme à but non lucratif. Il y en a de nombreux, en grande majorité des jeunes Européens et Américains du Nord, qui réalisent des mandats de 3 mois à un an en général — il semble que la durée des mandats soit en voie de réduction. Il vit souvent en colocation ou loue une chambre chez une famille vietnamienne (le manque d’intimité et l’intrusion légendaire des Vietnamiens met souvent rapidement un terme à ce genre d’arrangement). Quelques-uns, comme moi, louent une maison à eux seuls — choix très étrange aux yeux d’un Vietnamien. Son allocation lui permet de bien vivre. Il fréquente d’autres étrangers, mais aussi des amis vietnamiens qui parlent anglais, voyage le plus souvent possible, suit des cours de vietnamien pendant 3 mois, après quoi il renonce à apprendre la langue.
    • L’expatrié qui travaille pour une entreprise privée. Il est carrément riche au Vietnam! Il se mêle généralement peu aux Vietnamiens et vit dans des maisons ou des complexes résidentiels très sélects. Il existe à Hué un complexe hôtelier et résidentiel, le Cocodo, ou plusieurs expatriés vivent pratiquement en autarcie. J’ai aussi vu à Da Nang un édifice clôturé et sécurisé, à l’image des « gated communities » aux États-Unis, qui héberge ce type de communauté. Les restaurants qu’il fréquente et les voyages qu’il fait relèvent du monde du jet set. Règle générale, il n’apprend pas le Vietnamien.
  • Le résident d’adoption. J’en ai rencontré plusieurs qui, pour différentes raisons, ont élu domicile à Hué, généralement à la suite d’un coup de cœur. Habituellement, les hommes se marient à des Vietnamiennes et les femmes sont seules ou en couple avec un autre étranger. Plusieurs de ces nouveaux résidents fondent des entreprises, particulièrement dans le domaine de l’hôtellerie, un secteur en expansion exponentielle à la grandeur du pays.
  • Le professeur d’anglais. Ils sont légion, toutes nationalités confondues. On en recherche à la tonne à la grandeur de l’Asie. Nul besoin d’un réel diplôme en la matière pour enseigner la langue de Shakespeare — les critères de sélection sont très… élastiques! Bien des Vietnamiens aussi enseignent l’anglais, ce qui me donne des frissons dans le dos quand je pense à ce qu’ils transmettent à leurs étudiants comme accent! D’ailleurs, à heures d’enseignement égales, un prof vietnamien gagne sensiblement moins qu’un prof foreigner, ce qui ne scandalise personne ici. Hué compte un grand nombre de professeurs d’anglais. Certains habitent ici depuis très longtemps, d’autres changent de pays aux 2 ou 3 ans. Les profs d’anglais ont la réputation de beaucoup faire la fête. J’avoue avoir été témoin pas plus tard qu’hier soir d’une scène éthylique assez disgracieuse impliquant 4 de leurs spécimens parmi leurs plus éclatés. Bref, je constate qu’il existe un certain snobisme de l’expatrié par rapport au professeur d’anglais. On m’a même repris avec vigueur un jour que je parlais de notre ami William-de-Saint-Norbert-d’Arthabaska comme d’un expatrié : « Ce n’est pas un expat, c’est un prof d’anglais! » m’a-t-on répliqué avec fermeté.
  • L’électron libre, par définition atypique. Je connais une jeune et énigmatique documentariste serbe monoparentale, dont le fils est inscrit à l’école locale — fait rarissime. Son dernier film traitait d’une prison pour mafieux en Sicile. Personne ne comprend d’ailleurs comment elle a pu pénétrer de l’intérieur ce milieu surréel. Elle réalise actuellement un documentaire sur son propre père, qui a baroudé sa vie durant à la grandeur de la planète et me paraît lui aussi porter une histoire de vie pleine de méandres insoupçonnés, mélange d’opacités et de moments lumineux de tout acabit. Il y a aussi John, un Australien de 77 ans qui consacre sa retraite, par ses propres moyens, à aider de jeunes Vietnamiens à partir en affaires. Une faune au parcours singulier, mue par des élans et des courants mystérieux, et dont on devine souvent un passé et des racines complexes ou douloureuses.

Le statut de foreigner colore éminemment les rapports hommes-femmes. Bien sûr, il existe de réelles histoires d’amour entre étrangers et Vietnamiens. Le jeune homme foreigner constitue par ailleurs une proie de choix pour bien des jeunes vietnamiennes, par la promesse qu’il représente d’un avenir meilleur. Plusieurs hommes m’ont confié avoir été fréquemment et pas toujours subtilement approchés par le sexe opposé, ce dont certains profitent abondamment, créant ainsi bien des drames. Alors que l’on convoite le jeune étranger dans une perspective d’espoir à long terme, la jeune foreigner est approchée dans une perspective… à beaucoup plus court terme! On la perçoit comme facile. Le seul soir où je suis allée danser avec mes jeunes copines, j’ai été témoin d’une drague des moins élégantes. Un homme incommodait ma jeune amie Odile, tentant même de me demander d’intercéder en sa faveur! Quand je lui ai pris la main pour lui montrer son alliance à coup de gestes véhéments, il ne comprenait manifestement pas quel pouvait être le problème!

