Le quotidien à bâtons rompus (2e épisode)

Le 10 décembre 2017

On gèle à Hué ! Qui l’eût cru ? Eh oui ! Je goûte l’hiver vietnamien. Rien à voir avec nos rigueurs québécoises, mais tout de même, je me suis acheté une couette et… une chaufferette ! Le climat s’est tranquillement refroidi au cours des dernières semaines, si bien que j’ai dû sensiblement regarnir ma garde-robe par trop optimiste (pulls, manteau et chaussettes, alouette !). Entendons-nous : à son plus bas, le mercure a atteint 15 degrés, mais… l’humidité extrême fait que ça vous rentre dans les os et qu’on n’arrive pas à se réchauffer. Quand je parle d’humidité extrême, je mesure mes propos : entre 90 et 100 %, ce qui entraîne les effets suivants :

Les moisissures :

C’est un problème majeur dans de nombreux d’édifices. Par chance, la structure de ma maison est épargnée, mais les murs de celles que j’ai visitées en regorgeaient. Étrangement, le bois, le carton et le cuir attirent la moisissure comme la misère chez le pauvre monde. En voulant jouer aux dominos l’autre jour avec ma petite copine Nhi, j’ai constaté que la boîte qui les contient avait muté d’un beau brun à… un vert plus que suspect ! Même phénomène à l’arrière des quelques cadres dans lesquels j’ai inséré des photos de mes proches.  Voici  l’état dans lequel j’ai trouvé mes boucles d’oreille en bois hier. J’en ai nettoyé une pour que vous puissiez bien voir la différence :

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Pourtant, ces boucles d’oreille étaient suspendues à l’air libre, sur un petit porte-bijou. Surprenant.

La lessive :

Elle ne vient pas à bout de sécher ! La fin de semaine dernière, j’ai constaté que les vêtements que j’avais lavés la semaine précédente n’avaient pas encore séché après… 6 jours ! J’ai donc décidé de passer à l’attaque et d’acheter un sèche-linge façon asiatique. Voici l’animal :

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Il s’agit d’un genre de tente dans laquelle un bidule électrique propulse de l’air chaud. L’engin ne peut contenir que peu à la fois, mais ma foi, cela fonctionne.

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Je désespérais de redormir un jour dans des draps secs, mais mon nouveau compagnon domestique a réglé l’affaire en une petite heure.

Il faut croire que les mœurs vietnamiennes déteignent sur moi : me voici avec mon ami Thuy, venu m’aider à faire mes achats hivernaux :

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Les dangers de chute:

L’air est parfois tellement saturé d’eau que les planchers de céramique deviennent complètement mouillés, comme si on venait de les laver à grande eau. Très périlleux pour le petit peton pressé !

Parlant de bâtons rompus, je partagerai maintenant avec vous en vrac quelques-unes de mes observations au quotidien.

Le comportement à table

Je l’ai mentionné à quelques reprises : j’adore la cuisine vietnamienne. Fraîche, goûteuse,  très variée et raffinée au quotidien. J’ai jusqu’ici considéré que mes amis les Français gagnaient haut la main la palme de ceux qui se nourrissent le mieux au jour le jour. Malgré tout mon amour pour la France, ses victuailles et ses ripailles, je m’incline devant la qualité exceptionnelle de l’alimentation au pays du dragon. Que dire du rapport qualité/prix ? Imbattable. Ou peut-être ex aequo avec l’Inde.

Par ailleurs — il y a un « mais » — on repassera en ce qui a trait aux manières à table. Aïe aïe aïe ! Laissez-moi vous dire que le charme gastronomique vietnamien en prend parfois pour son rhume. On mastique et on parle ici la bouche pleine en « sapant » allègrement. On ne se gêne pas pour renifler parfois très bruyamment et… grassement (désolée, mais… observation anthropologique exige). Enfin, je ne m’habitue pas… aux cure-dents, omniprésents sur les tables et abondamment et minutieusement utilisés, même par la plus élégante des dames !

Ma prof de vietnamien, Katie, m’a raconté qu’il y a quelques années, elle avait obtenu un emploi comme jeune fille au pair au Danemark. Après 3 jours en poste, la famille qui l’employait lui a annoncé de but en blanc son congédiement. Elle a insisté pour connaître la raison de cette décision, car elle avait l’impression d’avoir déjà créé des liens significatifs avec les enfants de la maisonnée. On lui a confirmé que les enfants l’aimaient effectivement beaucoup, mais… ses patrons ne pouvaient pas supporter une minute de plus ses manières exécrables à table. Elle leur a demandé de lui laisser une chance et réussi à modifier sa façon de manger, mais cela s’est avéré pour elle une tâche titanesque. Si vous venez au Vietnam, je vous suggère donc de vous préparer mentalement à cette réalité, quitte à faire de la visualisation… sonore ! La pilule sera plus facile pour vous à avaler –  silencieusement, bien sûr.

