Hué, la ville douce

Le 28 septembre 2017

Alors, où en étions-nous ?

Ah oui !

Je suis arrivée il y a une semaine jour pour jour à Hué. Sachez tout de go que mon arrivée n’a rien eu de glorieux. Je vous l’assure !!

Ngoc (au fait, est-ce que quelqu’un pourrait m’expliquer pourquoi son nom se prononce N-G-O-P ???? Il faut aussi que le « o » soit descendant — allez-y, essayez !) et moi arrivons jeudi dernier à 11 h au petit hôtel choisi par l’EUMC (Entraide universitaire mondiale Canada) pour ses coopérants volontaires. Trois étages à pied. Bon, ça va, c’est bon pour la santé. J’entre dans la chambre… et me mets à pleurer comme une gamine ! C’est minuscule. Le lit est accoté dans un coin de la chambre. Il n’y a aucun espace de rangement à part 6 crochets au mur. Une fois que le lit, les valises et moi-même occupons simultanément nos espaces respectifs (valises fermées, je précise), il ne reste de libre qu’environ 2,5 pieds carrés de plancher. Je ne me vois pas passer 3 semaines dans ce réduit. Oui, mais… « Je suis coopérante volontaire, c’est quand même propre, le portier vient de forcer à hue et à dia pour monter mes valises dans ma chambre, les gens à la réception sont exquis, pour qui je me prends, moi qui suis si privilégiée ? »… puis « Oui, mais, je suis fatiguée, je vais devoir littéralement vivre dans mes valises empilées les unes sur les autres pendant 3 semaines, je dois commencer le travail dès cet après-midi, c’est quand même un peu beaucoup, j’aurai bien le temps de vivre à la vietnamienne plus tard, mais là, je suis exténuée et j’ai tellement chaud… » Petit moment de vérité pour moi : ce n’est pas au-dessus de mes forces, s’il le faut je le ferai, mais je n’ai vraiment pas envie de rester dans cette chambre. Désolée si j’en déçois certains, mais… c’est ainsi ! Je frappe donc à la porte de la chambre de Ngoc. J’essaie de parler calmement, mais mes larmes se remettent à couler. Ngoc ne fait ni une ni deux : elle qui s’apprêtait à faire une sieste m’enjoint de la suivre pour trouver un autre hôtel pour demain. Je vous l’ai dit : c’est un ange. Il y a plusieurs hôtels autour. L’un d’entre eux attire tout de suite mon attention. Je suis embarrassée de le dire, mais c’est un gros hôtel de style occidental, genre Hilton ou Sheraton. Bref, je salive, je deviens gaga. Nous y allons. On nous fait asseoir, on nous offre un jus de fruits, nous visitons une magnifique chambre, le spa, la belle salle à manger, la piscine sur le toit. Je veux, je veux, je veux, na !!! – Vous ai-je dit que j’ai déjà été plus brillante ? C’est plus cher que ce que l’EUMC paie normalement. Pas de problème, je paierai la différence : un gros 12 $ canadien par jour. Me voilà rassérénée, même un brin guillerette. Je déménage demain. Yé !

Un mot sur les noms d’établissements. L’hôtel qui fait l’objet de ma convoitise s’appelle : l’hôtel Romance. Je ne sais pas pour vous, mais il me semble qu’au Québec, ce serait plutôt le nom d’un petit motel louche du boulevard Hamel à Québec… J’ai vu pas mal de ce genre de chose depuis mon arrivée : on veut faire exotique, classe,… c’est gentil, mais il manque souvent, c’est dommage, jjjjjjuste un petit quelque chose — j’y reviendrai dans un autre article. Mais tandis qu’on y est, voici un autre exemple : à Da Nang, à côté de la plage, il y a un joli café qui s’appelle — tenez-vous bien — Le Café de l’amour ! L’expresso y est correct, mais… il faut le faire comme nom, non ?

