Vignettes huesques

Bien le bonjour à vous !

Me voilà en situation post-inondation, un disque dur plus tard — celui de mon ordinateur a complètement crashé il y a une semaine, ce qui m’a fait vivre de nombreuses émotions (aller dans un atelier de réparation de portable avec Google Translate comme interprète est une expérience — unique !). Tout va bien maintenant, je goûte à la quiétude de ma demeure et à l’efficacité de mon ordi. Un autre ange s’ajoute ainsi à mon panthéon : mon technicien en informatique de Montréal, Jean-François Ménard, qui m’a aidée à distance avec une efficacité, une patience et une gentillesse infinies. Que sommes-nous sans nos bidules électroniques ? Je vous le demande…

Je vous décrirai aujourd’hui, pêle-mêle, un ou deux aspects de la réalité huesque et vietnamienne ainsi que quelques anecdotes liées à la vie quotidienne, pour vous faire goûter un peu de l’âme vietnamienne — on n’a peur de rien ici au niveau de l’ambition littéraire ! – et pour le simple plaisir de partager mes découvertes.

Le scooter à Hué et… au féminin !

Il est omniprésent ! Je l’adore, il m’ouvre des horizons nouveaux, mais…  me sidère parfois et me fait souvent peur. Je me déplace maintenant quand et où je veux avec, je l’avoue, une certaine fierté. Il est difficile de décrire la quantité de scooters qu’il y a ici. Disons simplement que parfois, devant ce qui ressemble  à un véritable rideau d’engins vrombissants devant soi à une intersection, il me faut prendre un grand respir avant de me lancer dans la mêlée, car de véritable mêlée il s’agit ! La présence dans le moment présent essentielle sous peine de menace mortelle.

Voici un aperçu de ce à quoi ressemble une intersection à l’heure de pointe :

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Ou encore le stationnement du seul grand magasin d’Hué, le vénérable Big C : des scooters presque à perte de vue !

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Ici, on conduit avec des charges incroyables. En campagne, l’autre jour, alors que j’allais à la mer, j’ai dépassé un scooter pas plus gros que le mien qui transportait, fixé au siège derrière le conducteur, un énorme cylindre fait de ce qui ressemblait à de la broche de poulailler dans lequel il y avait… un gros porc  bien vivant, le pauvre. Oui-oui ! C’était bien un gros cochon bien rose. J’étais sidérée.

Sur leur scooter, les gens transportent de tout : de gros tuyaux sur leurs épaules, leur commerce ambulant en entier (fabrique de pain ou cuisine de rue), des charges monstrueuses et parfois 3 enfants sans casques, pas attachés. L’enfant, lorsqu’il est seul avec le parent, est souvent debout, entre le siège et le guidon. Voici la version vietnamienne du siège de scooter pour bébé. Remarquez l’attache : souci évident de sécurité !

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En toute circonstance, les femmes vietnamiennes protègent très jalousement leur peau du soleil, pour s’assurer de conserver toute leur vie durant un teint bien blanc, le plus laiteux possible. La peau foncée n’a vraiment pas bonne presse ici. Les femmes font donc en sorte que pas un seul centimètre carré de leur précieux épiderme ne soit exposé au soleil, dès que se pointe le moindre de ses rayons. Voici de quelle façon ma collègue Anh se couvre dès qu’elle met le nez au soleil :

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Le masque, omniprésent, mais… pas chez les enfants, tout comme le casque d’ailleurs — cherchez l’erreur…

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La veste : ne perdez pas de vue que toute l’opération se déroule dans une chaleur étouffante. Remarquez que même les mains sont couvertes…

Puis la jupe à velcro :

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Le résultat final :

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À noter — j’en ai été témoin — qu’Anh n’hésite pas le moins du monde à répéter l’exercice à chaque fois qu’elle va  l’extérieur, ne serait-ce que pour se déplacer de 2 coins de rue.

Il existe des variations intéressantes de cet attirail… Voyez plutôt Katie, ma prof de vietnamien : joli comme couvre-chef,  n’est-ce pas ?

