Léopold, le bienheureux

La faune des étrangers qui ont élu domicile à Hué comporte quelques « électrons libres », c’est-à-dire des personnes au profil et au chemin de vie atypiques. Je vous présente l’un d’eux : mon ami Léopold.

Ce qui frappe au premier abord chez cet homme à la longue silhouette voûtée et au visage fin, c’est son regard. Ses beaux yeux bleus se posent sur vous certes avec vivacité, mais aussi avec une certaine douceur souriante. Si on pousse un peu plus loin l’investigation, on décèle sous cette affabilité une grande curiosité, un désir de contact ou plutôt, un désir de connaître, de découvrir, toutes antennes dehors. Un peu plus loin encore apparaît ce que j’appellerais une joyeuse irrévérence. On pressent chez ce personnage — car de personnage il s’agit — un monde intérieur intense et… pas comme les autres.

Les origines

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Français d’origine polonaise et retraité, Léopold vit à Hué depuis six ans. C’est ici qu’il a connu sa compagne Andréa, belle Allemande spécialisée dans la restauration d’édifices culturels historiques, qui vivait ici depuis plusieurs années déjà au moment de leur rencontre. Andréa mène au Vietnam, au Laos et au Myanmar une carrière florissante, s’attirant le respect non seulement des autorités de la ville et du pays, mais de tous ceux œuvrant dans le domaine, comme en fait foi un très beau documentaire qui lui a été consacré il y a quelques mois. Des Vietnamiens qui font un documentaire sur une foreigner — une femme en plus! –  qui dirige des projets et des équipes de restauration de monuments historiques vietnamiens : il faut le faire! Le couple que forment Léopold et Andréa n’a vraiment rien de banal.

Par quels méandres de l’existence Léopold en est-il venu à élire domicile dans l’ancienne capitale impériale du Vietnam? Son parcours m’a fascinée…

Après la Première Guerre mondiale, l’Allemagne avait une dette de guerre colossale envers la France. Elle disposait de trois façons de s’en acquitter : soit en la payant en or, soit en cédant à la France certaines de ses industries ou en lui fournissant un nombre prédéterminé de travailleurs miniers. L’Allemagne choisit cette troisième option et les grands-parents de Léopold, qui vivaient alors en Silésie, décidèrent de profiter de l’opportunité et des conditions alléchantes qui leur étaient offertes pour prendre un nouveau départ dans l’existence. Chaque famille se vit attribuer à Lille une maison en rangée dotée d’un grand jardin. L’Église catholique — les syndicats français avaient réussi à obtenir la construction d’écoles et d’églises catholiques polonaises dans chaque quartier ouvrier — jouait un rôle très important dans le quotidien de la communauté et la maintenait fermement sous sa houlette religieuse et culturelle. Le jeune couple engendra trois filles et dix garçons. Le père de Léopold, cadet des garçons, fut le seul qui vécut au-delà de l’âge de 40 ans, les neuf autres étant décédés de silicose dans la fleur de l’âge. Prématuré et chétif, on le jugea trop faible pour « faire mineur ». Il devint tailleur, métier qui lui valut de belles années de relative prospérité, car les ouvriers polonais, plus sophistiqués que leurs collègues français, revêtaient le costume et le haut-de-forme pour aller à la messe le dimanche!

Léopold, qui était le plus jeune d’une famille de deux garçons et une fille, naquit plusieurs années après les deux aînés. Pour la plus grande fierté de ses parents qui valorisaient les études, la stabilité et la réussite sociale, son grand frère fit de brillantes études d’ingénierie dans une grande école et accéda assez rapidement au poste de  Directeur de la recherche de l’Institut français du pétrole. Ses parents espéraient que Léopold foule les mêmes sentiers que son aîné, d’autant plus qu’il réussissait très bien en sciences et en mathématiques. Il fut accepté dans une grande école d’ingénierie et… y resta trois jours, au grand dam de la famille!

Le jeune adulte

Un chapitre marquant de l’histoire de la France eut une grande influence sur le parcours de Léopold : il avait 18 ans au moment des événements de mai 1968, qu’il vécut avec une grande intensité, de l’intérieur. Cela provoqua chez lui une profonde remise en question des diktats culturels et sociaux. Il décida de vivre sa vie à sa façon, en fonction de ses propres croyances et valeurs, se méfiant à tout jamais des systèmes établis.

Comme il était doué pour les langues, notre ami décida de faire une licence en allemand, langue qu’il parlait déjà avec grande aisance — même plus que certains de ses professeurs. Il vécut des années académiques plutôt légères, ne se présentant la plupart du temps qu’aux examens, qu’il réussit intégralement et haut la main. Sa licence en poche, il se fit professeur d’allemand. Il tint neuf mois. Force lui fut de constater que la dynamique professeur/élèves de lycée ne le branchait aucunement. Il occupa une brochette de petits emplois successifs pendant quelques années, allant même jusqu’à tâter de métiers aussi invraisemblables (pour qui le connaît maintenant) que bûcheron et débardeur — de nuit en plus! Il va sans dire que Léopold se cherchait, parfois sûrement sous l’œil ahuri de ses parents!