Revenons à nos moutons. L’après-midi de cette même journée, nous rencontrons la direction du Collège de tourisme de Hué, notre partenaire local, mon client. Petite surprise. Je m’attendais à être reçue dans le bureau de la vice-rectrice, à faire connaissance peut-être autour d’un thé, à discuter gentiment à bâtons rompus. Erreur. Dès notre arrivée, on nous précipite presque dans une grande salle avec de très longues tables disposées en U, Ngoc et moi d’un côté et… toute l’équipe de gestion du collège, c’est-à-dire 8 personnes, de l’autre. Mon ange québécois (mon pré-ange en quelque sorte, c’est-à-dire Louise B., ma prédécesseure dans ce projet jusqu’en juin dernier), m’avait avertie que les Vietnamiens sont souvent assez formels. Elle ne pouvait si bien dire. On nous montre une vidéo du Collège, au demeurant très bien faite, puis on me demande de me présenter. Tout le monde prend des notes. Beaucoup de notes. Puis la vice-rectrice me fait part des 6 priorités sur lesquelles la direction souhaite que travaille. C’est passablement différent de ce qui était prévu comme mandat, mais je comprends vite qu’on a ajusté celui-ci en fonction de mon CV. La première priorité qu’on me communique consiste à donner des ateliers sur la gestion des ressources humaines. Quand je demande quels sont les enjeux auxquels fait face le Collège en matière de gestion des RH, je sens vite que ce genre de question ne se pose pas, du moins pas dans ce contexte. Impair. Et ma tenue n’est pas appropriée. Toutes les femmes ont des manches — je n’en ai pas. Je suis habillée plutôt informellement — les femmes sont habillées « en dimanche », très coquettes. Bon, je devrai m’ajuster. Précisons aussi que la rencontre se déroule à 70 % en vietnamien, 20 % en anglais et 10 % en français, car la vice-rectrice a étudié au Luxembourg dans sa jeunesse. On ne peut évidemment pas me traduire tout ce qui se dit. Drôle de feeling auquel j’ai avantage à m’habituer dès maintenant. Au demeurant, ai-je le choix ? Mais je réussis à les faire rire et finalement, la réunion se décoince et se termine dans la bonne humeur.

On me fait visiter les bureaux, les salles de cours, puis l’hôtel de 24 chambres, ouvert au public. C’est très joli, bien tenu, le personnel est d’une gentillesse remarquable, la piscine est invitante. Les gens sont tellement fiers de leur établissement ! Madame Nga (essayez…), la vice-rectrice, me montre une des plus belles chambres en m’indiquant souhaiter que j’y habite pour l’année, qu’on me ferait un bon prix, que ce serait si pratique… « You lie it? What you ting? » Je patine, je bafouille, je dis que je souhaite avoir une maison ou un appartement pour avoir un espace plus personnel… J’esquive, bref, je-sais-pus-quoi-dire ! Je voudrais juste boire une tasse d’eau chaude et aller dormir, mais… nous avons un souper en mon honneur ce soir !

C’est beaucoup, mais en même temps, je fais l’objet de tellement d’attention et je sens de leur part une telle volonté de bien faire que je me prête volontiers au jeu. Au souper, les jeunes serveuses sont intimidées de servir à la fois la grande patronne, la représentante de l’EUMC et la madame du Canada. Anh (enfin un prénom abordable) nous accompagne. Belle jeune femme dans la vingtaine, elle travaille dans la même pièce que moi ; elle est mon interprète, ma guide, ma compagne désignée pour l’année. C’est mon deuxième ange, que je ne cesse d’apprécier depuis.

Louise B., mon ange québécois, m’avait avertie que les Vietnamiens n’ont aucun problème à parler leur langue en présence d’étrangers. Eh bien… elle ne pouvait mieux dire ! Je suis un peu décontenancée, car après tout, je suis censée être l’invitée d’honneur ! Cette façon de faire me paraît incohérente avec tout le reste, l’attention, les petits soins, la prévenance… Je dirais que la langue vietnamienne lors de ce dîner a frisé les 80 % de l’espace verbal et peut-être même 85 %. Impossible de le prendre personnellement puisqu’on m’en avait avertie. Mais la chose m’a quand même interpellée et j’ai eu à gérer un inconfort certain. Et ce n’est sûrement pas le dernier. Mais… Que fait-on quand ça discute à qui mieux mieux et qu’on n’y comprend que dalle ? Où est-ce qu’on regarde ? Comment réagir quand les autres se bidonnent à se taper sur les cuisses ? Ce n’est pas que j’ai peur qu’on rie de moi — je m’en moque éperdument — mais… c’est juste « malaisant » comme dirait ma fille. Quand je vois ce que ce petit épisode d’exclusion a provoqué chez moi d’inconfort, je peux entrevoir ce que vivent ceux qui émigrent brusquement dans un pays dont ils ne connaissent ni la langue et pour lequel ils n’ont aucune préparation. Ça me donne froid dans le dos.