Clins d’œil d’Hanoï

J’ai eu la chance de faire un court séjour à Hanoï pour le travail — j’y animais un atelier auprès d’un groupe de gestionnaires. J’ai bien sûr greffé un petit week-end à ce séjour et vous livre donc en vrac quelques impressions.

Le lac Ho Hoan Kiem

Hanoï est parsemée de jolis lacs, dont un assez grand, le lac Ho Hoan Kiem. J’en ai fait le tour à 6 heures du matin, pour voir la vie qui s’y déroule. En chemin, je voyais les petits restaurateurs préparer la nourriture pour l’assaut matinal, dans un froid de canard. J’ai aimé l’atmosphère un peu brumeuse des rues, le calme relatif avant la cohue inévitable. Voici un petit resto de rue tout ce qu’il y a de plus typique, avec les tout petits sièges et les tables en plastique :

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Autour du lac, on s’active à qui mieux mieux. Ça jogge, ça s’étire, ça « push-up », ça    « zoumbe », ça fait du tai-chi, de la danse en ligne avec un petit haut-parleur (très rigolo, mais je n’en’ai pas osé prendre de photo des « madames », toutes vêtues de t-shirt jaune serin), ça médite, etc. Voyez plutôt :

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J’ai vu mon premier Macdonald depuis 4 mois, sans grand plaisir je l’avoue. Voici quand même le spécial Macdo à l’occasion de la fête du Têt (Nouvel An lunaire), avec des frites rondes (!) et un breuvage pétillant à la fraise assez suspect :

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Les petits marchands

Voici aussi deux images plus que typiques ici. D’abord, un homme qui transporte des œufs en scooter. Étant donné l’état des rues et la folie indescriptible de la circulation à Hanoï, il faut être très zen pour livrer ce type de marchandise de cette façon :

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Et cette commerçante, comme il y en a des milliers et des milliers, qui gagnent quelques dollars par jour pour nourrir leur famille qui habite souvent en dehors de la ville. Elles dorment souvent dans des dortoirs qui leur coûtent moins de 0,50 $ :

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Resto de rue 

Nous voici, avec ma collègue Kariann et une cliente, à un resto très couru pour sa spécialité, une soupe aux boulettes de bœuf servie avec des nouilles, de l’ail, des piments et une montagne d’herbes savoureuses. Délicieux!

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Bière et café aux œufs

Vous avez bien lu : de la bière et du café aux œufs! Il s’agit d’une spécialité d’Hanoï. Vous devinerez ma réaction plus que dubitative quand on m’a affirmé que je devais ab-so-lu-ment goûter ce café. Eh oui! J’ai d’abord regardé ma copine Kariann s’attaquer bravement à sa bière. Son verre contenait un œuf battu bien mousseux, dans lequel elle a versé le contenu de sa cannette. J’ai été sidérée de la voir dire que c’était plutôt bon et… bien moelleux!!

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Je n’ai pu échapper à mon café, servi — je ne sais pas trop pourquoi — dans un bol d’eau chaude. Comme vous le constatez, c’est un peu à reculons que je me suis exécutée…

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Et vous savez quoi? Ce n’était pas mauvais du tout! J’ai tout bu, et sans me forcer! Si vous souhaitez essayer, je vous refilerai l’adresse avec plaisir…

La fête du Têt arrive à grands pas, tout comme mes deux complices Madeleine et Évelyne, avec qui je passerai les prochaines semaines de congé à découvrir de nouveaux lieux et à partager ceux que j’ai eu le bonheur de connaître depuis mon arrivée. J’aurais sûrement plein de choses à vous raconter sous peu. D’ici là, je vous souhaite un joyeux Nouvel An lunaire!

 

Christiane

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Une arrivée canon!

Bonjour ! Je fais une première expérience de blogue, en toute simplicité, pour le plaisir du partage et de l’écriture. Pour le moment, je ne compte pas publier à une fréquence déterminée… Au début, il y aura plusieurs articles, car j’ai plein de choses à raconter sur mon arrivée et mes premières observations, mais par la suite, tout dépendra de l’inspiration. Les photos incluses dans cet article ne sont pas de moi, je ne suis pas encore rendue à afficher mes propres photos… S’il vous plaît, si vous avez des améliorations à suggérer à la novice que je suis, n’hésitez surtout pas à le faire. Alors, voilà, je me lance !

Le 24 septembre 2017

Me voilà au Vietnam depuis maintenant 6 jours : j’ai le sentiment d’y être depuis des mois, tant il s’est passé de choses !

D’abord le voyage : tout s’est passé comme sur des roulettes, mais des roulettes, disons… un peu longues. Montréal-Toronto, Toronto-Séoul, Séoul-Da Nang : ouf !… Ah ! Si jamais vous faites escale à Séoul, sachez que l’aéroport met à la disposition des voyageurs en transit — une race habituellement épuisée et un rien irritable — un étage entier dédié à leur confort. Tout simplement génial. Douches gratuites, zones de silence dans la pénombre, salles de jeu pour les enfants et même… salle de méditation ! J’ai pu avec une reconnaissance sans borne dormir un beau 2 heures étendue de tout mon long, à côté d’une religieuse portant le costume de la congrégation de Mère Thérésa. Moment de bonheur.