L’artiste

En parallèle à sa vie professionnelle hors norme, il commença à côtoyer un groupe d’artistes, amis de sa copine de l’époque et future épouse. Ce monde qu’il n’avait jamais eu l’occasion d’approcher le toucha et le stimula au plus haut point : il se sentait avec eux, pour la première fois de son existence, en pays de connaissance, en résonnance, intensément vivant. Il s’inscrit donc aux Beaux-Arts, d’abord comme étudiant libre, puis il se prit au jeu in intégra le programme régulier. Il avait 30 ans, ce qui lui conféra un statut particulier auprès des professeurs, dont il dépassait certains en âge. Ces années d’études furent bouillonnantes, joyeuses, foisonnantes, heureuses. Sa démarche artistique l’amena à créer des « machines amoureuses » — des « installations » qui mettaient ainsi à profit à la fois sa créativité et son don pour les sciences. J’avoue en toute humilité que malgré des explications fort convaincues de Léopold, mon cerveau bien cartésien le pauvre s’est senti un peu dépassé par le sujet. Essayons tout de même : il s’agissait d’engins munis de mécanismes automates, que Léopold installait dans des endroits publics, invitant des hommes et des femmes (couples hypothétiques, confirmés, tentatifs ou en devenir), à s’asseoir aux côtés de ladite machine et à réagir à une « proposition » que celle-ci produisait généralement toutes les demi-heures.  Je laisse à Léopold le soin de vous expliquer la chose, prototype à l’appui :

 

La sirène de Dunkerke

Cette œuvre, conçue en 1989 pour avoir une durée de vie de deux semaines, a connu jusqu’à ce jour un destin hors du commun, qui a complètement échappé à son créateur, mais de bien jolie façon. La sirène, qui s’inspire d’une vierge couchée d’un des tableaux de Michel-Ange, a été installée à la verticale sur une bouée, à quelques kilomètres du port de Dunkerke. À l’origine, elle devait émettre périodiquement un signal en morse, tout simplement : « oui, oui… » Son inauguration, entièrement financée par Léopold, a donc eu lieu en mer au son d’un quatuor à vent embauché pour l’occasion. Peu à peu, le personnel et les marins des Phares et balises de Dunkerke se sont entichés à la sirène et ont conçu toutes sortes de manœuvres pour retarder son démantèlement, malgré les demandes répétées de l’administration de procéder à son retrait. Au moment ou un gestionnaire à bout de patience s’apprêtait à signer son arrêt de mort, un employé a produit in extremis un document officiel qui rendait le retrait de l’œuvre impossible. On l’avait fait baliser officiellement sur les cartes maritimes, si bien que tout bateau s’approchant du port allait s’attendre à la trouver sur son chemin à défaut de quoi il se croirait perdu.

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La sirène se tailla une place considérable dans la grande famille maritime. Un des marins des Phares et balises avait indiqué dans son testament le désir que ses cendres soient dispersées aux pieds de la sirène. Un règlement fut adopté pour l’occasion. À ce jour, ce lieu reste le seul endroit en mer française ou il est légal de disperser des cendres. Près de 400 personnes ont depuis choisi ce lieu pour leur dernier repos. C’est aussi de la sirène de Dunkerke que se fait le départ du tour de France en bateau et qu’il se conclut.

Enfin, un événement remarquable démontre avec éclat l’ampleur de l’attachement de la communauté maritime dunkerquoise à cette œuvre de Léopold. En 2005, la chaîne qui retenait la sirène à une amarre sous-marine se rompit et elle alla se fracasser sur les rochers. Le personnel des Phares et balises se mobilisa et réussit à recueillir la somme impressionnante de 20 000 euros, puis contacta Léopold pour qu’il la recrée. Bien sûr, notre ami accepta cet honneur avec enthousiasme.

Si vous passez par les eaux du port de Dunkerke, ne manquez pas de saluer cette sirène au karma unique.

Le travail

Même s’il faisait office de précurseur en matière de simplicité volontaire, Léopold devait quand même gagner sa vie. Un de ses amis l’aida, avec sa copine, à obtenir des contrats avec la chaîne de télévision France 3. Il y resta comme pigiste de longues années. Au début, il exerça des tâches qui nous font aujourd’hui sourire :

  • écrire des génériques de fin d’émissions que l’on déroulait et filmait manuellement.
  • inscrire en direct les résultats lors des tournois de tennis de Roland Garros, ce qui exigeait beaucoup de présence et d’attention.
  • écrire en direct les réponses des participants à des jeux-questionnaires télévisés.

Graduellement, comme il se montrait habile et qu’on appréciait sa compagnie, il obtint des contrats dans le domaine des décors, d’abord à la télévision puis peu à peu au cinéma, où il connut de très belles années et dont le point culminant fut un contrat de peintre-décorateur pour le film « Les amants du Pont-Neuf ». Mais jamais Léopold n’a voulu occuper un poste régulier. Lorsqu’il avait besoin de revenus, il passait le mot à son réseau et les propositions arrivaient.

En marge de ses projets de production personnelle et de ses contrats à la télé et au cinéma, Léopold a de longues années durant consacré beaucoup d’énergie à animer un lieu de rencontres artistiques très couru à Lille en matière d’art contemporain. En fait, il « tenait salon ». Il avait loué un espace et y invitait des artistes à venir exposer ou à se produire, et ce, tout à fait gratuitement. Il assumait lui-même toutes les dépenses liées au lieu. Il offrait à boire aux visiteurs et parfois même à manger! Pour son plus grand bonheur, le lieu perdure encore aujourd’hui, un successeur ayant repris le flambeau en maintenant la même philosophie d’ouverture.