Le vendredi est consacré à investir mon bureau, à me laisser guider par Anh pour ouvrir un compte en banque — toute une expérience, j’y reviendrai –  à me familiariser un peu avec les environs et même à visiter une maison qu’un professeur du Collège vient de mettre en location.

Autre moment inconfortable : à l’instant où je sors du bureau pour aller enfin me reposer, je rencontre madame Nga sur son scooter — tout le monde ici a un scooter. Elle n’a vraiment pas l’air contente : « Pourquoi avez-vous choisi d’aller à l’hôtel Romance au lieu de venir à la Villa Hué, notre hôtel ? » Je suis sans voix. Je réponds mollement, niaiseusement : « J’ai aimé la piscine sur le toit ». Elle me toise d’un regard noir, puis repart en faisant vrombir son moteur… Je voudrais rentrer sous terre. Non, mais, dites-moi : pouvais-je avoir réplique plus idiote que celle-là ??? Ma seule excuse, c’est que j’ai le cerveau K.O. et que j’ai été incapable de voir la situation dans son ensemble. Mais quand même… Non, mais… La piscine sur le toit… Et mon client est… La Villa Hué. J’en rougis encore.

Samedi : migraine carabinée et nausée pour cause d’épuisement total et de cerveau au bord de l’éclatement. La boutique est fermée. Dimanche, même programme sauf pour deux visites de propriétés à louer et un petit tour de vélo — l’agent d’immeuble m’en a prêté un, comme ça. Il est venu me le porter à l’hôtel. Les Vietnamiens font constamment ce genre de chose, même si on ne les connaît pas. Très étonnant, mais fort agréable et appréciable dans ma situation.

Depuis lors, je me suis un peu familiarisée avec le quartier, j’ai rencontré quelques expatriés à qui Louise B. avait demandé de m’aider à m’intégrer, dont un jeune Québécois de Saint-Norbert d’Arthabaska — oui, oui, vous avez bien lu, Saint-Norbert d’Arthabaska !!! – et Katie, sa copine vietnamienne, puis Katja, une Slovène tout à fait charmante. Bref, j’ai l’impression d’avoir déjà une communauté a Hué : « Viens-tu prendre un café après le travail ? » — « On soupe au meilleur resto végétarien de Hué ce soir, tu viens ? » — « On passe un film français au cinéma demain, ça te va ? ».

La situation s’est complètement replacée avec madame Nga. Je lui ai simplement expliqué en arrivant lundi que j’avais choisi l’hôtel Romance parce que j’étais trop fatiguée pour réfléchir correctement et que j’avais bien vu que c’était une erreur. Elle a éclaté de rire, puis nous avons convenu que je déménagerais à la Villa Hué le lendemain et que j’y resterais jusqu’au 8 octobre, car je vous l’annonce en primeur, j’ai loué la maison du professeur. Je suis ravie ! Je vous la ferai visiter plus tard. Elle est située dans un vrai quartier vietnamien, ce qui me plaît beaucoup après les hôtels Romance et compagnie de ce monde. J’ai hâte de vivre un peu plus d’authenticité au quotidien.

Je vous livre en vrac quelques-unes de mes premières impressions de mon expérience à Hué.

Mes copines et mon bureau :

D’abord, je vous présente Anh (à gauche) et Ngan. Elles sont adorables :

IMG_0466

Voici mon espace de bureau. Nous sommes 4 dans la même pièce. À gauche en avant, Anh. À sa gauche, Ngan (à prononcer comme ça s’écrit : bonne chance !), puis Houng (là, je ne peux pas… il faut vraiment aller le chercher au fond de la gorge celui-là). Mon bureau est celui de droite, en avant. À noter qu’au cours de ma carrière, j’ai toujours eu un bureau fermé. Par ailleurs, je termine ma première semaine complète de travail en faisant le constat que j’ai réussi à me concentrer et à faire ce que j’avais à faire dans cet espace sans souffrir. Comme quoi on peut s’adapter à tout ou presque ! Je vivrai peut-être plus tard des moments moins sereins, mais pour l’instant, l’enthousiasme du début fait bien son œuvre.

