Noël à Hué et autres vignettes

Le 30 décembre 2017

J’ai littéralement sué sang et eau pour faire mon ragoût de boulettes — pas question de faire cuire une dinde ici puisqu’on ne trouve comme volaille que des poulets rachitiques, alors je me suis repliée sur ledit ragoût. Plus sobrement, disons que j’ai eu beaucoup de mal à trouver les épices dont j’avais besoin, la muscade en particulier. J’ai même poussé la note jusqu’à aller minauder auprès d’un chef de resto italien (un Vietnamien qui a étudié en Italie) pour en obtenir. Le lendemain, tout fier, il me tendait… un sac de noix de Grenoble ! – que j’ai bien sûr gracieusement acheté en le remerciant chaleureusement (le prix n’était pas, lui, gracieux, mais enfin). Bref, après quelques péripéties, nous étions 14 à table le 25 décembre : deux Allemands, quatre Vietnamiens, deux Québécois, une Slovène et cinq Français. Repas sympathique, musique de circonstance, échange de cadeaux qui nous a tous bien fait rire, car nous avons fait la version des voleurs de cadeaux, mais il y avait une certaine nostalgie dans l’air chez l’ensemble des Occidentaux — nos amis vietnamiens étaient plutôt habités par la curiosité et l’esprit de découverte, assistant tous pour la première fois à pareille fête de Noël. Pendant la soirée, nous, les foreigners, avons tous eu, tour à tour, un moment où le regard s’est absenté du lieu pour se porter vers nos proches — bien loin ce soir-là. Bien sûr, nous étions tous contents de passer ce moment ensemble, mais il n’y a pas matière, comme dirait l’autre, à écrire un long article de blogue sur le sujet ni à vous abreuver de photos somme toute bien banales. Il y a eu cette soirée, mais aussi toutes les conversations que nous avons eues sur Skype, WhatsApp, Messenger et compagnie avec nos familles et nos amis. Cela a aussi été une virée de deux jours dans un très beau spa à 30 kilomètres de Hué les 23 et 24 décembre, dans une région où l’on retrouve de nombreuses sources chaudes naturelles, avec ma précieuse Katja — mon amie slovène — et Thu, une nouvelle amie vietnamienne, mélange fascinant de tradition et de modernisme. Mais dans tout cela, l’événement le plus touchant s’est produit grâce à une suggestion d’Amélie, ma fille. Le 24 décembre, en soirée pour moi et en matinée pour elle, nous avons mangé ensemble sur WhatsApp : elle devant son petit déjeuner et son café et moi devant mon souper avec un petit verre de vin. Nous avons trinqué virtuellement, parlé, versé une petite larme (enfin, moi), rigolé, échangé des potins et partagé nos découvertes, nos défis et nos joies respectives une heure et demie durant. La joie m’étreint et mon cœur se gonfle encore quand je revois ce moment. Il restera de loin le plus précieux de ce Noël 2017 pas comme les autres.

Dans un autre ordre d’idées, mais sur le même thème, j’ai été très surprise au cours des dernières semaines de constater l’omniprésence de la musique de Noël dans les commerces, des décorations de Noël et de notre ami le Père Noël. On le voit partout, mais il a une particularité : il n’est pas gros ! Le personnel des hôtels et des commerces porte très souvent la tuque de Noël à pompon blanc, les enfants se font photographier en compagnie de Pères Noël en papier mâché flanqués de maigres rennes et de paquets cadeaux déposés dans la ouate. Pourtant, Noël ne veut RIEN dire pour la majorité des Vietnamiens, autre qu’une fête chrétienne au cours de laquelle les gens s’échangent des cadeaux. Le résultat s’avère souvent tristounet à mes yeux d’Occidentale, mais parfois carrément hilarant — j’avoue m’être esclaffée à plus d’une reprise. Je partagerai avec vous quelques coups de cœur, version Noël vietnamien 2017. Voici mon préféré : un Père Noël asiatique — qui a dit que nous avions le monopole du Père Noël en tant qu’Occidentaux ? Voyez plutôt :

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Saviez-vous que notre Santa a ici une âme d’artiste ?

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Et la guitare, pourquoi pas ?

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J’espère donc que ces photos auront pour effet d’élargir votre perception du Père Noël de notre enfance. C’est comme dans la vie : on pense connaître quelqu’un puis… on va de découverte en découverte ! Ce qui rend la chose fort intéressante.