Le karaoké

Qu’on se le dise  : on adore le karaoké au Vietnam. De multiples bars de karaoké parsèment la ville. Tout est prétexte au karaoké – les mariages, les fêtes de famille, les réunions professionnelles, les changements de saison, tout. Si vous louez une chambre d’hôtel ou une maison, je vous conseille fortement de faire un inventaire attentif de ces établissements dans votre futur environnement immédiat, sous peine d’exaspération quotidienne, de crise nerveuse ou d’anxiété chronique. Et sachez que l’amour du karaoké ne fait pas qu’on chante plus juste pour autant.

Une chose m’étonne particulièrement : cela fait trois fois que je suis invitée à des fêtes officielles au collège où je travaille et à chaque fois, ces célébrations ont lieu le matin, à huit heures ou à neuf heures. Si le fait de commencer une journée de travail par l’écoute de discours officiels en Vietnamien — on adore le discours officiel ici —, constitue en soi un  défi, imaginez maintenant que ces discours, prononcés comme si l’auditoire au complet souffrait de surdité congénitale, soient suivis d’une séance enthousiaste et convaincue de 90 minutes de karaoké. C’est le triste sort qui m’a été réservé lundi dernier, entre 9 h 30 et 11 h — par ces propos, j’espère m’attirer votre compassion rétrospective. Seule foreigner dans la salle, on observait de très près mes réactions, guettant toute marque d’appréciation. Peut-être l’appareil auditif vietnamien possède-t-il un gène différent des miens. C’est ce que me laissaient croire les sourires ravis et les mimiques enchantées de mes collègues alors que j’avais envie de hurler et de m’arracher les cheveux jusqu’à la boule à zéro pour que cesse le supplice. Je suis restée souriante, calme et polie, applaudissant et hochant de la tête. À 11 h, j’étais épuisée.

Les superstitions

Les « fortune tellers » gagnent sûrement très bien leur vie au Vietnam. On les consulte systématiquement pour tout événement d’une quelconque signification. La date et l’heure de la cérémonie du mariage sont déterminées par le diseur de bonne aventure. La réception du mariage, précédée par les célébrations bouddhistes rituelles d’abord chez les parents de la mariée puis chez ceux du marié, peut avoir lieu un beau lundi après-midi de 13 h à 15 h. La réception se borne à un repas de 2 heures, mais auquel on convie des centaines de personnes — 400 dans le cas du mariage de ma collègue Ngan, auquel j’assisterai le 31 décembre prochain. Je vous en reparlerai sûrement. Fait plus troublant, le fortune teller décide de la date de naissance des bébés, ce qui a pour conséquence que les mamans n’hésitent pas à commander une césarienne pour se conformer  à ces prédictions. Semble-t-il que le phénomène est très fréquent. Il existe de multiples croyances quant à ce qui porte chance ou malchance. Par exemple, Ngan ne m’invitera pas au mariage rituel qui aura lieu chez ses parents, car cela impliquerait que je l’accompagne à la résidence de son futur époux. Or, la présence d’une personne divorcée lors du mariage rituel porte malchance aux futurs mariés. Notre autre collègue ne pourra pas non plus assister au rituel, car elle est enceinte, ce qui, aussi, porte malchance au jeune couple (j’avoue que je comprends moins bien cette dernière croyance, mais… qui suis-je pour juger de la validité de ce qui porte chance ou pas ?) L’autre soir au restaurant en attendant le repas, le jeune William tapait sur le bord de son bol avec ses baguettes, un peu comme s’il avait joué de la batterie, ce qui a suscité une vive réaction chez nos amis vietnamiens. Ce geste, accompli lors de cérémonies rituelles, vise à inviter la présence bienveillante des ancêtres décédés. Il devient très inapproprié hors de ce cadre. Des baguettes plantées à la verticale dans un bol de riz rappellent l’encens utilisé dans les cérémonies funéraires et portent donc malchance.

Dans un autre ordre d’idées plus joyeuses, on croit ici qu’une personne qui mange lentement deviendra riche, car elle digérera bien, aura faim moins rapidement et dépensera donc moins que les autres. Ceux qui marchent lentement auront une bonne vie, pour une raison que je laisse à votre imaginaire. Peut-être seront-elles plus attentives à leur environnement, se donnant ainsi les moyens de mieux composer avec les événements qui se présentent à eux.

Je sens qu’il ne s’agit là que de la pointe de l’iceberg et qu’il me reste beaucoup à découvrir en la matière. Je trouve cela passionnant.