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Enfin, voici ma tenue préférée. Ma cliente, madame Nga, a accepté avec générosité de poser avec ce qu’elle appelle son « habit de ninja ». Irrésistible, non ?

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Comment trouvez-vous l’accord « habit de ninja — chaussures » ?

Le bruit

Difficile ici de ne pas faire de généralités. Je ne cesse de me surprendre de la quantité de décibels que génèrent les Vietnamiens. Ouf !

D’abord la parole. On parle F-O-R-T ici, très fort, très très fort ! Au début, j’avais l’impression que les gens qui m’entouraient étaient tout le temps fâchés. Anh, ma collègue, toute menue qu’elle soit, a un ton de voix inverse à son gabarit. Et les gens n’hésitent pas à s’interpeller à distance, parfois de très loin. Imaginez un groupe d’hommes dans un restaurant, après qu’ils aient bu quelques bières…

J’ai assisté à 4 reprises à des événements officiels — au Collège ou ailleurs. Si on vous invite à un tel événement, préparez-vous ! Les animateurs crient littéralement dans les micros. Et personne ne semble le moins du monde incommodé…

Il y a environ 15 jours, j’ai été invitée à un repas de famille chez ma propriétaire, très heureuse d’avoir loué sa maison à une foreigner. Vous ai-je dit que la nourriture ici est exquise ? C’était absolument délicieux, raffiné, surprenant, goûteux, d’une variété incroyable. Évidemment, tout était frais du jour. Je n’arrive pas à comprendre comment on peut si bien faire à manger au quotidien. Par ailleurs… le bruit mes amis… bonne mère de bonne mère !!!

Détail touchant : ma propriétaire, qui  sait que j’ai un piano, avait mis à jouer sur son gigantesque système de télé des sonates de Beethoven… à tue-tête ! Je sais qu’elle voulait me faire plaisir et qu’il s’agit là d’une attention délicate de sa part, mais à plusieurs reprises pendant le repas, je me suis demandé s’il n’y avait pas moyen de subtiliser la télécommande pour discrètement faire en sorte que notre beau Ludwig se fasse plus discret. En vain… Qui plus est, son fils d’environ 7 ans a passé tout le repas à jouer sur sa tablette à un jeu vidéo de guerre évidemment très bruyant (sirènes d’urgence… Boum ! Paff ! VVVuittt !! Crash !!!) juste à côté de la table, encore là dans l’indifférence et la bonhomie totales de la tablée. Toute pleine d’appréciation que j’étais pour les marques d’attention dont je faisais l’objet, je me suis éclipsée aussitôt que j’ai pu  après le repas…

Le toast

Au Québec, on porte généralement un toast au début du repas pour souligner l’occasion qui nous rassemble. J’ai mis un certain à décoder la chose ici, suffisamment pour me rendre compte que j’ai de nombreux impairs à mon actif.

Quand on mange à plusieurs dans un endroit public, on porte un toast… toutes les 30 secondes !!! Oui-oui : je dis bien « toutes les 30 secondes » ! Ça n’arrête pas ! Très étonnant, un peu déstabilisant au début…  Ce que j’ai mis une éternité à comprendre, c’est que nul n’est censé boire entre les toasts. Ça change la donne, ça, les amis !

On m’a expliqué que cette pratique sociale trouve sa source dans le fait que lorsqu’ils sortent au resto, les Vietnamiens partagent l’addition à la fin du repas. Le fait de ne boire que lorsqu’ils trinquent fait en sorte qu’aucun des convives ne consomme plus que les autres. J’ai donc été bien impolie à quelques reprises, je le vois maintenant. J’en rougis en rétrospective…

En plus, j’ai appris qu’il y a une façon de trinquer, et pas n’importe laquelle ! Si je trinque avec vous en plaçant mon verre à la même hauteur que le vôtre, je signifie ainsi que je me considère votre égale. Lorsqu’ils trinquent avec le recteur du Collège où je travaille, les professeurs s’assurent toujours que leur verre soit quelques centimètres plus bas que celui du vénérable dirigeant. Je me demande même avec horreur s’il ne m’est pas arrivé de placer mon verre… au-dessus de celui du recteur !!! Shame on me !