Un convoi funéraire

Les photos qui suivent vous donneront une fausse idée du climat à Hué. En effet, je les ai prises devant chez moi, sous le soleil, une denrée rarissime depuis un mois et demi, car… il pleut la très grande majorité du temps. Bref, je ne peux pas commenter ces clichés, car je n’ai jamais assisté à des funérailles à Hué (on me dit qu’elles durent en général trois ou quatre jours), mais voici quand même un aperçu de l’événement. D’abord les musiciens, qui annoncent le convoi.

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Puis l’officiant, qui fait face au cercueil et marche donc à reculons :

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Le cercueil et ses porteurs, un tableau très coloré.

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Suivent la famille et les amis, que je n’ai pas voulu photographier, par pudeur. Seule une dame était habillée en blanc, en pleurs et soutenue par d’autres, vêtus de couleurs foncées. Des voisins m’ont dit qu’il s’agissait de l’épouse du défunt.

Une commémoration funéraire

Ma nouvelle amie Thu m’a fait l’honneur de m’inviter, il y a quelques jours, à la commémoration du décès de son père, pour souligner le 5e anniversaire de sa mort. Chaque année, famille et amis sont conviés à participer à la commémoration. Les ancêtres jouent en effet un rôle très important ici : on les honore abondamment et longtemps. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre ni quelle attitude adopter jusqu’à ce qu’on m’informe que la tristesse n’occupe pas grand’ place dans pareil événement. En guise de cadeau et après consultation avisée, Katja et moi avons apporté un kilo de mandarines, ce qui fut fort apprécié. Comme invité, on a le choix d’apporter des gâteaux ou des fruits, qui sont soit déposés sur l’autel réservé à la personne décédée, soit consommés sur place ou remis aux convives au moment de leur départ.

À notre arrivée, une tablée d’une dizaine d’hommes festoyait allègrement sur la terrasse de la maison, servie copieusement par la veuve, somme toute plutôt joyeuse pour la circonstance. Thu nous a guidées vers l’autel de commémoration à l’étage afin que nous puissions témoigner notre respect au défunt, en faisant brûler des bâtons d’encens devant sa photo. Mais, mes amis… Quelle surprise !!! À ce moment, j’ai clairement senti, viscéralement senti… « Oh là là ! Me voilà devant… complètement autre chose ! » Je le savais avec ma tête, mais… comment dire… j’ai vécu à ce moment un accusé réception… charnel. J’étais ébahie.

L’autel dédié au père se trouve derrière un autel familial imposant, protégé par l’énergie du Bouddha. Ce qui m’a d’abord sauté aux yeux quand je les ai posés sur l’autel du père, c’est qu’on avait carrément servi une bière au défunt. L’image est sombre, mais regardez bien, vous verrez la cannette de bière et à côté, le verre. La photo du défunt se trouve derrière l’encens. On a déposé des fruits, et des boîtes de gâteaux sur l’autel et, bien sûr, la bière.

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L’objet de ma sidération se trouve dans cette photo, à gauche. Il s’agit… d’un habit et de chaussures… en papier !!! Si vous regardez bien, vous verrez d’abord la veste, puis le pantalon plié et inséré à l’intérieur de la veste et enfin, les chaussures posées à la verticale sur l’autel.

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On m’a expliqué que les effets en papier sont brûlés à la fin de la commémoration. On croit ainsi qu’ils se reproduisent dans le monde dans lequel se trouve le défunt et que celui-ci ci peut alors en bénéficier. Semble-t-il que je n’ai encore rien vu et qu’il existe tout un commerce autour des objets en papier qu’on dépose au pied des autels des défunts : maisons, voitures de luxe, scooters, et même… figurines de jeunes femmes !

Quelque peu remise de mes fortes impressions, on m’a invitée à mon tour à festoyer. Quel repas ! Des plats en quantité, tous aussi délicieux les uns que les autres. Nous avons passé une bien joyeuse soirée autour de cette table composée à moitié de foreigners (Katja, un jeune peintre états-unien en résidence à Hué et moi) et d’amis de la famille parlant anglais. À aucun moment la veuve ne s’est assise à table avec nous. J’ai été témoin de cette scène à quelques reprises déjà : l’hôtesse cuisine manifestement plusieurs heures avant l’arrivée des invités, elle nous sert, nous dessert, fait la vaisselle, sourit et nous remercie d’être là. Et Thu nous assure que sa mère est heureuse ainsi. J’aimerais bien un jour mieux connaître cette dame et parler avec elle, mais je doute fort de ma capacité à obtenir une version autre que celle-ci.

