Le festival du mi-automne

J’ai assisté au cours des derniers jours à mon premier événement socioculturel d’envergure : le festival du mi-automne. Trois jours de célébrations hautement colorées, très bruyantes, mais ô combien sympathiques et exotiques ! Il s’agit d’un joyeux croisement  entre l’Action de grâce et l’Halloween, qui se déroule pendant 3 jours, autour du 15e jour du 8e mois lunaire. Je vous avoue bien humblement que le calendrier lunaire recèle encore bien des mystères pour moi, d’autant plus qu’on me dit que le festival a lieu autour de la plus belle et claire des pleines lunes de l’année, celle… d’août (en 2017, cette pleine lune se produit… le 4 octobre !). Cherchez l’erreur ou… l’ignorance crasse, c’est selon.

Qu’on se le dise clairement : mes connaissances de l’histoire du Vietnam sont… lilliputiennes ! Je ne vais vous rapporter ici que ce que j’ai vu, senti et lu en plus de ce qu’on m’a raconté sur le sujet. Je n’ai trouvé que peu d’information spécifique sur cette fête en consultant notre ami le web. Le festival du mi-automne se tient dans plusieurs pays asiatiques, dont la Chine, le Laos et le Cambodge, avec des disparités régionales bien sûr. Dans tout ce fatras, une de mes sources est cependant digne foi : Thu — de son prénom — est guide touristique, spécialiste de l’histoire du Vietnam. Mon récit comportera des trous et quelques ratés,  car même avec toute la bonne volonté du monde, tout ça reste ma foi assez alambiqué.

D’abord, le dragon et la fée jouent un rôle important dans la culture vietnamienne. On raconte en effet que le peuple vietnamien serait issu de l’union d’un dragon et d’une fée. J’en profite pour apporter 2 précisions : d’abord, le dragon a ici très bonne presse, contrairement aux créatures terrifiantes de nos contes pour enfants. On lui attribue un rôle protecteur, sa présence est gage de prospérité et… attire la pluie après la moisson – laissez-moi vous dire que si je me fie à l’intensité de la pluie torrentielle qui frappe Hué depuis hier, notre nouvel ami est diablement efficace ! Deuxième point : à mon grand étonnement, j’ai appris que la fée est dans l’imaginaire vietnamien un personnage tout autant masculin que féminin. J’en suis encore un peu bouche bée, pas vous ? Une fée homme ???

Les personnages centraux du festival de la mi-année sont donc une fée qu’on appelle la dame-lune (moon lady) et le dragon. Plusieurs de mes nouveaux amis m’ont affirmé avec force conviction que si on observe attentivement la pleine pleine lune d’août (qui a lieu en octobre, je vous le rappelle), on discerne clairement la silhouette d’une femme qui se tient à côté d’un arbre, au pied duquel est assis un jeune homme. Voici les 2 légendes que mon amie Thu m’a racontées à ce sujet. Je n’ai pas encore tout à fait compris comment celles-ci se sont croisées, mais… il faut quand même garder une part de mystère…

Il y a très longtemps donc, le Vietnam aurait souffert d’une sécheresse dévastatrice. On mourait de faim, plus rien ne poussait dans les champs. Un valeureux jeune homme  résolut de régler le problème. Il monta au sommet de la plus haute montagne, sortit de son carquois la plus effilée de ses flèches, puis avec un immense arc, visa le soleil qu’il atteint en plein cœur. Celui fut terrassé et la sécheresse prit fin. Pour remercier notre courageux jeune homme, les gens du village lui offrirent l’élixir de la vie éternelle et la plus belle jeune fille du village lui déclara son amour. Nos deux tourtereaux formèrent un couple profondément amoureux. Un vilain domestique à leur emploi leur enviait le fameux élixir, que le jeune homme réservait à sa bien-aimée. Un jour où le mari était parti à la chasse, le méchant serviteur tenta de s’emparer de l’élixir. L’épouse s’en aperçut fort heureusement et résista à notre affreux Quasimodo qui se faisait très menaçant. Ne voulant à aucun prix que le malfrat accède à la vie éternelle, elle avala au complet le contenu de la mystérieuse fiole, puis s’envola doucement, tout doucement, vers la  lune…, où elle se trouve encore aujourd’hui. Le pauvre mari éploré offrit toute sa vie durant moult victuailles à sa bien-aimée à chaque pleine lune, tout en contemplant tristement sa gracieuse silhouette…. soupir… Voilà pour la première légende.

La seconde légende traite aussi d’un élixir d’éternité — décidément ! Il s’agit d’un jeune homme un peu simple d’esprit qui un jour, partit se promener en forêt. Il rencontra 3 bébés tigres avec lesquels il s’amusa. On ne sait trop ce qui se passa (même Thu s’est faite hésitante à cette étape de l’histoire), mais les trois petits tigres moururent. Le jeune homme, craignant la réaction de la mère, grimpa dans un arbre pour se cacher. De cet arbre, il vit la maman tigre arriver, arracher une bonne quantité de feuilles de cet arbre mystérieux et en nourrir de force les petiots qui semblaient pourtant bien morts de leur belle mort. Surprise ! Ceux-ci revinrent à la vie, s’ébrouèrent et se mirent de nouveau à gambader. Dès lors, le jeune homme acquit une grande renommée comme guérisseur, redonnant la vie à de nombreux villageois grâce aux feuilles de cet arbre mystérieux, dont il garda le secret jusqu’à son mariage. À son épouse, il confia une grande bizarrerie entourant l’arbre enchanté : il fallait éviter à tout prix d’uriner au pied de l’arbre, sinon celui-ci perdrait tout pouvoir de guérison. Oui, oui, vous avez bien lu : ne-pas-faire-pipi-au-pied-de-l’arbre, que notre héros dit à son épouse!  À cette étape du récit, j’ai souri avec indulgence en mettant cette incongruité sur le compte de l’accent de ma conteuse. Après 4 vérifications et un léger mouvement d’irritation de sa part, j’ai bien vu que cet élément quelque peu impudique pour une légende faisait vraiment partie de l’histoire. Vous devinez la suite. Que pensez-vous qu’a fait l’épouse ? Eh oui ! Elle s’est exécutée et l’arbre s’est déraciné tout doucement, dans un grand craquement. Le mari est arrivé sur les entrefaites et s’est accroché à l’arbre pour l’empêcher de s’envoler et… rebelote pour la lune ! D’où la dame-lune, l’arbre et le jeune homme au pied de l’arbre. Qu’est-ce que vous dites de ça ?