La retraite

La pression croissante des impératifs économiques dans le milieu du cinéma a eu pour effet qu’à un moment, Léopold a cessé de se reconnaître dans cette approche de faire toujours plus avec moins et il a tiré sa révérence, même si cela signifiait la précarité financière d’une bien petite rente de retraite. Homme fondamentalement optimiste et tourné vers le possible plutôt que l’inaccessible, il résolut, d’autant plus qu’il était devenu veuf, d’élire domicile là où ses moyens financiers lui permettraient tout de même de bien vivre, c’est-à-dire en Asie. Après un essai peu concluant au Japon malgré son intérêt prononcé pour ce pays, il vint séjourner chez des amis à Hué pour finalement y prendre racine, car il s’y est rapidement beaucoup plu. De Hué, il apprécie le climat, la bonne humeur et la gentillesse ambiante, la quasi-absence de délinquance et ce qu’il qualifie d’aspect bon enfant des relations hommes/femmes. Bien sûr, il est de tous les trop rares événements culturels de Hué et participe régulièrement aux activités organisées par l’Association française de la ville.

Depuis quelques années, Léopold vit avec Andréa dans une jolie maison au bord de la rivière. Le matin, il écoute religieusement France Culture. Puis il s’adonne à une passion qui s’est manifestée il y a environ un an et qui occupe maintenant plusieurs heures de son temps par jour : la peinture.

Voici son atelier :

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Et parmi ses oeuvres, ma préférée (il s’agit d’Andréa, bien sûr):

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Pour finir, voici une « machine » que Léopold a fabriquée et offerte à Andréa pour ses 50 ans. À mon sens, elle illustre à merveille toute l’originalité et la singularité de cet homme hors du commun. Il s’agit d’une machine qui fait le compte à rebours des heures de vie qui restent à son amoureuse avant qu’elle n’atteigne l’âge de 100 ans. Et cela fonctionne, depuis quelques années déjà, à 20 minutes près! Voici Léopold devant ladite machine :

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Avouez que comme cadeau d’anniversaire personnalisé, il est difficile de faire mieux!

Il y a quelques semaines, je passais la soirée avec quelques amis, dont Léopold et Andréa. Vient sur le sujet un homme bien connu à Hué, mais très contesté et voilà que Léopold fait valoir un aspect très positif de l’individu en question. Puis Andréa s’exclame dans un grand sourire, sans charge aucune à l’endroit de son conjoint : « C’est bien Léopold, ça! Il voit toujours tout avec des lunettes roses! » Force m’est de constater, à partir de ce que je sens de cet homme et du plaisir que j’ai à passer du temps en sa compagnie, que cette attitude lui sied très bien et explique au moins en partie cette sérénité joyeuse qui émane de lui.

Le café le plus cher au monde

Lors d’une petite virée dans les montagnes du sud du pays le mois dernier, à Dalat, ma fille Amélie et moi avons visité une plantation de café et avons goûté à un café vraiment, mais vraiment très particulier : le kopi luwak, dont on récolte les grains… dans les excréments de civettes asiatiques,  genre de belettes, dont on fait l’élevage principalement en Indonésie, au Vietnam, aux Philippines et au Timor oriental!

Comment en sommes-nous arrivés là, vous demandez-vous peut-être…

On raconte qu’au dix-huitième siècle, les Néerlandais créèrent des plantations de café dans leurs colonies, tout en interdisant aux fermiers indigènes d’en cueillir les grains pour leur consommation personnelle. Ceux-ci découvrirent que les civettes mangeaient les fèves de café et en rejetaient les graines encore entières dans leurs excréments. Nous avons appris aussi que lors de la récolte du café, on cueille habituellement les fruits  en vrac, à tous les stades de maturité : les fèves vertes pas encore mûres comme les rouges qui sont bien à point. Dans l’image qui suit, on voit quelques fèves mûres.

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Or, notre amie la civette aborde le café en véritable connaisseuse : elle n’en consomme que les « cerises » d’un beau rouge profond et ne digère que la pulpe, rejetant les grains de café après qu’une de ses enzymes digestives en ait retiré l’amertume. Voici les grains lavés et séchés provenant de cette source, avouons-le, assez saugrenue :

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Selon Wikipedia, la café civette se vend jusqu’à 6,600 $ USD le kilo au Japon et aux états-Unis. Un établissement australien le vendait 50 $ la tasse en 2006. Il a même valu en 1995 à un chercheur américain, John Martinez, le prix IG Nobel (IG pour ignoble), un prix parodique du Nobel décerné chaque année à dix auteurs de recherches insolites provoquant la réflexion…. et l’hilarité.

Les avis varient diamétralement sur le sujet. Alors que certains se pâment devant ce nectar dont ils vantent la douceur et la subtilité sublime du goût, d’autres crient à l’imposture face à ce qu’ils appellent le sh… café. Bon. Amélie et moi en avons chacune consommé une tasse. Alors, me demanderez-vous? Mmmmmm… Honnêtement, je n’ai eu aucune expérience gustative transcendante. J’avoue cependant que le fait que nos deux guides aient refusé ledit café et qu’ils observaient notre dégustation avec un air un peu goguenard au coin des yeux a rendu mes papilles plus que dubitatives.

Une brève recherche sur le Web m’a révélé qu’on utilise le même procédé au Pérou pour le café Misha, mais cette fois-ci avec les déjections d’un mammifère de la famille des ratons-laveurs, le coati. Un producteur brésilien prétend même que le café qu’il produit avec l’aide gastrique du jacu, un oiseau proche du faisan, respecte en tous points les règles sacro-saintes de la bio-dynamique, telles que stipulées par Rudolph Steiner lui-même. Dans le nord de la Thaïlande, c’est l’éléphant (!) qui met son tube digestif à contribution dans la production du café Ivoire Noire, vendu à 35 $ la tasse.