Les salaires et la famille

Les salaires sont ridiculement bas au Vietnam. Bien sûr, le coût de la vie diffère du nôtre, mais… quand même ! Ma jeune collègue Ngan, qui a tout de même un baccalauréat en journalisme, gagne un peu plus de 100 $ par mois. Un professeur au Collège en gagne 200 $. Pour vous situer, la location de ma maison me coûte 450 $ par mois. Impossible donc, pour le Vietnamien moyen, de vivre à l’occidentale avec son seul salaire, c’est-à-dire d’avoir son propre lieu, son scooter et ce qu’il faut pour vivre au quotidien. Résultat, ou plutôt constat : les Vietnamiens vivent en famille, à plusieurs. À plusieurs, vraiment. Ils gèrent leurs finances de façon très serrée, ce qui fait qu’ils ont une capacité étonnante à économiser malgré des salaires de misère.

La famille exerce un énorme contrôle dans la vie des gens. Je ne prétends pas ici connaître l’ensemble de la culture et des mœurs vietnamiennes : ne perdons pas de vue que je vis dans une petite ville somme toute très traditionnelle. Il en va peut-être autrement à Hanoï et à Saïgon, mais à Hué, on vit chez ses parents jusqu’à son mariage. Si on ne se marie pas, on reste avec ses parents… jusqu’à ce qu’ils meurent ! Un veuf ou une veuve retourne chez ses parents… avec ses propres enfants. Et une jeune fille qui se marie va automatiquement vivre chez ses beaux-parents.  Quand j’ai demandé à Madame Nga — la dame à l’habit de Ninja qui a la cinquantaine et 2 enfants — si elle était allée vivre chez ses beaux-parents après son mariage, elle m’a répondu avec un grand cri du cœur : « Oui ! J’ai souffert pendant 11 ans ! Comme mon mari est l’aîné de sa famille, j’ai dû servir toute ma belle famille (y compris les fils, les brus et enfants autres que les miens) pendant tout ce temps ! » Même son mari ne supportait plus l’absence d’intimité après 11 ans. Il a donc passé le flambeau à un autre frère — surtout à une autre bru — et fait construire leur propre maison familiale.

Si j’invite ma collègue Ngan à manger, elle doit demander la permission à sa mère. Comme elle se marie en décembre, il est clair qu’elle ira vivre dans sa belle famille, ce qui l’inquiète beaucoup, car la relation n’est pas toujours évidente avec eux. Il est bien sûr impensable pour un jeune couple de même envisager la possibilité de passer une nuit ensemble avant la cérémonie du mariage — sur laquelle je reviendrai dans un autre article.

Bien sûr, toute situation a son concave et son concave. L’Occidentale que je suis réagit à ce que je perçois comme le carcan familial. Par ailleurs, l’entraide est admirable entre membres d’une même famille et entre voisins. Les parents se montrent très généreux envers les jeunes couples qui se marient. Ceux qui ne suivent pas cette voie, ou qui sont homosexuels, ne bénéficient évidemment pas des mêmes privilèges…

Petits moments agréables

J’aimerais vous parler du bouddhisme ici, et de ce que vit une autre jeune fille de mon entourage à l’approche de son mariage, mais ce sera pour une prochaine. Je réalise que j’ai très peu parlé de moi dans cet article, peut-être parce que je l’ai tellement fait dans l’article précédent. Je vous dirai simplement que je suis encore ravie d’être ici et que je ne cesse de me féliciter d’avoir fait ce choix un peu singulier à cette étape de mon existence. J’ai déjà une vie sociale riche et de belles amitiés, bien sûr davantage parmi les « expatriés » à cause de la barrière linguistique.

Je vous présente mon ami Rodrigo, qui vit à Da Nang. Nous voici ensemble, lors de son escapade à Hué.

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Avec Rodrigo, j’ai aussi fait une magnifique randonnée aux environs de Da Nang, avec baignade en mer en bonus !