C’est bien beau la lune — qui d’ailleurs commence à être menacée de surpopulation —, mais les dragons, dans tout ça ? Là, j’avoue que j’ai un petit flou artistique entre la lune et les dragons.

Je peux simplement vous dire que des dragons qui dansent, on en voit partout dans la rue, en face des maisons et des commerces. En fait, ce sont des troupes qui circulent, formées parfois de très jeunes enfants — à mes yeux, ce sont les plus sympathiques et mignons. Il y a les musiciens, au minimum 2, qui jouent du tambour (très fort, bien sûr) et des cymbales (encore plus fort), au son desquels en général 3 dragons exécutent une drôle de danse. Ils se promènent toute la soirée d’une maison ou d’un commerce à l’autre, excités par des personnages coiffés de masques en papier mâché qui agitent des éventails devant eux et suivis d’enfants qui portent des chapeaux coniques en papier et des lanternes en forme d’étoiles ou de carpes, à l’intérieur desquelles on insérait jadis une bougie. Ceux qui souhaitent avoir la visite des dragons — ils sont légion — mettent généralement une table de victuailles et d’offrandes à leur porte (on peut penser qu’il y a un rappel ici du mari éploré qui offre des victuailles à sa bien-aimée ascensionnée au moment de la pleine lune, mais je conviens que l’explication est un peu… étirée et qu’il manque certaines   pièces au casse-tête). Voici un spécimen de ladite table capté à côté de l’hôtel où je suis logée :

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Les dragons se mettent alors à danser, pendant qu’un ou 2 des personnages munis d’éventails les excitent allègrement, pour la plus grande joie des spectateurs. Voici les dragons que j’ai vus à la fête du Collège :

 

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… et les musiciens qui les accompagnaient :

IMG-0623

D’autres dragons, cette fois de tout petits enfants dans un resto où j’étais avant-hier :

À la fin de la prestation, le proprio du resto ou de la maison donne de l’argent aux danseurs. Cet argent est parfois juché au sommet d’un bambou qu’un des dragons doit escalader pour y avoir accès. À noter que quand j’ai voulu contribuer à la cagnotte, on m’a gentiment demandé de n’en rien faire et de laisser au proprio le privilège de le faire lui-même, car seul le donneur peut bénéficier de la protection du dragon et de la prospérité qu’il attire sur la maisonnée. Comme quoi charité bien ordonnée commence par soi-même !

Je conclus cet article par cette vidéo repiquée sur YouTube, qui met bien en valeur les mêmes dragons que j’ai eu l’occasion d’observer dans la rue à de nombreuses reprises au cours de la semaine. Remarquez bien les mimiques de ces grandes bêtes. Je vous promets que votre perception du dragon changera à tout jamais ! À bientôt.

À la fin de la prestation, le proprio du resto ou de la maison donne de l’argent aux danseurs. Cet argent est parfois juché au sommet d’un bambou qu’un des dragons doit escalader pour y avoir accès. À noter que quand j’ai voulu contribuer à la cagnotte, on m’a gentiment demandé de n’en rien faire et de laisser au proprio le privilège de le faire lui-même car seul le donneur peut bénéficier de la protection du dragon et de la prospérité qu’il attire sur la maisonnée. Comme quoi charité bien ordonnée commence par soi-même!

Je conclus cet article par cette vidéo repiquée sur YouTube, qui met bien en valeur les mêmes dragons que j’ai eu l’occasion d’observer dans la rue à de nombreuses reprises au cours de la semaine. Remarquez bien les mimiques de ces grandes bêtes. Je vous promets que votre perception du dragon changera à tout jamais! À bientôt.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6 commentaires sur “Le festival du mi-automne

  1. Chère Christiane, si la fée est tant féminine que masculine, peut-on penser que les Vietnamiens sont ouvert à nos LGBTQ ? 😉 Pour la danse du Dragon, toi qui a suivi des cours de Qi Gong, tu auras certainement appris le mouvement du Dragon? Pourquoi ne pas impressionner tes nouveaux amis? Merci à nouveaux pour ce partage riche en couleurs et la magnifique vidéo. Puisque nous avons la même pleine lune, je vais profiter de tes réjouissances à distance. 😻

    Aimé par 1 personne

  2. Bonjour Christiane,

    Le concave et le convexe…

    Merci de me rappeler d’apprécier le confort de mon quotidien ici et merci de me permettre de t’envier de vivre l’aventure! Tu m’inspires de vivre à fond, d’aller là où je me sens appelée et ce, avec la peur des « bibittes »!
    Ton blogue est passionnant pour son contenu et un bonheur pour ta qualité d’écriture.
    Merci de partager ton vécu et tes émotions. Je suis avec toi.
    Joyeuse et courageuse poursuite!

    Linda xx

    Aimé par 1 personne

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