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La. nature – et la créativité de l’homme – n’auront de cesse de m’ébahir!

Pour finir

Un nouvel élément s’ajoute maintenant à mon quotidien : je vous présente Amanda, qui succède à Georges. Plus costaude que son prédécesseur, elle me procure, en plus de la joie intrinsèque de la conduite sur deux roues, un sentiment de sécurité et de solidité.

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Je sais, je sais… certains de vous s’inquiètent que je veuille encore conduire un scooter après avoir eu un accident de la route. Bien sûr, une certaine appréhension m’habite, mais sachez qu’à Hué et au Vietnam en général, il est moins périlleux de circuler motorisé qu’à pied, tant on bafoue ici le pauvre piéton!

Avouez qu’elle est mignonne, non?

 

 

 

 

 

 

 

Le quotidien à bâtons rompus (2e épisode)

Le 10 décembre 2017

On gèle à Hué ! Qui l’eût cru ? Eh oui ! Je goûte l’hiver vietnamien. Rien à voir avec nos rigueurs québécoises, mais tout de même, je me suis acheté une couette et… une chaufferette ! Le climat s’est tranquillement refroidi au cours des dernières semaines, si bien que j’ai dû sensiblement regarnir ma garde-robe par trop optimiste (pulls, manteau et chaussettes, alouette !). Entendons-nous : à son plus bas, le mercure a atteint 15 degrés, mais… l’humidité extrême fait que ça vous rentre dans les os et qu’on n’arrive pas à se réchauffer. Quand je parle d’humidité extrême, je mesure mes propos : entre 90 et 100 %, ce qui entraîne les effets suivants :

Les moisissures :

C’est un problème majeur dans de nombreux d’édifices. Par chance, la structure de ma maison est épargnée, mais les murs de celles que j’ai visitées en regorgeaient. Étrangement, le bois, le carton et le cuir attirent la moisissure comme la misère chez le pauvre monde. En voulant jouer aux dominos l’autre jour avec ma petite copine Nhi, j’ai constaté que la boîte qui les contient avait muté d’un beau brun à… un vert plus que suspect ! Même phénomène à l’arrière des quelques cadres dans lesquels j’ai inséré des photos de mes proches.  Voici  l’état dans lequel j’ai trouvé mes boucles d’oreille en bois hier. J’en ai nettoyé une pour que vous puissiez bien voir la différence :

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Pourtant, ces boucles d’oreille étaient suspendues à l’air libre, sur un petit porte-bijou. Surprenant.

La lessive :

Elle ne vient pas à bout de sécher ! La fin de semaine dernière, j’ai constaté que les vêtements que j’avais lavés la semaine précédente n’avaient pas encore séché après… 6 jours ! J’ai donc décidé de passer à l’attaque et d’acheter un sèche-linge façon asiatique. Voici l’animal :

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Il s’agit d’un genre de tente dans laquelle un bidule électrique propulse de l’air chaud. L’engin ne peut contenir que peu à la fois, mais ma foi, cela fonctionne.

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Je désespérais de redormir un jour dans des draps secs, mais mon nouveau compagnon domestique a réglé l’affaire en une petite heure.

Il faut croire que les mœurs vietnamiennes déteignent sur moi : me voici avec mon ami Thuy, venu m’aider à faire mes achats hivernaux :

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Les dangers de chute:

L’air est parfois tellement saturé d’eau que les planchers de céramique deviennent complètement mouillés, comme si on venait de les laver à grande eau. Très périlleux pour le petit peton pressé !

Parlant de bâtons rompus, je partagerai maintenant avec vous en vrac quelques-unes de mes observations au quotidien.

Le comportement à table

Je l’ai mentionné à quelques reprises : j’adore la cuisine vietnamienne. Fraîche, goûteuse,  très variée et raffinée au quotidien. J’ai jusqu’ici considéré que mes amis les Français gagnaient haut la main la palme de ceux qui se nourrissent le mieux au jour le jour. Malgré tout mon amour pour la France, ses victuailles et ses ripailles, je m’incline devant la qualité exceptionnelle de l’alimentation au pays du dragon. Que dire du rapport qualité/prix ? Imbattable. Ou peut-être ex aequo avec l’Inde.

Par ailleurs — il y a un « mais » — on repassera en ce qui a trait aux manières à table. Aïe aïe aïe ! Laissez-moi vous dire que le charme gastronomique vietnamien en prend parfois pour son rhume. On mastique et on parle ici la bouche pleine en « sapant » allègrement. On ne se gêne pas pour renifler parfois très bruyamment et… grassement (désolée, mais… observation anthropologique exige). Enfin, je ne m’habitue pas… aux cure-dents, omniprésents sur les tables et abondamment et minutieusement utilisés, même par la plus élégante des dames !

Ma prof de vietnamien, Katie, m’a raconté qu’il y a quelques années, elle avait obtenu un emploi comme jeune fille au pair au Danemark. Après 3 jours en poste, la famille qui l’employait lui a annoncé de but en blanc son congédiement. Elle a insisté pour connaître la raison de cette décision, car elle avait l’impression d’avoir déjà créé des liens significatifs avec les enfants de la maisonnée. On lui a confirmé que les enfants l’aimaient effectivement beaucoup, mais… ses patrons ne pouvaient pas supporter une minute de plus ses manières exécrables à table. Elle leur a demandé de lui laisser une chance et réussi à modifier sa façon de manger, mais cela s’est avéré pour elle une tâche titanesque. Si vous venez au Vietnam, je vous suggère donc de vous préparer mentalement à cette réalité, quitte à faire de la visualisation… sonore ! La pilule sera plus facile pour vous à avaler –  silencieusement, bien sûr.