Quelques perles culinaires

Certains menus comprennent les traductions françaises, ce qui donne lieu à de jolies interprétations, parfois… créatives. À vous de juger parmi ce que j’ai relevé dans différents établissements :

  • Brochettes de boules de porc
  • Soupe de frit au crabe
  • Salade de poulet au persicaire (svp, si quelqu’un peut m’éclairer…)
  • Poulet sauté à la noix de cazou (j’ai eu peur au gazou)
  • Pot au feu aux fruits de mixte
  • Salade de caesar
  • Tournedos lucullus aux pommes frites (lucullus… là, je ne vois vraiment pas)
  • Sandwich au jampon (ce qu’une petite lettre peut faire)

Voici aussi quelque chose qui m’a bien fait rire jusqu’à ce que j’y goûte. J’ai un préjugé favorable pour la nourriture de Hué, vous le savez. J’ai donc mordu à pleines dents dans un biscuit qui m’était offert. C’était infect ! – à mon goût bien sûr. Avouez qu’un biscuit au poulet… il faut le faire ! Repérez bien l’image de la belle cuisse de poulet sur cet emballage. Appétissant, n’est-ce pas?

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Pour finir sur une note hivernale

Pour mes amis du Québec tout spécialement, voici une image que m’a fait parvenir mon amie Marie-Ève. Je vous mets au défi de ne pas sourire…

Courage pour les mois à venir, et à bientôt !

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13 commentaires sur “Le quotidien à bâtons rompus (2e épisode)

  1. Allo ma belle!

    Je te lis avec un intérêt, comment dirais-je? Un intérêt de vécu et je corrobore tellement avec toi pour les points qui t’irritent tellement….dont le bruit! Je sais que je radote, mais je crois t’avoir raconté la fois où j’ai payé un Vietnamien pour qu’il sorte du resto avec sa 🤪🤬 de boîte à Karaoké….demande à Katie c’est elle qui avait été mon interprète!

    J’ai essayé de retrouver une vidéo d’un « genre » de séchoir maison que je m’étais patentée dans ma chambre, un ventilateur qui soufffle sur mes bobettes accrochées à un cerceau avec épingles à linge intégrées que j’avais acheté au Big C ….le ventilateur fesait tourner le cerceau…et vlan les bobettes au vent!

    J’adore te lire…tu as une plume sublime!

    Prochainement tu vas connaître Nowelle…au Vietnam!

    Bonne continuité!

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  2. Chère Christiane, j’ai bien hâte de te voir au volant de Georges en accompagnant un ami faire des courses « immenses ». Je suis certaine que si tu as pu être passagère, il n’y a qu’un pas avant que tu ne sois la conductrice. Je me suis bidonnée sur le passage Discours/karaoké et pouvais t’imaginer avec une belle boule/cailloux. Gardes quelques cheveux pour ton retour. Seulement 400 personne pour les noces! J’ai bien hâte de lire ce que tu devras porter, le cadeau que tu devras acheter, la longueur du Karaoké et la durée obligatoire de ta présence. Pourrais-tu nous dire la durée d’une journée de travail standard et de quoi elle se compose? Non pas que tes missives soient ennuyantes, loin de là! Si tu ne nous écrit pas d’ici Noël, je te souhaite de belles fêtes québécoises en attendant la nouvelle année Vietnamienne. Grosse bises Christiane. C.

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  3. Bonjour Christiane,

    C’est toujours aussi rafraîchissant de te lìre et de découvrir certaines coquetteries…de la culture vietnamienne. Tu sembles prendre beaucoup de plaisir à nous les décrire même si elles peuvent être parfois un peu encombrantes… pour toi.

    Nous sommes en mode préparatifs de Noël: gâteau aux fruits, pâtés à la viande et bien sûr le traditionnel arbre de Noël la semaine prochaine.

    Édith et Guy sont sans doute sur le point de te rendre visite. Tu auras, je l’espère, l’occasion de leur faire partager certains aspects de ta nouvelle vie qui semblent t’épanouir.

    Bisous,

    Line

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    1. Bonjour Line,
      J’ai en effet beaucoup de plaisir à Hué, qui m’étonne encore. J’ai passé la journée de samedi avec Guy et Édith. C’était très agréable de déambuler dans les rues de mon quartier, d’aller au marché, de se promener le long de la Rivière aux Parfums. Ils sont très heureux ensemble, ce qui fait plaisir à voir. Joyeux Noël à vous deux! Bises vietnamiennes!

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  4. Bonjour Christiane,

    Je me mets à la visualisation sonore pour les comportements à table…

    C’est avec le sourire que je lis tes découvertes au quotidien. Ton audace et ton humour sont des marques d’acceptation de ce que tu vis.

    Những nụ hôn (Bises)
    Vive les dictionnaires électroniques!
    Madeleine

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