Je ne peux résister à l’envie de partager avec vous une photo d’un plat qui nous a été servi ce soir-là. Un poulet grillé, entouré de légumes, mais apprêté un peu différemment de chez nous : il a toute sa tête, celui-là, crête y compris…

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J’avoue que cela m’a légèrement coupé l’appétit pendant un court moment, puis… comme les autres, je me suis finalement régalée !

À propos de l’adaptation

Plusieurs d’entre vous m’ont manifesté de l’empathie à la suite des descriptions que j’ai fait de l’inondation, de la pluie, des différences culturelles parfois surprenantes, des bibittes… et m’avez souhaité bon courage, saluant ma capacité d’adaptation. Je voudrais simplement mentionner que, malgré les petits défis auxquels je suis confrontée quotidiennement, à aucun moment ne me suis-je sentie en perdition ou même vraiment éprouvée. Même pendant l’inondation, je savais que je n’étais pas en réel danger — bon, il y a bien eu l’épisode du balcon, mais il a duré 10 minutes ! – et je ne crois pas me raconter d’histoires en affirmant que j’avais quand même l’impression de vivre quelque chose de profondément intéressant, différent, nouveau. D’accord, je commence à être fatiguée de la pluie (il paraît qu’on en a encore pour un mois) et j’espère bien faire bientôt une petite escapade ensoleillée. Bien sûr, je suis parfois un peu seule, et la tristesse de ne pas avoir de compagnon ne disparaît pas parce que j’habite maintenant à Hué. La vie de foreigner ne m’immunise pas non plus contre les inévitables malentendus relationnels, contre l’ennui parfois au bureau, les inconforts physiques… Il n’en reste pas moins que la toile de fond de ce que je vis ici reste fondamentalement… le plaisir de la découverte et la gratitude d’avoir accès à cette magnifique palette de personnes et d’expériences nouvelles.

J’aime bien terminer mes articles par un petit clin d’œil ou une bizarrerie. Avez-vous déjà mangé des croustilles aux calmars ? Sachez que je ne me suis pas encore résolue à le faire. Si vous y tenez vraiment, je pourrai vous en rapporter. Faites-moi signe.

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J’assisterai demain à mon premier mariage vietnamien en toute intimité… parmi 680 invités. J’ai hâte de vous en parler !

Hen găp lai và chúc mừng  năm mới ̣(À bientôt et Bonne Année!)

 

 

10 commentaires sur “Noël à Hué et autres vignettes

  1. Merci Christiane de nous faire partager ces moments de découverte.
    Bonne fin d’année 2017 et une année 2018 qui continue d’être pleine de sens pour toi.
    Amitiés
    Michel

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  2. Merci de partager ces découvertes culturelles et d’être dans ta vérité en nous dévoilant le concave et le convexe de ta situation.

    Tendres amitiés et que ton déploiement qui rejaillit sur nous se poursuive en 2018!

    Je t’embrasse,

    Madeleine xx

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  3. Allô Christiane, je viens de lire ton message après avoir envoyé mon message, quelques minutes auparavant. Merci de mettre un sourire sur nos visages, Fulvio et moi! Entre la pluie qui tu connais et les froids qui ne lâchent pas prise chez nous, je crois que je préfèrerais la pluie diluvienne.

    Je te fais un gros câlin et sache que nous pensons à toi très fort. Francyne & Fulvio

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  4. Allo ma chère! Toujours aussi intéressant de te lire. Merci de partager ainsi tes expériences et réflexions. J’ai l’impression de découvrir un tout autre monde… dans le confort de mon salon et de ma petite vie ordinaire! Je pense à toi. Claudette xox

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  5. Heureuse année chère Christiane! Que 2018 soit plein d’autres belles découvertes et surprises, comme le signe d’amitié du papa de Thu. Heureusement que sa bière n’était pas en papier😊!
    Au bonheur de te lire encore et d’y puiser le courage de l’aventure et du lâcher-prise.
    Linda xx

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