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À la fin de cette randonnée particulièrement exigeante, nous revenions en ville en essayant d’apercevoir les fameux singes de Da Nang dont les guides touristiques signalent l’existence. Pas le moindre macaque à l’horizon. Puis nous avons vu au bord de la route des hommes équipés d’appareils photographiques avec d’énormes lentilles. Un de ces hommes nous a aidés à repérer les singes et nous avons pu en voir plusieurs. Ils sont très surprenants, car ils sont assez grands — je dirais qu’ils font au moins un mètre sinon plus —, qu’ils ont 5 couleurs et une très longue queue toute blanche. En voici quelques exemplaires que notre photographe passionné nous a fait parvenir. Ils sont magnifiques.

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Enfin, je partagerai avec vous un peu de la saveur de la fête de pendaison de crémaillère de ma nouvelle maison, qui fut fort joyeuse !

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De dos, Victoria,  jeune Française  venue étudier la médecine traditionnelle vietnamienne pendant 1 an. À sa gauche, John, homme d’affaires venu prendre sa retraite ici pour créer de l’emploi et aider des jeunes à partir leur propre entreprise. Ana, prof d’anglais portugaise. Michael, un invité australien de John et Katja, jeune Slovène de 27 ans, spécialiste des changements climatiques,  qui m’a présenté à plusieurs nouveaux amis et qui parle… 8 langues !

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À droite de Katja, Andréa, une Allemande qui vit ici depuis 16 ans et qui fait de la restauration de monuments historiques, son conjoint Léopold le charmant, retraité français et peintre, puis William, dynamique prof d’anglais qui vient de… Saint-Norbert d’Arthabaska !!!

Manquent malheureusement sur cette photo mes 2 invitées vietnamiennes : Katia, ma prof de vietnamien (blonde de William) et Thu, guide touristique hors des sentiers battus.

Voilà donc pour aujourd’hui, amis et lecteurs. Je vous remercie de votre présence, de vos commentaires, de vos ondes positives bref, de votre soutien bienveillant.

Au plaisir.

Christiane

 

 

 

19 commentaires sur “Vignettes huesques

  1. Merci Christiane. À travers ton quotidien, tu nous montres l’aspect culturel qui sous-entend leur façon de vivre. Ta présentation humouristique de tes impairs rend les choses d’autant plus drôles et attendrissantes.
    Les photos des singes sont magnifiques et dégagent une dignité.
    Je t’embrasse et au plaisir de lire tes péripéties.

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  2. C’est avec plaisir que je lis tes aventures passionnantes. C’est comme suivre une série dont on connaît le personnage principal. J’admire ton courage et ta grande débrouillardise et j’attends la suite avec impatience.

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  3. Chère Christiane, je te lis avec assiduité depuis le début de ton aventure. Tes récits sont passionnants! Le mois de novembre est pour moi le moment des soupers entre amis avant l’arrivée de la neige et des sports de glisse. Au plaisir de te lire à nouveau! Hélène

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  4. Merci Christiane. Est-ce que retrouver son scooter au centre commercial est comme trouver une aiguille dans une botte de foin? Ton ami William prof d’anglais est celui dont je te parlais et qui a donné un entretien téléphonique il n’y a pas si longtemps à Gravel le matin. Bien hâte de te lire à nouveau, comme toujours.C.

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  5. Bonjour Christiane,
    Un véritable bonheur que de lire de journal plein de petites pépites, mélanges de surprises et de regards candides sur les gens, le lieu, le quotidien. C’est aussi rempli d’une douce ironie qui reflète bien ton attachement à ce nouvel environnement. Et les mots pour le dire sont toujours justes. Bravo…impatient de lire la suite.
    P.S. Je connais bien St-Norbert, ayant déjà eu un chalet à Ste-Hélène de Chester. Le monde est petit finalement.

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  6. Allo Christiane,je reviens du Sri Lanka et en te lisant, je ressens la chaleur et la pluie et aussi ce monde si différent.Mon cœur s’est ouvert à la différence durant ce court séjour.Je suis contente de te lire et de savourer toutes tes découvertes.Avec toi de cœur, Johanne

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