Le karaoké

Qu’on se le dise  : on adore le karaoké au Vietnam. De multiples bars de karaoké parsèment la ville. Tout est prétexte au karaoké – les mariages, les fêtes de famille, les réunions professionnelles, les changements de saison, tout. Si vous louez une chambre d’hôtel ou une maison, je vous conseille fortement de faire un inventaire attentif de ces établissements dans votre futur environnement immédiat, sous peine d’exaspération quotidienne, de crise nerveuse ou d’anxiété chronique. Et sachez que l’amour du karaoké ne fait pas qu’on chante plus juste pour autant.

Une chose m’étonne particulièrement : cela fait trois fois que je suis invitée à des fêtes officielles au collège où je travaille et à chaque fois, ces célébrations ont lieu le matin, à huit heures ou à neuf heures. Si le fait de commencer une journée de travail par l’écoute de discours officiels en Vietnamien — on adore le discours officiel ici —, constitue en soi un  défi, imaginez maintenant que ces discours, prononcés comme si l’auditoire au complet souffrait de surdité congénitale, soient suivis d’une séance enthousiaste et convaincue de 90 minutes de karaoké. C’est le triste sort qui m’a été réservé lundi dernier, entre 9 h 30 et 11 h — par ces propos, j’espère m’attirer votre compassion rétrospective. Seule foreigner dans la salle, on observait de très près mes réactions, guettant toute marque d’appréciation. Peut-être l’appareil auditif vietnamien possède-t-il un gène différent des miens. C’est ce que me laissaient croire les sourires ravis et les mimiques enchantées de mes collègues alors que j’avais envie de hurler et de m’arracher les cheveux jusqu’à la boule à zéro pour que cesse le supplice. Je suis restée souriante, calme et polie, applaudissant et hochant de la tête. À 11 h, j’étais épuisée.

Les superstitions

Les « fortune tellers » gagnent sûrement très bien leur vie au Vietnam. On les consulte systématiquement pour tout événement d’une quelconque signification. La date et l’heure de la cérémonie du mariage sont déterminées par le diseur de bonne aventure. La réception du mariage, précédée par les célébrations bouddhistes rituelles d’abord chez les parents de la mariée puis chez ceux du marié, peut avoir lieu un beau lundi après-midi de 13 h à 15 h. La réception se borne à un repas de 2 heures, mais auquel on convie des centaines de personnes — 400 dans le cas du mariage de ma collègue Ngan, auquel j’assisterai le 31 décembre prochain. Je vous en reparlerai sûrement. Fait plus troublant, le fortune teller décide de la date de naissance des bébés, ce qui a pour conséquence que les mamans n’hésitent pas à commander une césarienne pour se conformer  à ces prédictions. Semble-t-il que le phénomène est très fréquent. Il existe de multiples croyances quant à ce qui porte chance ou malchance. Par exemple, Ngan ne m’invitera pas au mariage rituel qui aura lieu chez ses parents, car cela impliquerait que je l’accompagne à la résidence de son futur époux. Or, la présence d’une personne divorcée lors du mariage rituel porte malchance aux futurs mariés. Notre autre collègue ne pourra pas non plus assister au rituel, car elle est enceinte, ce qui, aussi, porte malchance au jeune couple (j’avoue que je comprends moins bien cette dernière croyance, mais… qui suis-je pour juger de la validité de ce qui porte chance ou pas ?) L’autre soir au restaurant en attendant le repas, le jeune William tapait sur le bord de son bol avec ses baguettes, un peu comme s’il avait joué de la batterie, ce qui a suscité une vive réaction chez nos amis vietnamiens. Ce geste, accompli lors de cérémonies rituelles, vise à inviter la présence bienveillante des ancêtres décédés. Il devient très inapproprié hors de ce cadre. Des baguettes plantées à la verticale dans un bol de riz rappellent l’encens utilisé dans les cérémonies funéraires et portent donc malchance.

Dans un autre ordre d’idées plus joyeuses, on croit ici qu’une personne qui mange lentement deviendra riche, car elle digérera bien, aura faim moins rapidement et dépensera donc moins que les autres. Ceux qui marchent lentement auront une bonne vie, pour une raison que je laisse à votre imaginaire. Peut-être seront-elles plus attentives à leur environnement, se donnant ainsi les moyens de mieux composer avec les événements qui se présentent à eux.

Je sens qu’il ne s’agit là que de la pointe de l’iceberg et qu’il me reste beaucoup à découvrir en la matière. Je trouve cela passionnant.

Quelques perles culinaires

Certains menus comprennent les traductions françaises, ce qui donne lieu à de jolies interprétations, parfois… créatives. À vous de juger parmi ce que j’ai relevé dans différents établissements :

  • Brochettes de boules de porc
  • Soupe de frit au crabe
  • Salade de poulet au persicaire (svp, si quelqu’un peut m’éclairer…)
  • Poulet sauté à la noix de cazou (j’ai eu peur au gazou)
  • Pot au feu aux fruits de mixte
  • Salade de caesar
  • Tournedos lucullus aux pommes frites (lucullus… là, je ne vois vraiment pas)
  • Sandwich au jampon (ce qu’une petite lettre peut faire)

Voici aussi quelque chose qui m’a bien fait rire jusqu’à ce que j’y goûte. J’ai un préjugé favorable pour la nourriture de Hué, vous le savez. J’ai donc mordu à pleines dents dans un biscuit qui m’était offert. C’était infect ! – à mon goût bien sûr. Avouez qu’un biscuit au poulet… il faut le faire ! Repérez bien l’image de la belle cuisse de poulet sur cet emballage. Appétissant, n’est-ce pas?