Photo bureau

La nourriture

Tous les touristes vous le diront : on mange très bien à Hué et on est ici très fier de la tradition culinaire. Voici un repas très typique de la ville. Vous savez peut-être que Hué est une ancienne capitale impériale. On y cuisinait pour les empereurs et leur cour. C’est pour cette raison que le repas typique est essentiellement composé de bouchées, considérées comme étant délicates et raffinées. J’ai trouvé ce repas pris avec Anh et Ngan particulièrement délicieux  :

 

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Le trafic à Hué

C’est un des aspects du quotidien qui m’a le plus impressionnée à mon arrivée. Il y a peu de voitures comparativement au nombre incalculable de scooters, mobylettes, motos et bicyclettes à moteur de tout acabit. Le clignotant est optionnel, les feux de circulation également la plupart du temps. La ligne blanche qui sépare les voies n’est absolument respectée. La réalité, c’est que si la circulation est plus dense d’un côté de la rue, on prend simplement plus d’espace. Il s’agit d’un genre d’autorégulation. Un peu comme si  – parallèle un peu boiteux, mais quand même –  il y avait un grand nombre de femmes qui faisaient la queue pour aller à la toilette des femmes alors que celle des hommes est vide, et que les femmes décidaient de changer les règles du jeu et d’investir la toilette des hommes. En circulation, cela donne comme résultat que parfois, il n’y a de place que pour un seul pauvre petit scooter qui longe le trottoir dans le sens contraire du trafic.

Autre particularité : le piéton se situe bien bas dans l’échelle de priorités des conducteurs.  Traverser la rue demande une technique particulièrement intimidante au début. Il s’agit d’avancer sans s’arrêter, quitte à dévier sa trajectoire en fonction du flot de scooters qui foncent sur soi. J’avais très peur les premières fois, mais je m’y suis rapidement faite. Il y a même quelque chose d’organique dans tout ce ballet d’humains et de roues. Il faut simplement savoir qu’on ne peut pas traverser la rue en ligne droite, qu’on est forcément quelque peu déporté, parfois beaucoup.

Enfin, le trottoir n’est souvent à Hué guère plus qu’une vue de l’esprit. À vous de constater…

Je terminerai cet article en vous annonçant deux nouvelles. Malgré ce que je viens de raconter sur la circulation à Hué, je prends livraison demain après-midi… d’un scooter ! Un magnifique Click de 110 cc, fabriqué par Honda. Un rêve — qui me fait quand même un peu trembler. Et dès lundi prochain, je commence des cours de vietnamien à raison de 3 fois par semaine avec la gentille copine de notre ami William, de Saint-Norbert d’Arthabaska !

Alors… À +, et ne vous gênez surtout pas pour laisser des commentaires, cela me fait toujours plaisir !

 

 

 

8 commentaires sur “Hué, la ville douce

  1. Ton «journal» est frais, parfois décapant; enjoué et fringant….en somme, vivant. Que du plaisir à lire. P.S. Tu me fais saliver avec ton scooter. Michel

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  2. Merci Christiane de nous faire partager ton expérience. Ça me rappelle mes 2 ans au Niger à la fin de mon cours de médecine.
    Félicitations pour ton style d’écriture, c’est très vivant et captivant; on se croirait sur place…
    À bientôt
    Michel V

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  3. Christiane, ce deuxième récit est tout aussi captivant que le premier. Tu écris tellement bien que je peux te voir et sentir tes émotions. Tu as un talent certain qui ferait bien des envieux. Pour une femme qui habite à Hué, c’est pas mal d’utiliser un portier qui doit porter des bagages à hue et à dia….. Vivement ton prochain récit. Ce ne sera pas nécessaire de le faire en Vietnamien 🙂 Pour ma part, le français me va. Bon courage pour la suite. Je sais que tu en as. Bise. C.

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