Au sortir de l’avion à Da Nang, il est 21 h 30. Je suis dans un état avancé de confusion par rapport au temps : j’ai pris mon premier vol à 9 h à Montréal dimanche matin et j’arrive… lundi soir à 21 h 30. Bonjour décalage horaire !

Ma première impression au sortir de l’avion ? Je me sens comme une quiche que l’on enfourne. Tout simplement incroyable !!! L’espace d’un éclair, j’ai envie de rebrousser chemin vers un endroit climatisé, n’importe lequel et de dire « Non, non… excusez-moi, je me suis trompée, ramenez-moi à Montréal ». En une nanoseconde, la chaleur et l’humidité m’enveloppent complètement, ma peau devient instantanément moite et que dire de mes pauvres cheveux… Mais comme la foule grouillante de gens que je vois a l’air capable de vivre dans ce climat invraisemblable, j’imagine que je le serai aussi. Alors courage. J’avance.

Deuxième moment de bonheur : je vois mon nom écrit en belles lettres bleues, bien soignées, sur un grand carton. Une petite larme aurait envie couler de mon œil gauche, mais je réussis à me contrôler avec, disons-le sans ambages, une belle force de caractère. Mon gentil chauffeur me fait signe de le suivre et j’obtempère allègrement. Autre contraste météorologique : il fait un froid de canard dans le taxi. La fatigue aidant, je grelotte si bien qu’après 10 minutes, j’arrive à coups de signes malhabiles à faire comprendre au chauffeur que j’apprécierais qu’il baisse la clim. Depuis mon arrivée, je constate que ces transitions sont constantes et demandent une certaine gestion ; le châle léger est pour l’Occidentale que je suis un très bon compagnon vestimentaire.

L’hôtel qu’on m’a réservé est confortable et sympathique. Belle surprise au réveil : j’ai pleine vue sur la mer de mon balcon. La plage est immense, magnifique, parsemée de ces drôles de petits bateaux de pêche tout ronds.

Plage Danang 2

De Da Nang, je n’ai pas le temps de voir grand-chose : par ailleurs 2 attractions retiennent mon attention : le pont-dragon, très pittoresque — il crache même du feu une fois par semaine, pour vrai (voir la vidéo ci-dessous) — et les 2 magnifiques, immenses bouddhas blancs qui surplombent chacun des côtés de la baie. Voici donc le pont dragon :

Pont dragon2

Le voici en action :

Et voici un des bouddhas blancs :

Bouddha blanc 1

Les Vietnamiens sont industrieux : j’ai une matinée de congé (baignade, longue marche au bord de la mer), après quoi le programme d’intégration commence, dense, intense. Je suis chaudement accueillie, merveilleusement encadrée par Ngoc (essayez, juste pour voir – de prononcer son nom tout haut), la représentante régionale de l’Entraide universitaire mondiale Canada, qui m’embauche. Elle m’informe, me bichonne en veillant à ce que j’aie tout ce dont j’ai besoin, elle me fait rencontrer les autres expatriés à Da Nang, m’explique le contexte de mon mandat, me renseigne sur la culture vietnamienne, sur les surprises que je risque de rencontrer, vient avec moi à la clinique médicale pour me rassurer sur la qualité des soins de santé auxquels j’ai accès. Elle est efficace, attentionnée, belle, élégante, posée. C’est mon premier ange.

Nos journées sont pleines de 9 h à 22 h. Formation, formalités diverses, rencontres avec 2 des expatriés de l’EUMC à Danang, Kariann et Rodrigo, visite et dîner éclair à Hoi An, une magnifique petite ville, ancien port le plus important du Vietnam et site déclaré patrimoine de l’UNESCO, où je compte bien revenir. Je n’ai pas l’intention de publier plusieurs photos de moi dans ce blogue, mais je vous présente quand même Ngoc, Kariann et Rodrigo :

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Ngoc parle plutôt bien anglais, mais… Oh my god !… son accent !! Par exemple : la lettre « k » semble… ne pas exister pour elle — ni pour l’ensemble de ses concitoyens d’ailleurs. Cela donne « Lie that » au lieu de « Like that ». Le « sh » pose également un défi, si bien que « She is… » devient « Se is… », il faut deviner que « wèk » signifie « work », et ainsi de suite. À la fin de mes deux jours et demi à Da Nang, j’ai le cerveau en compote ! Mais je suis ravie, joyeuse, à la fois très énergisée et fatiguée.

C’est ainsi que le troisième jour après mon arrivée, Ngoc et moi mettons le cap sur Hué, où m’attendent mille découvertes : j’ai hâte de rencontrer mes clients et de faire connaissance avec cette ville qui m’accueillera pour la prochaine année.

Rendez-vous très bientôt pour la suite « huesque » !