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Pour finir sur une note hivernale

Pour mes amis du Québec tout spécialement, voici une image que m’a fait parvenir mon amie Marie-Ève. Je vous mets au défi de ne pas sourire…

Courage pour les mois à venir, et à bientôt !

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Hué, la ville douce

Le 28 septembre 2017

Alors, où en étions-nous ?

Ah oui !

Je suis arrivée il y a une semaine jour pour jour à Hué. Sachez tout de go que mon arrivée n’a rien eu de glorieux. Je vous l’assure !!

Ngoc (au fait, est-ce que quelqu’un pourrait m’expliquer pourquoi son nom se prononce N-G-O-P ???? Il faut aussi que le « o » soit descendant — allez-y, essayez !) et moi arrivons jeudi dernier à 11 h au petit hôtel choisi par l’EUMC (Entraide universitaire mondiale Canada) pour ses coopérants volontaires. Trois étages à pied. Bon, ça va, c’est bon pour la santé. J’entre dans la chambre… et me mets à pleurer comme une gamine ! C’est minuscule. Le lit est accoté dans un coin de la chambre. Il n’y a aucun espace de rangement à part 6 crochets au mur. Une fois que le lit, les valises et moi-même occupons simultanément nos espaces respectifs (valises fermées, je précise), il ne reste de libre qu’environ 2,5 pieds carrés de plancher. Je ne me vois pas passer 3 semaines dans ce réduit. Oui, mais… « Je suis coopérante volontaire, c’est quand même propre, le portier vient de forcer à hue et à dia pour monter mes valises dans ma chambre, les gens à la réception sont exquis, pour qui je me prends, moi qui suis si privilégiée ? »… puis « Oui, mais, je suis fatiguée, je vais devoir littéralement vivre dans mes valises empilées les unes sur les autres pendant 3 semaines, je dois commencer le travail dès cet après-midi, c’est quand même un peu beaucoup, j’aurai bien le temps de vivre à la vietnamienne plus tard, mais là, je suis exténuée et j’ai tellement chaud… » Petit moment de vérité pour moi : ce n’est pas au-dessus de mes forces, s’il le faut je le ferai, mais je n’ai vraiment pas envie de rester dans cette chambre. Désolée si j’en déçois certains, mais… c’est ainsi ! Je frappe donc à la porte de la chambre de Ngoc. J’essaie de parler calmement, mais mes larmes se remettent à couler. Ngoc ne fait ni une ni deux : elle qui s’apprêtait à faire une sieste m’enjoint de la suivre pour trouver un autre hôtel pour demain. Je vous l’ai dit : c’est un ange. Il y a plusieurs hôtels autour. L’un d’entre eux attire tout de suite mon attention. Je suis embarrassée de le dire, mais c’est un gros hôtel de style occidental, genre Hilton ou Sheraton. Bref, je salive, je deviens gaga. Nous y allons. On nous fait asseoir, on nous offre un jus de fruits, nous visitons une magnifique chambre, le spa, la belle salle à manger, la piscine sur le toit. Je veux, je veux, je veux, na !!! – Vous ai-je dit que j’ai déjà été plus brillante ? C’est plus cher que ce que l’EUMC paie normalement. Pas de problème, je paierai la différence : un gros 12 $ canadien par jour. Me voilà rassérénée, même un brin guillerette. Je déménage demain. Yé !

Un mot sur les noms d’établissements. L’hôtel qui fait l’objet de ma convoitise s’appelle : l’hôtel Romance. Je ne sais pas pour vous, mais il me semble qu’au Québec, ce serait plutôt le nom d’un petit motel louche du boulevard Hamel à Québec… J’ai vu pas mal de ce genre de chose depuis mon arrivée : on veut faire exotique, classe,… c’est gentil, mais il manque souvent, c’est dommage, jjjjjjuste un petit quelque chose — j’y reviendrai dans un autre article. Mais tandis qu’on y est, voici un autre exemple : à Da Nang, à côté de la plage, il y a un joli café qui s’appelle — tenez-vous bien — Le Café de l’amour ! L’expresso y est correct, mais… il faut le faire comme nom, non ?

Revenons à nos moutons. L’après-midi de cette même journée, nous rencontrons la direction du Collège de tourisme de Hué, notre partenaire local, mon client. Petite surprise. Je m’attendais à être reçue dans le bureau de la vice-rectrice, à faire connaissance peut-être autour d’un thé, à discuter gentiment à bâtons rompus. Erreur. Dès notre arrivée, on nous précipite presque dans une grande salle avec de très longues tables disposées en U, Ngoc et moi d’un côté et… toute l’équipe de gestion du collège, c’est-à-dire 8 personnes, de l’autre. Mon ange québécois (mon pré-ange en quelque sorte, c’est-à-dire Louise B., ma prédécesseure dans ce projet jusqu’en juin dernier), m’avait avertie que les Vietnamiens sont souvent assez formels. Elle ne pouvait si bien dire. On nous montre une vidéo du Collège, au demeurant très bien faite, puis on me demande de me présenter. Tout le monde prend des notes. Beaucoup de notes. Puis la vice-rectrice me fait part des 6 priorités sur lesquelles la direction souhaite que travaille. C’est passablement différent de ce qui était prévu comme mandat, mais je comprends vite qu’on a ajusté celui-ci en fonction de mon CV. La première priorité qu’on me communique consiste à donner des ateliers sur la gestion des ressources humaines. Quand je demande quels sont les enjeux auxquels fait face le Collège en matière de gestion des RH, je sens vite que ce genre de question ne se pose pas, du moins pas dans ce contexte. Impair. Et ma tenue n’est pas appropriée. Toutes les femmes ont des manches — je n’en ai pas. Je suis habillée plutôt informellement — les femmes sont habillées « en dimanche », très coquettes. Bon, je devrai m’ajuster. Précisons aussi que la rencontre se déroule à 70 % en vietnamien, 20 % en anglais et 10 % en français, car la vice-rectrice a étudié au Luxembourg dans sa jeunesse. On ne peut évidemment pas me traduire tout ce qui se dit. Drôle de feeling auquel j’ai avantage à m’habituer dès maintenant. Au demeurant, ai-je le choix ? Mais je réussis à les faire rire et finalement, la réunion se décoince et se termine dans la bonne humeur.

On me fait visiter les bureaux, les salles de cours, puis l’hôtel de 24 chambres, ouvert au public. C’est très joli, bien tenu, le personnel est d’une gentillesse remarquable, la piscine est invitante. Les gens sont tellement fiers de leur établissement ! Madame Nga (essayez…), la vice-rectrice, me montre une des plus belles chambres en m’indiquant souhaiter que j’y habite pour l’année, qu’on me ferait un bon prix, que ce serait si pratique… « You lie it? What you ting? » Je patine, je bafouille, je dis que je souhaite avoir une maison ou un appartement pour avoir un espace plus personnel… J’esquive, bref, je-sais-pus-quoi-dire ! Je voudrais juste boire une tasse d’eau chaude et aller dormir, mais… nous avons un souper en mon honneur ce soir !

C’est beaucoup, mais en même temps, je fais l’objet de tellement d’attention et je sens de leur part une telle volonté de bien faire que je me prête volontiers au jeu. Au souper, les jeunes serveuses sont intimidées de servir à la fois la grande patronne, la représentante de l’EUMC et la madame du Canada. Anh (enfin un prénom abordable) nous accompagne. Belle jeune femme dans la vingtaine, elle travaille dans la même pièce que moi ; elle est mon interprète, ma guide, ma compagne désignée pour l’année. C’est mon deuxième ange, que je ne cesse d’apprécier depuis.

Louise B., mon ange québécois, m’avait avertie que les Vietnamiens n’ont aucun problème à parler leur langue en présence d’étrangers. Eh bien… elle ne pouvait mieux dire ! Je suis un peu décontenancée, car après tout, je suis censée être l’invitée d’honneur ! Cette façon de faire me paraît incohérente avec tout le reste, l’attention, les petits soins, la prévenance… Je dirais que la langue vietnamienne lors de ce dîner a frisé les 80 % de l’espace verbal et peut-être même 85 %. Impossible de le prendre personnellement puisqu’on m’en avait avertie. Mais la chose m’a quand même interpellée et j’ai eu à gérer un inconfort certain. Et ce n’est sûrement pas le dernier. Mais… Que fait-on quand ça discute à qui mieux mieux et qu’on n’y comprend que dalle ? Où est-ce qu’on regarde ? Comment réagir quand les autres se bidonnent à se taper sur les cuisses ? Ce n’est pas que j’ai peur qu’on rie de moi — je m’en moque éperdument — mais… c’est juste « malaisant » comme dirait ma fille. Quand je vois ce que ce petit épisode d’exclusion a provoqué chez moi d’inconfort, je peux entrevoir ce que vivent ceux qui émigrent brusquement dans un pays dont ils ne connaissent ni la langue et pour lequel ils n’ont aucune préparation. Ça me donne froid dans le dos.

Le vendredi est consacré à investir mon bureau, à me laisser guider par Anh pour ouvrir un compte en banque — toute une expérience, j’y reviendrai –  à me familiariser un peu avec les environs et même à visiter une maison qu’un professeur du Collège vient de mettre en location.

Autre moment inconfortable : à l’instant où je sors du bureau pour aller enfin me reposer, je rencontre madame Nga sur son scooter — tout le monde ici a un scooter. Elle n’a vraiment pas l’air contente : « Pourquoi avez-vous choisi d’aller à l’hôtel Romance au lieu de venir à la Villa Hué, notre hôtel ? » Je suis sans voix. Je réponds mollement, niaiseusement : « J’ai aimé la piscine sur le toit ». Elle me toise d’un regard noir, puis repart en faisant vrombir son moteur… Je voudrais rentrer sous terre. Non, mais, dites-moi : pouvais-je avoir réplique plus idiote que celle-là ??? Ma seule excuse, c’est que j’ai le cerveau K.O. et que j’ai été incapable de voir la situation dans son ensemble. Mais quand même… Non, mais… La piscine sur le toit… Et mon client est… La Villa Hué. J’en rougis encore.

Samedi : migraine carabinée et nausée pour cause d’épuisement total et de cerveau au bord de l’éclatement. La boutique est fermée. Dimanche, même programme sauf pour deux visites de propriétés à louer et un petit tour de vélo — l’agent d’immeuble m’en a prêté un, comme ça. Il est venu me le porter à l’hôtel. Les Vietnamiens font constamment ce genre de chose, même si on ne les connaît pas. Très étonnant, mais fort agréable et appréciable dans ma situation.

Depuis lors, je me suis un peu familiarisée avec le quartier, j’ai rencontré quelques expatriés à qui Louise B. avait demandé de m’aider à m’intégrer, dont un jeune Québécois de Saint-Norbert d’Arthabaska — oui, oui, vous avez bien lu, Saint-Norbert d’Arthabaska !!! – et Katie, sa copine vietnamienne, puis Katja, une Slovène tout à fait charmante. Bref, j’ai l’impression d’avoir déjà une communauté a Hué : « Viens-tu prendre un café après le travail ? » — « On soupe au meilleur resto végétarien de Hué ce soir, tu viens ? » — « On passe un film français au cinéma demain, ça te va ? ».

La situation s’est complètement replacée avec madame Nga. Je lui ai simplement expliqué en arrivant lundi que j’avais choisi l’hôtel Romance parce que j’étais trop fatiguée pour réfléchir correctement et que j’avais bien vu que c’était une erreur. Elle a éclaté de rire, puis nous avons convenu que je déménagerais à la Villa Hué le lendemain et que j’y resterais jusqu’au 8 octobre, car je vous l’annonce en primeur, j’ai loué la maison du professeur. Je suis ravie ! Je vous la ferai visiter plus tard. Elle est située dans un vrai quartier vietnamien, ce qui me plaît beaucoup après les hôtels Romance et compagnie de ce monde. J’ai hâte de vivre un peu plus d’authenticité au quotidien.

Je vous livre en vrac quelques-unes de mes premières impressions de mon expérience à Hué.

Mes copines et mon bureau :

D’abord, je vous présente Anh (à gauche) et Ngan. Elles sont adorables :

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Voici mon espace de bureau. Nous sommes 4 dans la même pièce. À gauche en avant, Anh. À sa gauche, Ngan (à prononcer comme ça s’écrit : bonne chance !), puis Houng (là, je ne peux pas… il faut vraiment aller le chercher au fond de la gorge celui-là). Mon bureau est celui de droite, en avant. À noter qu’au cours de ma carrière, j’ai toujours eu un bureau fermé. Par ailleurs, je termine ma première semaine complète de travail en faisant le constat que j’ai réussi à me concentrer et à faire ce que j’avais à faire dans cet espace sans souffrir. Comme quoi on peut s’adapter à tout ou presque ! Je vivrai peut-être plus tard des moments moins sereins, mais pour l’instant, l’enthousiasme du début fait bien son œuvre.

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La nourriture

Tous les touristes vous le diront : on mange très bien à Hué et on est ici très fier de la tradition culinaire. Voici un repas très typique de la ville. Vous savez peut-être que Hué est une ancienne capitale impériale. On y cuisinait pour les empereurs et leur cour. C’est pour cette raison que le repas typique est essentiellement composé de bouchées, considérées comme étant délicates et raffinées. J’ai trouvé ce repas pris avec Anh et Ngan particulièrement délicieux  :

 

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Le trafic à Hué

C’est un des aspects du quotidien qui m’a le plus impressionnée à mon arrivée. Il y a peu de voitures comparativement au nombre incalculable de scooters, mobylettes, motos et bicyclettes à moteur de tout acabit. Le clignotant est optionnel, les feux de circulation également la plupart du temps. La ligne blanche qui sépare les voies n’est absolument respectée. La réalité, c’est que si la circulation est plus dense d’un côté de la rue, on prend simplement plus d’espace. Il s’agit d’un genre d’autorégulation. Un peu comme si  – parallèle un peu boiteux, mais quand même –  il y avait un grand nombre de femmes qui faisaient la queue pour aller à la toilette des femmes alors que celle des hommes est vide, et que les femmes décidaient de changer les règles du jeu et d’investir la toilette des hommes. En circulation, cela donne comme résultat que parfois, il n’y a de place que pour un seul pauvre petit scooter qui longe le trottoir dans le sens contraire du trafic.

Autre particularité : le piéton se situe bien bas dans l’échelle de priorités des conducteurs.  Traverser la rue demande une technique particulièrement intimidante au début. Il s’agit d’avancer sans s’arrêter, quitte à dévier sa trajectoire en fonction du flot de scooters qui foncent sur soi. J’avais très peur les premières fois, mais je m’y suis rapidement faite. Il y a même quelque chose d’organique dans tout ce ballet d’humains et de roues. Il faut simplement savoir qu’on ne peut pas traverser la rue en ligne droite, qu’on est forcément quelque peu déporté, parfois beaucoup.

Enfin, le trottoir n’est souvent à Hué guère plus qu’une vue de l’esprit. À vous de constater…

Je terminerai cet article en vous annonçant deux nouvelles. Malgré ce que je viens de raconter sur la circulation à Hué, je prends livraison demain après-midi… d’un scooter ! Un magnifique Click de 110 cc, fabriqué par Honda. Un rêve — qui me fait quand même un peu trembler. Et dès lundi prochain, je commence des cours de vietnamien à raison de 3 fois par semaine avec la gentille copine de notre ami William, de Saint-Norbert d’Arthabaska !

Alors… À +, et ne vous gênez surtout pas pour laisser des commentaires, cela me fait toujours plaisir !